Sandrine Galand

Manetas, Miltos: SuperMario Sleeping

L'oeuvre SuperMario Sleeping est un machimina fait à partir du jeu de Nintendo 64 Super Mario. Elle a d'abord été créée pour l'exposition "Fatto in Italia" (fait en Italie) du ICA (Institute of Contemporary Arts) à Londres en 1997. Elle s'inscrit désormais dans la série d'oeuvres Neen de Manetas. 

Manetas, Miltos: Dear Yvon

L'oeuvre Dear Yvon est une oeuvre Neen rendant hommage au galériste parisien Yvon Lambert. Celui-ci s'est intéressé de manière précoce à l'art de son temps. Il a représenté ou exposé des artistes tels que Joseph Beuys, Jenny Holzer, Anselm Kiefer ou Sol LeWitt. L'oeuvre de Manetas a été créée en l'honneur des 40 ans de Lambert. Elle présente un point rouge se déplaçant de façon aléatoire sur la page, pendant qu'un pointeur spiralé de couleur verte tente de le rejoindre. Pour plus d'informations sur Yvon Lambert, se référer au site du galériste.

Manetas, Miltos: IPollock

L'oeuvre IPollock permet à l'internaute de se prendre pour le peintre Jackson Pollock. Au centre d'une pièce blanche (rappelant le cube blanc de l'espace muséal) se tient l'avatar d'un homme représentant le peintre. L'internaute choisit une toile à peindre en cliquant sur l'une des trois toiles et l'homme se déplace vers celle-ci. Les mouvements de souris de l'internaute reproduisent la technique du dripping développée par Pollock. Un geste rapide créera des lignes minces et un arrêt de la souris entraînera de plus grosses taches. La couleur de la peinture change à chaque clic de souris. L'internaute peut réinitialiser les toiles en cliquant sur l'avatar du peintre. L'oeuvre s'inscrit dans la série d'oeuvres Neen réalisée par Manetas. 

Manetas, Miltos: Thank you Andy Warhol

Thank you Andy Warhol présente deux petites bêtes (une rose et une verte) qui remercient Andy Warhol. Au-dessus d'elles, un compteur note le nombre de «thank you» qu'elles profèrent. Au premier plan, le nom d'Andy Warhol est répété sous de multiples couleurs et calligraphies. L'artiste Neen Miltos Manetas crée ainsi un hommage ludique et infini (le nombre de «thank you» augmente sans fin) à Warhol, artiste dont il s'inspire librement. 

Marcinkowski, Dawid: Sufferrosa

Sufferrosa: Who is Rosa Von Braun est un vaste film interractif disponible gratuitement en ligne. Le film contient 110 scènes et offre trois fins alternatives. Il a été tourné dans plus de 20 lieux différents et sa distribution comprends 25 acteurs (dont des acteurs piliers de l'industrie du film polonais tels que Beata Tyszkiewicz et Ryszard Ronczewski).

Sufferrosa projette l'internaute dans un thriller d'enquête policière dans lequel il incarne le personnage principal, sous les traits du détective Ivan Johnson, qui est à la recherche d'une femme disparue. Les multiples pistes le mènent jusqu'au docteur Carlos Von Braun, créateur et directeur d'une clinique de traitements rajeunissants pour femmes. Le récit s'amorce lorsque Johnson est drogué et amené de force à ladite clinique qui est située sur une île recluse, Miranda Island. L'immersion dans l'oeuvre peut se faire à partir de trois niveaux différents (l'oeuvre entière se construit sur 4 niveaux), soit via le «Prologue», le «Level -1» ou encore le «Level 0». Ces niveaux correspondent à des étages de la clinique («Level -1» correspond au sous-sol, «Level 0» au rez-de-chaussée, etc.). Une fois ce choix d'entrée effectué, la suite des évènements dépend de l'internaute. Il se déplace à travers de nombreuses pièces de la clinique (une carte détaillée est toujours visible, dans le coin inférieur droit de l'écran), rencontre ses divers actants (infirmières, patients volontairement sur place, patients retenus de force, etc.) et construit petit à petit son enquête. Les embranchement de l'histoire sont multiples, car deux passages dans la même pièce n'activeront pas nécessairement le même contenu.

Sufferosa se veut une satire du culte de la beauté et de la jeunesse prôné par le monde actuel. L'oeuvre s'ancre dans une culture pop américaine forte en faisant appel à des personnalités publiques icôniques telles que Mae West, Blondie, David Bowie, F. Scott Fitzgerald, Anna Nicole Smith et d'autres. La bande sonore du film interactif inclut, entre autres, des morceaux de Sonic Youth et Glass Candy.

À son état initial, l'oeuvre de Michaël Sellam présente l'image en négatif d'une personne quelconque, dont on ne voit que les épaules et la tête et dont le sexe ne peut être identifié. Des sons ambiants répétitifs accompagnent cette image. Les indications de navigation laissées par l'auteur indiquent à l'internaute que le déplacement de sa souris fera varier certaines composantes de l'image. En effet, lorsque l'internaute déplace sa souris sur l'axe des ordonnées, le volume se modifie: au bas de l'écran, l'ambiance sonore est inexistante; en haut, elle se fait omniprésente. Lorsque l'internaute déplace sa souris sur l'axe des abscisses, c'est l'angle de vue ainsi que la luminosité de l'image qui changent: très sombre et décentrée vers la droite lorsque la souris est du côté gauche, saturée et décentrée vers la gauche lorsque la souris est du côté droit. Toutefois, pour que ces variations soient fonctionnelles, il faut absolument que la souris repasse par le centre de l'écran, c'est-à-dire sur l'image. De plus, à chacun de ces passages, la couleur de l'image se modifie: elle passe du jaune au rouge, au bleu, au blanc. 

L'internaute peut aussi changer l'image en appuyant sur les touches alphabétiques du clavier. De la touche "A" à la touche "Z", un récit se construit. D'ailleurs, l'ambiance sonore se module également au fil des touches. À la touche "D", l'image, qui n'était auparavant que pixels grossiers, révèle très clairement le visage d'une femme aux épaules nues. À partir de ce point, l'esthétique générale des images rappelle celle des images captées par Webcam, et ce, particulièrement lorsque l'internaute enchaîne rapidement les touches du clavier en respectant l'ordre alphabétique, conférant une impression de mouvement (et donc de vidéo) à l'oeuvre. 

Plus l'internaute progresse dans l'alphabet et plus le visage de la femme s'approche de l'écran, jusqu'à ce que son oeil gauche l'occupe tout entier. Le titre de l'oeuvre devient alors une indication de lecture: on comprend qu'un parcours alphabétique de l'oeuvre simule un baiser donné par la femme à celui devant l'écran. La touche "Z" ramène la femme en position initiale; le baiser est terminé. 

L'oeuvre de Sellam explore donc les questions du corps et de la présence dans le cyberespace. L'internaute est celui qui contrôle le corps de la femme. Il décide du déroulement du baiser - sa vitesse, sa couleur, la musique qui l'accompagne -, mais il décide également de son existence, car il lui suffit de placer sa souris à l'extrême gauche de l'écran pour que toute présence se dissolve.

Sellam semble vouloir nous rappeler que :

[1] présence n'implique nullement la permanence, mais le dynamisme. [...] C'est que l'effet de présence ne se comprend que dans le discontinu, l'interruption ou le déséquilibre. Il ne se perçoit véritablement qu'aux points de jonction de l'apparition et de la disparition. [1]

La relation qui s'établit entre l'internaute et la femme anonyme est éphémère. Elle naît faiblement à la lettre «A», ne prend véritablement corps qu'à la lettre «D», se termine à la lettre «Z». Mais à tout moment elle peut s'interrompre, s'assombrir, s'assourdir; ou s'intensifier, s'illuminer. S'installe ainsi un aller-retour constant entre présence et absence.

Anciennement hébergée au http://incident.net/hors/portrait/lebaiser/, l'oeuvre n'est aujourd'hui plus disponible en ligne.

Notons en terminant que l'oeuvre s'inscrit dans la série «Le Portrait» d'Incident.net

[1] Gervais, Bertand (04/2007) «L'effet de présence. De l'immédiateté de la représentation dans le cyberespace», Archée, section Cyberculture. En ligne: http://archee.qc.ca/ar.php?page=article&section=texte6&note=ok&no=280&surligne=oui&mot=#6 (consulté le 4 février 2011)

L'oeuvre de Perry Bard s'inspire du chef d'oeuvre du cinéma muet de Dziga Vertov, Man With a Movie Camera. L'artiste reprend les 57 scènes et 1 276 plans originaux du film et les transforme en un projet vidéo participatif et communautaire. Les internautes sont invités à télécharger des images ou des extraits vidéo concordant à leur interprétation personnelle du film de Vertov. Ils choisissent à quelle séquence ils désirent participer, et une fois leurs contributions téléchargées et approuvées par Bard, elles sont comptabilisées dans une base de données à partir de laquelle un logiciel crée un montage vidéo présentant conjointement les scènes originales du film et les relectures contemporaines qu'en font les internautes. Le tout est accompagné d'une bande sonore originale de Steve Baun. Chaque jour, le logiciel compose une nouvelle variation du film résultant.

Le site est traduit en anglais, français, espagnol et mandarin. D'autres traductions sont à prévoir puisque Bard souhaite une accessibilité mondiale au projet. Le site, divisé en quatre sections, introduit le projet en prenant soin de résumer et de replacer le film de Vertov dans son contexte bien particulier d'émergence. Une section est consacrée à la présentation exhaustive des participants. D'ailleurs, ceux-ci peuvent, s'ils le désirent, joindre à leur nom un hyperlien renvoyant vers un site Web personnel, accroissant ainsi l'effet communautaire du projet. Finalement, il est possible de parcourir les vidéos réalisées soit par mots-clés ou via un découpage scénique préalablement décidé par Bard. 

Avec Man With a Movie Camera: The Global Remake, Bard crée ainsi un tout nouveau genre de base de données, qui répond au concept de base de données au cinéma tel que développé par Lev Manovitch. En effet, Manovitch explique: 

Cinema already exists right at the intersection between database and narrative. We can think of al the material accumulated during shooting as forming a database [...]. During editing, the editor constructs a film narrative out of this database. [1]

Pour Manovitch, le film de Vertov, décrit par ce dernier comme «an experiment in cinematic communication of real event without the help of intertitles, without the help of a story, without the help of theater, [that] aims at creating a truly international language» [2], est exemplaire d'un imaginaire de la base de données. Vertov propose un film où la base de données n'est plus simplement une forme statique et objective, objet de pré-production, mais devient plutôt dynamique et subjective, et se place comme sujet même du film.

Avec sa reprise, Perry Bard semble répondre directement à la conclusion que tire Manovitch: «Vertov is able to achieve something that new media designers and artists still have to learn - how to merge database and narrative into a new form» [3]. La juxtaposition des images originales, déjà dialectiques, à celles soumises par les internautes crée une narration à trois niveaux: celui de 1929, celui des images téléchargées et, bien sûr, celui naissant de la contiguïté des deux premiers. Ainsi, le film devient ce mariage entre bases de données - tant celle de Vertov que celle de Bard - et récit.

En terminant, notons que, si les vidéos soumises sont vérifées afin d'éviter la présence de contenu pornographique ou publicitaire, Perry Bard n'exerce aucun pouvoir curatorial sur l'assemblage des images ou sur leur fidélité aux originales. Le logiciel demeure souverain dans la constitution de l'oeuvre de reprise.

[1] Manovitch, Lev. (2000) «The Forms», The Language of New Media, The MIT Press, Cambridge, p. 237.

[2] Préambule du film Man With a Movie Camera, 1929. 

[3] Manovitch, op. cit., p. 243.

Ciro Museres: YesWeAre

YesWeAre était originellement une installation interactive qui invitait les spectateurs à compléter la phrase «Yes, we are ____ ». Les réponses enregistrées étaient ajoutées sans aucune médiation à l'oeuvre, qui était présentée à la Joanna Render Gallery. Désormais accessible en ligne, l'oeuvre explore le rythme et l'esthétique du HTML en reprenant la même formule. L'internaute répond à la même question, en s'identifiant; les réponses défilent en noir et blanc sur un fond d'écran gris, noir ou blanc.

Submarinechannel: Collapsus

Collapsus: Energy Risk Conspiracy est décrit comme un récit transmédia réunissant le documentaire, la fiction, l'animation et le jeu vidéo. Projet de Submarinechannel, Collapsus se penche sur le futur proche de l'humanité. Le docufiction plonge l'internaute en 2012, alors que la Terre est prise dans une crise énergétique provenant d'une conspiration mondiale. L'oeuvre se construit en trois «tableaux», et l'internaute peut passer de l'un à l'autre, horizontalement, avec sa souris. Le premier tableau, une carte du monde, affiche les zones énergétiques en crise et présente les personnages. Le deuxième est le docufiction en soi qui conjugue animation et vidéo, et dans lequel on suit les aventures de Ali, Amir, Chen, Elena, Esperanca, Jack, Marianne et Vera. Le dernier est un bulletin de nouvelles fictif, intitulé Citizenergy, durant lequel est présenté, épisodiquement, la progression de la crise. Ponctuellement, la participation de l'internaute est demandée, souvent sous forme de jeux. Le tout se situe clairement dans la lignée d'une sensibilisation de la population mondiale aux changements atmosphériques alarmants, mais de façon ludique et artistique. D'ailleurs, les concepteurs soulignent que «the audience for documentary is dying. The average age of a television documentary viewer is 55 and up. [...] The goal was to attract a different audience than traditional documentary» (http://www.collapsus.com/press.pdf).

Drouhin, Reynald: I.P.C.

Internet Protocol City (I.P.C.) est un générateur de villes fictives qui transforme l'adresse IP des internautes se connectant à l'oeuvre en immeubles monochromes. À la suite du projet IP Monochrome, Reynald Drouhin désire, avec ce nouveau projet, explorer ce qu'il nomme «l'ossature immatérielle» d'une société. Les multiples monochromes générés par IP Monochrome sont repris dans I.P.C. et érigent une ville 3D que l'internaute peut découvrir à pied ou à vol d'oiseau, contrôlant sa navigation avec sa souris et les flèches du clavier. IP Monochrome et I.P.C. permettent toutes deux une matérialisation des  traces «immatérielles» propres au Web, scellant ainsi davantage le lien entre la ville et le Web. Notons que chaque nouvelle visualisation d'I.P.C. (l'internaute peut rafraîchir la ville en appuyant sur la barre d'espacement) correspond au 256 dernières connexions enregistrées. 

Drouhin, Reynald: IP Monochrome

Avec l'oeuvre IP Monochrome (ou «Internet Protocol Monochrome»), Reynald Drouhin propose une relecture informatique du concept de monochrome, clin d'oeil au peintre Yves Klein et à son IKB (ou «International Klein Blue», teinte de bleu profond brevetée le 19 mai 1960 à l'Institut national de la propriété industrielle). Toute connexion sur le site d'IP Monochrome génère automatiquement un nouveau monochrome. En effet, les chiffres composant chaque nouvelle adresse IP détectée sont immédiatement transformés en valeurs hexadécimales [1] RVB («rouge vert bleu», format de codage informatique des couleurs utilisé par la majorité des écrans), offrant une référence-couleur unique. Ainsi, chaque monochrome ne correspond pas à un individu, mais plutôt à une adresse IP. Tous les monochromes générés sont conservés et placés en mosaïque selon l'ordre des connexions enregistrées. L'oeuvre engendrée est donc à la fois autonome et collective. L'internaute, créateur malgré lui, n'a aucune influence sur la couleur de «son» monochrome et voit sa création s'insérer, anonyme, dans l'immensité du réseau. Les seules informations reliées à la nouvelle teinte seront sa date de création, le pays de connexion, sa couleur codée en html-hexadécimal, le nombre de visites ainsi que le nombre total de monochromes engendrés. Notons que Reynald Drouhin continue son exploration des monochromes numériques avec le projet IPC («Internet Protocol City»).

[1] Le système hexadécimal est un système de numération positionnel en base 16. Il utilise 16 symboles, en général les chiffres arabes pour les dix premiers chiffres et les lettres A à F pour les six suivantes. [...] Ce format est largement utilisé en informatique, car il offre une conversion facile avec le système binaire employé par les ordinateurs. (http://fr.wikipedia.org/wiki/Hexad%C3%A9cimal)

Fletcher, Harrell; July, Miranda: Learning to Love You More

Learning to Love You More est un projet artistique lancé en 2002 par Harrell Fletcher et Miranda July. Les artistes conviaient qui le voulait bien à compléter une tâche quelconque (par exemple, Tâche n°50: Prends une photo avec flash du dessous de ton lit  et Tâche n°63: Crée une bannière d'encouragement) et leur envoyer le résultat sous forme photographique, textuelle ou vidéo, selon les instructions transmises initialement. Les contributions des internautes étaient ensuite intégrées au site Web. Jusqu'à la fin du projet en 2009, le site a attiré plus de 8000 participations. Toujours en ligne,  le site répertorie désormais ces multiples soumissions, ainsi que divers prix et sélections octroyés à certaines d'entre elles. En effet, des commissaires, artistes et écrivains avaient été invités à sélectionner leurs oeuvres préférées afin de créer une forme d'exposition en ligne. Une version papier du projet a été publiée en 2007 chez Prestel. 

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