Souvenir

Smith, Jennifer L.: Suits: A Narrative of About Twenty-Seven Hours, More or Less

Suits est une oeuvre hypermédiatique de Jennifer L. Smith qui explore les thèmes de la mort et du deuil. Au centre de l'écran, on voit l'image d'un veston d'habit assorti à une chemise et à une cravate. En cliquant sur le veston, l'internaute déclenche la lecture d'un court extrait audio accompagné d'un fragment de texte. Le texte apparaît en double: fixe, en bleu, au-dessus du veston; et mobile, en gris, en surimpression. Dans les extraits audio, on entend une voix faire la narration d'extraits du récit de Suits. À chaque fois que l'internaute clique sur le veston, un nouvel extrait audio accompagné de texte est appelé au hasard.

Suits raconte la visite d'une jeune femme dans un salon funéraire. Venant de perdre son père, elle doit apporter les vêtements dans lequel il sera mis en terre. Une version linéaire du texte est accessible à partir de la section «about» de l'oeuvre.

Carpenter, J.R.: jennifer

jennifer est une œuvre de J.R. Carpenter qui pose un regard nostalgique sur les différents chemins empruntés par deux sœurs après avoir quitté leur Nouvelle-Écosse natale. L'œuvre aborde les jours passés de leur enfance sur le bord de l'océan, l'effet différent qu'a eu sur chacune d'entre elles le déménagement de leur famille à Montréal durant leur adolescence et la séparation des deux sœurs lorsqu'une emménage à Vancouver.

La navigation se fait en cliquant sur les images qui accompagnent le texte.

Carpenter, J.R.: How I Loved the Broken Things of Rome

How I Loved the Broken Things of Rome est une œuvre de l’artiste canadienne J.R. Carpenter qui se présente sous la forme d’un carnet de voyage interactif. L’œuvre est le résultat d’un séjour de l’artiste dans la capitale italienne; on y retrouve des photos et des vidéos qu’elle a réalisées durant cette période. Carpenter y met surtout l’emphase sur l’étrange contraste entre la Rome antique et la ville moderne qui cohabitent dans un même espace.

En arrivant sur l’œuvre, l’internaute accède à un collage de divers éléments ayant trait à la Rome antique et moderne: des cartes, un buste antique, un timbre, une pièce de monnaie, etc. Ces éléments encadrent un poème de Carpenter qui relate son expérience dans la ville et donne l’ambiance au reste de l’œuvre. Lorsque le curseur est placé sur l’un des éléments, une boîte apparaît. Elle contient des extraits de textes ou de poèmes d’auteurs parlant de Rome, de ses vestiges et de son histoire. Goethe, Marguerite Yourcenar, Elizabeth Bowen, Stendhal et plusieurs autres accompagnent ainsi Carpenter dans sa description poétique de la ville antique. En cliquant sur les boîtes, l'internaute fait surgir des fenêtres intempestives qui contiennent de plus longs extraits et d’autres éléments visuels romains. On y retrouve quelquefois des entrées de journal de Carpenter relatant des situations vécues qui mettent en contraste son émerveillement de touriste et le désintéressement des habitants de Rome, qui ont l'habitude de vivre à travers les ruines.

Bigelow, Alan: In a World Without Electricity

In A World Without Electricity d’Alan Bigelow est une œuvre à narration linéaire qui relate les circonstances nébuleuses entourant la mort d’une jeune femme prénommée Katie, trouvée morte sur le sol après une chute de cinq étages. Diverses théories sur la raison de sa mort alimentent la narration. Jouant sur l’ambiguité entre le suicide et le meurtre (probablement commis par le petit ami de la victime), Bigelow dresse peu à peu le portrait de Katie et éclaire les raisons qui mettent en doute la thèse du suicide.

La navigation est plutôt simple. Le récit est divisé en plusieurs tableaux que l’internaute fait défiler en utilisant les touches «-» et «+» situées de part et d’autre du cadre principal. Des icônes au bas de ce dernier indiquent quel tableau est affiché tout en permettant de sauter rapidement à un tableau précis. Il est possible d’arrêter l’ambiance sonore en cliquant sur «Audio is on» - qui devient alors «Audio is off».

Jones, Kaitlin Ann; Smith, Alicia: Soldier Brother

Soldier Brother est une oeuvre qui mélange narration audio (voix), photographies et messages texte pour interroger le lien affectif qui unit une soeur et son petit frère devenu soldat, posté en Afghanistan. L'oeuvre se divise en 12 sections, associées à 12 objets: des bouteilles d'alcool, une boîte de cigares, des livres, une vieille couverture, des soldats en plastique, etc. En cliquant sur un objet, l'internaute déclanche un segment de narration audio dans lequel l'artiste raconte un souvenir lié à son frère ou évoque encore un de ses traits de caractère, un des aspects de sa personnalité. Une barre de défilement située sur la droite de la fenêtre permet de contrôler la lecture du fichier audio. Parallèlement, lorsqu'un segment est en cours de lecture, des messages texte échangés par l'artiste et son frère en Afghanistan défilent sur la gauche, laissant deviner à la fois le quotidien du soldat et celui de sa soeur, restée au Canada. À un certain moment, l'internaute est même invité à fournir son propre numéro de téléphone cellulaire afin de recevoir certains de ces messages texte directement sur son appareil personnel. Au fur et à mesure que l'internaute visite les sections, les objets qui leurs sont associés sur la page principale disparaissent, comme autant de petits détails sombrant dans l'oubli. Peu à peu, l'enfant et l'adolescent disparaissent, ne laissant que l'image du soldat adulte.

Différentes fonctionnalités accessibles au bas de l'écran permettent de faire apparaître un texte à propos du projet, de contacter l'artiste, de visualiser la liste complète des crédits, de contrôler le volume de la piste audio et de partager l'oeuvre sur différents réseaux sociaux.

Carpenter, J. R.: The Cape

The Cape est un hypertexte de fiction. De prime abord, l'internaute se trouve devant un encadré divisé en deux parties: à gauche figurent le titre de l'oeuvre ainsi que la mention du mot fiction, et à droite, l'espace est fragmenté en neuf cases imagées. En passant le curseur sur celles-ci, de courtes phrases apparaissent, qui donnent le ton du contenu à découvrir. Glisser sur les neuf images en chaîne donne un aperçu du contexte général de l'histoire qui est racontée. Cliquer sur les cases permet d'entrer en détails dans celle-ci, déployée en neuf micro-récits. Dès que l'une des vignettes est activée, la série complète se retrouve au bas de la page, en facilitant ainsi la navigation. La lecture s'effectue naturellement de gauche à droite, bien que cet ordre ne soit pas imposé, comme l'explique l'auteur dans la section «crédits, commentaires et questions». Les capsules comprennent du texte, tantôt à lire, tantôt à activer, des images et illustrations topographiques ainsi que des photographies, dont certaines portions s'animent. Dans un des micro-récits, on entend l'extrait d'un reportage radiophonique. 

L'histoire, à teneur biographique, nous entraîne du côté de Cape Cod, lieu de vie de la grand-mère et de l'oncle Carpenter, et destination familiale, à une autre époque, y apprend-t-on. L'oeuvre se déroule donc dans un lieu réel mais dans un temps passé, jouant par ailleurs sur les frontières du documentaire et de l'imaginaire: les images sont vraies mais ont été travaillées, les plans topographiques sont justes mais datent d'une autre époque, les diagrammes ne sont pas à l'échelle, etc. L'oeuvre arbore une esthétique en noir et blanc, empreinte de nostalgie. Ce travail de mémoire et de retouche développe un univers intimiste, évocateur de l'enfance, qui trouve une résonance dans la simplicité graphique de l'oeuvre et de son mode de navigation. Le dispositif est léger mais poétique, invitant à l'errance et à la projection rétroactive.

Tomasz, Konart: My Family

My Family de Tomasz Konart est une œuvre littéraire hypermédiatique chroniquant l’histoire d’une famille fictive, sous la forme d'un album de photographies en ligne. L’œuvre se divise en trois volets. Le premier est accessible par le bouton «play». Il s'agit d'un générateur de récits fonctionnant par choix de mots-clés aléatoires. Une structure d’histoire prédéterminée — nouvelle à chaque fois — propose au visiteur cinq choix pour la création du récit. Le deuxième volet, accessible par le bouton «enter», invite l’internaute à écrire le nom d’une personne et à choisir une année dans une liste déroulante. Une photo d’époque et une légende créée à l’aide du nom préalablement entré apparaissent, donnant l’illusion de feuilleter un album de photographies anciennes. Le troisième volet est accessible par une ligne du temps, située sous la fenêtre principale, où le nom des mois de l'année apparaissent dans le désordre. Cliquer sur l’un d’entre eux amène sur une fenêtre où récit, photographies et navigation interactive s’unissent pour suggérer la mémoire d'un évènement précis. Au bas de la page, on retrouve un index de corps célestes.

Soderman, Braxton: mémoire involuntaire no. 1

mémoire involuntaire no. 1 de Braxton Soderman s'intéresse aux questions d'oubli et de mémoire. Pour visionner l'oeuvre, l'internaute doit d'abord la télécharger et l'installer sur son ordinateur. Lorsque l'oeuvre est activée, l'écran de l'ordinateur devient noir; au centre, un court texte apparaît en blanc. Ce texte est le récit d'un souvenir d'enfance de l'auteur. Le texte se met cependant rapidement à changer; des mots sont remplacés au hasard par des synonymes tirés en temps réel de la base de données WordNet, chaque mot pouvant subir plusieurs transformations successives. Au fur et à mesure que cette défiguration du texte progresse, les mots changent de teintes, adoptant une multitude de tons de gris, et l'arrière-plan devient de plus en plus pâle. On entend de même un son de cloches d'église, rappelant le thème religieux du souvenir évoqué par l'auteur. Au bout d'un moment, le processus de dégénération se renverse toutefois et le texte essaie peu à peu de revenir à sa forme initiale, de se «rappeler» de sa première version. Ce processus de regénération comporte cependant plusieurs erreurs aléatoires; tout comme un véritable souvenir humain, le texte reconstitué contient des inexactitudes attribuables aux imperfections de la mémoire.

Lacher, Mike: The "Oh My God Guys, I Can't Believe Senior Year Is Almost Over" B

The "Oh My God Guys, I Can't Believe Senior Year Is Almost Over" Button de Mike Lacher se présente, comme son nom l'indique, sous la forme d'un énorme bouton rose sur lequel est inscrite la phrase "Oh My God Guys, I Can't Believe Senior Year Is Almost Over". En cliquant sur celui-ci, l'internaute active la trame sonore de l'oeuvre, constituée d'un répertoire impressionnant de chansons ayant pour thèmes communs le passage du temps et le passage à l'âge adulte, les amis oubliés et les souvenirs de jeunesse: "I Don't Want to Wait" de Paula Cole, "I Will Remember You" de Sarah McLachlan, "Closing Time" de Semisonic, etc. Plusieurs de ces pièces musicales ont d'ailleurs été utilisées dans des films et des séries télé traitant de l'adolescence et de l'école secondaire (pensons notamment à la très populaire série Dawson's Creek). Chaque clic permet de changer la chanson en cours d'écoute. Notons que les chansons se succèdent aléatoirement au fil des clics.

Cette oeuvre de Lacher souligne de façon brillante le brouillage des souvenirs personnels de l'individu et des clichés véhiculés par les médias à une époque où les adolescents et les jeunes adultes sont sur-sollicités par les compagnies de marketing et l'industrie du divertissement. Comment déterminer l'origine exacte des sentiments que font naître les chansons choisies par Lacher? S'agit-il de souvenirs personnels ou de souvenirs empruntés? Le caractère cliché de la phrase "Oh My God Guys, I Can't Believe Senior Year Is Almost Over" pointe d'ailleurs dans cette même direction: à quoi cette phrase fait-elle d'abord référence pour l'internaute? À sa propre expérience ou à celle de tous ces personnages de fiction qui l'ont utilisée au cinéma et ailleurs?

Bootz, Philippe; Frémiot, Marcel: Les amis sur le seuil

Les amis sur le seuil est un poème de Philippe Bootz présenté sur une musique de Marcel Frémiot. Le poème parle de Marseille, de Marseille au sens large, des souvenirs du narrateur associés à Marseille, des restaurants de Marseille, des gens de Marseille, des Pères Noël de Marseille, des sardines de Marseille... Chaque fois que l'internaute redémarre le poème, celui-ci commence sur un nouveau segment, affiché au hasard. La lecture du poème est cependant ardue: le texte est coupé en trois bandes verticales défilant à des vitesses inégales. Pour aligner les phrases, l'internaute doit constamment jouer avec deux petits contrôles situés de part et d'autre de l'image qui permettent de régler la vitesse et la direction de défilement des deux colonnes extérieures. La musique de Frémiot, mi-nostalgique, mi-angoissante, rend l'exercice d'autant plus stressant pour le lecteur. Il s'agit toutefois de l'effet recherché par Bootz: Les amis sur le seuil s'inscrit dans sa série de "petits poèmes à la lecture inconfortable", comprenant aussi L'e rabot poète.

Inside: A Journal of Dreams raconte l’histoire d’un vieil homme vivant en solitaire dans sa maison où une fuite de gaz est doucement, insidieusement mais certainement en train de perturber ses rêves, ses souvenirs et sa santé mentale. Il nous confie son expérience à travers un journal de 81 pages qui se manipule, grâce à l’activation d’onglets, exactement comme un livre. Des hyperliens, des animations, des photos et des vidéos viennent se joindre au texte afin d’accentuer l’effet de délire causé par l’intoxication.

Dans Inside, le narrateur relate dans son journal (avec un résultat souvent fragmentaire ou énigmatique) les événements réels qui se produisent autour de lui d'une part et, d’autre part, ses rêves, ses souvenirs lointains, voire ses hallucinations, trois phénomènes psychiques qui ont tous un lien étroit avec l’imagination. Au départ, le narrateur semble vouloir accorder une part égale au réel et à l’imaginaire; cependant, plus son récit progresse et plus la frontière entre les deux se brouille, ce qui accroît la confusion du vieil homme. Parfois, les rêves sont rapportés au passé, comme s’ils se confondaient avec les souvenirs, sauf que des événements insolites excluent la possibilité qu’il s’agisse uniquement de souvenirs. À la page virtuelle 40, par exemple, le narrateur constate, sans trop s’émouvoir, qu’un homme possède un bouton de contrôle du volume sur le cou. D’autres fois, les rêves sont racontés au présent (voir la dramatique et effrayante irruption du poltergeist, pages 34-35), donnant l’impression que le narrateur s’enfonce et ne parvient plus à différencier ses rêves de la réalité. De plus, tandis que les premiers rêves commencent généralement par «I dreamt» ou «Dreamt», après les dix premières pages virtuelles ― sauf exception ―, aucun mot n’est utilisé pour introduire le récit du rêve. Il est alors bel et bien confondu avec les événements réels.

Dans sa tentative de représenter séparément réel et imaginaire, le narrateur échoue en étant plus souvent qu’autrement submergé par le rêve: «I’m falling into a void. There is an infinite chain nearby, keeps coming into view, close, within reach, sometimes I manage to grab it and hold it on for a few fleeting seconds before having to let go. I keep falling and falling.» (p. 60) Même si sa longue chute vers «l’imaginaire total» ― la folie, en fait ― est entrecoupée par des bouts de réalité auxquels il réussit à s'agripper, ses rêves sombres et angoissants ne rencontrent chez lui aucune résistance et l’entraînent progressivement dans les abysses du délire... du moins, jusqu’à ce que l’appareil de chauffage soit réparé.

Outre son aspect fragmentaire, la représentation formelle des rêves dans Inside comporte également un aspect technique non négligeable. La typographie joue d’abord un rôle extrêmement important dans le rendu des rêves. Trois différents types de caractères sont utilisés: un en majuscule, un en Times New Roman, et un autre en Courier New; chacun représentant un des états d’esprit du narrateur. La première police, en majuscules, employée entre les pages virtuelles 63 et 67 ainsi que pour faire mention de «SHE» dans les dessins, réfère à un état très proche du délire. La seconde sert généralement à rapporter les rêves et la troisième, la réalité, même si la frontière entre les deux est parfois difficile à délimiter distinctement. D’autres éléments tels que les ratures, les corrections ― liées au processus de mémorisation du rêve au réveil ― ou les marques au crayon rouge permettent également au lecteur de s’immerger plus facilement et plus rapidement dans l’état d’esprit du narrateur, car ces éléments lui donnent une impression d’immédiateté de la narration. Il croit lire un brouillon, un texte impulsif qui représente bien l’état d’une pensée intoxiquée ou à demi consciente.

Il faut explorer à fond les dédales du journal pour reconnaître le Minotaure lors de sa rencontre. Cela arrive à l’avant-dernière page virtuelle, alors que l’intoxication au gaz affecte le narrateur jusqu’au délire. Les rêves disparaissent et la folie s’empare de ses pensées qui sont désormais décousues, éclatées, incohérentes, insensées, comme s’il perdait peu à peu la capacité de s’exprimer. La parole n’est plus, la logique éclate, entraînant ainsi une déchirure, une coupure finale. L’incapacité du narrateur à s’exprimer se fait sentir dès le premier paragraphe, avec l’absence de rêve, mais aussi par l’effacement des mots, la douleur des lèvres et le manque de volume de la voix: «NO DREAMS words turned down sore lips lack of volume». Le narrateur n’a plus rien à raconter et, de toute manière, il ne peut plus parler. Il est muet et sans inspiration. Pour accentuer la déstabilisation de son état, les conventions de lecture s’altèrent. Les paragraphes sont disposés de tout bord tout côté, à l’endroit, à l’envers, de droite à gauche, de bas en haut et les signes de ponctuations ont disparu, de même que les majuscules. Il n’existe plus de repère pour savoir si la phrase débute ou se termine. Plus de pause, tout défile d’un seul trait.  Il en résulte une confusion tant dans la signification que dans la lecture, comme si un «dried up pen dropped mouth in the margin» et qu’il prenait le sens en otage.

Au milieu de cette psychose de divagation, l’inévitable ne peut qu’arriver, une coupure d’avec le reste, où un «paper knife edge blade on blade» s’apprête à trancher. Alors à l’aide de ce «slatted running red paper knife over fingers touching me touching me touch skin on skin on sand on table tongue tied torn out of book», la langue est arrachée du livre.  Il ne reste plus rien. La perte est désormais totale, il n’y a plus de sens ni de tout. Or, au milieu de cet égarement, alors que la désorientation du lecteur est à son comble, quand il n’espère plus comprendre quoi que ce soit, le narrateur le ramène brusquement à la réalité: «I got the fire fixed». L’intoxication est terminée, le gaz ne fuit plus, le tuyau a été réparé, la conclusion est désormais cohérente, tout s’explique et se comprend. Le fil narratif doit ici être vu comme le fil d’Ariane qui raccompagne le lecteur-Thésée à bon port, là où tout retrouve une logique. C’est la sortie du labyrinthe et le retour dans le monde. Tout a été oublié. La vie normale reprend son cours.

«Be still and you will travel great distances» nous promet Judi Alston car «Inside has been a project of being still but journeying far...». C’est exactement l’effet que procure la lecture de l’œuvre, celui d’un long voyage dans les dédales mémoriels d’un vieil homme délirant, et ce, tout en restant tranquillement devant l’écran. Le seul effort demandé est un clic de souris, et alors un monde s’ouvre à l’internaute. Il ne lui reste plus qu’à parcourir, à son gré, le labyrinthe hypertextuel et alors il y découvrira un univers fragmenté, saccadé, confus mais cohérent à la fois. Typiquement hypermédia, il lui faudra explorer, oublier, se plier à de nouvelles règles de lecture, bref redéfinir sa manière de lire afin d’y observer les signes et d’y comprendre, autrement, le sens.

Il est à noter qu'une adaptation française de l'oeuvre a été publiée dans la revue de littérature hypermédiatique en ligne bleuOrange, en 2009. Cette adaptation, réalisée en collaboration avec Sandra Dubé, peut être consultée au http://revuebleuorange.org/bleuorange/02/campbell/.

Consultez les articles de Sandra Dubé et Sébastien Hogue à propos d'Inside: A Journal of Dreams.

2DArray (Eli Piilonen): The Company of myseylf

The Company of Myself est un jeu vidéo de puzzle développé par Eli Piilonen (travaillant sous le nom d'artiste 2DArray). L'internaute a comme avatar un personnage qui se présente comme un irréductible solitaire. De tableau en tableau, le récit du personnage se révèle peu à peu, on comprend que celui-ci a perdu sa femme dans des circonstances tragiques et qu'il vit son isolement avec résignation et amertume. La complétion du jeu permet de découvrir une autre version des faits, livrée par le psychiatre du personnage. Au travers d'un jeu de puzzle efficace se déploie une tragédie, par un texte poignant et simple.

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