VVVVVV

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VVVVVV – titre qui rallie astucieusement la lettre «V» du mot vagin pour composer les trois «W» du sigle World Wide Web (WWW) – est une œuvre-manifeste de l’artiste new-yorkaise Faith Holland. Le site Web imite l'esthétique d'un site pornographique – à savoir l’organisation des contenus, le vocabulaire et l’apparition excessive de fenêtres intempestives – pour plutôt offrir un contenu féministe et alternatif du «cyberespace».

La page d’accueil affiche un avertissement de contenus sexuels explicites pendant que le bruit d’une connexion ADSL se fait entendre. Il y est écrit que l’internaute doit être âgé·e de 18 ans et plus pour accéder au site et que le contenu peut être offensant et inapproprié pour les mineur·es, les ingénieur·es, les programmeur·euses, les bureaux gouvernementaux en technologie, les fans de science-fiction, les fournisseurs de services Internet, les centres de données, la Motion Pictures Association of America, le Bureau des droits d’auteurs des États-Unis, les artistes Web, les femmes qui se détestent et les personnes s’identifiant comme homme.1 À l’instar d’un site porno, mais avec des écarts humoristiques et esthétiques flagrants, Holland révèle la relation métaphorique du Web et de l’espace «vaginal».

L’internaute, désormais voyeur·se, accède ainsi au site lorsqu’une vidéo s’active. Elle donne à voir un jeune homme coiffé d’un casque étrange et séduit par une femme qui le somme de s’abandonner au pouvoir mystique du cyberespace. En fermant les yeux, des images de tunnels aux couleurs saturés, de conduits intersidéraux et de corridors vertigineux inondent son esprit. Ce sont ces mêmes images, à la fois hautement suggestives et abstraites, que consomment les internautes dans les salles privées. La section Private Viewing Rooms donne en effet accès à diverses cyberpussy, soit des animations numériques qui rappellent les représentations du WWW dans les années 1990. Holland s’approprie ces représentations classiques2 et les classe dans des catégories pour cibler le désir de l’internaute: les vagins numériques peuvent être explosifs, rapides ou même étroits. L’internaute souhaitant poursuivre son visionnement rencontrera alors un autre avertissement. Une voix féminine langoureuse s’enquiert «Are you SURE you are ready for more?», amplifiant de la sorte la tension sexuelle qui se trame derrière le plaisir voyeuriste. L’animation défile ensuite, dévoilant une explosion de couleur et l’impression d’une immersion dans l’architecture vaginale du cyberespace.

Dans VVVVVV, le cyberespace s’apparente donc à un tunnel sans fin. Le manifeste3 débute d’ailleurs avec la déclaration, «The Internet is made of pussies», évoquant à la fois la reprise ironique de Holland et l’industrie de la pornographie propulsant l’Internet depuis sa popularisation. Tout au long de la navigation, plusieurs fenêtres intempestives vont venir enrichir l’expérience du site. Par exemple, à chaque fois que l’internaute sélectionne une cyberpussy, une fenêtre surgit et révèle le mot «phallacy» – néologisme combinant phallus et fallacy (erreur) – tandis que l’encadré «I’d rather be a cyborg than a goddess» émerge aléatoirement lors du parcours. Que ce soit les références visuelles à un cyberespace de pirate des années 1990 ou des clins d’œil textuels au cyborg feminism de Donna Haraway, VVVVVV de Holland met en scène de manière parfois littérale l’expression cyberpunk «jacking into cyberspace».4

Pour citer
Cortopassi, Gina. 6 mai 2020. « VVVVVV, par Holland, Faith ». Fiche dans le Répertoire des arts et littératures hypermédiatiques du Laboratoire NT2. En ligne sur le site du Laboratoire NT2. <http://nt2.uqam.ca/fr/repertoire/vvvvvv>. Consulté le 29 mai 2020.