• Skeleton Sky: A Millenium Poem (navigation filmée #1)

Skeleton Sky: A Millenium Poem

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Skeleton Sky: A Millenium Poem plonge l’internaute dans un environnement hypertextuel où le mouvement domine. Comme l’écrivait l’auteure lors d’un entretien-discussion en ligne sur le site vispo.com, «skeleton sky is about cycles, about movement, about oscillations in a moment in time...» (Guertin, Wabers, Andrews, 2000). La page d’accueil de l’œuvre porte la dédicace «for Jennifer». Il suffit d’un clic sur le demi-cercle (une moitié de roue) pour accéder au nœud hypertextuel principal de Skeleton Sky, à l’intérieur duquel on retrouve onze liens se nommant «spins» alors qu’un douzième se nomme «it spins». Le nombre de ces différentes portes d’entrées dans le poème hypertextuel proposé par Guertin n’est pas laissé au hasard: le chiffre douze rappelle le cycle annuel des douze mois. On compte au total vingt-sept nœuds hypertextuels au sein de l’œuvre (vingt-huit si l’on inclut la page d’accueil). Les thématiques abordées dans l’œuvres sont aussi variées qu’universelles: la vie et la mort, le jour et la nuit, la douleur et le plaisir, le voyage et la fixité, le ciel et la terre. Celles-ci sont traitées à l’intérieur de poèmes fortement ancrés dans la sensorialité, voire la sensualité.


Entrant de plein pied dans une approche féministe de la littérature hypertextuelle, l’internaute doit concevoir son expérience du texte/hypertexte comme une incorporation de ce dernier. «Feminist digital narratives are elaborate, multidimensional architectural spaces woven of subversive linkages. Part of this subversion lies in the way that the digital text requires us to retrace our steps. We must keep rereading passages. It is in revisiting a particular narrative that the hyperlink most effectively undermines and subverts our browsing of the text.» (Guertin, n.d.). Skeleton Sky, par sa trame narrative plutôt abstraite (voire absente), invite l’internaute à parcourir l’hypertexte sur le mode du flâneur. Ce "flâneur" doit toutefois être compris autrement que dans sa conception baudelairienne, qui optait plutôt pour une chosification de son environnement, des habitants de la ville (et principalement de la femme). Guertin utilise plutôt l’approche spécifique du Wanderlust (qu’on pourrait traduire par l’envie de voir ailleurs). Elle l’explique de cette façon: «Wanderlust, a form of nomadic voyaging, is the expression of female desire and the condition of being an outsider in the act of leaping in electronic texts where the gaps in the narrative can only be linked, never reconciled» (Guertin, n.d.). Cette forme de nomadisme au sein de l’hypertexte implique quant à lui deux choses: à la fois une injection des savoirs et expériences de l’internaute dans l’hypertexte de Guertin, mais l’hypertexte doit lui-même être considéré comme une constellation (dont le champ sémantique est très présent au sein des poèmes) permettant de se repérer. La lecture et la relecture (comme le nomade au sens traditionnel pouvait lire les signes du ciel et de la terre) est donc ce qui tient l’œuvre: «We must keep rereading passages. It is in revisiting a particular narrative that the hyperlink most effectively undermines and subverts our browsing of the text. Rereading—or revisioning—exposes our earlier memory of and assumptions about the text and, by doing so, resituates us in place, time and space» (Guertin, n.d.).


Chaque noeud hypertextuel est donc réactualisé par le précédent et le suivant, suite aux diverses connexions qui auront été faites par le lecteur/navigateur. Le clic de l’internaute devient, dans la perspective donnée par Guertin, l’outil principal du rapport à l’espace textuel et ce déplacement dans l’hypertexte induit un déplacement dans le temps. Si le lecteur de l’hypertexte est à la recherche d’une intrigue, comme le propose Alice van der Klei: «[s’il] peut parfois avoir le sentiment de tourner en rond, il importe plus, pour lui, de faire des liens tout en se donnant l’impression d’être dans une lecture toujours en cours» (Klei, 2002). Selon le chemin qu’il aura parcouru, l’internaute pourra voir dans les vers «shake my head / nothing moves / nothing works / even as i rise / rattle of bones» à la fois les résultats d’un accident quelconque (car on se demande bien qui est cette «she» tout au long de la navigation, qui elle est, ce qui lui arrive…) ou bien les préludes de la contemplation de la fin du monde. Les vers suivants, «there is no feeling / here», où «here» est cliquable, mènent à une autre page dont les premiers vers est «the sky rains stars / the bang / cataclysmic». Ce «bang» reste toutefois ambiguë puisque lorsqu’on le clique, le poème qui y est hyperlié, revient avec cette «her/she» énigmatique : «her presence / visible / electric / her face young / with the power of living». La mort appelle les commencements et la vigueur de la vie et inversement. Le lecteur se fait prendre au jeu des cycles et du mouvement. Ainsi, Skeleton Sky, n’évoque-t-il pas seulement un ciel mort suspendu au-dessus de tous, mais aussi le ciel suspendu au-dessus de l’enfant encore dans le sein de sa mère. La roue, présente dans la majorité des poèmes, mais qui ne révèle que sa moitié ou son quart, rappelle que les cycles sont aussi composés de ruptures, tout comme l'hypertexte. Ces ruptures sont toutefois nécessaires et participent des cycles.

Pour citer
Bordeleau, Benoit. 12 août 2009. « Skeleton Sky: A Millenium Poem, par Guertin, Carolyn ». Fiche dans le Répertoire des arts et littératures hypermédiatiques du Laboratoire NT2. En ligne sur le site du Laboratoire NT2. <http://nt2.uqam.ca/fr/repertoire/skeleton-sky-millenium-poem>. Consulté le 22 octobre 2017.