Textes animés

Hui Kyong Chun, Wendy: Programmed Visions

Oeuvre qui accompagne le livre du même nom, Programmed Visions est une exploration des concepts d'archive et de race. Se basant sur la conception de l'archive telle que vue par le philosophe français Michel Foucault, l'œuvre rassemble une collection de textes discutant de la race comme étant une archive (ADN, culture, etc.), voire la base de toute les archives. Il n'y a qu'un seul des textes qui a été écrit par l'auteure, l'entièreté des autres étant une compilation de citations et d'extraits de penseurs ayant abordé de près ou de loin cette question.

Cependant, comme le titre de l'œuvre l'indique, l'auteure a enlevé beaucoup de liberté à l'internaute. Celui-ci accède aux différents textes en cliquant sur celui déjà affiché. Cependant, aucun indice ne lui est donné pour reconnaître quels mots renferment des liens et quelle est la destination de ceux-ci, si ce n'est que le thème du prochain texte s'affiche subtilement lors du clic. Il faut donc cliquer au hasard la plupart du temps. L'internaute ne peut ainsi pas accéder au contenu tel qu'il le désire, mais doit naviguer à travers une organisation chaotique afin de réorganiser l'archive présentée selon sa propre compréhension du sujet, comme le fait un chercheur académique.

Ce chaos à organiser est visible en cliquant sur le triangle bleu situé au bas à droite, ce qui fait apparaître un plan cartésien du site présentant la disposition des différents textes suivant des coordonnés xyz. Le parcours effectué par l'internaute est tracé par une ligne rouge et permet de revenir aux sections déjà visitées.

Friedberg, Anne; Loyer, Erik: The Virtual Window Interactive

The Virtual Window Interactive est une œuvre qui accompagne le livre The Virtual Window: From Alberti to Microsoft d'Anne Friedberg. Elle reprend essentiellement le même thème que ce dernier, soit l'influence du cadre dans notre perception du monde.

L'œuvre s'ouvre en demandant à l'internaute de dessiner une ouverture sur un fond noir, en cliquant et déplaçant (click&drag) son curseur. Ce faisant, les différents ratios d'écran (16:9, 4:3, etc.) sont indiqués selon le rectangle tracé, qui laisse alors apparaître une silhouette regardant vers cette ouverture. Une fois cela fait, l'internaute a la possibilité de modifier ce qui est présenté en ouvrant le menu accessible grâce à la flèche située au bas de l'écran. Les différents choix proposent un parcours interactif suivant l'historique du cadre et de la fenêtre («aperture» en anglais) depuis le treizième siècle jusqu'en 2025, afin de nous présenter la manière dont ceux-ci fonctionnent, de la fenêtre anglaise au iPod en passant par la camera obscura. Il est également possible de changer la silhouette de l'observateur (homme, femme, enfant, chien) et même d'insérer l'adresse Internet d'une image.

Lorsque le menu est caché, une série de mots-clefs se déplacent dans l'espace, et un clic fait apparaître un bref commentaire sur les concepts abordés. Tout en haut, à gauche, le bouton «in depth» permet de passer à des explications et autres textes plus approfondis.

Moallem, Minoo; Loyer, Erik: Nation on the Move

Nation on the Move est une œuvre explorant les divers aspects (culturels, économiques, etc.) qui entourent la production et la vente de tapis persans à l'époque actuelle, en se centrant sur les conditions de travail des femmes qui s'appliquent à tisser ces tapis. L'œuvre est basée sur des recherches de Moallem qui devaient éventuellement être publiées sous la forme d'un essai, avant d'être adaptées par Erik Loyer pour le Web.

La singularité de l'œuvre est qu'elle tisse littéralement des liens entre les différents éléments d'informations par l'emploi d'une métaphore visuelle efficace emprutant au contenu même de l'œuvre: le tissage. L'internaute est placé devant une image trouée traversée par un fil blanc. Lorsqu'il place son curseur sur le fil, des cercles colorés apparaissent autour de chacun des trous – appelés «sites» – représentant les contenus non vus des différentes sections. Chaque couleur est liée à un thème: il suffit de prendre le fil blanc et de le faire passer au-delà d'un des trous pour voir une épingle-punaise apparaître. Celle-ci a comme rôle de retenir les fils en place, le blanc se divisant alors en fils de plusieurs couleurs (correspondant aux couleurs des cercles) qui restent accrochés au site où leur thème est abordé. Les fils sont donc attitrés à des sites précis, créant différents motifs lors de la navigation. Une fois un fil mis en place, un titre se révèle sur la page principale et l'apposition du curseur sur celui-ci fait apparaître une bulle contenant du texte. On peut y retrouver des citations ou encore des informations historiques, sociales ou culturelles sur l'industrie manufacturière et le commerce de tapis.

Dans le haut à gauche, l'internaute a la possibilité de se déplacer vers un des vingt-cinq tableaux disponibles et d'y démêler de nouveaux fils. Il est possible de cacher les fils en utilisant le bouton «hide treads» afin de mieux voir l'image ou le vidéo en arrière plan.

Côté, Mario: Mario Côté

Vitrine de l’artiste et chercheur Mario Côté. Il s’agit d’un curriculum vitae Web, où l’on retrouve les archives de ses différents travaux: peintures, vidéos et autres réalisations artistiques [1]. S’y trouve également un résumé académique énumérant les groupes de recherche dont le chercheur a fait partie et répertoriant ses écrits publiés.

Le site se distingue par son élégance, qui est redevable à son esthétique simple et épurée et renchérie par une navigation claire et fluide.

[1] Les archives ne sont pas entièrement disponibles en date d’écriture de ces lignes.

Goldberg, David Theo; Hristova, Stefka: Blue Velvet

Blue Velvet: Re-dressing New Orleans in Katrina’s wake est une œuvre informative sur le bassin social de la Nouvelle-Orléans et sur les conséquences qu'a entrainées l’ouragan Katrina sur la communauté afro-américaine en 2005. Divisée en vingt-quatre chapitres, l’œuvre touche à l’histoire de cette communauté, du début du siècle jusqu’à l’après-Katrina. L'œuvre passe en revue plusieurs sujets, allant de la couverture médiatique de l’ouragan jusqu’aux statistiques de pauvreté selon les secteurs de la ville.

La navigation est simple et fluide. L’internaute accède d'abord à une page où l’on voit un décor urbain et des noms de chapitres défilant dans le haut d'une plage, avec en arrière-fond une ambiance sonore rappelant la mer. Lors de leur déplacement, des mots se dégagent des titres de chapitres, un peu comme de la pluie, et représentent les thèmes qui y sont abordés. Enfin, un lien mobile se déplace dans la fenêtre principale et son activation fait plonger l'internaute dans le décor au bas de l’écran. Sous la «surface», une musique plus rythmée se fait entendre et on peut lire un texte engagé expliquant une réalité répressive ou raciste, culturelle ou législative, affectant la communauté afro-américaine de la Nouvelle Orléans. Au bas, des archives textuelles, photographiques et vidéos défilent, accessibles par un clic. Il est également possible de changer de chapitre en cliquant sur leurs noms situés en-dessous des archives. L’internaute revient à la page principale en cliquant sur «up». À chaque retour, un nouveau chapitre est disponible pour consultation. Ainsi, les chapitres se dévoilent peu à peu, obligeant l'internaute à les consulter un à un. Il est toutefois possible de tous les débloquer grâce à un raccourci clavier.

En cliquant sur «index», l'internaute fait apparaître un petit formulaire de recherche, permettant de trier les entrées selon le type d'argument, de média, de morphème et plus encore.

Kalogera, Maja: Searching for Michelle

Searching for Michelle est une œuvre narrative non linéaire qui emprunte son esthétique à la tradition des films noirs. La ville de New York faisant office de décor, l’œuvre se présente comme une enquête menée par un détective afin de retrouver un tableau disparu intitulé «Michelle».

L’œuvre est divisée en plusieurs sections, accessibles en cliquant sur les titres affichés dans le menu situé au bas de la page. Si l’internaute y laisse son curseur pour plus d’une seconde, une sous-section apparaîtra. Les différentes sections immergent l’internaute dans différents moments de l'enquête d'un détective. Kalogera utilise pour cela divers stratagèmes médiatiques: des amoncellements de photographies, des clips vidéo et audio, des entrevues sonores ou encore de la musique.

De plus, l'œuvre est construite avec l'aide des internautes. En réponse à des annonces concernant un tableau volé publiées dans des journaux ou des sites Web (par exemple, sur Craiglist et sur différents réseaux sociaux), les internautes peuvent envoyer de nouvelles informations et médias dans la section «new leads», contributions qui se retrouveront plus tard sur le site. Il s'agit donc en quelque sorte d'une enquête réelle qui est transformée par l'artiste en trame narrative noire.

Auer, Johannes; AND-OR; Suter, Beat; Bauer, René: searchSong

searchSongs est le deuxième opus d’une trilogie d’œuvres génératives explorant les moteurs de recherche du Web comme sources d'informations servant à la création. La première œuvre, searchLutz (2006), transforme les termes de recherche en texte, tandis que la troisième, searchSonata (2010) [1], encrypte les résultats de recherche en sons phonétiques. searchSongs, de son côté, transforme les résultats de recherche du moteur Lycos en musique.

L’interaction avec l’œuvre est limitée au minimum: une boîte permet d'entrer du texte pour transformer la musique et il est possible d’accélérer ou de ralentir le rythme de celle-ci (adagio, allegro ou presto), ou encore de faire passer le texte à convertir de l'allemand à l'anglais, ou vice versa. Les mots tirés du moteur de recherche ou entrés par l’internaute apparaissent au haut de la partition. Certaines lettres, soit celles ayant un équivalent en notation musicale (c, d, e, f, g, a, etc.), y font apparaître des notes. S’inspirant du système de notation musicale de la Grèce antique tel que décrit dans l’épitaphe de Seikilos (la plus ancienne notation musicale retrouvée, datant de 200 ans avant J-C.), les lettres sans équivalent définissent la longueur des notes entendues. Aussi, les lettres majuscules augmentent d’un octave la note jouée.

[1] Voir la fiche du répertoire à propos de searchSonata.

Auer, Johannes; AND-OR: searchSonata 181

searchSonata 181 est le troisième et dernier opus d’une trilogie d’œuvres génératives explorant les moteurs de recherche du Web comme sources d'informations servant à la création. La première œuvre, searchLutz (2006) transforme les termes de recherches en texte, tandis que la deuxième, searchSongs (2008) [1] les transforme en musique. searchSonata, de son côté, encrypte les résultats de recherches obtenus sur des moteurs comme Google ou du texte directement entré par l’internaute en sons phonétiques allemands.

L’interaction avec l’œuvre est limitée au minimum: une boîte permet de saisir du texte à encrypter, un bouton sert à démarrer la recherche, et un lien «info» renvoie à des textes et à des vidéos concernant le projet. Les différents mots à encrypter apparaissent sous «encrypting right now» et sont transformés en utilisant le standard FIPS 181 (Federal Information Processing Standard). Une fois encryptés, ils apparaissent dans la section «encrypted message» et sont de manière phonétique – suivant la phonétique allemande – par une voix de synthèse.

[1] Voir la fiche du répertoire à propos de searchSongs.

Kaplan, Caren: Precision Targets

Precision Targets est un projet de Caren Kaplan, professeure de l’Université de Californie à Davis, qui traite de la militarisation de la vie quotidienne par l’implantation de technologies militaires (ici, le GPS). Il s'agit d'une oeuvre à la fois ludique, par sa présentation en bande dessinée, et éducative, par les explications qui l'accompagnent.

Precision Targets s’ouvre sur une introduction narrée par Kaplan, qui explique les origines de son projet et son évolution. En cliquant sur «continue», l’internaute est projeté au centre d’un cube dont chaque face est une fenêtre sur une bande dessinée présentant des situations liées à l’usage du GPS: un bateau pris dans une tempête, la localisation d’un prédateur sexuel portant un bracelet de repérage, le lancement de missiles guidés, etc. L’internaute peut naviguer de haut en bas et de gauche à droite: la première option permet de voir les six bandes dessinées offertes et la deuxième de naviguer à travers les quatre cases d'une même bande dessinée. C’est en cliquant directement sur la fenêtre ou sur le bouton «enter panel» que l'internaute accède au comic strip comme tel.

Une fois dans le strip, il passe d’une case à l’autre en cliquant sur l’image. Les mouvements de son curseur modifient la perspective linéaire de la case. En cliquant sur le bouton «more», une brève explication des enjeux soulevés par la situation décrite apparaît; en cliquant une seconde fois sur ce bouton, une explication plus détaillée avec références bibliographiques est affichée. «Return to Cube» permet de revenir à l’intérieur du cube et de choisir une autre bande dessinée. En cliquant sur «menu», l’internaute accède aux informations sur l’œuvre et a la possibilité de la visionner en mode plein écran.

Loyer, Eric: The Lair of the Marrow Monkey

The Lair of the Marrow Monkey est une des premières œuvres hypermédiatiques à avoir été placée dans la collection permanente d’un musée, soit celle du San Francisco Museum of Modern Arts. Datant de 1998, cette œuvre expérimente différentes stratégies narratives.

Divisée en neuf chapitres, l’œuvre raconte l’histoire d’Orion17, qui a eu une révélation lorsqu’il était dans une chambre d’hôtel et qui tente depuis d’en retrouver la clarté. Il écrit alors à l’institut du «marrow mind» afin de pouvoir retrouver la joie que cette vision lui avait apportée. On retrouve également des allusions à l'ami d'Orion17, le fermier Perry. Le «marrow» ou moelle, thème récurrent dans l'entièreté de l'œuvre, représente le monde des possibles où tout peut arriver, car aucune forme n’est encore donnée. 

Les différents chapitres utilisent tous des stratégies narratives différentes, bien que plusieurs se ressemblent. On y retrouve un texte narré rythmé qui s’affiche mot à mot à chaque clic sur l’écran; des éléments topographiques qui interagissent les uns avec les autres selon les dynamiques des situations qu’ils décrivent; la lecture interactive de lettres en lien avec l’histoire; la superposition de termes sur une grille typographique faisant apparaître des mots ou des phrases selon leur concordance; etc.

Des navigations filmées sont disponibles sur Vimeo. Il est également possible de télécharger une version du chapitre 6, «The Mnemotic Membrane», pour Mac OS.

Stermitz, Kodzoman, Perkovic, Zbigniew: World of Female Avatars

Créée pour la Web Biennal du Musée d’art contemporain d’Istanbul, World of Female Avatars est une œuvre collective regroupant des témoignages de femmes sur la relation qu’elles ont avec leur corps. Malgré la connotation technologique que revêt désormais le terme avatar, il ne s’agit pas d’une exposition présentant divers portraits virtuels de femmes. Ce qu’ont plutôt fait Stermitz, Kodzoman, Perkovic et Zbigniew, c’est de recueillir des témoignages de plusieurs femmes par le biais d'un formulaire en ligne disponible sur le site. Ces dernières devaient entrer un commentaire sur la relation qu’elles ont avec leur propre corps (leur avatar dans le monde réel) et y joindre d’une à quatre images en lien celui-ci.

Cela a donné lieu à l’œuvre elle-même, accessible en cliquant sur «avatars». L’internaute y voit des points roses flotter lentement. Lorsqu’il clique sur l’un d’entre eux, un témoignage et son image associée apparaissent à l’écran. Un son de radar complète l'ambiance sonore, rappelant l’idée de l’œuvre, c'est-à-dire de sonder les opinions et les témoignages de femmes sur le Web. L’image s’affiche en suivant l’ondulation du son.

La section où l’on peut faire part de son témoignage est toujours présente, bien que l’œuvre ne soit plus actualisée depuis sa parution lors de la biennale.

Dubois, Frédéric: Trou Story

Trou Story de Frédéric Dubois est la contrepartie Web interactive du documentaire Trou Story de Richard Desjardins et Robert Monderie, lancé en salles en novembre 2011, et en DVD en mai 2012. L'initiative Trou Story vise à dénoncer les abus des compagnies minières au Québec et les dommages environnementaux dont elles sont responsables. Le site Web contient plusieurs volets, dont le principal est un parcours interactif qui permet à l'internaute d'exploiter une mine virtuelle en suivant les six étapes du cycle minier: chaque étape présente une tâche à accomplir, un peu sous le mode du jeu vidéo, et propose un contenu informatif que l'internaute peut visualiser en cliquant sur un lien au bas de l'écran. Des extraits audio tirés du documentaire filmique de Desjardins et Monderie viennent enrichir le parcours. Le site Web de Trou Story contient aussi de l'information sur le film de Desjardins et Monderie (affiche à télécharger, bande-annonce, dossier de presse, etc.); une carte interactive des activités minières au Québec, utilisant la technologie Google Maps; un long texte informatif sur la situation minière québécoise; la liste des crédits complets pour le projet; et des informations destinées à la presse. Une version anglophone du site, intitulée The Hole Story, est hébergée au http://theholestory.nfb.ca/#/theholestory.

Syndiquer le contenu