Sandrine Galand

Rozendaal, Rafaël: Sad for Japan

Sad for Japan présente le drapeau du Japon. Néanmoins, dans l'oeuvre, le cercle habituellement parfait au centre de la surface blanche du drapeau ondule et change graduellement de couleur, passant du rouge au rose, puis du rose au rouge. Si l'internaute passe sa souris sur le cercle, un bruit de bulles se fait entendre et le cercle se déforme, suivant le mouvement de la souris, comme une bulle d'eau qui serait parcourue d'ondes mais qui n'éclaterait pas. L'oeuvre, créée à peine quelques jours après la catastrophe, se veut un hommage aux victimes du tsunami qui a frappé le Japon le 11 mars 2011. L'artiste semble dire que le Japon a été submergé et ébranlé jusqu'au plus profond de son identité, jusqu'au coeur de son drapeau. L'ambiance sonore donne l'impression à l'internaute qu'il est, lui aussi, sous les eaux révoltées. Bien que créée plusieurs années après l'engouement soulevé par le mouvement du Neen Art (environ de 2000 à 2004), l'oeuvre de Rozendaal s'inscrit sans contredit dans la mouvance Neen. 

Rozendaal, Rafaël: Like This Forever

Like This Forever présente une fleur (probablement une rose) vue du dessus qui change graduellement de couleur (rouge, orange, jaune, mauve, bleu, vert). Non seulement la fleur change de couleur, mais elle «grandit» également. Dans un mouvement régulier, les anciens pétales sont remplacés par de nouveaux, au coeur de la fleur. Un clic sur l'image accélère le changement de couleur, mais pas la croissance. Cette croissance constante hypnotise et enveloppe l'oeuvre d'un sentiment d'invariabilité, d'immutabilité. Bien que créée plusieurs années après l'engouement soulevé par le mouvement du Neen Art (environ de 2000 à 2004), l'oeuvre de Rozendaal s'inscrit sans contredit dans la mouvance Neen.  

Rozendaal, Rafaël: Violent Power

Violent Power presente l'intérieur d'un cube dont seules 5 faces sont visibles. Toutes arborent une couleur vive différente (turquoise, fushia, jaune, rouge, cyan, vert). Un bourdonnement aigu résonne en bruit de fond. Lorsque l'internaute clique sur la page, les faces du cubes s'animent, comme des portes que l'on ouvrirait ou fermerait. Un bruit de claquement accompagne d'ailleurs cette animation. Le claquement des faces du cube ne s'arrête que si l'internaute clique une seconde fois sur l'image. Notons que ce cube se retrouve dans une autre oeuvre du même artiste datant de 2011: Tossing Turning. Bien que créée plusieurs années après l'engouement soulevé par le mouvement du Neen Art (environ de 2000 à 2004), l'oeuvre de Rozendaal s'inscrit sans contredit dans la mouvance Neen.

Rozendaal, Rafaël: Open This Window

Open This Window présente une bande rectangulaire bleuâtre superposée à une autre bande de couleur verte. Grâce au nom de domaine peu équivoque (ce qui est d'ailleurs un trait caractéristique des oeuvres de Rafaël Rozendaal), l'internaute comprend qu'il s'agit en fait d'un paysage composé d'une bande d'herbe et d'un ciel bleu étant observé de derrière une fenêtre (les stries blanchâtres constituant les reflets de la vitre). En cliquant sur la page et en glissant sa souris (click&drag), l'internaute peut ouvrir la fenêtre par la gauche ou par la droite. Se faisant, les couleurs se clarifient et l'effet de reflets disparait. De plus, lorsque la fenêtre est ouverte, des gazouillements d'oiseaux et un ruissellement d'eau se font entendre. Bien que créée plusieurs années après l'engouement soulevé par le mouvement du Neen Art (environ de 2000 à 2004), l'oeuvre de Rozendaal s'inscrit sans contredit dans la mouvance Neen.

Rozendaal, Rafaël: Inner Doubts

Inner Doubts présente une série de formes géométriques rectangulaires imbriquées les unes dans les autres, rappelant un labyrinthe vu à vol d'oiseau. Ces formes sont de tailles variées et changent constamment de couleur dans un effet de dégradé. Lorsque l'internaute clique sur la page, l'orientation des figures change, comme si le chemin du labyrinthe se modifiait. Il est à noter que s'il rafraichit la page, le même effet s'observe. Si le labyrinthe est la première image qui vient à l'esprit, l'artiste souligne que l'oeuvre se veut un diagramme de la digestion, voire des intestins humains. Dès lors, les changements d'orientation et de couleur de l'oeuvre rappellent plutôt le péristaltisme humain. Bien que créée plusieurs années après l'engouement soulevé par le mouvement du Neen Art (environ de 2000 à 2004), l'oeuvre de Rozendaal s'inscrit sans contredit dans la mouvance Neen. 

Rozendaal, Rafaël: Tossing turning

Tossing turning présente un citron jaune et un cercle blanc placés au centre d'une sorte de cube dont chaque face est d'une couleur différente. Ces couleurs (très vives: turquoise, fushia, jaune, rouge, cyan, vert, etc.) changent à chaque fois que la page est rechargée. En trame sonore, on entend des bruissements de criquets. Lorsque l'internaute déplace sa souris de gauche à droite sur l'écran, le citron et le cercle blanc grandissent ou rapetissent: plus la souris est vers la gauche, plus le citron grandit et le cercle rapetisse; plus la souris est vers la droite, plus le cercle grandit et le citron rapetisse. De plus, dès que l'internaute bouge sa souris (peut importe où sur l'écran), une musique de style psychédélique se fait entendre. S'il arrête le mouvement de son curseur, la musique s'interrompt. Bien que créée plusieurs années après l'engouement soulevé par le mouvement du Neen Art (environ de 2000 à 2004), l'oeuvre de Rozendaal s'inscrit sans contredit dans la mouvance Neen. 

Herrero, Isaías: Universo molecula

L'oeuvre Universo molécula (qui signifie littéralement «univers molécule») se veut une métaphore visuelle du processus créateur. Mêlant à la fois création universelle et création artistique, l'artiste revisite les concepts de poésies nucléaire et moléculaire. Sa poésie, en vers libres, permet à l'internaute de devenir un wreader (writer + reader). Appelé à se déplacer dans l'espace virtuel de l'oeuvre qui est construite à l'image des liaisons moléculaires de la matière, l'internaute découvre par fragments une poésie interactive visuelle, textuelle et sonore.

Laliberté, Frédérique: pomme.alt.escape.com

Avec pomme.alt.escape.com, Frédérique Laliberté tente de renverser le rapport habituel entre le concepteur d'art Web et celui faisant l'expérience de l'oeuvre, c'est-à-dire l'internaute. Généralement, lorsque l'internaute accède à une page Web, celle-ci est déjà balisée et affranchie de ses concepteurs. L'espace appartient tout entier à l'usager. Or, que se passe-t-il lorsque le concepteur s'introduit dans l'espace de l'internaute, plutôt que l'inverse? Ici, l'artiste repense les questions de navigation et d'interactivité en invitant l'internaute à même sa table de travail: son ordinateur Macintosh. En entrant dans l'oeuvre, l'internaute pénètre, du moins formellement, dans un ordinateur qui n'est pas le sien; l'interface d'accueil de l'oeuvre reproduit celle du bureau d'un autre ordinateur et l'internaute a accès à des fichiers texte, audio et visuel utilisés par l'artiste pour la conception du site qu'il est justement en train d'explorer. Il se met donc en place une mise en abîme redéfinissant les concepts de distance et de proximité à l'ère du virtuel. Outre ces clins d'oeil à son travail de concepteur, l'artiste a également multiplié ses profils d'utilisateur, créant sept simulacres de sa propre identité virtuelle. L'ensemble de l'oeuvre est labyrinthique et ludique, et s'inspire d'esthétiques telles que le collage, la réutilisation, la démesure, le ready-made et le lo-fi, esthétiques également présentes dans les autres créations de Frédérique Laliberté.

Pour plus de détails, voir la fiche média de l'oeuvre

Torres, Rui: Amor de Clarice

Le poème interactif Amor de Clarice est basé sur des extraits de la nouvelle Amor, de l'auteure brésilienne Clarice Lispector. L'oeuvre s'ouvre sur un poème de 26 vers (dont le texte intégral est transcrit dans la section «citation» ci-bas) se déplaçant lentement d'un côté à l'autre de l'écran. Chaque vers est scindé par une ligne imaginaire traversant l'écran de haut en bas et, selon que l'internaute clique à gauche ou à droite de l'écran, renvoie vers deux tableaux différents. Ainsi, les 26 vers se fragmentent en un total de 52 tableaux poétiques. Les 26 tableaux de gauche présentent tous une voix d'homme lisant un texte dont certains mots s'affichent à l'écran. L'internaute peut cliquer et déplacer (click & drag) ces apparitions furtives. Pour un même vers, les tableaux de droite ont exactement la même forme (voix, texte, interactivité), mais des images vidéo viennent s'y superposer, comme si le sens final de l'oeuvre ne pouvait vraiment pénétrer qu'avec ces ajouts. En tout temps, le texte original de Lispector est présent, en un fond d'écran statique.

Nadeau, Hugo: Entrepile | Passer un bon coup de Data

Avec Entrepile | Passer un bon coup de Data, Hugo Nadeau propose de rassembler «un "grand n'importe tout" de contenus choisis», contenu qu'il puise à la fois du cyberespace à l'aide de moteurs de recherche de textes et d'images, mais également de productions artistiques personnelles. Notons toutefois que ce contenu (littéraire, poétique, visuel, informatique) n'est pas puisé aléatoirement, mais plutôt rigoureusement choisi par l'artiste. La navigation de cet immense labyrinthe de données est rendue conviviale grâce à une interface représentant un plan de métro étalé sur une mappemonde. Chaque ligne (verte, jaune, rouge, orange et bleue) subdivise les contenus (les sites Web) en des catégories: bleu - sites de navigation; rouge - sites de visionnement; vert - sites d'environnement; orange - sites de collection; jaune - sites de communication. Au total, on compte quinze modules distincts. Lorsque l'internaute clique sur l'une des lignes, une série d'onglets se chargent dans son navigateur et l'errance à travers les ramifications prévues par l'artiste peut commencer. L'ambitieuse proposition de l'artiste a un but avoué: permettre à l'internaute d'effectuer une navigation Web où plaisir se mêle aux surprises et aux découvertes. À noter que l'exploration de l'oeuvre est plus fluide sur Firefox que sur Safari ou Internet Explorer. 

Pour plus de détails, voir la fiche média de l'oeuvre

Golpe de Garcia: Jaime Alejandro Rodriguez

Golpe de gracia (dont l'expression équivalente en français serait «coup de grâce») est une oeuvre interactive de l'ordre du jeu vidéo. L'internaute doit éclaircir le mystère entourant un attentat manqué à l'encontre d'un homme, maintenu entre la vie et la mort dans son lit d'hôpital. Pour ce faire, il devra traverser trois mondes narratifs - «Cadáver exquisito» (cadavre exquis), «Línea mortal» (ligne mortelle) et «Muerte digital» (mort digitale) - mondes dans lesquels il accumulera des indices et des témoignages. L'avatar incarné par l'internaute jouera à la fois le rôle de journaliste, d'enquêteur et de victime. Certains univers narratifs, comme pour donner corps à l'expérience de mort imminente vécue par le personnage principal du récit, confondent rêve et réalité, compliquant la quête de l'internaute qui ne sait plus quelle piste suivre ou ne pas suivre. 

 

 

 

 

Manetas, Miltos: Piracy: yes or no?

Avec Piracy: yes or no?, Manetas conteste les concepts de propriété intellectuelle et de copyright. Selon l'artiste, «l’information est aujourd’hui partie intégrante de notre organisme, elle est littéralement "installée" dans notre cerveau, et l’on ne peut l’effacer sur demande. C’est pourquoi nous avons le droit de posséder l’information qu’on nous projette: nous sommes en droit d’être maîtres de nous-mêmes!» [1] Et avec ce droit à l'information vient, forcément, le droit de reproduction et de réutilisation. Ainsi, pour Manetas, le «bien commun» qu'est Internet devrait être libre de tout brevet. À chacun la liberté de copier ou de ne pas copier. 

Manetas, qui applique rigoureusement cette philosophie à ses propres créations [2], désirait connaître la position de ses amis et collègues du monde artistique contemporain sur le sujet. Il a alors lancé, en 2001, une première version de iamgonnacopy.com, hébergée au http://manetas.com/iamgonnacopy/index2001.htm. Le site prend la forme d'un sondage très simple: pour ou contre la piraterie artistique [3] («I agree, no copyright ou intellectual proprety» ou «I disagree, copyright and intellectual property please!»). Les noms et les titres (designer, artiste, architecte, Web designer, écrivains, etc.) de ceux invités à répondre à la question sont alignés sous leur prise de position respective. À l'époque, 138 personnes avaient répondu à l'appel (96 en faveur du piratage et 42 contre).

En 2010, Manetas a décidé de réitérer l'expérience. Cette fois-ci, il a joint à sa réflexion un logo, une animation et un manifeste traduit en 6 langues (dont la version française est transcrite ci-bas). La question de ce second sondage allait comme suit: «We copy, we share, we agree with piracy» versus «We don't copy, we don't share, we don't agree». Sur un total de 48 répondants, 43 étaient pour et 5 contre. 

[1] MANETAS, Miltos (08/2010) «Piracy Manifesto». En ligne: http://www.piracymanifesto.com/ (consulté le 24 mai 2011) Reproduit ci-bas dans la section Notes.

[2] Miltos Manetas est, en quelque sorte, le chef de file d'un mouvement de net.art s'appelant le Neen Art. Toutes les oeuvres s'inscrivant sous la bannière Neen sont libres de droits d'auteurs.

[3] Il faut différencier piraterie et piratage (informatique, bien souvent) qui est couramment désigné sous le terme de «hacking».

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