The Wrong

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The Wrong New Digital Art Biennale est une biennale dédiée à l'art numérique active depuis 2013. Fondée par David Quiles Guilló - entrepreneur culturel à l'origine de nombreux projets, dont le NOVA Contemporary Culture Festival et le magazine d'art ROJO - la biennale vise la participation d'artistes, de commissaires et d'institutions culturelles à travers le monde, la mise en réseau de cette communauté ainsi que la diffusion de leur travail à un public élargi grâce au web.

L'un des traits caractéristiques de The Wrong est son double ancrage dans les espaces en ligne et hors ligne. La majorité de la biennale se déroule sur le web. Cette portion en ligne consiste en des «pavilions» (pavillons), c'est-à-dire des sites web ou tout autre format en ligne, incluant les médias sociaux, permettant de présenter les œuvres de 10 artistes ou plus. La portion hors ligne se déroule quant à elle dans les «embassies» (ambassades), soit les institutions, galeries, centres d’artistes ou d’expositions physiques répartis à travers le monde. La quatrième édition (2019-2020) comptera un nouveau volet hors ligne: les «routers» (routeurs), des appareils situés dans des lieux géographiques spécifiques permettant de montrer une ou des oeuvres d'un.e artiste ou plus via WiFi sur les téléphones intelligents ou tablettes du public.

La force de la biennale réside dans sa mise au défi des modes de diffusion de l'art et de mise en espace. The Wrong est un lieu d'expérimentation pour les artistes et les commissaires qui y participent, en plus d'être un terrain de découverte pour les visiteur.ses. Trouver des oeuvres ou des expositions en ligne se présente souvent comme une tâche ardue, même pour les plus initié.es. Rassembler ainsi une variété de pratiques artistiques et commissariales provenant des quatre coins du globe en un seul endroit en fait un événement incontournable.

Depuis ses débuts, la biennale a subi plusieurs changements, que ce soit par son nombre de participant.es, le format de son site web ou ses projets parallèles.

La première édition de The Wrong s'est déroulée du 1er novembre 2013 au 31 janvier 2014. Elle comptait 30 commissaires et plus de 300 artistes. Parmi les 30 pavillons en ligne figurait le «unlimited pavilion», nommé Homeostasis Lab, ouvert à la participation des artistes qui ne faisaient pas partie des autres pavillons. La sélection se faisait par les commissaires Julia Borges Araña et Guilherme Brandão et se renouvelait quotidiennement jusqu'au dernier jour de l'événement. La première édition comportait également un volet hors ligne dans plus de dix villes à travers le monde. Le site web de la biennale se présentait sur une seule page et listait l'une à la suite de l'autre les titres des pavillons en ligne et hors ligne à l'aide d'hyperliens. Le graphisme de la page web et la typographie utilisée étaient colorés et extravagants malgré la simplicité de l'interactivité. 

La deuxième édition, intitulée The Wrong (again) s'est déroulée du 1er novembre 2015 au 31 janvier 20161. Trois fois plus volumineuse que l'édition précédente, elle dénombrait 90 commissaires et près de 1000 artistes. Les projets se divisaient en 60 pavillons en ligne et 40 ambassades physiques, dont Perte de Signal à Montréal et Xpace Cultural Centre à Toronto. Pour pallier sa croissance, l'équipe de The Wrong a cherché une plus grande clarté pour les internautes visitant le site web. En plus d'épurer visuellement le site, chaque pavillon et chaque ambassade s'accompagnaient d'une courte description et de termes taxonomiques pour l'identifier. Une nouveauté de cette édition était la fonction «Tour» proposant une visite guidée du site web de cinq minutes qui se renouvelait chaque lundi pendant la durée de la biennale.

La troisième édition, The Wrong (biennale), s'est déroulée du 1er novembre 2017 au 31 janvier 2018. Les chiffres de cette édition battent des records: le nombre de commissaires s'élevait à plus de 120, tandis que celui des artistes dépassait le 1500. En tout, 114 pavillons en ligne et 78 événements hors ligne composaient cette édition. La Chaire ALN|NT2 faisait même partie du lot, présentant son exposition en ligne Uchronia|What it? auprès des autres pavillons. Les projets parallèles et le site web de The Wrong différaient peu de l'édition précédente. Le site était tout aussi minimaliste, présentant uniquement du contenu textuel noir ou gris sur fond blanc rayé ordonné sous forme de grille. La seule fonction innovante était de présenter l'entièreté du site web à l'envers, à 180 degrés, lorsque l'internaute appuyait sur l'hyperlien «(ɐɯıʇuı) ƃuoɹʍ ǝɥʇ». 

La quatrième édition est prévue pour le 1er novembre 2019 et s'étendra jusqu'au 1er mars 2020; la plus longue itération de la biennale jusqu'à présent. Le nouveau volet instauré avec les routeurs constitue un facteur de changement majeur, permettant notamment une émancipation autant du besoin d’internet que de l’espace d’exposition physique.

The Wrong se distingue par son accessibilité et sa décentralisation; plutôt que d'avoir une personne ou un groupe de personnes désigné.es pour le commissariat de l'édition de la biennale, celle-ci est composée d'une constellation d'expositions commissariées sans sélection ni censure de la part de l'équipe. La biennale fonctionne par appel à propositions pour les commissaires et les artistes et suit le précepte nommé «instant radical inclusion» (inclusion radicale immédiate) par Quiles Guilló et Patrick Lichty, membre du conseil de The Wrong: «If you believe your art or your curating talent must be part of The Wrong, then for us, it's a must» révèle Quiles Guilló en entrevue avec le New York Times (Hampton, 2018). Malgré son principe de démocratisation, certains bémols sont à souligner en ce qui concerne son modèle d'organisation.

Bien que The Wrong se dit ouverte à la participation de toute personne désirant présenter son travail, elle n'est pas pour autant exempte d'obstacles. The Wrong n'offre aucun financement pour ses participant.es, de sorte que les artistes doivent assumer seul.es les coûts de réalisation de leur oeuvre et les commissaires se retrouvent également sans ressources techniques pour la mise en place des plateformes d'expositions en ligne et leurs événements physiques. La biennale encourage les participant.es à entreprendre des démarches de financement externe; or, ils et elles se retrouvent alors soumis aux exigences des organismes subventionnaires et donateur.rices privées - avec leurs lots d'iniquités et d'exclusions. Ceci contribue à garder dans l'ombre une réalité qui affecte gravement les artistes et travailleur.ses culturelles oeuvrant dans la précarité et favorise ainsi ceux et celles qui ont soit déjà accès aux connaissances et aux contacts pour obtenir du financement, soit déjà les moyens pour créer sans financement.

De plus, alors que le format web permet un accès gratuit à la biennale pour un grand bassin de visiteur.ses, la convivialité n'est pas assurée pour autant. L'abondance des contenus liée à la volonté d'intégrer un maximum de participant.es transmet une certaine expérience de vertige, comme le témoignent les multiples articles commentant cet effet2.

Cela dit, cet effet d'épuisement est tout aussi présent dans le cas des biennales traditionnelles qui se déploient souvent à travers des villes entières, réclamant ainsi non seulement l'attention des visiteur.ses, mais exigeant également un investissement corporel. Le format en ligne de The Wrong offre dans ce sens une alternative: sans les droits d'entrée onéreux et les contraintes physiques, les visiteur.ses sont libres d'aller et venir sur le site web au moment qui les convient et le nombre de fois qu'ils et elles le désirent. Cette option d'exploration plus fragmentaire permet aussi la récurrence des visites et un mode de perception basé davantage sur la découverte que l'exhaustivité. L'expérience de The Wrong rappelle dès lors la navigation libre sur le web et les sentiments de découverte et d'émerveillement qui l'accompagne.

Pour citer
Tronca, Lisa. 25 septembre 2019. « The Wrong, par Guilló, David Quiles ». Fiche dans le Répertoire des arts et littératures hypermédiatiques du Laboratoire NT2. En ligne sur le site du Laboratoire NT2. <http://nt2.uqam.ca/fr/repertoire/wrong-0>. Consulté le 12 novembre 2019.