• tanGo (navigation filmée #1)

tanGo

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Le projet tanGo est né d’une idée de Martina Kieninger, chimiste et auteure native de Stuttgart, résidant à Montevideo (Uruguay). Il a été réalisé avec l’aide de Johannes Auer, artiste de l’hypermédia installé à Stuttgart, et de Reinhard Döhl, un des fondateurs du Groupe de Stuttgart, très actif dans le domaine de la poésie concrète. Il s’agit d’un projet collaboratif autour de la thématique générale du tango: incluant la danse au sens large, la chanson, leurs imaginaires, leurs esthétiques, etc. Différents artistes allemands et uruguayens étaient invités à envoyer leurs contributions par courriel à l’un des responsables du projet. Comme le spécifie Kieninger dans la présentation de tanGo: «NOUS PRENONS TOUT! ascii/Bild/Link/Java/GIF/html/quicktime/real-audio/VRML et autres formats» (Kieninger, 1997). Trois serveurs ont été mis sur pied afin d’abriter le projet: un à Munich, un à Montevideo et un à Stuttgart. (Notons que tanGo a été réalisé avec l’aide du Goethe-Institut de Montevideo et de la bibliothèque municipale de Stuttgart.) Ont contribué, en plus de Kieninger, Auer et Döhl: Wolfgang Tischer, Klaus F. Schneider, Oliver Gassner, Hermann-Joseph Wehner, Svenja Wieser, Kenneth Irving et Oscar Ventura. Pour la traduction: Daniel Maggiolo et Johanna V. Spinak. Programmation du site: Frank Amos et Bernhard Knoblach.

Lorsque l’internaute accède au site Web du projet, la page d’accueil lui offre la possibilité de parcourir les différents textes de présentations écrits par Kieninger (dans les sections «WER», «WARUM», «WAS», «WIE» et «WELCHE»). Il peut aussi grâce à des liens externes, lire deux essais qui traitent de tanGo («Vom Schreiben auf glatten Oberflächen» de Kieninger, qui relate les origines du projet, et «Der Leser als DJ» d’Auer, qui offre un court commentaire critique sur le sujet); ou encore se rendre directement aux différentes entrées des collaborateurs qui constituent l’œuvre proprement dite en cliquant sur «DIE MATRIX». La démarche derrière tanGo est donc extrêmement bien documentée et la multiplication des liens vers les textes explicatifs sur la page d’accueil encourage l’internaute à en prendre connaissance avant de faire l’expérience de l’œuvre.

Il est à noter que la section «WER» contient une courte liste de «premiers exemples» choisis par Kieninger pour illustrer sa vision du projet. On y retrouve, entre autres, des liens vers Pietistentango (Döhl et Auer), Kill the Poem (Auer), Die Boutiqueria transpyrieret Lambaden (Schneider et Auer), Textspiel/Tango – Tanga (Auer, Döhl et Frank Amos), Tango-Bar (Tischer), worm applepie (Auer), Das Ziegenballett (Döhl et Bernhard Knoblach), et tango rgb (Gassner). Toutes ces œuvres ont d’ailleurs été intégrées à la «matrice» du projet.

Dans «DIE MATRIX», plusieurs possibilités de navigation s’offrent à l’internaute. La plus classique, d’abord: en cliquant sur le lien «credits und ein ‘normales’ Inhaltsverzeichnis» au bas de la page, l’internaute peut accéder à une liste des crédits pour les différentes parties de tanGo (nom de l’entrée + nom de l’auteur). En cliquant sur le nom des entrées, l’internaute accède directement aux différentes parties de l’œuvre. Ou encore, «à l’aveugle»: en cliquant sur les personnages qui dansent sur la page de «DIE MATRIX», l’internaute accède chaque fois à une partie différente de l’œuvre. Toutefois, il est souvent impossible de savoir quel est le nom de l’entrée visualisée ou de son auteur. Finalement, la plupart des entrées dans tanGo regorgent d’hyperliens qui mènent d’une entrée à l’autre, sans avoir à repasser par la «matrice». Souvent, la logique derrière ces liens demeure obscure et c’est donc un peu au hasard que l’internaute navigue dans l’œuvre.

Pour ce qui est des entrées de tanGo, on retrouve effectivement un peu de tout: des paroles de schlagers allemands, des extraits musicaux, des photos, des hypertextes, des jeux, des environnements 3-D, un «cimetière de données» dans lequel l’internaute est invité à «enterrer» ses données personnelles, des rébus, etc. L’internaute pourra donc, au cours de ses navigations, en apprendre un peu plus sur la biographie de Mozart, se questionner sur le chat de Schrödinger, regarder des chèvres danser, parcourir des notes sur Kafka, comparer les types de yodles en fonction des régions, approfondir ses connaissances théoriques sur l’art du tango, se recueillir dans le «temple du globe», etc. (Certaines parties en Java sont toutefois brisées dans neuf des entrées de Kieninger.)

Bref, tanGo est un hommage «au kitsch et au cliché» (notre traduction, Kieninger, 1999), à l’hétéroclisme, à tout ce qui peut naître quand la capitale du tango (Montevideo) rencontre l’Allemagne de la valse, des schlagers et des randonnées en montagne. Plus encore, pour reprendre l’expression enthousiaste de Kieninger lorsqu’elle pensa pour la première fois cette rencontre interculturelle: le projet «devra être une véritable orgie de kitsch et de clichés». D’ailleurs, la présentation même du projet, écrite par Kieninger, regorge de paroles de vieux schlagers allemands des années 1920. Et tant pis pour le mauvais goût. Car la véritable question derrière tanGo n’est pas celle du contenu, mais du processus: «Pourquoi un autre projet d’écriture collaborative? Parce que je ne sais toujours pas ce que c’est, la littérature Internet. Mais peut-être vais-je avoir une réponse là-dessus d’ici Noël. Si c’est le cas, je vous en informerai ici» (notre traduction, Kieninger, 1997).
 
Pour citer
Gauthier, Joëlle. 14 juillet 2009. « tanGo, par Kieninger, Martina, Johannes Auer et Reinhard Döhl ». Fiche dans le Répertoire des arts et littératures hypermédiatiques du Laboratoire NT2. En ligne sur le site du Laboratoire NT2. <http://nt2.uqam.ca/fr/repertoire/tango>. Consulté le 18 octobre 2017.