Sandra Dubé

Le rêve

Article
Représentations hypermédiatiques du rêve

Le rêve est une thématique abordée par les artistes depuis fort longtemps. De la Grèce Antique au mouvement surréaliste, il a été présenté sous diverses formes. Au départ, les songes ont servi de prétexte pour livrer les pensées ou encore lire l’avenir. On raconte les rêves des protagonistes pour prédire les évènements futurs ou élucider des mystères passés. Au XXe siècle, la psychanalyse s’intéresse au phénomène et Freud propose une  approche pour l'interprétation des rêves. Selon lui, les révélations oniriques possèdent une signification particulière, et le rêveur doit chercher le sens des symboles rêvés, expressions modifiées de désirs inconscients. Est alors apparue en art une nouvelle manière de représenter le rêve, par l’élaboration de signe et de situation pouvant mener à une interprétation précise. Or, lorsque Paul Valéry s’est penché sur la question, il lui a semblé qu’un élément fort important a été mis de côté dans l’approche freudienne, c’est-à-dire la forme du rêve. Il démontre que le rêve a une logique précise et que son récit repose sur un procédé de mémorisation. Le contenu devient alors un élément secondaire dans l’art de rapporter l’expérience onirique. Il était plus pertinent de se questionner sur la manière dont la pensée réagit au moment de raconter ce qu’elle a vécu pendant le sommeil. C’est donc au niveau du parcours de la pensée qu’e Valéry étudie le phénomène, le comparant à un processus labyrinthique à envisager dans une perception kaléidoscopique. Parce qu'il repose uniquement sur les souvenirs restant au réveil, le rêve ne peut être parfaitement reconstruit, il demeure un amalgame d’instants brefs sans continuité et qui se côtoient de manière illogique. On le raconte comme on le peut, avec l’expérience qu’il reste à la mémoire, car tout revient à l’esprit éveillé par bribes. L’organisation  du rêve n’existe pas, le désordre est maître et tout s’entremêle. Une seule chose demeure à l’esprit et c’est l’incertitude. Dans cet univers, rien ne s’enchaîne et rien n’est certain. Seuls des instants reviennent à la mémoire, permettant ainsi au souvenir de se déployer. Or, toute liaison cohérente, toute suite logique, est absente. En conséquence, les récits de rêves ne peuvent pas suivre un déroulement continu et une chronologie construite.

Une autre approche a alors été adoptée par les artistes et écrivains afin de représenter le phénomène. On ne se concentre plus sur le contenu du rêve, mais sur la manière dont ce contenu vient à l’esprit du rêveur au réveil. Ce  qui  façonne l'oeuvre désormais est la manière dont les rêves reviennent à la mémoire lorsqu'ils sont racontés. Quelques auteurs et théoriciens ont d’ailleurs tenté de développer une stylistique du rêve, qu’ils ont nommé « récit de rêve ». Ils parlent alors d’un style bref, dont le ton est plus interrogatif qu’affirmatif et où règne une impression d’incertitude. Puisque tout est indéterminé, le récit est maintenu dans l’approximatif.  Il devient une tentative de rapporter l’inexplicable, comme le mentionne Jean Bellemin-Noël : « quand on raconte un rêve ou un fantasme, on re-formule, on “interprète” (à la manière d’un pianiste) une expérience psychique qui était déjà elle-même une tentative pour articuler l’informulable.» 1 Il résulte inévitablement de cette entreprise de traduire l’indicible une incohérence, ou du moins un manque de justesse, cherchant en vain une cohésion dans un flot de possibles, bien que ces possibilités semblent souvent embrouiller l’histoire rapportée.

Le narrateur tente généralement de reconstituer tant bien que mal l’expérience dans son ensemble, de chercher une unité à ce qui semble, de prime abord, n'en avoir aucune. C’est la loi du mélange qui prime alors: aucune distinction n’apparaît clairement. Sans division entre les évènements rêvés, ils ne peuvent qu'être rapportés par séquence aléatoire. Le récit est alors fragmentaire, il y a discontinuité dans la logique. Jean-Daniel Gollut explique cette caractéristique du récit de rêve dans un chapitre intitulé « Un exercice de style », tiré de son ouvrage Le sens du style, où il tente d’établir une stylistique particulière au genre littéraire : unité à ce qui semble, de prime abord,

L’aspect fragmentaire, indigent, du récit, la mise en évidence de l’oubli, le rôle de l’affabulation et l’équivoque qui peut en découler entre la chose rêvée et la chose pensée au réveil, l’autoreprésentation du rêveur et encore l’allure quelque peu insolite ou non pertinente du discours (…) tout cela qui entre dans le savoir contemporain fait bien naturellement office de critère pour la préparation et la perception de l’effet oniriste. 2

 

Seule une impression d’inachevée demeure dans le récit de rêve. Le lecteur se trouve face à un texte où une atmosphère d’étrangeté domine. Il y a de l’insolite partout et l’incohérence règne en maître, nous informe Roger Caillois :

Certes, le rêve est volontiers incohérent et fantastique. C’est sans doute ce qui, au premier abord, frappe le plus en lui, mais il demeure beaucoup plus saisissant, que, quelles qu’en soient les inconséquences, les contradictions, les impossibilités, elles ne paraissent jamais telles au rêveur. 3

 

Les contradictions sont nombreuses mais ces bizarreries vont de soi, du moins pour le rêveur qui rapporte le récit de son expérience. Dans cet univers à part qu’est le monde onirique, se dresse une autre conception de la réalité, du temps et de l’espace. Semblent être de mise des aspects comme la « bizarrerie des faits, déficience logique, incohérence de la figuration » 4, aspects auxquels le lecteur doit se familiariser.

Du récit de rêve littéraire à la représentation hypermédiatique de l’univers onirique, quelques différences sont à noter. Bien que les œuvres de notre corpus représentent le rêve, elles ne le font pas toutes de la même manière. Nous retrouvons en général dans les oeuvres hypermédiatiques un récit de rêve tel que conçu par Valéry et ses successeurs. la thématique hypermédiatisée telle que conçue par Valéry et ses successeurs. Or, certaines oeuvres offrent une approche du rêve plus conventionnelle, c’est-à-dire que le sujet est repris à la manière des anciens. Certains hypermédias, par exemple, mettent en place un songe révélateur qu’ils rapportent d’une manière cohérente et logique, afin d’y voir des signes à interpréter et un sens à donner aux évènements à venir, comme c’est le cas avec Fabrique d'écriture de Palaiseau, Unreel Dreams, Machine Dreams and Webbed Arts, Dreamlines et Breathing Wall. Ces représentations des rêves ont des allures prémonitoires, c’est-à-dire qu’ils mettent en scène des songes reprenant un désir conscient. Ces œuvres interactives sont composées d’images, de musique et de mots exprimant des endroits de rêves, des sociétés parfaites, des vies chimériques et des aspirations envers le futur. Les internautes sont parfois invités à nourrir une banque de rêve, ou encore à les programmer grâce à une machine à rêves.

Dans un deuxième temps, il y a les rêves mettant en scène des éléments portant à une interprétation particulière. C’est le cas entre autres avec les œuvres Derrière le tiroir, Descriptions/Inflictions et Boulevard, où les personnages et le traitement hypermédia abordent des sujets de rêves précis et cohérents afin de diriger l’histoire dans un sens déterminé. Rien d’incohérent ou d’illogique n’est raconté, l’internaute peut facilement suivre les songes qui sont rapportés. Ces derniers servent plutôt de prétexte à mettre en place une thématique importante dans l’histoire relatée. 

Une autre catégorie dominante de notre corpus fait allusion au récit de rêve tel que connu depuis l’étude valérienne. Nous trouvons ici des songes racontés fidèlement et qui répondent à l’incohérence et au désordre de l’expérience onirique. Par exemple, cette catégorie comprend les œuvres telles que Life is like water, Dim O’Gauble, Dreamed, Inside: A Journal of Dreams, Last Dream, Dream, The Factory et Paper Dream. Ces hypermédias sont de prime abord plus compliqués à comprendre, l’internaute suit difficilement le déroulement de l’animation. Il a l’impression de naviguer dans un univers décousu, où les mots et les images ne répondent plus nécessairement à la cohérence habituelle. Souvent plusieurs explorations sont requises afin de lui permettre de se retrouver dans ces labyrinthes oniriques fragmentaires, où l’interaction exigée le perd plus qu'il ne l’oriente. De plus, la composition hypermédiatique de ces récits de rêve ajoute à l’impression de désordre. Il n’y a plus seulement le texte qui est emprunt d’une aura chaotique, mais la musique et le visuel aussi. L’univers fantasmagorique émerge de partout et accentue l’effet de désorientation de l’internaute. Maintenant, le rêve se vit également en son et en image.

Un autre genre prend place dans les sites hypermédias abordant la thématique du rêve, ce sont les plateformes permettant aux internautes de raconter leurs récits de rêve. Des œuvres comme TCUP: The collective unconsciousness project et Dream Base en sont des exemples. Or, la plupart des songes rapportés répondent à la logique des anciens ou encore freudienne et nous n’avons pas rencontré de récits soumis à la stylistique formelle développée depuis Valéry.

Enfin, du récit de rêve littéraire à la représentation hypermédiatique du rêve s’ouvre un nouveau champ de possibles grâce aux composantes hypermédias des œuvres. La musique, les effets sonores, les images, les vidéos, les animations et l’interaction accentuent et enrichissent pleinement l’effet onirique. La fragmentation ne se fait plus sentir seulement à la lecture, mais aussi à l’écoute, à la visualisation et à la participation. Le désordre qui en ressort est d’autant plus chaotique et l’immersion de l’internaute dans l’expérience labyrinthique du récit de rêve s’en trouve amplifiée.

[1] Bellemin-Noël, Jean. Interlignes 3. Lectures textanalytiques. Villeneuve d'Ascq France, Presses universitaires du Septentrion, « coll. » Objet, 1996, p. 18.

[2] Gollut, Jean-Daniel. Le sens du style, Paris, Éditions Antipodes, 2009, p.75.

[3] Caillois, Roger. L’incertitude qui vient des rêves, Paris, Gallimard, 1956, p. 138.

[4] Gollut, Jean-Daniel. Un exercice de style, p.71.

Le rêve est une thématique abordée par les artistes depuis fort longtemps. De la Grèce Antique au mouvement surréaliste, il a été présenté sous diverses formes. Au départ, les songes ont servi de prétexte pour livrer les pensées ou encore lire l’avenir. On raconte les rêves des protagonistes pour prédire les évènements futurs ou élucider des mystères passés. Au XXe siècle, la psychanalyse s’intéresse au phénomène et Freud propose une  approche pour l'interprétation des rêves. Selon lui, les révélations oniriques possèdent une signification particulière, et le rêveur doit chercher le sens des symboles rêvés, expressions modifiées de désirs inconscients. Est alors apparue en art une nouvelle manière de représenter le rêve, par l’élaboration de signe et de situation pouvant mener à une interprétation précise. Or, lorsque Paul Valéry s’est penché sur la question, il lui a semblé qu’un élément fort important a été mis de côté dans l’approche freudienne, c’est-à-dire la forme du rêve. Il démontre que le rêve a une logique précise et que son récit repose sur un procédé de mémorisation. Le contenu devient alors un élément secondaire dans l’art de rapporter l’expérience onirique. Il était plus pertinent de se questionner sur la manière dont la pensée réagit au moment de raconter ce qu’elle a vécu pendant le sommeil. C’est donc au niveau du parcours de la pensée qu’e Valéry étudie le phénomène, le comparant à un processus labyrinthique à envisager dans une perception kaléidoscopique. Parce qu'il repose uniquement sur les souvenirs restant au réveil, le rêve ne peut être parfaitement reconstruit, il demeure un amalgame d’instants brefs sans continuité et qui se côtoient de manière illogique.

Traduction

Inside: A Journal of Dreams raconte l’histoire d’un vieil homme vivant en solitaire dans sa maison où une fuite de gaz est doucement, insidieusement mais certainement en train de perturber ses rêves, ses souvenirs et sa santé mentale. Il nous confie son expérience à travers un journal de 81 pages qui se manipule, grâce à l’activation d’onglets, exactement comme un livre. Des hyperliens, des animations, des photos et des vidéos viennent se joindre au texte afin d’accentuer l’effet de délire causé par l’intoxication.

Dans Inside, le narrateur relate dans son journal (avec un résultat souvent fragmentaire ou énigmatique) les événements réels qui se produisent autour de lui d'une part et, d’autre part, ses rêves, ses souvenirs lointains, voire ses hallucinations, trois phénomènes psychiques qui ont tous un lien étroit avec l’imagination. Au départ, le narrateur semble vouloir accorder une part égale au réel et à l’imaginaire; cependant, plus son récit progresse et plus la frontière entre les deux se brouille, ce qui accroît la confusion du vieil homme. Parfois, les rêves sont rapportés au passé, comme s’ils se confondaient avec les souvenirs, sauf que des événements insolites excluent la possibilité qu’il s’agisse uniquement de souvenirs. À la page virtuelle 40, par exemple, le narrateur constate, sans trop s’émouvoir, qu’un homme possède un bouton de contrôle du volume sur le cou. D’autres fois, les rêves sont racontés au présent (voir la dramatique et effrayante irruption du poltergeist, pages 34-35), donnant l’impression que le narrateur s’enfonce et ne parvient plus à différencier ses rêves de la réalité. De plus, tandis que les premiers rêves commencent généralement par «I dreamt» ou «Dreamt», après les dix premières pages virtuelles ― sauf exception ―, aucun mot n’est utilisé pour introduire le récit du rêve. Il est alors bel et bien confondu avec les événements réels.

Dans sa tentative de représenter séparément réel et imaginaire, le narrateur échoue en étant plus souvent qu’autrement submergé par le rêve: «I’m falling into a void. There is an infinite chain nearby, keeps coming into view, close, within reach, sometimes I manage to grab it and hold it on for a few fleeting seconds before having to let go. I keep falling and falling.» (p. 60) Même si sa longue chute vers «l’imaginaire total» ― la folie, en fait ― est entrecoupée par des bouts de réalité auxquels il réussit à s'agripper, ses rêves sombres et angoissants ne rencontrent chez lui aucune résistance et l’entraînent progressivement dans les abysses du délire... du moins, jusqu’à ce que l’appareil de chauffage soit réparé.

Outre son aspect fragmentaire, la représentation formelle des rêves dans Inside comporte également un aspect technique non négligeable. La typographie joue d’abord un rôle extrêmement important dans le rendu des rêves. Trois différents types de caractères sont utilisés: un en majuscule, un en Times New Roman, et un autre en Courier New; chacun représentant un des états d’esprit du narrateur. La première police, en majuscules, employée entre les pages virtuelles 63 et 67 ainsi que pour faire mention de «SHE» dans les dessins, réfère à un état très proche du délire. La seconde sert généralement à rapporter les rêves et la troisième, la réalité, même si la frontière entre les deux est parfois difficile à délimiter distinctement. D’autres éléments tels que les ratures, les corrections ― liées au processus de mémorisation du rêve au réveil ― ou les marques au crayon rouge permettent également au lecteur de s’immerger plus facilement et plus rapidement dans l’état d’esprit du narrateur, car ces éléments lui donnent une impression d’immédiateté de la narration. Il croit lire un brouillon, un texte impulsif qui représente bien l’état d’une pensée intoxiquée ou à demi consciente.

Il faut explorer à fond les dédales du journal pour reconnaître le Minotaure lors de sa rencontre. Cela arrive à l’avant-dernière page virtuelle, alors que l’intoxication au gaz affecte le narrateur jusqu’au délire. Les rêves disparaissent et la folie s’empare de ses pensées qui sont désormais décousues, éclatées, incohérentes, insensées, comme s’il perdait peu à peu la capacité de s’exprimer. La parole n’est plus, la logique éclate, entraînant ainsi une déchirure, une coupure finale. L’incapacité du narrateur à s’exprimer se fait sentir dès le premier paragraphe, avec l’absence de rêve, mais aussi par l’effacement des mots, la douleur des lèvres et le manque de volume de la voix: «NO DREAMS words turned down sore lips lack of volume». Le narrateur n’a plus rien à raconter et, de toute manière, il ne peut plus parler. Il est muet et sans inspiration. Pour accentuer la déstabilisation de son état, les conventions de lecture s’altèrent. Les paragraphes sont disposés de tout bord tout côté, à l’endroit, à l’envers, de droite à gauche, de bas en haut et les signes de ponctuations ont disparu, de même que les majuscules. Il n’existe plus de repère pour savoir si la phrase débute ou se termine. Plus de pause, tout défile d’un seul trait.  Il en résulte une confusion tant dans la signification que dans la lecture, comme si un «dried up pen dropped mouth in the margin» et qu’il prenait le sens en otage.

Au milieu de cette psychose de divagation, l’inévitable ne peut qu’arriver, une coupure d’avec le reste, où un «paper knife edge blade on blade» s’apprête à trancher. Alors à l’aide de ce «slatted running red paper knife over fingers touching me touching me touch skin on skin on sand on table tongue tied torn out of book», la langue est arrachée du livre.  Il ne reste plus rien. La perte est désormais totale, il n’y a plus de sens ni de tout. Or, au milieu de cet égarement, alors que la désorientation du lecteur est à son comble, quand il n’espère plus comprendre quoi que ce soit, le narrateur le ramène brusquement à la réalité: «I got the fire fixed». L’intoxication est terminée, le gaz ne fuit plus, le tuyau a été réparé, la conclusion est désormais cohérente, tout s’explique et se comprend. Le fil narratif doit ici être vu comme le fil d’Ariane qui raccompagne le lecteur-Thésée à bon port, là où tout retrouve une logique. C’est la sortie du labyrinthe et le retour dans le monde. Tout a été oublié. La vie normale reprend son cours.

«Be still and you will travel great distances» nous promet Judi Alston car «Inside has been a project of being still but journeying far...». C’est exactement l’effet que procure la lecture de l’œuvre, celui d’un long voyage dans les dédales mémoriels d’un vieil homme délirant, et ce, tout en restant tranquillement devant l’écran. Le seul effort demandé est un clic de souris, et alors un monde s’ouvre à l’internaute. Il ne lui reste plus qu’à parcourir, à son gré, le labyrinthe hypertextuel et alors il y découvrira un univers fragmenté, saccadé, confus mais cohérent à la fois. Typiquement hypermédia, il lui faudra explorer, oublier, se plier à de nouvelles règles de lecture, bref redéfinir sa manière de lire afin d’y observer les signes et d’y comprendre, autrement, le sens.

Il est à noter qu'une adaptation française de l'oeuvre a été publiée dans la revue de littérature hypermédiatique en ligne bleuOrange, en 2009. Cette adaptation, réalisée en collaboration avec Sandra Dubé, peut être consultée au http://revuebleuorange.org/bleuorange/02/campbell/.

Consultez les articles de Sandra Dubé et Sébastien Hogue à propos d'Inside: A Journal of Dreams.

Cet hypertexte présente une réflexion sur ce qu’est véritablement la déception. L’internaute parcours linéairement les textes les uns après les autres, avec en fond d’écran des images de bandes dessinées ou de photos. Il apprend au gré de son exploration que la déception n’est ni une tromperie, ni un résultat de l’amour car elle ne dépend pas de l’autre mais de soi. Elle est une attente déçue, une illusion perdue. Afin d’illustrer son point de vue, l’artiste donne des exemples d’objets décevants, comme de médiocres sculptures en bois ou encore une démarche écrite en plusieurs étapes pour emprisonner une grenouille afin de la regarder manger des insectes ou mourir et se faire gober par la vermine.
Hébergé par le site de l'artiste, «Formes libres flottant sur les ondes» est un hypertexte divisé en 29 tableaux, chacun abordant à sa façon la problématique de la nouvelle réalité informatique et de son rapport à l’homme. Des thèmes comme l’amour, le désir, la sexualité, l’autre, la solitude, le langage, les mots et la recherche de sagesse se retrouvent au travers de textes poétiques et d’animations iconographiques. À la fin de l’œuvre, l’internaute est interpellé  par des drôles de questions telles que «si je parle à mon écran, va-t-il me répondre? Si mon écran me parle, vais-je lui répondre? Si je vois l’autre dans mon écran, va-t-il me voir aussi? Si ma souris s’échappe, est-ce que lui courrai après? Si ma raison s’égare, est-ce que ma souris la rattrapera?» afin de le faire réfléchir à la situation actuelle.
Aphorisme est un site de poésie numérique qui élabore à la fois des formes et des textes dans un langage artificiel utilisant des alphabets numériques sur lesquels le spectateur agit, ce qui entraîne la complexité de leurs développements. Il observe aussi leurs chorégraphies contrôlées par le générateur qui manœuvre l’accroissement du poème en fonction des actes du lecteur. De plus, Alexandre Gherban introduit dans son œuvre deux notions théoriques reliées au monde hypermédiatique, soit la musique du langage (séquences sonores obtenues par le traitement des éléments de la voix grâce au micromixage et à la manipulation numérique) et la robolettrie (un programme informatique de génération, proche du robot, allié à la création visuelle de caractères d'alphabets numériques).
Tom Drahos fragmente les Illuminations d'Arthur Rimbaud en 107 passages que le spectateur découvre tout au long de son parcours dans les dédales informatiques de cette œuvre labyrinthique. Comme à son habitude, l'artiste propose différents modes de lecture, allant du texte fixe à l'écran à la récitation de celui-ci en parallèle au défilement d'images photographiques. Une musique, ou devrions-nous plutôt dire des bruits de fond, accompagne l'animation.
L'hypertexte n'est pas une illustration de la poésie Rimbaldienne, bien que les textes y soient intégraux, c'est davantage une adaptation "drahosienne" qui amalgame les vers à sa vision des choses, à sa réalité actuelle, mondiale et urbaine, en proposant à sa façon une expérience du dérèglement de tous les sens.
Tom Drahos propose une nouvelle expérience de lecture de l'œuvre de Charles Baudelaire Les fleurs du mal, en remédiatisant les poèmes à l'écran et en les juxtaposant à des images en mouvement, de la musique et des voix. Il offre au spectateur trois différentes approches de lecture des poèmes. L'une est traditionnelle, c'est-à-dire que le texte est fixe, l'autre le fait défiler rapidement en le mêlant à des images vidéo, le tout sur un fond musical, et finalement la dernière option est une récitation des œuvres, accompagnée de musique et de prises de vue panoramiques urbaines. La participation du spectateur est obligatoire, il doit absolument interagir pour avoir accès à l'une de ces approches de lecture, dont le fonctionnement est, au départ, un peu complexe à saisir.
Le site d’Annie Abrahams et de The All Star GirlsBand semble être, au premier regard, un site publicitaire sur une lecture publique qui aura lieu le 23 Mai 2007 à Issy-les-Moulineaux. Or, dans le bas de l'écran, l'internaute est invité à participer au texte en suivant la flèche et en déplaçant le curseur vers la droite. Il est alors dirigé vers deux fenêtres le questionnant sur la peur, l'une en anglais et l'autre en français. Il peut répondre directement ou encore lire ce que ses pairs ont écrit précédemment. Dès lors il réalise que la performance publique du mois de mai reposera sur la composition de ces textes collectifs, auxquels il est appelé à contribuer.
La Suite mongole est un voyage poétique dans une Mongolie imaginaire. On traverse le désert, on gravit des montagnes, on transporte des pierres, on marche à genoux comme pour une prière et les mots sont taillés au couteau. La Suite mongole a fait l'objet d'une adaptation pour un spectacle présenté à Tangente en septembre 1999. Le cédérom qui accompagne ce livre présente des fragments des textes selon une interprétation fantaisiste faisant appel à une «imagerie mongole».

Basé sur une histoire de l’auteur canadien DM Fraser, Marie Tyrell est un drame expérimental racontant la vie et l’arrestation d’une activiste condamnée à mort, via les chansons de son amoureux et des extraits de son journal intime d’adolescente, du rapport psychologique provenant de la prison où elle fut enfermée et de témoignages de toutes sortes. L’œuvre est aussi un documentaire interactif qui, d’un côté, interroge le contexte politique et, de l’autre, présente l’historique de la production du film.

Parcourir cet hypertexte de Tom Drahos est une entreprise plus simple que ce à quoi il a habitué son spectateur. Un seul mode de lecture est offert, celui d’une narration en voix-off du texte de l’Oncle Vania de Anton Tchekhov pendant que des images défilent sur trois écrans.
Les thématiques abordées dans cette œuvre sont celles de notre réalité actuelle, des problèmes de politique américaine et irakienne, du mode de vie capitaliste occidental, avec des publicités de voiture, des usines polluantes, des photographies de personnages d’hier à aujourd’hui, des musées. La seule interaction offerte au lecteur est l’activation d’icônes en forme de sapin, ce qui permet l’apparition et la disparition de deux des trois écrans, sans vraiment altérer le déroulement de l’animation.

Tom Drahos promène le spectateur dans les dédales labyrinthiques de l’univers kafkaïen, où le roman Le château, revient à plusieurs reprises comme le point d’ancrage de l’hypertexte. L’artiste contemporain nous présente la vie de Kafka à travers les rues de Prague, son album de famille et un texte socio-biographique.
L’homme est aussi raconté en images. Celles-ci font références aux deux derniers siècles de l’histoire de Prague et relatent ses modes, ses gens, ses mouvements. C’est tout un voyage à l’écran dans le Prague d’hier à aujourd’hui qui se déploie sous les yeux du spectateur au cours de cette promenade hypertextuelle.
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