• slippingglimpse  (navigation filmée #1)

slippingglimpse

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slippingglimpse est une œuvre créée par la poète Stephanie Strickland, la programmeuse Cynthia Lawson Jamarillo et le cinéaste Paul Ryan. Il s’agit d’un poème en dix parties traitant de l’évolution des techniques associées à l’écriture, de la gravure sur pierre au développement des nouvelles technologies de l’hypermédia.

Sur la page d’accueil, le lien «introduction» permet d’accéder à un court texte décrivant les principaux modes de navigation dans chacune des parties du poème et expliquant sommairement la démarche des artistes. Au bas de ce texte, un autre lien mène vers un article théorique plus complet écrit par Stephanie Strickland et Cynthia Lawson Jaramillo sur les principes de lecture appliqués au code, à la poésie et aux chréodes (Strickland et Lawson Jaramillo, 2007). L’internaute peut débuter la lecture du poème comme tel en cliquant sur n’importe laquelle des dix images disposées en rectangle sur la page d’accueil. Chacune de ces images est associée à une des parties du poème. En activant l’un de ces dix liens, l’internaute est redirigé vers une nouvelle interface où apparaît d’abord un des courts-métrages de Paul Ryan. Ces courts-métrages présentent différents mouvements de l’océan, filmés en plan plus ou moins rapproché. Accrochés à la surface des vagues et autres tourbillons, une douzaine d’extraits tirés de la partie du poème associée à chaque court-métrage (sélection aléatoire) évoluent en suivant les mouvements de l’eau. Il s’agit du premier mode de visualisation offert pour chacune des parties du poème, c’est-à-dire la visualisation «full-screen» (plein écran). Au bas de l’écran, un lien à l’extrême gauche («home») permet de revenir à l’accueil. Plus au centre, trois autres liens peuvent être utilisés pour passer d’un mode de visualisation à l’autre ou pour régénérer le poème dans son mode actuel. (En cliquant sur «regenerate», le court-métrage est repris du début, servant de support à un nouvel ensemble d’extraits textuels sélectionnés aléatoirement.) Le mode de visualisation «high-rez video» est similaire au mode «full-screen», sauf que le court-métrage apparaît avec une meilleure résolution et occupe à l’écran une surface moindre. Quant au mode de visualisation «scroll text», il est composé de deux parties distinctes: dans la partie supérieure, le même court-métrage auquel se superposent différents extraits textuels (voir modes de visualisation «high-rez video» et «full-screen») demeure visible. Dans la partie inférieure, une version texte complète de la partie du poème associée au court-métrage apparaît comme «imprimée» sur une feuille. Cette feuille défile dans un espace rectangulaire qui ne permet d’en découvrir qu’une petite section à la fois. Une barre munie d’un curseur au bas de l’écran permet toutefois à l’internaute de contrôler la vitesse de défilement de la feuille et sa direction (de haut en bas ou de bas en haut). Finalement, à gauche et à droite des liens servant à passer d’un mode de visualisation à l’autre, deux flèches peuvent être utilisées pour passer d’une partie du poème à l’autre sans revenir à la page d’accueil.

Les dix parties du long poème au cœur de slippingglimpse sont composées à partir de différents extraits d’entrevues menées avec des artistes visuels utilisant les technologies numériques, de vers composés par Stephanie Strickland elle-même et d’un vieux conte folklorique, «The Passion of the Flax», qui explore d’anciennes technologiques de capture d’image/texte, comme par exemple la fabrication du papier à partir de la fibre de lin (Malloy, 2008). Les textes issus de ces sources ont été fractionnés et recombinés pour les dissocier de leurs origines, de manière à ne conserver que le motif sous-jacent (Daley, 2009). Lorsque les courts-métrages sont lancés, le programme de l’œuvre analyse l’image à toutes les dix secondes pour identifier les changements de couleurs aux dix pixels (Greenstreet, 2008). Un extrait textuel est alors associé aléatoirement à chacun des points identifiés, se déplaçant en fonction des mouvements des différentes zones «suivies» par le programme. Tel que le proclame Stephanie Strickland elle-même: «The metaphor is that the water's motions provide a scanning, as our eyes scan text. [...] In the poem, we aim to give equal weight to two kinds of language: to weight natural languages and human readers equally with non-human languages and non-human readers» (Malloy, 2008). L’eau est un premier lecteur non-humain, tout comme l’ordinateur, qui affecte le texte «by gravity, by chaotic attractors and catastrophic changes in state, patterning itself into forms that continuously renew» (Malloy, 2008). Les mots finissent ainsi par former des «chréodes», terme emprunté à la théorie de la catastrophe du mathématicien René Thom et désignant des espaces de transition et de changement à l’intérieur d’un motif défini.

Au final, slippingglimpse emprunte autant aux théories de la lecture qu’aux théories du chaos. Pour reprendre l’analyse de Rachel Daley, «slippingglimpse is about the cycle of things coming about or together and breaking apart, about the violence of this cycle (seen in video and verbal images), and about how despite this violence and the changes that result, systems have a way of reliably returning to patterns» (Daley, 2009). Même si le texte est parfois obscurci par toutes les transformations subies (fractionnement, mélange, mise en mouvement, etc.), il n’en demeure pas moins que la démarche des artistes témoigne d’une compréhension intéressante de la nature et de notre relation au monde largement marquée par les courants écolo-philosophiques (Malloy, 2008) à la mode au début des années 1990. D’ailleurs, Paul Ryan avait déjà publié en 1993 un ouvrage intitulé Video Mind, Earth Mind traitant de la pratique écolo-philosophique du «threeing» (Ryan, 1993) dont les principes ont inspiré slippingglimpse (Malloy, 2008).

Pour citer
Gauthier, Joëlle. 5 mai 2010. « slippingglimpse , par Strickland, Stephanie, Cynthia Lawson Jaramillo et Paul Ryan ». Fiche dans le Répertoire des arts et littératures hypermédiatiques du Laboratoire NT2. En ligne sur le site du Laboratoire NT2. <http://nt2.uqam.ca/fr/repertoire/slippingglimpse-1>. Consulté le 22 octobre 2017.