• Califia (navigation filmée #1)

Califia

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Califia est un hypertexte de fiction de l’auteure M. D. Coverley, nom de plume de Marjorie Coverley Luesebrink. On y suit l’enquête menée par Augusta, agente immobilière divorcée vivant à Los Angeles, pour retrouver un mystérieux trésor enfoui par ses ancêtres quelque part en Californie. Cette quête la mènera à se lier d’amitié avec Calvin, son voisin qui travaille comme accessoiriste au cinéma, et Kaye, une hippie pratiquant le spiritisme et détenant un diplôme en géologie. Au fil du récit, ils découvriront tous trois le passé trouble de leurs ancêtres et les liens de parenté qui (à leur grande surprise) les unissent. Ils devront aussi se plonger dans les légendes des ancêtres amérindiens féminins d’Augusta, qui possédaient la connaissance des étoiles et des mythes et qui ont laissé derrière elles une mystérieuse couverture brodée servant de carte pour indiquer l’emplacement du trésor – pour peu, bien sûr, que l’on sache la lire –, et se mesurer à la puissance masculine négative d’une mystérieuse corporation énergétique convoitant les terrains ayant appartenu à leurs grands-parents et arrière-grands-parents. De même, ils seront confrontés à la perte et à la mort (directement, via le décès des parents d’Augusta; et indirectement, à travers les séances de spiritisme assistées par ordinateur de Kaye, qui permettront à Calvin de communiquer avec sa mère défunte), et découvriront que le véritable trésor réside en eux-mêmes, la quête de l’or se transformant peu à peu en une quête identitaire menant vers l’acceptation sereine de la mystique holistique californienne du mouvement perpétuel.


Califia a été produit à l’aide du logiciel Storyspace de la compagnie Eastgate, logiciel ayant entre autres servi à Michael Joyce pour créer Afternoon, a Story (1987) et à Shelley Jackson pour Patchwork Girl (1995). Comme pour la majorité des créations sur Storyspace, les options de navigation offertes à l’utilisateur sont nombreuses: accès à un historique de navigation, menus d’accès rapide diversifiés en haut de chaque fenêtre, possibilité de reculer (fonction «previous») ou d’avancer («forward») à volonté, etc. D’ailleurs, le récit de Coverley est divisé en quatre parties («South 1. The comets in the Yard», «East II. Wind, Sand, and Stars», «North III. Night of the Bear» et «West IV. The Journey Out»), ou cinq si on inclut l’introduction; au début de chaque partie, l’auteure propose un mode d’emploi pour bien apprivoiser ces différentes fonctions de navigation, invitant l’utilisateur à se familiariser avec les interfaces avant d’entreprendre sa lecture. Entre autres, elle y présente son fameux «KitBag», barre d’outils supplémentaire que l’utilisateur peut appeler en tout temps et qui permet un accès direct à des archives, des journaux, des arbres généalogiques, des cartes géologiques, des explications concernant les mythes amérindiens et les étoiles, etc. compilés par les trois protagonistes principaux au fil de leur enquête. De plus, à partir du «KitBag», l’utilisateur peut  passer directement à l’interface «Paths», qui permet dans chaque partie de l’œuvre de visualiser d’un seul coup tous les blocs d’information présentés par les différents narrateurs (et de s’assurer ainsi de ne rien avoir raté). Tous ces outils sont d’ailleurs plus que nécessaires pour réussir à se mouvoir dans Califia. En effet, il s’agit d’une œuvre qui contient une quantité incroyable de textes divisés en fragments éparpillés de natures diverses (documents d’archives, cartes, exposés scientifiques, mythes, récit de l’enquête comme telle, etc.) et l’utilisateur peut facilement se sentir totalement perdu s’il ne parvient pas à maîtriser les différents outils de navigation, de façon à pouvoir se bâtir une vue d’ensemble du contenu de l’œuvre et évaluer sa progression.


Dans Califia, Coverley joue constamment sur le vrai et le faux. Si l’enquête des protagonistes demeure de toute évidence dans le domaine de la fiction, qu’en est-il des documents d’archives présentés dans l’œuvre? Que doit-on croire en ce qui concerne toutes les cartes, les mythes et les anecdotes historiques qui parsèment le récit? Au début de l’œuvre, Coverley sème encore plus le doute en invitant l’utilisateur à lui faire parvenir les documents supplémentaires en sa possession pouvant aider à faire progresser les recherches d’Augusta et de ses amis… Car à travers le récit délirant des expériences de spiritisme de ses personnages et les retournements improbables de l’intrigue (tels que les conspirations énergétiques loufoques et les liens de parenté fantaisistes qui surgissent à tout moment), Coverley s’efforce bel et bien de reconstruire une histoire féministe de la Californie, centrée sur les femmes marginales qui en ont porté la mémoire d’un siècle à l’autre, témoins des excès des hommes aveuglés par l’or et les promesses de richesse. C’est à travers la surenchère de documents, souvent laissés par des hommes qui ont forgé le visage de la Californie, que Coverley parvient finalement à restituer une faible voix féminine, apparaissant ça et là entre les lignes, dans les espaces du silence et de l’oubli.


En conclusion, Califia demeure un travail de la mémoire qui doit se négocier entre le souvenir et l’oubli, une entreprise d’archéologie qui cherche à ramener à la surface des fragments d’histoire depuis longtemps tombés dans le silence. Lors de cette descente dans le passé, la parole appelle la parole, la surenchère du «dit» s’avérant nécessaire pour ressusciter ce qu’il reste des morts – ou, plus exactement, des mortes.


Notons que le CD-ROM, conçu pour les plateformes Windows 95, 98 et 2000, cause de sérieux problèmes sur les systèmes Windows XP. Après une période initiale de bon fonctionnement, le CD-ROM entraîne la corruption de différents fichiers Système, ce qui cause la disparition du texte dans plusieurs utilitaires. Pour corriger le problème, l’utilisateur doit restaurer son système à une version antérieure ou réinstaller Windows. Le CD-ROM est incompatible avec Windows 7 et les systèmes Mac.

Pour citer
Gauthier, Joëlle. 2 mars 2010. « Califia, par Coverley, M. D ». Fiche dans le Répertoire des arts et littératures hypermédiatiques du Laboratoire NT2. En ligne sur le site du Laboratoire NT2. <http://nt2.uqam.ca/fr/repertoire/califia>. Consulté le 16 octobre 2017.