We Feel Fine: An exploration of human emotion, in six movements

We Feel Fine: An exploration of human emotion, in six movements

Jonathan Harris, Sep Kamvar

We Feel Fine est une oeuvre visant l'exploration des sentiments de l'humanité en ligne. Elle comprend un logiciel qui collecte systématiquement, sur des blogues, les phrases contenant le syntagme "I feel". Le logiciel extrait ces données dans un éventail important de sites d'hébergement de blogues, soit LiveJournal, MSN Spaces, MySpace, Blogger, Flickr, Technorati, Feedster, Ice Rocket et Google. Étant donné le nombre important d’usagers qui se trouvent sur ces différents sites, il n’est pas exagéré d’affirmer que cette oeuvre possède une base de données représentative de la variété des discours qui se trouvent sur la blogosphère.


We Feel Fine propose six modes de visualisation des données recueillies. Dans tous les cas, il s'agit de permettre à l'internaute de sélectionner, selon divers critères (les types de sentiments, le sexe de l'énonciateur, la température, la situation géographique de l'énonciateur et la date d'écriture), des phrases qui traitent des sentiments de la foule anonyme des blogueurs. Cela permet notamment à l’internaute de répondre à une foule de questions: quelle est la ville la plus triste du monde? Quelle est l'incidence du climat sur l'humeur des gens? Y a-t-il une période de l'année où l'humanité est plus heureuse? Comment se sentaient hier les habitants de Dublin? Quelle est l’humeur générale des habitants de la planète aujourd’hui? En mobilisant des informations provenant de divers flux RSS du Web, cette oeuvre vise à offrir la possibilité d’une saisie englobante des discours sur le Web. Il y a là quelque chose, pourrions-nous dire,  d'un dispositif de visualisation de l’air du temps.


Cette oeuvre s'inscrit ainsi dans une logique du flux. Pour reprendre la terminologie proposée par Anaïs Guilet et Bertrand Gervais dans le dossier thématique qu’ils ont consacré au flux, il faudrait dire que cette oeuvre correspond à la catégorie des oeuvres mobilisant les flux du Web, qu’il faut comprendre comme étant des dispositifs de visualisation de flux informationnels[1].


De fait, We Feel Fine permet à l'internaute, par son moteur de recherche, d'appréhender en temps réel la diversité des états d'âme des blogueurs de la planète. Cette oeuvre permet également d’opérer divers agencements d’éléments a priori hétérogènes, en décontextualisant, puis recontextualisant des énoncés provenant des sources les plus variées. Un autre fait important à souligner est la mouvance inhérente à ce type d’oeuvre : d’une expérience à l’autre, l’internaute se voit confronté à des énoncés différents et à des agencements toujours inédits. Ainsi, il faut dire, à la suite de Guilet et de Gervais, que cette oeuvre n’est pas épuisable, en ce sens où elle se trouve en constant mouvement. Dès lors, l’oeuvre en tant que telle réside non pas dans les différents résultats qu’elle rend possibles, puisqu’ils sont fondamentalement évanescents, mais plutôt dans le dispositif qu’elle propose.

À ce propos, les interfaces de visualisation de l’oeuvre rendent bien la logique qui lui est propre. En effet, le premier dispositif de visualisation des contenus proposé par l’oeuvre, intitulé «Madness», donne à voir des petites billes de couleurs en mouvement dans la fenêtre de navigation. Elles figurent, de façon métaphorique, la fulgurance du Web, sa nature mouvante. Celui intitulé «Murmurs», quant à lui, propose un flot incessant de phrases, rapatriées par l’oeuvre en tant réel. Dans ce cas-ci, l’internaute est confronté au flux de façon plus passive, puisqu’il n’a qu’à contempler le défilement des énoncés. D’autres interfaces de visualisation des contenus sont proposées par l’oeuvre, la plupart visant à dégager des tendances, que ce soit à partir des genres, de la localisation des individus ou encore de la température.

Il est à noter que We Feel Fine s’inscrit dans la logique d’ensemble de la production de Jonathan Harris, marquée par l’utilisation de la masse d’informations qui s’accumule sur Internet, particulièrement depuis le développement du Web 2.0 et la montée des réseaux sociaux. La plupart de ses oeuvres sont recensées dans le répertoire du Laboratoire NT2. Soulignons également que cette oeuvre a donné lieu à un livre imprimé[2].

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1. Pour en apprendre davantage sur la présence de flux dans l’art Web, on consultera à profit le dossier thématique consacré au flux. cf. Anaïs Guillet et Bertrand Gervais (2010), «Le flux: Go with the Flow», Laboratoire NT2, En ligne: http://www.nt2.uqam.ca/recherches/dossier/le_flux (consulté le 12 juin 2010)

2. Il est possible de consulter des extraits du livre sur le site de Jonathan Harris, à l'adresse suivante : http://www.wefeelfine.org/book/ (consulté le 12 juin 2010)

Citations: 
I feel im going to cry / i feel better physically and mentally / i feel like commenting / I feel I have a hard life.
Notes: 
«Since August 2005, We Feel Fine has been harvesting human feelings from a large number of weblogs. Every few minutes, the system searches the world's newly posted blog entries for occurrences of the phrases "I feel" and "I am feeling". When it finds such a phrase, it records the full sentence, up to the period, and identifies the "feeling" expressed in that sentence (e.g. sad, happy, depressed, etc.). Because blogs are structured in largely standard ways, the age, gender, and geographical location of the author can often be extracted and saved along with the sentence, as can the local weather conditions at the time the sentence was written. All of this information is saved. The result is a database of several million human feelings, increasing by 15,000 - 20,000 new feelings per day. Using a series of playful interfaces, the feelings can be searched and sorted across a number of demographic slices, offering responses to specific questions like: do Europeans feel sad more often than Americans? Do women feel fat more often than men? Does rainy weather affect how we feel? What are the most representative feelings of female New Yorkers in their 20s? What do people feel right now in Baghdad? What were people feeling on Valentine's Day? Which are the happiest cities in the world? The saddest? And so on.» En ligne: http://wefeelfine.org/mission.html (consulté le 17 juin 2010)
Bibliographie: 
Chatonsky, Grégory (2007) «Esthétique du flux», Rue Descartes, no 55, P.U.F. En ligne: http://www.cairn.info/article.php?ID_ARTICLE=RDES_055_0086 (consulté le 12 juin 2010)Chatonsky, Gregory, «Flux entre fiction et narration». En ligne: http://incident.net/users/gregory/wordpress/19-flux-entre-fiction-et-narration (consulté le 12 juin 2010)
Média
Année
Nature
Coordonnées de l'artiste: 
jjh@number27.org sdkamvar@stanford.edu
Bio de l'artiste: 
Jonathan Harris est né en 1979. Ses différents projets artistiques investissent la question des relations humaines, mais aussi de notre rapport aux technologies. Il s’intéresse à l’informatique, à l’anthropologie, aux procédés de visualisation, mais aussi de façon générale à l’art de raconter. Il a étudié l’informatique à l’Université de Princeton. En 2005, il a remporté le prix Fabrica (The Benetton Group Communications Research Center) ainsi que trois Webby Awards. Il a également participé à la création de la pièce de vingt-cinq sous de l’état du Vermont. Ses projets ont été exposés au Museum of Modern Art (New York) et au Centre Pompidou.
Oeuvres sélectionnées
Parmi les oeuvres du Répertoire Lire la suite
Langues
Extraits d'articles: 
«Even the most complicated of Jonathan’s projects start with simple questions. As he explains, "Most of my ideas begin with really basic questions I ask myself about the world, and then I begin the process of attempting to find answers to those questions, often using large sets of online data. This involves searching for what I call the right 'lens.'  Lenses are linguistic or behavioral observations that can be used to whittle down overwhelming amounts of data to just the meaningful stuff. In the case of my We Feel Fine project, the lenses were the phrases 'i feel' and 'i am feeling.'  Once I've found a good lens, I try to invent a graphical framework that echos the type of content being represented (in We Feel Fine, that's anthropomorphic dots that exhibit traits like curiosity, nomadism, fear, and groupthink, in Universe, that's stars and constellations in a night sky).  Beyond that, I try to keep things simple and playful."In the modern world of connectivity, there is debate as to whether constant connection inhibits or supports creativity. Jonathan is careful not to subject himself to constant communication. He elaborates, "...I do most of my thinking away from a computer, on paper, and then only hit the computer when I know pretty much exactly what I'm going to build. I find it hard to be creative behind a screen. I don't carry a Blackberry, or any device like that, so I can seek shelter in the electronic unavailability of the physical world."» - «Jonathan Harris: We Feel Fine», The 99 percent. En ligne: http://the99percent.com/articles/5604/jonathan-harris-we-feel-fine (consulté le 12 juin 2010)
Auteure, auteur du site: 
Harris, Jonathan, Kamvar, Sep
Auteure, auteur de l'entrée
Date d'accès à l'oeuvre: 
2010-06-12
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