• Excerpts from An Archive (navigation filmée #1)
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Excerpts from An Archive

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Excerpts from An Archive est une création de l’artiste canadienne Deanne Achong. La première image qui s’offre à l’internaute lorsqu’il accède à l’œuvre est un morceau d'une photographie ancienne représentant les jambes et les pieds de petites filles assises en rang, accompagnée de la légende «[s]hoes were a bit too tight». En cliquant sur cette image, l’internaute est dirigé vers le menu principal: sur fond gris, neuf médaillons permettent de visiter les neuf sections de l’œuvre. Lorsque l’internaute fait passer le curseur de la souris sur les médaillons, des mots se superposent aux images pour indiquer la cible de chaque lien.

Dans la première section, «Leila», la narratrice nous présente Gabriel Boudars, personnage construit à partir d’un simple nom inscrit au Recensement de St-Christophe, en 1671. Elle décide qu’il sera le père de Leila, militaire de carrière, Français, sévère, amateur de chemises propres et bien repassées: «I like this name. This will be his name. He was a meticulous, no thoughtful, no, precise, yes that's it. I forgot who he was supposed to be. Leila's father». La deuxième section, «Division 9», commence par l’énumération des noms des élèves sur une photo de classe datant des années 1960. Juste en bas, on peut lire que Janet, née en 1957, est décédée d’une surdose en 1977 et que Susan, née en 1956, est mariée, sans enfant, et pratique la profession d’opticienne. Un lien hypertextuel sur «Janet» permet d’accéder aux peurs de celle-ci: son frère, les rats, les crayons pointus, les chiens, les Indiens, Jennifer, la poussière, etc. L’internaute doit promener le curseur de la souris sur l’écran blanc pour faire apparaître les mots et accéder aux courts textes explicatifs pour chacune de ces peurs. La troisième section, «Disciplined», est composée de texte blanc barré, inscrit sur fond gris. Quelqu’un y raconte l’histoire de sa famille et d’Ana, la demi-orpheline. Chaque texte est surmonté de données factuelles sur les personnes dont il est question: années de naissance, dates et causes des décès, professions, etc. La section quatre, «Shelia [Shelagh]», contient encore ce même type de données factuelles, mais pour trois infirmières ayant servi pendant la Deuxième Guerre Mondiale. On y accède aussi grâce à la photo de la «classe de 1920», sur laquelle figure Shelagh. En cliquant sur la jeune fille, l’internaute est dirigé vers une série de réflexions inspirées par la photo de Shelagh: son chapeau trop grand, ses mains froides, ses souliers trop petits… et sa certitude quant à la mort prochaine de Mr. J. («Yes, she was afraid. Of the smell. The smell on the wards, the decay, the smell of Mr. J. He wasn't going to make it and he knew it»). La section cinq, «Frank», contient quatre nouvelles notices factuelles (dates de naissances, dates de décès, professions, statuts). En cliquant sur le mot «accident» dans la notice de Frank B., l’internaute apprend les détails de l’accident de voiture qui lui a coûté la vie. La sixième section n’a pas de nom: lorsque l’internaute y pénètre, il n’accède qu’à un court texte à propos d’une femme ayant porté des souliers trop petits toute sa vie. La septième section, «pinch», est composée de deux tableaux: «pinch» et «bored». En promenant le curseur de la souris sur l’écran, l’internaute fait apparaître des fragments de texte et des photos se rapportant aux amours malheureux de Judy et Heather. La section huit, «Never married», ressemble à la section six. Elle ne contient qu’un court texte, énigmatique, à propos d’un homme qui ne s’est jamais marié. Finalement, la section neuf, «lists», présente une série de notices généalogiques, en français et en anglais, accompagnées de la mention en texte barré «Disclaimer: There is no order here. Either we are all born free or we are all born in chains».

Bref, Excerpts from An Archive se présente comme un travail sur la trace: que reste-t-il après la mort? Quelle est la part de l’oubli et celle du souvenir? D’une part, l’œuvre entière n’est faite que de fragments, sans liens apparents entre eux. Ce qui s’appuie sur les faits demeure énigmatique, voire hermétique (les notices biographiques et généalogiques abrégées), et le reste est souvent inventé, basé sur les impressions et les suppositions de l’artiste: «I forgot who he was supposed to be. Leila's father. But does her name fit? Not very French, non? [...]Yes, that's it -- he was a military man. That's how he had a child who was not French.» La mémoire est reconstructive. Mais d’autre part, les longs passages en texte biffé – comme effacés mais toujours lisibles – mettent en lumière la censure de la mémoire: «Ever wonder how lonely it must be to be only half an orphan? Or is that possible? It's like being semi-illegitimate. At least she wasn't that. No siree, she had her birth certificate to prove it». De quoi est-il approprié de se souvenir? De quoi est faite notre identité? Peu importe l’angle sous lequel l’internaute aborde la question, il n’y a pas de réponse facile. Le passé demeure troué, mystérieux, complexe. D’ailleurs, jamais l’artiste ne répond à la question de base que soulève le titre même de son projet: de quelle archive s’agit-il au juste? Est-ce de la famille de l’artiste elle-même qu'il est question?

Excerpts from An Archive est en définitive une œuvre énigmatique et déconcertante, construite comme une plongée impossible dans le passé.

Pour citer
Gauthier, Joëlle. 22 septembre 2009. « Excerpts from An Archive, par Achong, Deanne ». Fiche dans le Répertoire des arts et littératures hypermédiatiques du Laboratoire NT2. En ligne sur le site du Laboratoire NT2. <http://nt2.uqam.ca/fr/repertoire/excerpts-archive>. Consulté le 16 octobre 2017.