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Un palpitant

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Un palpitant est une œuvre hypermédiatique de l’artiste français Nicolas Clauss créée avec le soutien de L’espal scène conventionnée du Mans dans le cadre d’une résidence à l’@telier multimédia en 2005-2006. Il s’agit de l’aboutissement d’un projet communautaire intergénérationnel instigué par l’artiste, dans le cadre duquel sept jeunes étaient invités à rencontrer des personnes âgées pour leur parler d’amour, de vieillesse et de mort. Pendant ces rencontres, les témoignages des personnes âgées autant que ceux des jeunes ont été enregistrés sur support audio alors que certaines séquences ont été captées sur vidéo. De même, plusieurs photos – parfois mises en scène, parfois non – ont été prises. Ces photos, ces vidéos et ces témoignages constituent la matière première de l’œuvre hypermédiatique Un palpitant, divisée en neuf tableaux interactifs.

Notons que l’œuvre Un palpitant a reçu le prix de la Création nouveaux médias Vidéoformes 2008 au 23e festival international arts vidéo et nouveaux médias de Clermont-Ferrand (France).

Pour passer d’un tableau à l’autre dans l’œuvre, l’internaute peut utiliser le menu principal, dans lequel une suite de neuf images renfermant des hyperliens donne accès aux neuf tableaux, ou encore se servir de la flèche située dans le coin inférieur droit de chaque tableau pour passer de l'un à l’autre, sans retourner au menu. Chaque tableau interactif aborde un aspect différent du projet derrière Un palpitant.

Dans le premier tableau, «chanson», l’internaute fait apparaître différentes séquences vidéo répétitives en promenant son curseur sur l’écran et en cliquant sur la droite. Ces séquences montrent les personnes âgées et les jeunes ayant participé au projet en train de se saluer et de s’embrasser, ou des mains en train de manipuler un vieil album de photos. En fond sonore, on entend des bribes de chansons chantées par les personnes âgées et des bruits de cloches. Dans le deuxième tableau, «époux», l’internaute active, en cliquant à l’écran, des séquences audio dans lesquelles les personnes âgées parlent de leur mariage et de leur couple. Les mouvements de la souris permettent de contrôler des figurines anciennes de gâteau de mariage qui défilent comme par vagues. Dans le troisième tableau, «cœur», les clics de souris et les déplacements du curseur font se superposer à l’écran plusieurs représentations de cœurs, en rouge, pendant qu’on entend des gens donner leur définition de l’amour. Le quatrième tableau, «vieux», présente quant à lui une mosaïque de courtes séquences vidéo que l’internaute peut faire changer ou s’accélérer d’un clic de souris. Lorsque l’internaute place son curseur à l’extérieur de la mosaïque, une seule séquence prend tout l’écran. On peut activer des témoignages audio des jeunes parlant de leur perception des personnes âgées avec qui ils ont travaillé en cliquant dans les marges. Le cinquième tableau, «vieillesse», s’ouvre sur un couple presque nu traversant le bas de l’écran. En cliquant sur celui-ci, l’internaute fait apparaître une scène au centre de laquelle des jeunes portant des masques de vieux imitent des personnes âgées. À chaque nouveau clic, l’internaute active des séquences audio où les personnes âgées parlent des changements physiques et sociaux qui accompagnent la vieillesse (perte d’autonomie, solitude, nostalgie, etc.). Le sixième tableau, «vanité», présente le témoignage audio d’un infirmier qui travaille avec des personnes mourantes en milieu hospitalier. Au bas de l’écran, des squelettes de carnaval en toges noires dansent frénétiquement alors que des enfants portant le masque de la mort président à leur assemblée. Dans le septième tableau, «bio», des images de fœtus, d'une jeune fille déguisée en vieille dame, de chromosomes et de cellules alternent à l'écran en fonction de la position du curseur de la souris de l’internaute. En fond sonore, on entend des enfants discuter de la mort – sa définition, ce qu’il y a après, les moyens de la contourner, etc. Dans le huitième tableau, «visages», une superposition floue d’images (une pomme, des visages, etc.) accompagne les témoignages audio des jeunes parlant de la vieillesse, et plus spécifiquement de leur perception des personnes âgées. Pour activer les segments audio, l’internaute doit déplacer son curseur dans les marges autour de l’image centrale. Finalement, le neuvième tableau, intitulé «mort», présente de vieilles photos d’enfants tachées de sang, dans un cadre brisé. En cliquant sur l’image, l’internaute active des segments audio dans lesquels des personnes âgées parlent de l’instant de la mort lui-même, et notamment de la peur qu’il inspire.

L’esthétique de cette œuvre de Nicolas Clauss demeure un brin bancale, voire baroque:

Palimpseste d’archives, de vidéos, de dessins, de rires, de mascarades et d’étoiles: l’en deçà n’est jamais très loin, pour convoquer Bosch, ou Bacon (Leborgne, 2006).

Il y a des détails dans tous les coins, les images se superposent jusqu’à ce qu’il soit impossible de les dénombrer et, dans tout ce fouillis, il est souvent difficile de déterminer ce que contrôle au juste l’internaute. De plus, les choix visuels de Nicolas Clauss donnent à l’œuvre une noirceur certaine: les couleurs sont sombres, les images choisies sont souvent inquiétantes (photos tachées de sang, fœtus, squelettes, etc.), les cœurs de fleur y côtoient des cœurs de chair ayant l’air d’avoir été fraîchement «arrachés», tout y est un peu décrépit, rayé, brisé… Comme le remarque Aude Crispel dans sa critique pour poptronics, on se croirait dans une photo de Joel-Peter Witkin (Crispel, 2008). Pourtant, dans les témoignages audio entendus en trame sonore, même lorsqu’il est question du moment même de la mort, jamais le discours n’est à ce point lourd ou obscur pour inspirer à lui seul une telle imagerie. L’effet est au final plutôt saisissant, créant un contraste qui vient charger de double-sens un discours somme toute innocent. Au-delà du projet communautaire réel, de l’interaction des gens, Nicolas Clauss s’est ainsi totalement approprié le matériel pour créer une œuvre qui lui est toute personnelle, fidèle à ses propres obsessions et à son propre imaginaire.

Bref, Un palpitant est une œuvre dont le contenu audio permet de replonger dans une expérience intergénérationnelle des plus intéressantes – mais il n’en demeure pas moins que, visuellement, elle nous entraîne dans un univers signé 100% Nicolas Clauss.

Pour citer
3 août 2010. « Un palpitant ». Fiche dans le Répertoire des arts et littératures hypermédiatiques du Laboratoire NT2. En ligne sur le site du Laboratoire NT2. <http://nt2.uqam.ca/fr/repertoire/un-palpitant>. Consulté le 22 octobre 2017.