• Face to Face, Stories from the Aftermath of Infamy (navigation filmée #1)

Face to Face, Stories from the Aftermath of Infamy

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Face to Face, Stories from the Aftermath of Infamy est une œuvre de mémoire. Plus précisément, il s’agit de la mise en place d’une réflexion sur l’expérience du trauma liée à deux événements marquants de l’histoire américaine, soient l’attaque contre Pearl Harbor par l’armée japonaise le 7 décembre 1941 et les attentats du 11 septembre 2001 à Manhattan. L’œuvre propose à l’internaute d’entendre les archives de divers témoignages relatifs à ces deux événements. Le point de vue adopté par l’œuvre est celui des natifs américains d’origines japonaise et arabe qui ont vécu l’expérience du rejet suite à ces événements tragiques. Leurs témoignages racontent la difficulté d’être considéré par ses pairs comme appartenant au camp ennemi.

Le dispositif visuel de l’œuvre contribue à créer l’ambiance de confession qui se dégage à l'audition des témoignages. Une fenêtre présente à l’écran le visage de quatre personnes dont on peut, à tour de rôle, entendre le témoignage. Les photographies sont en noir et blanc et les gens y sont représentés sur un fond noir. De cette esthétique minimaliste se dégage une ambiance d’intimité qui correspond à la nature des témoignages. Ces gens racontent leur expérience personnelle du trauma, le tiraillement qu’ils ont subi en se sentant exclus de la nation et en étant traités comme de véritables ennemis. Comme le souligne Joanne Lalonde, il s’agit de «[...] récits de l’inquiétude, de la douleur. Récits de l’incompréhension devant la montée subite de la haine. Récits de la perte, de l’identité scindée, du tiraillement entre l’identité nationale et l’identité culturelle» (Lalonde, 2009). Ainsi, Face to Face, Stories from the Aftermath of Infamy permet de jeter un regard différent sur l’histoire, en adoptant le point de vue des victimes le plus souvent oubliées. Il ne s’agit pas du point de vue de l’agressé, soit la nation américaine, mais bien de celui de citoyens américains qui, à cause de leur identité culturelle, ont été considérés comme des agresseurs, des ennemis potentiels.

L’accumulation des différents témoignages constitue une critique du lien injuste qui a été établi par les autorités américaines entre l’agresseur, ici l’armée japonaise, là les terroristes, et les Américains d’origines japonaise et arabe. On y comprend comment la peur et la souffrance ont poussé les dirigeants politiques à agir avec un manque de discernement et de respect envers ces gens qui, a priori, n’avaient rien à voir avec ces événements tragiques, si ce n’est qu’ils partageaient la même identité culturelle que les agresseurs. En mettant en parallèle les événements de Pearl Harbor à ceux du 11 septembre 2001, l’œuvre donne à voir que le traitement qui a été réservé aux minorités concernées répondait, dans les deux cas, à une logique de la peur de l’autre, de la différence.

Il est à noter que l’œuvre propose un index thématique qui réunit les témoignages selon diverses perspectives. Les thèmes sont ceux de la peur, des enquêtes du FBI, de l’emprisonnement, de la colère, de la perte, de l’identité américaine, etc. Il est également possible pour les internautes de partager leurs réflexions à la suite de ces témoignages, dans la section du site intitulée «responses». Nous retrouvons aussi un glossaire visant à expliquer différents termes liés aux Américains d’origines japonaise et arabe. Finalement, le site propose une section didactique où du matériel d’enseignement est mis à la disposition des enseignants qui souhaitent réfléchir à ces problèmes historiques avec leurs étudiants.

Face to Face, Stories from the Aftermath of Infamy propose de réfléchir à ces deux événements marquants de l’histoire américaine en adoptant un point de vue le plus souvent relégué aux oubliettes, celui de victimes qui ont été considérées comme des ennemis par leurs semblables. Ce faisant, l’œuvre vise à contribuer à une meilleure compréhension des enjeux identitaires liés à la perception de l’ennemi, dans les cas où des gens, appartenant aux camps des agressés, basculent soudainement du côté des agresseurs par un effet pervers lié en grande partie à la peur de l’inconnu.

Anciennement hébergé au http://www.itvs.org/facetoface/intro.html, le projet est maintenant disponible au http://archive.itvs.org/facetoface/intro.html.

Pour citer
Brousseau, Simon. 2 avril 2010. « Face to Face, Stories from the Aftermath of Infamy, par Mikuriya, Rob ». Fiche dans le Répertoire des arts et littératures hypermédiatiques du Laboratoire NT2. En ligne sur le site du Laboratoire NT2. <http://nt2.uqam.ca/fr/repertoire/face-face-stories-aftermath-infamy-0>. Consulté le 23 octobre 2017.