Voyage

Bernier, Isabelle: La Malédiction de la Grande Pyramide (Égyptomanie)

La Malédiction de la Grande Pyramide est une œuvre d’Isabelle Bernier faisant partie de l’exposition Web RACHID & ROSETTE, ayant pour thème la Pierre de Rosette. L’œuvre de Bernier traite directement de ce thème en évoquant le voyage de Jean-François Champollion, qui déchiffra les hiéroglyphes égyptiens en utilisant la Pierre de Rosette. 

Après un bref prologue où l’internaute voit Champollion se préparer pour son voyage, le corps principal de l’œuvre apparaît. L'internaute est invité dans un couloir à l’intérieur de la pyramide de Gizeh, où il se déplace en plaçant la souris sur les côtés de l’écran. Des statues décorent le couloir; en cliquant sur celles-ci, diverses citations apparaissent (tirées du livre l’Orientalisme d’Edward Sahid, par exemple). Après avoir cliqué sur trois de ces statues, l’internaute a l’option de les vendre à un tiers parti de son choix. Entre les statues, quatre portes permettent d’accéder à des pièces: les deux premières présentent des vidéos d’une reconstitution du voyage de Champollion en Égypte (ces séquences sont filmées à Teotihuacan au Mexique et non à Gizeh); une troisième fait apparaître du texte illisible à l’écran, faisant écho au mystère entourant la signification des hiéroglyphes; et une dernière mène à une page d’achat sur le site du British Museum.

Carpenter, J. R.: Excerpts from the Chronicles of Pookie & JR

Story Generation(s) est une série de trois générateurs programmés en Python par J. R. Carpenter à partir de scripts empruntés à Nick Montfort et publiés sur le blogue Grand Text Auto [1]. Les trois générateurs de la série Story Generation(s) sont Excerpts from the Chronicles of Pookie & JR (juin 2009), I've Died and Gone to Devon (novembre 2009) et Auto-Autobiography (février 2010). Pour utiliser les générateurs, l'internaute doit installer Python sur son ordinateur et télécharger les fichiers .py fournis par l'artiste. Une fois activés, les générateurs sont lancés dans une fenêtre terminale. Il suffit d'appuyer sur la touche Retour pour générer un nouveau bloc de texte.

Excerpts from the Chronicles of Pookie & JR raconte la cohabitation de Carpenter et de Pookie 14, un bernard l'hermite, en juin 2009. Le ton est léger et humoristique, parfois légèrement claustrophobe. I've Died and Gone to Devon est un générateur adapté d'entrées Twitter publiées par Carpenter lors d'une visite dans le Devon, en Angleterre. Les blocs de texte générés par I've Died and Gone to Devon rappellent la forme du carnet de voyage. Finalement, Auto-Autobiography produit de faux récits autobiographiques intimistes, imitant les mécanismes de la mémoire.

 

[1] Nick Montfort (30/11/2008) «Three 1K Story Generators», sur Grand Text Auto. En ligne: http://grandtextauto.org/2008/11/30/three-1k-story-generators/ (consulté le 16 janvier 2013)

Loss Pequeño Glazier: Four Guillemets

Four Guillemets est une expérimentation poétique générative de Loss Pequeño Glazier qui exploite le concept du quartet. L'oeuvre est divisée en quatre «pages» que l'internaute fait défiler grâce aux flèches placées au bas de la fenêtre de lecture. Chaque «page» est composée de quatre blocs textuels, eux-mêmes générés à partir de quatre fils textuels indépendants – correspondant aux quatre voix du quartet. Si l'internaute n'interagit pas avec le contenu affiché à l'écran, l'oeuvre génère de nouvelles variations des quatre blocs à intervalles réguliers. Il est toutefois possible de hâter le processus en cliquant sur le bouton placé sous la fenêtre de lecture, au milieu de l'écran.

Les blocs textuels générés par Four Guillemets utilisent l'itération pour créer de fines variations de sens à l'intérieur du poème. Il est toutefois difficile de saisir le sens du poème dans son ensemble, puisque les différents blocs ne sont pas traversés par un même fil narratif et/ou thématique. En effet, Loss Pequeño Glazier favorise plutôt les connexions sémantiques et logiques formelles:

These may be narratively disruptive, grammatically continuous, non-relatively contiguous (self-contained in meaning), or paratactic (physically adjacent but open-ended in semantic connection). [1]

Il est à noter que les images qui accompagnent chacune des pages de Four Guillemets sont elles aussi générer à partir de quatre fils de données visuelles.

 

[1] Extrait des notes placées par l'artiste à la fin de l'oeuvre.

Bailey, Sara Sloan: Factography

Factography est un hypertexte de Sara Sloan Bailey composé d'une série de courts récits entremêlés. Ces récits, qui relèvent de la fiction mais qui sont composés à partir de bribes de réalité [1], tournent autour d'un nombre réduit de personnages dont les destins s'entrecroisent, un peu sous le mode de la chronique: des couples se forment et éclatent au fil des voyages, des jeunes hommes s'en vont se battre en Irak et reviennent changés, des souvenirs d'enfance refont surface à des moment inattendus...

L'internaute accède à l'hypertexte en cliquant sur le lien «stories», sur la page d'accueil. Un premier récit s'ouvre alors, contenant plusieurs hyperliens. Ce premier récit, intitulé «Cadiz», est présenté dans son entièreté. En cliquant sur un des hyperliens contenus dans le texte, l'internaute est toutefois redirigé vers un fragment d'un autre récit. D'un hyperlien à l'autre, c'est donc de fragment en fragment que l'internaute poursuit sa lecture. Néanmoins, au bas de chaque fragment, une croix contenant quatre contrôles offre la possibilité d'accéder à la version complète du récit ou de passer au fragment suivant du récit en cours de lecture (les deux autres contrôles servent à revenir en arrière et à aller vers la table des matières).

 

[1] Sara Sloan Bailey (2008) «Home», page d'accueil de Factography. En ligne: http://www.cddc.vt.edu/journals/newriver/08Spring/bailey/Home.html (consulté le 13 janvier 2013)

Carpenter, J. R.: Wanderkammer

Dans son ensemble, Wanderkammer de J. R. Carpenter est composé de 58 citations, tirées majoritairement d’œuvres littéraires imprimées, et d’un petit nombre de déclarations citées diverses. Les citations littéraires dans Wanderkammer proviennent principalement d’œuvres en prose, mais on y retrouve de même des citations de poèmes variés et de textes académiques. Le titre complet, Wanderkammer – A Walk Through Texts, constitue déjà une introduction au thème de l’œuvre, l’errance. J. R. Carpenter décrit le terme «Wanderkammer» comme: «1. a web-based collection of hyperlinked quotations from curious and rare writings on the topic of wandering. 2. a walk through texts» [1]. Cette définition exprime l’ambiguïté inhérente du terme: d’une part, «Wanderkammer» suggère que l’idée principale qui traverse les textes cités est le thème de la «promenade». D’autre part, le terme met également en valeur le fait que l’œuvre est une construction hypermédiatique, ce qui signifie que le visiteur doit se «promener» d’un texte à l’autre dans l’espace virtuel pour progresser dans sa lecture.

Toutefois, l’image statique du carnet de notes en arrière-plan et la disposition uniforme des textes de chaque lexie dans une même section de l’écran transmettent aussi l’impression familière d’être en train de procéder à la lecture linéaire d’un livre imprimé.

Concernant les choix de lecture du visiteur, il est évident que le lecteur prend des décisions actives en choisissant sur quel(s) mot(s) cliquer et, ainsi, quel(s) lien(s) suivre. Durant ce processus, il est possible pour le lecteur d’identifier un mot intéressant qui attire son attention dans un texte spécifique. Même si ce choix peut d’abord sembler être une décision relative à un sujet particulier, il entraîne plutôt l’apparition du prochain texte qui contient le mot choisi. Cela signifie que les enjeux de ce second texte, ou texte-cible, peuvent être complètement différents.

Pour conclure, Wanderkammer peut être vu comme une œuvre hypermédiatique qui met en évidence l’influence des nouvelles technologies sur la littérature et l’art. D’un côté, l’œuvre montre comment les pratiques traditionnelles de lecture sont toujours prises en considération à l’intérieur du processus de production artistique dans un environnement électronique. Toutefois, d’un autre côté, Wanderkammer démontre aussi comment de nouvelles formes de production et de consommation du littéraire et de l’artistique peuvent être développées.

 

[1] J. R. Carpenter (2011) section «About», Wanderkammer. En ligne: http://luckysoap.com/wanderkammer/credits.html (consulté le 6 décembre 2012)

Hashemi, Gita: hyper-nomadic textual journeys

hyper-nomadic textual journeys est un hypertexte poétique de Gita Hashemi qui explore les métaphores de la lecture comme voyage et du lecteur comme nomade. La page principale présente un long poème composé de 8 blocs. 7 de ces blocs renferment des hyperliens pour accéder à des sous-poèmes qui développent les thématiques du poème principal. Ces sous-poèmes sont présentés dans de petits encadrés bleu foncé. Sous les encadrés, des hyperliens associés à des coordonnées géographiques (par exemple, «120e east», «0e north», «300e south/west», etc.) permettent de passer d'un sous-poème à l'autre ou de retourner à la page princpale.

Larsen, Deena: Samplers: Nine Vicious Little Hypertexts

Samplers est une collection de neuf hypertextes de Deena Larsen. Chaque hypertexte évoque une histoire différente, flirtant parfois avec le fantastique, mais s'ancrant le plus souvent dans un univers réaliste où reignent la brutalité et la mort. On y découvre entre autres les histoires d'un culte hippie qui se développe autour d'une barrière de béton; d'un étranger qui s'exile en Asie; d'une religieuse qui se souvient avec tristesse d'une amie d'enfance décédée; d'un retraité qui planifie de refaire sa vie en mer; d'une enfant victime d'inceste qui peine à reconstituer ses souvenirs; etc.

Pour naviguer dans Samplers, l'internaute a accès à une multitude de fonctions Storyspace. Tout d'abord, on accède à un hypertexte en sélectionnant un des neuf carreaux de la courtepointe présentée en accueil. Ensuite, dans chaque hypertexte, il est possible de naviguer en utilisant la touche Retour, en cliquant sur des hyperliens cachés dans le texte ou en utilisant les tables de liens qui s'ouvrent périodiquement pour indiquer l'atteinte d'une impasse. De plus, différentes options permettent à tout moment de consulter l'historique des lexies visualisées; de placer des signets; de sauvegarder une lecture; d'associer des notes à une lexie; de faire des recherches dans le texte, par titres de lexies ou par mots-clefs; et de visualiser la structure de l'oeuvre (cartes, chartes, squelettes et arbres) afin de sauter directement d'un point à l'autre.

Il est à noter qu'un des hypertextes de Samplers, intitulé "Century Cross", est paru précédemment dans The Eastgate Quarterly Review of Hypertext, en 1995 (vol. 2, no 2).

Cliche, Sébastien: Paisajes

paisajes est une remédiatisation par l'artiste Sébastien Cliche d'un recueil d'exploration littéraire et formelle de Johanne Jarry. En arrivant sur l'oeuvre, l'internaute voit apparaître une présentation schématique de paisajes. L'artiste a repris les 32 poèmes en autant de sections, regroupées en trois parties (les mêmes que le livre). Chaque section contient deux unités de contenu: d'une part, le texte - animé, filmé ou animé; et d'autre part, une ambiance sonore, visuelle ou vidéo reprenant l'ambiance du poème correspondant.

Lors de la navigation, les combinaisons texte-image, texte-son, etc. sont aléatoires, invitant l'internaute à revisiter l'oeuvre plus d'une fois. Une fois une section visitée, des numéros d'autres sections font leur apparition à l'écran, permettant ainsi d'avancer - ou de reculer - à travers les tableaux. En cliquant sur un de ces numéros, une des deux unités de contenu de la section choisie (soit le texte ou l'ambiance) s'affiche aléatoirement à l'écran. L'internaute peut également revenir au plan schématique en tout temps en cliquant sur «index», où il pourra de plus visualiser le chemin parcouru.

Les poèmes de Jarry présentent une série de descriptions poétiques de paysages ou de souvenirs vagues associés à l'enfance, aux blessures passées, à la vieillesse, etc.

Les Causes Perdues: L'Atopie textuelle est une cause qui se perd

L'Atopie textuelle est une cause qui se perd est un projet ambitieux du collectif d'artistes Les Causes Perdues, formé d'Alain Martin Richard et de Martin Mainguy. L'oeuvre est à la fois dans le réel et le virtuel. Dans le réel, elle s'incarne sous la forme de quatre panneaux en aluminium, installés sur l'axe des points cardinaux sur une place publique de la ville de Québec. Un poème est inscrit sur leur surface, mais celle-ci est trouée, rendant la lecture impossible. Les trous sont organisés en forme de grille, sur les cloisons faisant 7 pieds X 17 pieds; en juxtaposant le point cardinal  correspondant au panneau, cela permet de leur assigner une coordonnée (par exemple, NE.7.11). Ces coordonnées sont liées à un palet de la grosseur d'une rondelle de hockey, équivalente à ce qui a été coupé et retiré du panneau. On y retrouve la partie manquante du poème sur une face et, sur l'autre, la coordonnée du palet et l'adresse du site de l'Atopie textuelle.

C'est à ce moment qu'entre en jeu la partie virtuelle de l'oeuvre. Lors de la cérémonie de lancement officiel de l'oeuvre au printemps 2001, chaque palet fut donné à un participant. Les preneurs devaient contribuer à l'oeuvre en fournissant un texte, un son, une image ou une vidéo. Ces participations furent alors mises sur le site Web du site et liées aux palets, suivant le système de coordonnées. Par la suite, les palets furent donnés à d'autres personnes, qui devaient à leur tour contribuer à la «vie» du palet, en inscrivant sur le site où il était rendu et en contribuant à leur tour sous forme électronique. Le site Web garde ainsi la trace du voyage de chaque palet, sous la forme d'une carte du monde et d'une ligne temporelle où l'on peut voir chacune des participations individuelles.

Ayant comme objectif de leur faire faire le tour du monde, les artistes prévoyaient que les palets commenceraient à revenir au Québec autour de 2006. C'est à ce moment qu'ils seraient remis en place sur le panneau, permettant au poème de se dévoiler petit à petit. En date d'octobre 2011, un seul des palets était revenu. Mais, comme l'indique les noms de leur oeuvre et de leur collectif, les artistes ne se sont jamais attendu à ce que les palets reviennent. L'irréalisable fait donc partie intégrante de l'oeuvre.

Il est à noter que l'oeuvre gagna un concours provincial pour l'aménagement de la Place de l'Université, dans le centre de la ville de Québec. Inaugurée en 2003, cette place fut en fait aménagée en fonction de l'oeuvre, rare précédent pour une création en ligne. Un ordinateur réservé uniquement à la navigation sur le site de l'oeuvre fut aussi placé à la bibliothèque Gabrielle-Roy jusqu'en 2006.

Senghor on the Rocks, Christoph Benda

Senghor on the Rocks est un roman de Christoph Benda entièrement annoté à l'aide d'images satellites tirées de Google Maps. Le roman, divisé en trois parties, est présenté à l'écran dans un livre remédiatisé: sur la page de droite, l'internaute peut lire le texte comme tel, présenté de façon classique; sur la page de gauche, des images Google Maps permettent de voir où se situe le principal protagoniste du roman. Parfois, ces images sont animées pour illustrer des passages où le personnage est en déplacement. Pour naviguer dans le roman, l'internaute n'a qu'à choisir quelle partie du roman il désire visionner à l'aide du menu placé dans le haut de l'écran, puis à cliquer sur les pages du livre pour avancer et reculer. Des signets gardent en mémoire la progression de l'internaute d'une visite à l'autre.

Le roman raconte l'histoire de Martin «Chi» Tschirner, un caméraman autrichien en mission à Dakar pour filmer les célébrations entourant la qualification historique de l'équipe sénégalaise pour la Coupe du Monde de soccer, en 2001. Après une bourde monumentale (il couche avec la petite-amie du producteur), Chi se retrouve toutefois sans emploi et seul dans la ville. Il fera alors la rencontre d'Assane, qui lui permettra de se plonger dans la culture sénégalaise, et se retrouvera malgré lui mêlé à de sombres histoires de résistance politique.

Voyage Into the Unknown, Roderick Coover

Voyage Into the Unknown est un documentaire interactif conçu par Roderick Coover et traitant de la première expédition d'exploration menée sur la rivière Colorado, en 1869. Coover y invite l'internaute à se glisser dans la peau de Mr. Bradley, un des membres de l'équipe de l'explorateur John Wesley Powell. L'oeuvre se présente comme une très longue carte de la rivière Colorado, sur laquelle se superposent parfois des photos plus récentes de ses berges. Sur cette carte, des icônes servent à marquer les découvertes de Powell ou à renvoyer l'internaute vers des extraits des journaux tenus par les différents membres de l'expédition. L'internaute peut utiliser les flèches rouges situées de part et d'autre de l'écran pour faire dérouler la carte ou encore se servir du menu placé sur la gauche pour passer directement à l'un ou l'autre des 20 segments de l'oeuvre. Deux icônes plus massives, situées dans les segments 18 et 20, donnent accès à des réflexions plus contemporaines sur l'expédition de Powell et ses contributions réelles à l'histoire américaine.

Geniwate; Stefans, Brian Kim: When You Reach Kyoto

Conçu grâce au même moteur que Concatenation, When You Reach Kyoto est un poème de Brian Kim Stefans remédiatisé par Geniwate sur le principe du cut-up de William Burroughs: au fil des clics de l'internaute, les éléments textuels du poème de Stefans se réorganisent pour créer des vers inédits, leur succession aléatoire occasionnant des effets parfois surprenants. Pendant la lecture, l'internaute n'a qu'à cliquer pour passer d'un vers à l'autre. En trame sonore, une musique inquiétante, quasi industrielle, accompagne la lecture. Notons que les mouvements du curseur à l'écran altèrent la hiérarchisation des éléments: plus le curseur bouge, plus l'image servant de toile de fond pâlit, laissant apparaître une foule de fragments de mots et de lettres en arrière-plan.

Le poème lui-même traite d'impressions diverses accompagnant le retour d'un voyageur à Tokyo. Ces impressions gravitent surtout autour du sentiment d'abandon du narrateur, de sa tristesse, de son silence. Les images reprennent dans des teintes sombres différentes vues de la ville.

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