Urbanité

Drouhin, Reynald: I.P.C.

Internet Protocol City (I.P.C.) est un générateur de villes fictives qui transforme l'adresse IP des internautes se connectant à l'oeuvre en immeubles monochromes. À la suite du projet IP Monochrome, Reynald Drouhin désire, avec ce nouveau projet, explorer ce qu'il nomme «l'ossature immatérielle» d'une société. Les multiples monochromes générés par IP Monochrome sont repris dans I.P.C. et érigent une ville 3D que l'internaute peut découvrir à pied ou à vol d'oiseau, contrôlant sa navigation avec sa souris et les flèches du clavier. IP Monochrome et I.P.C. permettent toutes deux une matérialisation des  traces «immatérielles» propres au Web, scellant ainsi davantage le lien entre la ville et le Web. Notons que chaque nouvelle visualisation d'I.P.C. (l'internaute peut rafraîchir la ville en appuyant sur la barre d'espacement) correspond au 256 dernières connexions enregistrées. 

Bernier, Isabelle: Verano

L'oeuvre d'Isabelle Bernier s'inspire de la toile du même nom, Verano, peinte en 1937 par l'artiste mexicain Antonio Ruiz. Cette peinture représente un couple de paysans contemplant une vitrine de magasin luxueux à Mexico. L'oeuvre, construite à l'image de cette vitrine, devient en fait une parodie des sites Web des compagnies de mode vestimentaire. En arrivant sur la page d'accueil, l'internaute peut avoir l'illusion d'être tombé sur le site jeune et branché d'une marque de jeans appelée «verano», mais bien sûr, la marque n'existe pas. Et l'illusion ne dure pas puisque l'esthétique commerciale est constamment brisée par l'inclusion de textes de fiction et d'hyperliens. Fidèle aux enjeux sociaux qu'évoque la toile de Ruiz, l'oeuvre de Bernier dénonce elle aussi les inégalités ethniques et socioéconomiques ainsi que les impacts de l'urbanisation et de la publicité sur la culture mexicaine. 

Pour plus de détails, voir la fiche média de l'oeuvre

HBO Voyeur

HBO Voyeur est une oeuvre qui offre à l’internaute d’adopter le point de vue d’un voyeur qui, à New York, s’amuse à espionner les gens vivant dans des immeubles en périphérie du sien. L'oeuvre débute en montrant une fenêtre, à côté de laquelle se trouve une paire de lunettes d'approche. L'internaute peut ensuite sélectionner l'immeuble qu'il souhaite espionner. Dans chacun des immeubles, il découvrira de courtes histoires qui s'échelonnent sur plusieurs jours, chaque jour étant représenté par une séquence vidéo. Le point de vue offert par les lunettes d'approche implique bien sûr que nous n'avons accès qu'aux images, et l'un des défis interprétatifs de cette oeuvre devient dès lors de comprendre l'action qui se déroule sans entendre les dialogues.

Buenos Aires Word permet d'écrire du texte à partir de photographies prises dans l'espace public de la capitale argentine. Pour la création de l'oeuvre, l'artiste Juan Pintabona a d'abord accumulé une vaste quantité de photographies de divers graffitis, panneaux et écriteaux de la ville de Buenos Aires qu'il a classées sous différentes catégories (à manger, accès, avertissement, amour, désir d'éternité, interdiction, Argentine, etc.). Chacune des lettres des mots photographiés a été répertoriée séparément, dans leur couleur et leur calligraphie respectives, construisant une vaste base de données d'images indépendantes. 

Ces opérations ne sont que le prélude à l'oeuvre qui se veut une création collective prenant forme par les contributions des internautes. En entrant dans le site, ceux-ci élisent d'abord une catégorie, puis inscrivent un message de leur choix. Les lettres des mots tapés s'affichent telles qu'elles apparaissent sur les diverses inscriptions photographiées. Ainsi, le même texte inscrit sous des catégories différentes n'est jamais affiché de la même manière. Un passage du curseur de la souris sur ces lettres fait affleurer les photographies s'y rattachant, dans un défilement d'images hétéroclites, permettant une lecture bien particulière de la ville. Afin de garder l'oeuvre en mouvement, l'artiste invite les internautes à lui envoyer leurs propres photographies de Buenos Aires et à proposer de nouvelles catégories de classement. De plus, il est possible d'enregistrer les messages créés ainsi que de parcourir ceux laissés par les utilisateurs précédents. 

Les problématiques esthétiques de l'urbanité sont au coeur de l'oeuvre de Pintabona. Intéressé particulièrement par ce qu'il nomme « l'occupation temporaire de l'espace social de la ville »[1], l'artiste refuse que nous levions le nez sur des phénomènes humains caractéristiques à la ville comme peuvent l'être les bidonvilles ou les graffitis. Pour lui, ces manifestations sont symptomatiques des diverses crises - culturelles, économiques, sociales - pouvant traverser une ville donnée ou, dans le cas bien particulier de Buenos Aires Word, celles touchant la capitale mouvementée de l'Argentine: 

Pourquoi ne pas approfondir les causes de la crise en Argentine [...] en fonction des composantes du paysage urbain qui réclament notre attention? Pourquoi s'y intéresser seulement lorsqu'ils deviennent des obstacles à la circulation des citoyens? [...] La crise serait l'expression parfaite d'une crise plus profonde, cachée dans les interstices des formes culturelles, des modes de vie, une crise des formes de production et de consommation de la ville. [2]

Pour l'artiste, il en va de notre devoir de citoyen: nous ne devons pas condamner ces composantes urbaines. Elles sont partie intime de notre quotidien. Mieux les comprendre permet de vaincre la perception que nous en avons habituellement, et alors seulement peuvent-elles devenir signifiantes et, comme pour Pintabona, matière à création.

C'est l'objectif fondamental de Buenos Aires Word. En s'emparant des différents graffitis et autres panneaux publicitaires ou signalétiques, l'artiste redonne place à ces éléments du paysage visuel urbain, et ce, dans un double mouvement: la ville devient le matériau premier de l'écriture, mais c'est l'acte même d'écrire qui ouvre à une nouvelle compréhension de la ville. Participer à l'oeuvre, c'est accéder à  une dimension urbaine des mots que nous y laissons.  

[1] et [2] Pintabona, Juan, et Gabriel Fernández (08/2003) « Carros e infravivienda: dispositivos móviles y ocupación transitoria del espacio social de la ciudad », dans Scripta Nova: Revista electrónica de geografía y ciencias sociales, vol. VII, n°146(050), traduction libre. En ligne: http://www.ub.es/geocrit/sn/sn-146(050).htm (consulté le 14 juin 2010)

Foster, Stephen: Kiss and tell

Kiss and tell est une oeuvre de Stephen Foster qui s'intéresse à la contradiction entre l'histoire officielle s'incarnant dans les oeuvres d'art public que sont les monuments d'une ville et une version plus alternative de l'histoire qu'offrent à voir les graffitis, considérés par l'artiste comme de véritables inscriptions d'histoires personnelles dans le lieu public. Se promenant dans les rues de la ville de Québec et photographiant toutes ces traces de récits personnels, l'artiste, dont le travail s'intéresse principalement à la représentation des Autochtones dans la culture populaire, cherche à faire naître un espace de dialogue politique et social. Kiss and tell présente donc à l'internaute un rassemblement de photographies de graffitis intimement inscrits dans la cartographie de la capitale qu'il est invité à parcourir, tissant ainsi des liens entre toutes ces histoires personnelles inscrites dans la collectivité du lieu public.

Pour plus de détails, voir la fiche média de l'oeuvre.

Teran, Michelle: A20 Recall

Six ans après le sommet des Amériques, l'artiste profite de sa résidence à La Chambre Blanche pour se replonger dans les évèments violents ayant marqué la ville de Québec. Munie d'un système GPS et d'une caméra, Michelle Teran arpente les rues du Vieux-Québec et retrace les frontières de l'ancien périmètre de sécurité dressé pour contrer les débordements des manifestations anti-mondialisation. Au fil de sa déambulation, elle photographie, filme et fait des interviews afin de recueillir un grand nombre de témoignages de ces violences passées. Les données de son parcours, les images, les textes et les vidéos recueillis sont ensuite transmis à un locigiel qui, les regroupant, cartographie d'une façon toute particulière le trajet de l'artiste. La marche de Teran devient la topographie d'une mémoire collective. Consulter la fiche média de l'oeuvre pour davantage de détails. 

Duvall, Linda: Trait d'union

Dans le cadre de sa résidence à La Chambre Blanche portant sur le performatif en art Web, l'artiste, originaire de Saskatoon, s'est immergée dans la communauté culturelle et artistique de la ville de Québec afin d'en comprendre les multiples facettes. Durant six semaines, elle a invité artistes et autres travailleurs culturels de la capitale à répondre à une série de questions devant la caméra. Les vidéos issus de ces rencontres tissent une réflexion actuelle sur les relations qu'entretiennent les membres de la communauté artistique de Québec avec leurs oeuvres, avec la communauté nationale et internationale, mais surtout sur les relations qu'ils partagent entre eux.

Madan, Sushma; Noakes, Neil. urbanscrawl - tracing the intangible

Ce site documente le projet d'installation urbanscrawl élaboré en 2003 par Neil Noakes et Sushma Madan, en collaboration avec le Lansdown Centre for Electronic Arts. Quiconque voulait participer n'avait qu'à envoyer un SMS à un numéro dédié. Ces messages étaient visualisés dans le cadre de l'installation urbanscrawl, les textes étant disposés de manière à former une ville virtuelle tridimensionnelle. Les visiteurs étaient en mesure de répondre, grâce à un clavier et à un écran tactile, aux messages formant l'architecture de la ville. Un trait était alors dessiné entre les messages d'origine et leurs réponses. Le but de l'expérience était de mettre en lumière le réseau invisible des échanges SMS se tramant au fil du quotidien. Il est possible de visiter le vidéo explicatif de l'installation, en bonne résolution, à cette adresse: http://vimeo.com/4146091.

Random Paths est une oeuvre qui propose une navigation au travers des photos du voyage qu'a fait l'artiste à Rome. Les photos sont accompagnées de courts fragments hypertextuels que l'internaute doit activer pour poursuivre sa navigation. L'oeuvre développe ainsi une esthétique de la flânerie, en donnant à explorer la ville de Rome à l'aide de plusieurs parcours dans lesquels diverses images sont mises en parallèle en vue de créer certains effets de proximité.

A Hybrid, Alphabetic Exploration of Raleigh, NC est une oeuvre qui combine des réflexions sur la flânerie, l'art génératif et les enjeux poétiques du géographique. L'artiste propose une carte de Raleigh dans laquelle l'internaute est invité à naviguer à partir de certains points renvoyant à des photographies. Chacune de ces photographies a été traitée par un logiciel dont le travail consiste à reproduire la composition de la photographie à partir des lettres de l'alphabet. L'oeuvre est accompagnée d'un essai que l'artiste a écrit afin d'expliquer sa démarche.

Urban Fragments est une oeuvre hypermédiatique qui se présente à l'internaute sous la forme d'une fenêtre contenant plusieurs bandes de photographies de paysages urbains. Chacune de ces bandes est un lien activable qui mène à des fenêtres intempestives contenant des dessins, le plus souvent ludiques et enfantins (petits personnages animés). Sur son site, Jody Zellen affirme avoir voulu transposer l'expérience de la vie urbaine dans une oeuvre en ligne.
(sans FEMME et SANS aviateur) est une oeuvre qui prend la forme d'un album photo. Des fenêtres intempestives s'affichent à l'écran de l'internaute. Dans chacune d'elles, nous voyons des photographies de la ville de Paris. Il est possible pour l'internaute de faire défiler les images en cliquant sur la fenêtre. À chaque fois que l'internaute déplace une fenêtre, d'autres surgissent, saturant peu à peu son écran. Le tout est accompagné de sons qui sont communs dans la vie urbaine, par exemple le bruit de la foule et de la circulation automobile. Le tout semble viser à donner une image impressionniste de Paris, dans la mesure où les séquences ne permettent pas de rétablir un quelconque ordre ou encore un récit.
Syndiquer le contenu