The Degradation and Removal of the/a Black Male

The Degradation and Removal of the/a Black Male

Wayne Dunkley

The Degradation and Removal of the/a Black Male est la version Web d'une oeuvre d'abord réalisée sous forme d'installation. Wayne Dunkley avait d'abord pris des photographies de son visage. Il en a ensuite distribué quatre cents photocopies dans des lieux publics de Toronto et de Montréal. Il souhaitait laisser ces images à la disposition des passants, afin que ceux-ci écrivent dessus, y laissent des traces. L'oeuvre Web propose de donner suite à ce projet en invitant les internautes à partager leurs témoignages à propos de leur expérience du racisme, de l'exclusion ou, plus largement, de la rencontre de l'autre, de l'altérité.

À ce propos, il est intéressant de lire le texte explicatif écrit par l’artiste sur son site, dans la section Artist Statement. Celui-ci y explique la démarche artistique qu’il adopte dans l’élaboration de ses divers projets. Au centre de ceux-ci se trouve l’idée que nous sommes d’abord et avant tout des êtres relationnels. Ainsi, ses oeuvres tentent de questionner de diverses façons ce que signifient ces relations avec le monde, mais surtout avec l’Autre. Le fait d’être en relation avec son environnement implique nécessairement la rencontre de l’altérité, ce qui amène Wayne Dunkley à affirmer ceci: «My practice is an ongoing inquiry into the nature and meaning of being in relationship[1].» De façon plus introspective, l’artiste propose également que nous sommes amenés, en tant que sujets, à expérimenter une forme d’altérité interne. L’art, dans tous les cas, lui permet d’explorer diverses facettes des expériences relationnelles avec l’Autre, que cet autre soit extérieur (l’environnement, les gens qui l’entourent) ou intérieur: «In varying degrees we all experience the dissonance between who we believe we are and who we truly are at our essence[2].» C’est en cela que la démarche de Wayne Dunkley aboutit au final à une sorte de quête spirituelle: si nous sommes d’abord des êtres de relations, l’exploration de notre rapport à l’autre devrait permettre une meilleure connaissance de soi. Ces diverses considérations permettent de mieux saisir la démarche derrière le projet The Degradation and Removal of the/a Black Male.

Lors de la phase du projet qui s’est déroulée dans les villes de Toronto et de Montréal, l’artiste souhaitait stimuler l’interaction des citadins avec les représentations de soi qu’il avait disséminé dans les paysages urbains. Les photocopies de son visage étaient d’abord et avant tout une invitation à l’expérience relationnelle. Les gens devaient écrire sur celles-ci, y laisser des traces, les dégrader. Ce visage d’un homme noir anonyme, offert ainsi aux regards des spectateurs, était selon l’artiste en mesure de provoquer une réflexion chez ceux-ci - à savoir qu’ils ont tous, à un moment ou l’autre de leur existence, fait l’expérience de l’altérité. L’oeuvre propose que nous sommes tous l’Autre de quelqu’un, dans le vaste réseau de relations que sont nos vies.

La partie Web de l’oeuvre constitue une sorte de cahier de notes où l’artiste reprend certaines des affiches qui ont été manipulées par les citadins afin d’en faire un commentaire. Encore une fois, c’est la logique relationnelle qui prévaut. Les livres un à trois sont réalisés par l’artiste, tandis que les livres quatre à six contiennent des traces des interventions des internautes. Il est à noter que l’artiste a également accordé une place privilégiée au témoignage que lui a confié Michelle Edwards. Son témoignage se retrouve dans une partie du site qui lui est entièrement dédiée. En ouvrant ainsi son site Web aux internautes afin qu’ils l’investissent de leurs expériences personnelles, Wayne Dunkley ne fait que poursuivre cette logique qui préside dans son oeuvre, c’est-à-dire l’exploration des relations humaines et la rencontre, le choc des différences.

__________

1. Dunkley, Wayne (2001), Artist Statement. En ligne: http://sharemyworld.net/waynedunkleyartist/index.php/archives/71 (consulté le 11 avril 2010)

2. Ibid.

Citations: 
I was walking home a full bag of groceies weighing down each hand. I crossed an alleyway between two buildings. I was startled by a cab which stopped just short of knocking me down... The black taxi driver looked at me and said "fucking Jamaican". Then he drove away.
Notes: 
«I have taken the photograph of my face and degraded it on a photocopier. I created two sets of the same image; one with the article "a" and a space and the other with the article "the" and a space. Over four years 400 photocopies were posted in Toronto Ontario, and Montreal Quebec.» (http://www.sharemyworld.net/Intro%20Page%201.htm)
Bibliographie: 
Lalonde, Joanne (2009), «Récits de la violence», Archée: cyberart et cyberculture artistique. En ligne: http://archee.qc.ca/ (consulté le 11 avril 2010).Lalonde, Joanne (2007), « La photographie comme mode d'organisation de l'oeuvre hypermédiatique », dans Élène Tremblay (dir.), L'image ramifiée. Le photographique du Web, Québec, L'opposite, p. 12-20.
Média
Année
Nature
Coordonnées de l'artiste: 
contact@sharemyworld.net
Bio de l'artiste: 
Wayne Dunkley est un artiste dont la démarche articule la photographie de terrain et l’art Web. Son intérêt principal est l’exploration des relations humaines en tant que réseau, mais également l’expérience de l’altérité. Ses oeuvres invitent le plus souvent la participation des spectateurs. Il écrit également de la poésie, qui est disponible sur son site Web. Il vit présentement à Montréal.
Oeuvres sélectionnées
Parmi les oeuvres du Répertoire Lire la suite
Langues
Extraits d'articles: 
«The Degradation and Removal of the/a Black Male (2001), de Wayne Dunkley est une mythographie. Dans cette œuvre, Dunkley réfère ouvertement à son identité noire pour aborder les thèmes du racisme, décrire les préjugés et les actes de violence auxquels il doit faire face chaque jour. C'est surtout par les textes racontant divers événements vécus par l'artiste que ces questions sont abordées et que les situations sont décrites. On découvre ces récits dans des cahiers de l’artiste présentés sur le site, ces cahiers combinent les formes du journal intime et du carnet de croquis. Wayne Dunkley travaille ainsi à partir de sa propre figure identitaire « Dunkley l’artiste noir canadien qui travaille en art contemporain » pour livrer un témoignage personnel en invitant les internautes à raconter à leur tour des récits personnels qu’il intègre à son site. Les expériences se ressemblent, elles parlent des diverses formes d’agression au quotidien et de l'introjection de la violence» Lalonde, Joanne (2009), «Récits de la violence», Archée: cyberart et cyberculture artistique. En ligne: http://archee.qc.ca/ (consulté le 11 avril 2010)«Wayne Dunkley’s art practice incorporates black and white landscape photography and Internet-based new media projects. Through moody, evocative images he explores the intersection of the physical and metaphysical worlds. Wayne’s photographs serve as a window to another reality, a place where we gain awareness that we are part of something larger than ourselves.  On the Internet, Wayne creates immersive settings that challenges and confront his web participants. At the same time the environments he creates are inviting, allowing web participants the opportunity to share from their own stories. Using emotionally interactive storytelling Wayne explores a unique form of online collaboration. Wayne resides in Montreal, Quebec Canada.» Notice biographique de Wayne Dunkley sur le site du Banff Centre, inspiring creativity. En ligne: http://www.banffcentre.ca/faculty/faculty_member.aspx?facId=786 (consulté le 11 avril 2010)« L'oeuvre comprend également une série de témoignages émanant de divers internautes. Par l'expérience du quotidien, des questions relatives aux identités individuelle et sociale émergeront. Comment ces identités pourraient-elles se penser et surtout se vivre en dehors des conventions, stéréotypes et étiquettes? »Lalonde, Joanne (2007), « La photographie comme mode d'organisation de l'oeuvre hypermédiatique », dans Élène Tremblay (dir.), L'image ramifiée. Le photographique du Web, Québec, L'opposite, p. 16. 
Auteure, auteur du site: 
Wayne Dunkley
Auteure, auteur de l'entrée
Date d'accès à l'oeuvre: 
2010-04-11