Zeitgeist

Drouhin, Reynald: GridFlow

GridFlow est une oeuvre produite par Reynald Drouhin, avec le support de l'ingénieur Sébastien Courvoisier. L'oeuvre s'alimente en temps réel des fils RSS de plus de 2200 blogues pour produire une mosaïque mouvante d'images. À l'écran, les images défilent une à une du coin supérieur gauche de l'écran jusqu'au coin inférieur droit, glissant doucement d'une colonne à l'autre jusqu'à leur disparition finale. Il s'agit pour l'artiste de créer un genre d'instantané du Web, une image éphémère des tendances actuelles, au moment même où elles adviennent.

GridFlow se décline sous plusieurs formes: site Web, tirages photographiques 1x1 mètre, installation générative vidéo en galerie (avec laquelle il est possible d'intéragir par téléphone intelligent) et livre imprimé. Sur le site Web, l'internaute peut entrer l'adresse d'un nouveau blogue syndiqué RSS à la banque des adresses servant à générer le flux d'images de l'oeuvre. À n'importe quel moment, il est aussi possible de télécharger une image instantanée en haute définition des images affichées. Il est à noter qu'en plaçant le curseur de la souris sur une image, l'internaute peut voir la date et l'heure exacte à laquelle celle-ci a été mise en ligne. En cliquant sur l'image, l'internaute est aussi automatiquement redirigé vers son blogue d'origine.

Harris, Jonathan: Universe

Avec Universe, Jonathan Harris propose un outil de visualisation des informations diffusées sur le site daylife.com. Développant la métaphore d'une carte du ciel où le sujet recherché est l'étoile autour de laquelle gravite l'ensemble des astres, cette oeuvre permet à l'internaute de faire une recherche, par exemple à propos d'Eminem ou encore de Chopin, afin de visualiser les nouvelles qui ont été diffusées à leur sujet sur le site daylife.com. L'oeuvre permet de filtrer les contenus, notamment en sélectionnant les nouvelles de la journée en cours, de la dernière semaine, du dernier mois ou encore de la dernière année. L'internaute peut naviguer au sein de huit interfaces différentes et choisir la couleur du ciel qui lui convient le mieux. La métaphore de la voûte céleste semble tout à fait appropriée au fonctionnement de l'oeuvre. En effet, il apparaît rapidement que le nombre d'informations disponibles sur le Web est gigantesque, rappelant en cela l'immensité de l'Univers. De fait, Universe permet à l'internaute une authentique immersion dans l'univers du discours qui circule sur le Web.

We Feel Fine est une oeuvre visant l'exploration des sentiments de l'humanité en ligne. Elle comprend un logiciel qui collecte systématiquement, sur des blogues, les phrases contenant le syntagme "I feel". Le logiciel extrait ces données dans un éventail important de sites d'hébergement de blogues, soit LiveJournal, MSN Spaces, MySpace, Blogger, Flickr, Technorati, Feedster, Ice Rocket et Google. Étant donné le nombre important d’usagers qui se trouvent sur ces différents sites, il n’est pas exagéré d’affirmer que cette oeuvre possède une base de données représentative de la variété des discours qui se trouvent sur la blogosphère.


We Feel Fine propose six modes de visualisation des données recueillies. Dans tous les cas, il s'agit de permettre à l'internaute de sélectionner, selon divers critères (les types de sentiments, le sexe de l'énonciateur, la température, la situation géographique de l'énonciateur et la date d'écriture), des phrases qui traitent des sentiments de la foule anonyme des blogueurs. Cela permet notamment à l’internaute de répondre à une foule de questions: quelle est la ville la plus triste du monde? Quelle est l'incidence du climat sur l'humeur des gens? Y a-t-il une période de l'année où l'humanité est plus heureuse? Comment se sentaient hier les habitants de Dublin? Quelle est l’humeur générale des habitants de la planète aujourd’hui? En mobilisant des informations provenant de divers flux RSS du Web, cette oeuvre vise à offrir la possibilité d’une saisie englobante des discours sur le Web. Il y a là quelque chose, pourrions-nous dire,  d'un dispositif de visualisation de l’air du temps.


Cette oeuvre s'inscrit ainsi dans une logique du flux. Pour reprendre la terminologie proposée par Anaïs Guilet et Bertrand Gervais dans le dossier thématique qu’ils ont consacré au flux, il faudrait dire que cette oeuvre correspond à la catégorie des oeuvres mobilisant les flux du Web, qu’il faut comprendre comme étant des dispositifs de visualisation de flux informationnels[1].


De fait, We Feel Fine permet à l'internaute, par son moteur de recherche, d'appréhender en temps réel la diversité des états d'âme des blogueurs de la planète. Cette oeuvre permet également d’opérer divers agencements d’éléments a priori hétérogènes, en décontextualisant, puis recontextualisant des énoncés provenant des sources les plus variées. Un autre fait important à souligner est la mouvance inhérente à ce type d’oeuvre : d’une expérience à l’autre, l’internaute se voit confronté à des énoncés différents et à des agencements toujours inédits. Ainsi, il faut dire, à la suite de Guilet et de Gervais, que cette oeuvre n’est pas épuisable, en ce sens où elle se trouve en constant mouvement. Dès lors, l’oeuvre en tant que telle réside non pas dans les différents résultats qu’elle rend possibles, puisqu’ils sont fondamentalement évanescents, mais plutôt dans le dispositif qu’elle propose.

À ce propos, les interfaces de visualisation de l’oeuvre rendent bien la logique qui lui est propre. En effet, le premier dispositif de visualisation des contenus proposé par l’oeuvre, intitulé «Madness», donne à voir des petites billes de couleurs en mouvement dans la fenêtre de navigation. Elles figurent, de façon métaphorique, la fulgurance du Web, sa nature mouvante. Celui intitulé «Murmurs», quant à lui, propose un flot incessant de phrases, rapatriées par l’oeuvre en tant réel. Dans ce cas-ci, l’internaute est confronté au flux de façon plus passive, puisqu’il n’a qu’à contempler le défilement des énoncés. D’autres interfaces de visualisation des contenus sont proposées par l’oeuvre, la plupart visant à dégager des tendances, que ce soit à partir des genres, de la localisation des individus ou encore de la température.

Il est à noter que We Feel Fine s’inscrit dans la logique d’ensemble de la production de Jonathan Harris, marquée par l’utilisation de la masse d’informations qui s’accumule sur Internet, particulièrement depuis le développement du Web 2.0 et la montée des réseaux sociaux. La plupart de ses oeuvres sont recensées dans le répertoire du Laboratoire NT2. Soulignons également que cette oeuvre a donné lieu à un livre imprimé[2].

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1. Pour en apprendre davantage sur la présence de flux dans l’art Web, on consultera à profit le dossier thématique consacré au flux. cf. Anaïs Guillet et Bertrand Gervais (2010), «Le flux: Go with the Flow», Laboratoire NT2, En ligne: http://www.nt2.uqam.ca/recherches/dossier/le_flux (consulté le 12 juin 2010)

2. Il est possible de consulter des extraits du livre sur le site de Jonathan Harris, à l'adresse suivante : http://www.wefeelfine.org/book/ (consulté le 12 juin 2010)

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