• Un site blanc (navigation filmée #1)

Un site blanc

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Résultant de la collaboration entre l’écrivain Philippe Vasset et les artistes Xavier Bismuth et Xavier Courteix (signant sous le nom d’Atelier de Géographie Parallèle), Un site blanc a pour but de faire la cartographie des zones blanches contenues sur la carte 2314 OT (Paris et ses banlieues) de l’IGN. Les zones blanches sont des espaces dépourvus de représentation sur la carte officielle. En 2007, Vasset faisait paraître chez Fayard Un livre blanc, retraçant ses allées et venues dans ces espaces souvent peu accueillants ou sous haute surveillance, où sans-abris et bases militaires sont des possibles sujets et objets de rencontre. Si le discours officiel cache les parties honteuses de la ville, l’AGP a mis au jour une partie des quelque cinquante zones blanches existant sur la carte, par l’usage de textes descriptifs mais touchants, qui font souvent part de tentatives avortées d’entrée dans ces zones. Se joignent à cette démarche les représentations de parcours effectués avec un appareil GPS ainsi que des photographies et vidéos.

Si l’AGP affirme ne pas avoir de prétentions théoriques, il n’empêche que cette entreprise de description, qui ira sans cesse en s’amplifiant, pose des questions essentielles sur le statut de la carte. Entre autres, quelle valeur ont ces lieux fantômes de la ville? Sont-ils «objet? Construction? Simple détritus?»1 D’autre part, la carte ne peut-elle être signifiante qu’à condition d’investir le territoire qu’elle représente (ou pas)? Aussi, à l’ère où les cartes du monde sont de plus en plus accessibles par l’intermédiaire des Google Maps et autres Virtual Earth, comment l’absence d’images «vues d’en haut» influe-t-elle sur le rapport au territoire? L’Atelier de Géographie Parallèle écrit à cet effet que même «après plusieurs visites, il nous était toujours impossible de nous accorder exactement sur leurs superficies et leurs limites»2. Il conviendrait aussi de se questionner sur le statut même des représentations offertes sur unsiteblanc.com, car si des interrogations sur ce qu’est la carte entrent en ligne de compte, il n’en reste pas moins que l’internaute est averti, dans le coin inférieur droit de la page principale, que «ce site n’est pas une carte et sera régulièrement enrichi et actualisé»3, proposant du coup que la carte est un objet statique et que la géographie parallèle telle que pratiquée par l’équipe de Vasset, Bismuth et Courteix se conforme aux déformations et à l’éphémère de lieux qui ne sont que traces – mais des traces de quoi?

L’internaute est donc invité, au cours de sa navigation, à cliquer sur les zones blanches dont le contenu a été entré, à savoir textes, dessins GPS, photographies et vidéo. (À noter qu’une nouvelle version du site, animée par une dizaine de participants, sera mise en ligne, ce qui assurera sans aucun doute la diversité des points de vue.) L’internaute, confronté à la fragmentarité du lieu, doit retisser les lieux visités. Aucun mode d’emploi n’est donné: il faut parcourir ces fragments dans un esprit ludique pour leur donner un minimum de sens. Les textes tirés du livre de Philippe Vasset, qui accompagnent les autres médiums, agissent souvent comme des légendes permettant de donner une direction à l’ensemble des fragments. Les rares dessins GPS donnent quant à eux une vague idée de la morphologie du lieu et les photographies servent alors de béquille afin de se faire une image globale du lieu. On cherche des correspondances entre ces représentations, on active l’imagination. Or, cette façon de donner à voir le lieu est la première étape dans l’élaboration d’une carte, ne serait-ce que mentale. Ces «notes de terrain», données à lire, sont surimposées à la carte du menu principal. Au lieu de consulter une carte satellite, totalement dénuée de contenu provenant d’une expérience sensible, les notes de terrain agissent comme une première forme d’appropriation du territoire, à savoir une redialectisation d’un rapport à la carte. La carte officielle, mais tout de même lacunaire, est constamment visible en filigrane dans les photographies, les vidéos, le texte. Il n’empêche que l’expérience sensible est mise au premier plan et donne la clé de cette géographie parallèle qui s’apparente à la démarche des situationnistes, déambulateurs et autres flâneurs.

[1]. Atelier de Géographie Parallèle, Un site blanc (en ligne). 2007. Disponible sur Internet: http://www.unsiteblanc.com

[2]. Ibid.

[3]. Ibid.

Ressources bibliographiques: 
  • Vasset, Philippe (2007) Un livre blanc. Récit avec cartes, Paris, Fayard, 140 p.
  • Atelier de Géographie Parallèle (2007) Un site blanc. En ligne: http://www.unsiteblanc.com (consulté le 16 avril 2009).
Pour citer
Bordeleau, Benoit. 14 avril 2009. « Un site blanc, par Bismuth, Xavier, Xavier Courteix et Philippe Vasset ». Fiche dans le Répertoire des arts et littératures hypermédiatiques du Laboratoire NT2. En ligne sur le site du Laboratoire NT2. <http://nt2.uqam.ca/fr/repertoire/un-site-blanc-0>. Consulté le 19 octobre 2017.