INSTA

Auteur·e·s: 

Du 8 juin au 13 juillet 2017, la galerie d'art en ligne Galerie Galerie offre aux internautes de visiter l'exposition INSTA où figurent deux installations interactives: Il est faux de croire que tu ne reverras peut-être jamais cette belle poubelle pas du tout instable de Sarah L'Hérault et John Frum, les masseuses et autres entreprises de Mathieu Cardin. Ces artistes ont ainsi été invités par la galerie à «réfléchir sur l’occupation de l’espace en ligne» en réalisant de l'art installatif adapté aux caractéristiques propres de l'espace d'exposition numérique.

L'installation de L'Hérault est une oeuvre qui s'explore par défilement vertical pour voir l'étendue des objets qui la constitue. Ces objets sont des détritus qu'on pourrait retrouver dans une poubelle, assemblés en un collage numérique, qu'une voix monocorde énumère telle une visite guidée de l'oeuvre. Parfois très endommagés, ces objets perdent ainsi leur forme initiale pour ne plus qu'être des éléments esthétiques colorés. En passant notre curseur sur certains de ces objets, une voix s'ajoute et leur donne un nouveau nom (les sacs-poubelle noirs sont ainsi appelés «météorites»), créant une cacophonie de voix qui rend la tentative de suivre l'énumération quasi impossible.

Mathieu Cardin nous présente, pour sa part, une oeuvre hypermédiatique qui sera enrichie tout au long de l'exposition. La page de départ de l'oeuvre est un collage sur fond blanc d'éléments junk food (hamburger, frites, hot-dog, cola) et d'un cobra doré kitch. Le textepr Chez John Frum America renvoit à la page Wikipédia du Culte du Cargo. Ce culte millénariste1propre au Pacifique est une subversion de la technologie et des moyens techniques des colonisateurs; qui perdent leur tangibilité pour devenir des manifestations métaphysiques. Le nom John Frum renvoie à un prophète de ce culte au Vanuatu, qui aurait annoncé la Guerre du Pacifique avant qu'elle ne se produise et qui continue d'être adoré. Cardin rapproche ainsi une conséquence aussi surprenante que méconnue du colonialisme avec d'autres manifestations de l'impérialisme occidental et du néo-colonialisme.  Le junk food, consommé partout sur la planête, représente une certaine uniformisation culturelle apportée par l'Occident et fait ainsi écho à l'impact des empires coloniaux sur le Pacifique. Les «masseuses» du titre de l'oeuvre renvoit au tourisme sexuel, une autre manifestation de l'influence du consumérisme occidental dans les pays du sud.  Nous pouvons accéder aux autres «pièces» de l'installation de Cardin en cliquant sur les images qui agissent tels des hyperliens, menant aux différents collages mélangeant imagerie kitch et GIFs tirés de jeux 8-bit.

Ces deux installations numériques explorent une esthétique de la (sur)consommation ainsi que ses impacts environnementaux et sociologiques. Dans l'oeuvre de Sarah L'Hérault, la succession des rebuts semble sans fin, faisant réfléchir au poids des couches de déchets que l'humain produit, contaminant même l'espace virtuel. Pour ce qui est de Mathieu Cardin, la critique du consumérisme passe par une réflexion sur l'impact du colonialisme occidental dans les îles du Pacifique, se faisant ressentir dans l'industrie du tourisme et dans l'américanisation de la planète.

Pour citer
Tremblay, Alexandra. 13 juillet 2017. « INSTA, par L'Hérault, Sarah et Mathieu Cardin ». Fiche dans le Répertoire des arts et littératures hypermédiatiques du Laboratoire NT2. En ligne sur le site du Laboratoire NT2. <http://nt2.uqam.ca/fr/repertoire/insta>. Consulté le 17 octobre 2017.