Virus

Love, Christine; Digital: A Love Story

Digital: A Love Story est une œuvre narrative hypermédiatique qui ramène le lecteur «five minutes into the future of 1988», à l’époque d’ARPANET et des BBS (Bulletin Board Systems). Christine Love y raconte une histoire d’amour en ligne datant d'avant l'ère d’Internet.

Son nouvel ordinateur fraîchement sorti de la boîte, l’utilisateur se connecte au BBS local et y rencontre *Emilia, une poète cherchant à mieux connaître l’humanité. Au fil des discussions, un lien s’établit entre l’utilisateur et *Emilia, qui finit par quitter le nid familial. Peu de temps après, elle disparaît à cause d'un bris technique sur le BBS et l’utilisateur tentera tout afin de la retrouver, tout en essayant de sauver le réseau informatique d’un virus détruisant tout sur son passage. Pour ce faire, il devra se connecter sur plusieurs BBS, pirater ARPANET, apprivoiser des intelligences artificielles afin d’obtenir leur coopération, réparer son ordinateur après une attaque informatique et plus encore. Tout cela en naviguant à travers des messages d'utilisateurs discutant de science-fiction, de code informatique et d'histoire des technologies.

L'internaute doit télécharger l'oeuvre sur son ordinateur pour pouvoir y accéder. L’interaction est fidèle à celle des systèmes de 1988, l’interface Amie Workbench de l’oeuvre étant grandement inspirée du Amiga Workbench de Commodore. L’utilisateur doit ainsi se connecter au différents BBS manuellement en entrant le numéro de téléphone, et ce à chaque fois. Cela rend le tout un peu moins ludique (et parfois frustrant), mais donne une expérience immersive authentique. L’utilisateur n’écrit pas les messages, mais lit seulement les réponses aux messages qu’il a envoyés, allégeant ainsi le «travail» qu’il doit effectuer. La trame sonore de style chiptune qui accompagne la navigation aide grandement à l'immersion.

Berkenheger, Susanne: The Bubble Bath

The Bubble Bath est une oeuvre de Susanne Berkenheger qui utilise les failles du logiciel Internet Explorer 5 sur le système d'exploitation Windows 98 pour questionner nos habitudes de lecture sur le Web: comment l'internaute réagit-il lorsqu'il perd le contrôle du texte? Peut-on apprendre à «discuter» avec un virus?

Originellement, l'oeuvre n'était accessible que sur Internet Explorer. Si l'internaute essayait d'y accéder à l'aide d'un autre navigateur, le message suivant apparaissait:

'the bubble bath' is set in the eye of the occupying power called Microsoft. It is therefore indispensable to use camouflage, i.e. PC and Internet Explorer.

Une fois activée, l'oeuvre déclenchait l'apparition d'une multitude de fenêtres intempestives où se manifestait le «shark75», un faux virus prenant le contrôle de l'ordinateur de l'internaute. Incapable de contenir le «shark75», l'internaute n'avait d'autre choix que de se laisser porter par celui-ci, découvrant au fil des nouvelles fenêtres le récit de l'étrange bataille en train de se livrer entre l'oeuvre et le lecteur.

Il n'est plus possible aujourd'hui de visualiser l'oeuvre dans son état original. En effet, l'évolution des caractéristiques de sécurité du navigateur Internet Explorer et des nouvelles versions de Windows empêchent tout simplement l'oeuvre de fonctionner; l'internaute qui essaie d'y accéder ne recevra qu'un message d'erreur. Toutefois, un texte de Berkenheger décrivant la «mort» de l'oeuvre et sa reprogrammation ratée en 2006 est disponible sur le site Web de l'Electronic Literature Organization. L'artiste y présente un bel hommage aux «ruines» du Web, dont The Bubble Bath fait maintenant partie.

Cadioli, Marco; Manray, Marco: Remap Berlin

L'idée derrière le projet Remap Berlin est de berner l'utilisateur du logiciel Google Earth en lui donnant à voir des photographies d'un Berlin virtuel. Marco Cadioli, alias Marco Manray, a déambulé dans les rues du Berlin de Twinity, un réseau social où l'utilisateur évolue dans un univers tridimensionnel en manipulant un avatar, afin de faire des captures d'écran de son environnement. Suite à cela,  par l'intermédiaire du logiciel de partage de photos Panoramio, les photos sont géolocalisées pour ensuite être sélectionnées ou non par Google. Si les photos correspondent aux critères nécessaires à leur intégration dans Google Earth, celles-ci cotoient par la suite des photos des lieux réels, jouant ainsi avec la crédulité des utilisateurs.

e-poltergeist est une création des artistes britanniques Alison Craighead et Jon Thomson. Conçue comme une intervention Internet qui interrompt le fonctionnement normal de la session de navigation de l’internaute, il s’agit d’une œuvre qui, idéalement, devrait être rencontrée par hasard.

En accédant au site Web de l’œuvre, on voit apparaître à l’écran les instructions «Save whatever you’re doing. Close all other running applications. Allow pop-up windows for this site», suivies de la question «Do you YAHOO!?». Il est à noter qu’il est fortement recommandé de respecter ces consignes pour éviter toute perte de données suite à l’intervention du «poltergeist», mais aussi pour assurer une visualisation optimale de l’œuvre. En cliquant sur YAHOO!, l’internaute perd partiellement le contrôle de son fureteur: des fenêtres intempestives s’ouvrent dans tous les coins et pulsent littéralement à l’écran, contenant des publicités pour différents «commanditaires» du site; des recherches YAHOO! sont générées automatiquement avec différents mots-clés; et une musique d’ambiance en format MIDI commence à se faire entendre. Si l’internaute essaie de fermer les fenêtres intempestives, de nouvelles sont automatiquement ouvertes pour les remplacer. De même, s’il demeure toujours possible de naviguer minimalement à l’aide du fureteur (les liens qui apparaissent à l’écran dans les recherches YAHOO! automatiques sont fonctionnels et l’internaute peut utiliser les fenêtres ouvertes pour accéder à d’autres sites Web), les efforts de l’internaute sont entravés par l’ouverture automatique de nouvelles fenêtres qui le rejettent constamment vers d’autres pages Internet. Au total, près d’une trentaine de fenêtres peuvent ainsi faire leur apparition. Au bout de quatre à cinq minutes, la musique commence toutefois à faiblir et les recherches automatiques sur YAHOO! s’interrompent, laissant une plus grande liberté à l’internaute. Mais, après une ou deux minutes, le cycle des recherches automatiques reprend et la musique recommence à se faire entendre. Les «frappes» du poltergeist de l’œuvre se multiplient jusqu’à ce que l’internaute force la fermeture de toutes les fenêtres du fureteur – soit en utilisant le gestionnaire de tâches de son système d’exploitation, soit en redémarrant carrément l’ordinateur.

Si l’apparence de e-poltergeist peut d’abord faire penser à un virus et provoquer la panique chez l’internaute, il devient toutefois vite évident que la perte de contrôle n’est que partielle et que la volonté première de l’œuvre est artistique. La récurrence du thème paranormal met en effet rapidement l’internaute sur la bonne piste: plus souvent qu’autrement, la publicité qui apparaît dans les fenêtres dédiées aux commanditaires du site est un message pour 800predict, une fausse agence de médiums offrant des services psychiques. La musique est lugubre et mystérieuse, rappelant le thème surnaturel évoqué par le titre de l’œuvre. Plus encore, les recherches automatiques générées sur YAHOO! jouent constamment sur l’imaginaire du poltergeist: «hello+can+you+hear+me», «please+listen+to+me», «please+help+me», «is+anybody+there», «nobody+cares», etc. L’œuvre crée ainsi l’impression qu’un fantôme prisonnier de l’écran cherche à entrer en contact avec l’internaute par le biais de son fureteur – bref, que son ordinateur est littéralement possédé.

Mais la démarche derrière cette création de Craighead et Thomson n’est pas aussi simple. Le côté kitsch de l’ensemble – la musique MIDI de piètre qualité et déjà datée, l’esthétique des publicités, l’interface YAHOO! elle-même, la multiplication des clichés – laisse entrevoir une démarche critique beaucoup plus profonde qui touche notre relation aux médias de masse, à la publicité et à l’information «prête à consommer» offerte sur Internet. La question demeure: nous reconnaissons les codes, nous naviguons sans difficulté sur le Web, mais est-ce que l’on prend encore seulement la peine de réellement écouter ce qui est dit? En ne faisant que parcourir rapidement ce qui s’offre à nous sur l’écran, passons-nous à côté de l’essentiel? Ce mélange de critique et d’esthétique kitsch est d’ailleurs commun à plusieurs autres œuvres du duo d’artistes. Car ce qui constitue ici l’œuvre d’art demeure en fait un simple collage de pages Web déjà existantes, vaguement liées par une trame narrative tout droit sortie d’un film de Steven Spielberg (impossible en effet de ne pas penser à la petite fille prisonnière de la télé dans Poltergeist), accompagné d’une musique de piètre qualité. Pour l’establishment artistique, un tel mariage est synonyme de malaise: comment recevoir une telle œuvre en la mesurant à un marché qui valorise plutôt l’originalité, l’unicité et la qualité d’exécution? e-poltergeist nous oblige donc à forcer les limites de nos définitions de l’art et, pour reprendre Julian Stallabrass, la vieille garde du milieu artistique a bel et bien toutes les raisons de détester Thomson et Craighead [1].

Bref, plus qu’un amusant fantôme, le e-poltergeist de Craighead et Thomson est une brillante critique sociale qui nous confronte à nos propres démons.

Il est à noter qu'une adaptation française de l'oeuvre a été publiée dans la revue de littérature hypermédiatique en ligne bleuOrange, en 2012. Cette adaptation, réalisée en collaboration avec Joëlle Gauthier, peut notamment être consultée à partir de la page principale de l'oeuvre sur le site des artistes (http://thomson-craighead.net/original/).

[1] Stallabrass, Julian (2005) «Reasons to Hate Thomson and Craighead», dans Bode, Steven; Ernst, Nina, éd., Thomson and Craighead, Londres, Film and Video Umbrella, en ligne: http://www.courtauld.ac.uk/people/stallabrass_julian/essays/Thomson&Craighead-2.pdf (consulté le 12 août 2009)

Dans «Dreamaphage», l'internaute se trouve plongé dans un monde où la maladie, le rêve et la poésie sont intimement liés et où l'absurde est omniprésent. À travers un parcours constitué d'écrans flottants, l'internaute peut sélectionner différents livres virtuels et les consulter. Plusieurs liens sont disponibles à l'intérieur desdits livres et, lorsqu'ils seront activés, feront apparaître des fenêtres intempestives (pop-ups) donnant sur de nouveaux textes, mêlant fiction, biologie humaine et perte de soi dans le rêve. Un détour conseillé pour ceux et celles s'intéressant à la rhizomatique.
Cette oeuvre nous expose à une série de fenêtres (« pop-up ») qui s'ouvrent d'elles-mêmes et qui produisent des sons très agressants. De nouvelles fenêtres s'ouvrent constamment et envahissent notre écran d'ordinateur. Paradoxalement, cette oeuvre prescrit à l'internaute une protection pour ses oreilles.
Rackham, Melinda: carrier (becoming symborg)

carrier (becoming symborg) est un vaste projet de l'artiste Melinda Rackham dédié entièrement à l'hépatite C. L'internaute dispose de plusieurs options pour naviguer d'une section à l'autre: liens mobiles à gauche et à droite, menu au bas de l'écran, hyperliens divers, barres de navigation complémentaires apparaissant dans certaines sections... L'oeuvre elle-même exploite plusieurs dispositifs hypermédiatiques différents, allant des animations Shockwave aux explorations textuelles en VRML à télécharger, en passant par des déluges de fenêtres intempestives animées en JavaScript et des hypertextes HTML plus classiques. Le projet de Rackham contient essentiellement deux volets: le premier volet permet d'explorer de façon poétique les mécanismes de la contagion et les effets physiques du développement de l'hépatite C dans le corps humain. Le deuxième volet propose plutôt des témoignages de personnes atteintes par l'hépatite C, de la documentation sur les contre-coups sociaux de la maladie et une liste de ressources externes (Australie seulement). Les internautes touchés par l'hépatite C sont invités à participer en écrivant à l'artiste. Une fois traités, leurs témoignages et les liens qu'ils proposent sont intégrés au projet.

Cette oeuvre permet d'envoyer, par courriel, de faux virus à des gens que l'on connait (ou non)! Le site propose de sélectionner un virus parmi une liste et l'internaute peut joindre un message personnel. La personne à qui le message est destiné reçoit un message simulant un virus dangeureux pouvant affecter l'ordinateur et voler des informations personnelles. Par contre, ce message est associé à une image de carte postale rétro. L'oeuvre aborde la paranoïa et « l'hypocondrie » associées aux virus informatiques et au vol d'informations.
0100101110101101.org est un collectif d'artistes médiatiques qui utilisent divers moyens de communication non conventionnels afin de rejoindre le plus grand nombre de gens possible. La notion de détournement est souvent à la base de leurs projets. Dans« Nike Ground », par exemple, ils utilisent le nom et le logo universellement connus de la compagnie Nike pour susciter l'intérêt et provoquer le public. On retrouve également l’œuvre « United We Stand », qui consiste en l'invention et la promotion d'un film non-existant.
Cette oeuvre présente des compositions en mouvement formées de plusieurs fenêtres pop-up qui s'ouvrent lorsque l'internaute clique. Ces fenêtres montrent divers contenus puisés sur le web: manga, sport, pornographie,etc. En cliquant dans l'image, l'internaute provoquera des changements: de nouvelles fenêtres apparaîtront ou il fera défiler de nouvelles compositions.
Cette oeuvre est composée de plusieurs éléments puisés sur le web. Des fenêtres intempestives simulées peuvent s'ouvrir et se fermer frénétiquement, donnant l'impression à l'internaute que son ordinateur est atteint d'un virus. Par les phrases et les images qui sont mises de l'avant, l'oeuvre aborde le thème de la culture populaire liée à Internet.
Cette oeuvre est composée de plusieurs autres oeuvres à contenus variés. On y présente des montages photos à caractère sexuel, des citations d'oeuvres d'art célèbres, des citations de publicités, de faux virus qui utilisent le langage propre au Web, etc.
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