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Wild City Mapping

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Comment rendre hommage aux interstices urbains, ces parcelles sauvages qui poussent sans consentement, oubliées des cartographies officielles, mais qui rehaussent notre quotidien? Le projet Wild City Mapping/Cartographie ré-imaginée s’est donné comme mission de relever leurs emplacements dans la ville de Montréal et de faire une carte en ligne de ces lieux oubliés.

Les créateurs invitent la communauté à contribuer à la cartographie. L’onglet «Contribuez*Contribute» du site Web fournit la marche à suivre et l’adresse courriel à laquelle il faut envoyer les informations pour l’intégration au sein de la carte. L’onglet «Galerie*Gallery» archive quelques-uns des projets du collectif dans l’espace urbain avec les citoyens par une courte description et un album photo de l’activité.

L’onglet «Carte*Map» nous donne accès à une carte centrée sur la ville de Montréal parsemée de marqueurs «cliquables». La carte a été créée grâce au logiciel libre Mapbox. Une légende accompagne la carte expliquant les codes de couleurs et les logos utilisés. Chaque ton de vert correspond à une année, de 2008 à 2015. Les créateurs ont aussi marqué d’orange les lieux disparus ou à risque. Les initiatives citoyennes et les interventions artistiques ont leur propre logo. Certains marqueurs sont également numérotés selon le parcours entrepris par le.la contributeur.trice. La carte permet d’agrandir certaines zones et de se rapprocher des lieux pour voir apparaître plus de points à découvrir. Chaque marqueur est rattaché à un onglet qui spécifie alors le quartier, la date, le nom de la personne ayant contribué, une photographie et une légende la décrivant.

La carte interactive fait le pont avec l'engagement citoyen dans ces espaces verts. Elle archive autant les petites zones verdoyantes que les grands terrains très connus, tels le Parc des Gorilles, un terrain vague coin Beaubien/Saint-Urbain, le Parc Oxygène, une ruelle du quartier Milton Parc et le Champ des possibles, un immense terrain vague dans le quartier Mile-End. Ces «parcs» non officiels sont entretenus par la communauté, mais demeurent à risque. Le projet Wild City Mapping/Cartographie ré-imaginée permet de montrer la fragilité de ces endroits non protégés, comme c'était le cas lorsque la compagnie Olymbec a coupé sans permis une cinquantaine d'arbres du Parc des Gorilles qui était visé par le plan de développement urbain, économique et social du quartier. Certains citoyens s'engagent artistiquement dans ces lieux, que ce soit par le tricot-graffiti, par des activités de poésie ou même des projets visant à donner un nom à ces terrains abandonnés. L'artiste Phillippe Chabot, par exemple, a créé un panneau inscrit «Lac des Probables» (pied de nez au fameux Champ des possibles?) pour cette parcelle grouillante de faunes et de flores au quadrilatère des rues Saint-Denis/Rivard/Boucher/Saint-Grégoire.

Les citoyens ont un rapport affectif à ces lieux, qu'ils les croisent tous les jours en allant travailler où qu'ils fassent partie de la vie de leur quartier. Parfois traces de lieux à découvrir, parfois réminiscences d'endroits disparus, les points sur la carte font acte d'un engagement réel de la communauté. Ces terrains vagues sont des espaces de communion avec la nature là où les autorités de la Ville ou les entreprises n'ont pas légiféré. C'est aux citoyens que revient la tâche de garder ces lieux, de les habiter et de les commémorer. Le projet Wild City Mapping/Cartographie ré-imaginée accomplie ce rôle mémoriel et devient un agent d'engagement citoyen dans la ville augmentée de Montréal.

Le site Web bilingue héberge les deux volets «en ligne» du projet: la carte et le journal mensuel. Le collectif organise également des parcours artistiques guidés, des projections de films et du tricot-graffiti à Montréal. Ces explorations sur le terrain permettent de découvrir de nouveaux lieux et de rencontrer la communauté. Un dialogue s’établit ainsi entre les explorations sur le territoire et leur archivage sur le Web. Le site comporte plusieurs renseignements sur le projet comme les ressources utilisées pour le créer – l’on pourrait penser dans un souci d’aider la communauté qui souhaiterait entreprendre un tel projet à son tour. Notons la section «Liens*Links» du site qui est très riche en ressources externes touchant la thématique de la cartographie de la ville. Plusieurs projets connexes sur l’agriculture urbaine, sur l’appropriation de terrains vacants et sur la biodiversité urbaine y sont recensés. Nous y retrouvons également plusieurs œuvres sur la cartographie, plus d’une connue du Répertoire (Le graphique et le géographique, Gares, Carte sonographique de Montréal).

Le collectif précise dans la première entrée du journal mensuel que le projet est toujours en développement. Le but initial était de créer une carte interactive et une application mobile permettant des contributions directes de la communauté. Comme le précise Igor Rončević, membre de The Wild City Mapping Collective, l’équipe a fait la première ébauche avec les moyens qu’elle possédait: «We took a realistic look on what we wanted to achieve and decided to leave the ideal plan aside for the moment, and to work on a a simple but functional prototype. And so the journey started. » Pour le moment, l’application mobile n’existe pas encore et la carte est minimalement interactive. Le Laboratoire NT2 et Oboro vont toutefois aider le collectif à développer leur interface à la hauteur de leurs ambitions dans un futur rapproché.

Pour citer
Tronca, Lisa. 25 avril 2016. « Wild City Mapping, par Iotzova, Maia, Dominique Ferraton, Igor Rončević, Marilène Gaudet et Maya Richman ». Fiche dans le Répertoire des arts et littératures hypermédiatiques du Laboratoire NT2. En ligne sur le site du Laboratoire NT2. <http://nt2.uqam.ca/fr/repertoire/wild-city-mapping>. Consulté le 18 octobre 2017.