Sandrine Galand

Morel, Julie: Le générateur blanc

Cette oeuvre s'est érigée de concert avec l'expérience d'écriture qu'a vécue l'artiste lors de sa résidence au Québec. Les récits, anecdotes et expériences qu'elle a consignés de façon continue sur son ordinateur ont été repris par un générateur de textes qui a produit à son tour un nouveau texte, se servant de la position dans le temps de La Chambre Blanche. Pour l'observateur, la lisibilité de ce nouvel objet texte dépend à la fois de sa position géographique et de l'heure à laquelle il se connecte. La couleur du fond de la page ainsi que celle du texte varient chacune de blanc à noir, passant par toutes les teintes de gris, et ce, durant 24 heures. Seulement, l'une correspond au fuseau horaire de La Chambre Blanche et l'autre, à celui de la personne connectée. Par ce procédé, l'oeuvre pose une réflexion sur la perte de repères géographiques sur Internet.

 

Golder, Gabriela: Rescate

Avec Rescate, l'artiste redonne place à des mots ayant été occultés, censurés. Puisant à même des livres d'auteurs argentins emprisonnés, exilés ou assassinés, elle crée un espace dans lequel les mots peuvent enfin redevenir visibles. Cet univers se construit graduellement par l'apparition de mots flottant à l'écran alors qu'une voix les nomme un à un. Lorsqu'un mot est sélectionné par l'internaute, l'espace se recentre sur celui-ci. L'internaute est alors bombardé de ce mot qu'il a élu au détriment des autres, comme pour l'ancrer solidement dans sa mémoire.

The Breathing Wall est une animation vidéo interactive relatant l'histoire du meurtre mystérieux de Lana à travers les rêves de Michael, son ex-copain de vingt et un an. L'histoire se révèle à l'internaute au fil des rêveries diurnes (day-dream) et nocturnes (night-dream) du protagoniste. On y apprend que Michael a été injustement accusé du meurtre de Lana, tuée le lendemain de leur rupture. Tous le croient coupable puisqu'une note [1] l'incriminant a été retrouvée dans les poches de Lana.

Les séquences diurnes de l'oeuvre (au nombre de 5) ne sont pas interactives. La voix de Michael narre les événements de son quotidien en prison (la visite de ses parents, de sa soeur Florence, etc.) tout en se remémorant les drames passés, tentant de comprendre le moment où il a perdu contrôle de son existence. Lorsque sa voix ne mène pas le rêve, sa narration se poursuit à l'écrit, via des textes courts superposés à l'image. Malgré leur caractère davantage contemplatif, ces séquences demeurent primordiales à la compréhension de l'oeuvre puisque la majorité des moments clés du récit nous y sont dévoilés.

Intercalés dans ces divagations diurnes se trouvent les rêves mouvementés que fait Michael la nuit, dans sa cellule. Le déroulement  de ces quatre night-dreams dépend de la respiration de l'internaute: celle-ci, captée par micro, est ce qui déclenche la narration du captif, le mouvement des images, l'enchaînement des scènes, le défilement du texte. En effet, les créateurs désiraient que l'oeuvre rende directement compte de l'expérience qu'en ferait l'internaute. Dès lors, le déroulement narratif de l'oeuvre et les émotions qu'elle fait naître, ici traduites par la respiration, se révèlent intrinsèquement liés. D'ailleurs, les créateurs conseillent d'écouter les night-dreams bien calé dans un lit, l'ordinateur portable sur les genoux, dans la pénombre: «Try to sit in a relaxed position, or even better try the night-dream on a laptop computer in bed at night.» Plus l'internaute est relaxé, plus il entre profondément en l'oeuvre, plus il entre dans le rêve.

Formellement, The Breathing Wall n'est peut-être pas aussi homogène que ses créateurs l'auraient souhaité. D'un côté, les day-dreams forment un récit linéaire, appuyé par des images immobiles, du texte et certaines phrases narrées; alors que de l'autre, les night-dreams - déjà plus marquants par leur interactivité - remplacent les images fixes par un montage d'extraits vidéos et sont exempts de texte. La tentation est forte de ne parcourir l'oeuvre que partiellement, passant par dessus les sections nocturnes, plus demandantes et hermétiques. Cette tension a été ressentie également au moment de la conception de l'oeuvre. Kate Pullinger note, dans son journal en ligne:

The three-way collaboration has been odd; really, it's been more like two-way collaborations, with Stefan and I working on the HTF dreams, and Chris and I working on the hypertext. [2]

Néanmoins, l'oeuvre contourne ce problème formel grâce au contenu: des éléments nécessaires au déroulement de l'énigme policière - qui a tué Lana? - sont parsemés ça et là, tant dans les night-dreams que dans les day-dreams.

Finalement, même si le récit principal de The Breathing Wall s'inscrit sous un registre d'enquête policière, l'esthétique générale de l'oeuvre la place davantage sous une bannière fantastique propre aux récits de fantômes. Les figures humaines sont complètement élidées de l'oeuvre et les corps sont morcelés (une main, un dos, etc); les images sont floues, parfois très pixelisées; et l'ambiance sonore, faite d'échos et de bruits confus, se veut mystérieuse, onirique. C'est également durant la nuit que l'esprit de Lana revient visiter Michael, communiquant avec lui «through the wall». Grâce cette présence spectrale, Michael parvient à faire la paix avec l'échec de sa relation, il reprend contact avec sa soeur qui le croyait coupable et réussit à se faire justice, sortant enfin de prison.

Notons que parcourir l'oeuvre dans sa totalité prend environ deux heures et demie. Elle ne fonctionne toutefois que sur PC. L'histoire et les textes sont de Kate Pullinger, les effets durant les night-dreams sont de Stefan Schemat et ceux des day-dreams sont de babel.

 

[1] «I don't know what I'm going to do without you. Whatever happens - its your fault. It's your responsibility. You shouldn't have broken up with me»

[2] Note du 7 juillet 2004, sur The Breathing Wall: an online journal. En ligne: http://tracearchive.ntu.ac.uk:80/studio/pullinger/bwone.html (consulté le 21 mars 2011)

Stroble, Eugene: The Glorious Sound

The Glorious Sound est décrit comme un «Netnovelet» (ou netroman). Au fil des chapitres, l'internaute découvre les aventures de deux garçons durant la fin des années 1910 et le début des années 1920. Le récit prend place dans la ville de Jacsonville en Floride qui était qualifiée, entre 1900 et 1913, comme «l'Hollywood de l'Est». L'hypertexte traite donc de l'histoire des débuts du cinéma muet, mais aussi de rêves d'enfance et de l'amour de la musique que partagent les deux garçons.

Rozendaal, Rafaël: Mister Nice Hands

Cette oeuvre illustre une blague classique entre amis: un demande à l'autre de tirer sur son index et, lorsque ce dernier s'exécute, le premier en profite pour émettre une flatulence. Mister Nice Hands présente ainsi deux mains blanches sur un écran rouge. Celle de gauche a l'index tendu alors que celle de droite est en placée comme pour saisir celui-ci. L'internaute peut cliquer sur l'une des deux mains. La main située à droite tire alors sur l'index de la main gauche. L'internaute aura droit à une surprise... L'oeuvre s'inscrit dans la série d'oeuvres Neen de Rozendaal. 

: Why was he sad

Cette oeuvre présente un ciel où une multitude de nuages défilent. L'internaute peut faire éclater ces nuages y glissant le curseur de la souris. Un son (un «pop») sera émis au même moment. Une musique d'ambiance accompagne toute l'animation. L'oeuvre s'inscrit dans la série d'oeuvres Neen de Rozendaal. 

Plessas, Angelo: The Taste of Tears

The Taste of Tears est un masque qui pleure lorsqu'on lui arrache, à l'aide de notre curseur, les pétales de fleur qui l'ornementent. L'internaute peut reprendre les larmes et les replacer à l'endroit des yeux du masque. Celles-ci se transforment alors en pupilles. Le masque "ravale" ainsi toutes les larmes qu'il a versées en voyant ses pétales se faire arracher. L'oeuvre s'inscrit dans la série d'oeuvres Neen de Plessas. 

Rozendaal, Rafaël: Let Me Sleep

Cette oeuvre présente une page blanche dans laquelle tombent des crânes turquoises. Lorsque les crânes se touchent entre eux, ils passent d'un turquoise plus pâle à un turquoise foncé. Éventuellement, les crânes disparaissent et d'autres les remplacent. L'oeuvre s'inscrit dans la série d'oeuvres Neen de Rafaël Rozendaal.

Plessas, Angelo: She Never Told Her Love

Cette oeuvre présente un visage de femme de profil. Un capteur de position permet à l'internaute d'animer la chevelure du personnage à l'aide de son curseur. Le profil de la femme est complètement noir, seules ses lèvres sont d'un rouge vif. L'oeuvre s'inscrit dans la série d'oeuvres Neen de Plessas.

Rozendaal, Rafaël: On and Off

Cette oeuvre présente un interrupteur qu'il est possible d'ouvrir et de fermer par le biais d'un capteur de position. L'oeuvre s'inscrit dans la série d'oeuvres Neen de Rafaël Rozendaal. 

Plessas, Angelo: Thought sofa fish in the Deep Sea

Cette oeuvre se divise en deux tableaux. Le premier montre un petit poisson qui éjecte des bulles noires de sa gueule. Lorsqu'on clique n'importe où sur cette animation, on passe au second tableau qui présente une mer noire. Le mouvement des vagues est créé par le curseur de l'internaute. Au-dessus de cette mer se trouve un cercle constitué d'une multitude d'autres sphères multicolores. Aléatoirement, ces petites sphères colorées se détachent, tombent dans la mer et sont aspirées par trois petits ronds blancs dans le coin inférieur gauche. L'internaute peut "sauver" les sphères de couleurs en cliquant sur elles et en les ramenant à la surface (click&drag). Un clic sur la page ramènera au premier tableau. Seule différence : les sphères de couleurs qu'il aura réussi à sauver se retrouvent comme suspendues dans le coin supérieur gauche de l'écran. L'oeuvre s'inscrit dans la série d'oeuvres Neen de Plessas.

Rozendaal, Rafaël: See Through

See Through est une oeuvre qui, de prime abord, a l'apparence d'une page complètement noire. L'internaute, avec son curseur, peut déplacer un cercle qui permet de voir un visage qui se cache derrière celui-ci. L'oeuvre s'inscrit dans la série d'oeuvres Neen de Rozendaal.

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