Séparation

Rozendaal, Rafaël: into time

into time présente un dégradé de couleur en constante fluctuation. Lorsque l'internaute clique sur celui-ci, il se sépare en deux zones indépendantes à l'endroit où le curseur de la souris était placé. Le clic sur ces deux nouvelles zones les fait se diviser en deux à nouveau et ainsi de suite. Si l'internaute attend trente secondes, les séparations disparaissent pour ne laisser que l'espace fluctuant du départ. Bien que créée plusieurs années après l'engouement soulevé par le mouvement du Neen Art (environ de 2000 à 2004), l'oeuvre de Rozendaal s'inscrit sans contredit dans la mouvance Neen. 

The Presence of Absence est une œuvre dans laquelle l’artiste Peter Horvath expérimente les possibilités esthétiques liées à l’affichage Web de séquences filmées. Ainsi, l’œuvre sollicite la participation de l’internaute par le biais d’une interface interactive. Ce type de dispositif participe pleinement des mouvances artistiques que nous observons sur le Web où le mode d'exploration par navigateur appelle d’emblée certaines actions de l’internaute. La navigation fonctionnelle sur le Web nécessite elle aussi certaines interactions: pour effectuer une recherche, il est nécessaire de manipuler le curseur de sa souris, de cliquer, d’écrire et d’appuyer sur «Enter» pour lancer une recherche. C’est ce type d’interactions, certes minimales, qui sont mobilisées à des fins artistiques par Peter Horvath dans The Presence of Absence.

L’œuvre débute en affichant une image représentant le visage translucide et parcouru de lignes d’un homme. Son front est plus sombre que le reste de son corps et l'on y trouve plusieurs fragments d’images, ce qui suggère, d’une certaine façon, une métaphore de l’activité cérébrale. Ce visage constitue l’interface de navigation au sein de l’œuvre. Celui-ci est sensible au positionnement du curseur de la souris de l’internaute. De fait, on retrouve trois zones hyperliens sur ce portrait: les hémisphères gauche et droit du cerveau, ainsi que la joue droite du personnage (à gauche de l’écran). Chacun de ces hyperliens mène à un ensemble de séquences vidéo distinctes.

Ce qui fait la singularité de ces séquences vidéo, c’est d’abord, d’un point de vue formel, l’utilisation de fenêtres intempestives. Au fil de l’œuvre, de nouvelles fenêtres apparaissent et se passent le relais. Il arrive souvent que deux fenêtres affichent deux contenus différents de façon simultanée. Il nous semble important de noter cette spécificité formelle dans la mesure où elle renforce cette idée de distance entre les individus et de solitude qui est développée dans l’ensemble de l’œuvre. Pour ne donner qu’un exemple, citons cette séquence forte où un homme, le visage prisonnier dans une cage d’oiseau, tente d’embrasser une femme. Pour le formuler de façon synthétique, il faut convenir que la forme de cette œuvre embrasse de façon stimulante les propos qui y sont tenus.

Ainsi, au thème de l’isolement répond une structure narrative éclatée où l’internaute peine à reconstituer le récit. Chacun des fragments offrant toutefois des images évoquant la solitude, l’internaute ressent tout de même une impression de narrativité minimale par le biais d'une cohésion thématique. Il a, pour ainsi dire, accès à ce qui semble être un amas de souvenirs, peut-être ceux de l’homme qui figure au début de l’œuvre. Divers procédés sont déployés afin de créer cet effet de remémoration. D’abord, l’emploi d’images floues confère à l’ensemble de l’œuvre une dimension onirique. De plus, la succession rapide des images, chacune isolée dans une fenêtre de navigation, donne l’impression d’avoir accès au flot de conscience d’un individu en proie aux souvenirs. Divers jeux sur la rapidité des séquences vidéo nourrissent également cette impression. La musique ambiante du groupe Broken Social Scene et celle de Lenni Jabour contribuent grandement à ces impressions visuelles. À propos de la mobilisation de plusieurs fenêtres intempestives, l’artiste affirme sur son site Web sa volonté de complexifier l’expérience cinématographique conventionnelle en multipliant les écrans (lire ici «les fenêtres») où sont projetées les images:

«Rather than a standardized cinematic structure, I feel this technique is more experiential for the viewer, and breaks down conventions of single screen representation. And instead of being didactic, the story telling becomes more complex and layered, allowing viewers to piece together the visually abstracted narrative for themselves.[1]»

De façon générale, cette œuvre d’Horvath semble proposer une réflexion sur l’isolement du sujet contemporain, sur son anxiété fondamentale. Par exemple, lors d’une séquence, l’internaute peut entendre une sonnerie de téléphone à laquelle personne ne répond. Ainsi, s’il y a complexification de l’expérience filmique par le biais d’une multiplication des fenêtres de projection, c’est paradoxalement dans le cadre d’une œuvre où les thèmes centraux sont la solitude et l’absence. Il faut convenir, dès lors, que l’artiste vise à donner à voir la multiplication des solitudes. Ce faisant, le regard esthétique qu’il porte sur le monde possède une portée critique indéniable.

[1]  En ligne: http://www.peterhorvath.net, section Biography (consulté le 8 mars 2010)

Twelve Blue est un hypertexte de fiction créé par Michael Joyce en 1996 à l’aide du logiciel Storyspace. On y suit le parcours de plusieurs personnages, liés par le mariage ou le sang, dont les vies ont été marquées par la perte et le deuil, surgissant toujours par noyade. On y rencontre par exemple une jeune fille qui perd son amoureux, un enfant qui perd sa mère, un homme qui perd son épouse, etc. Le titre Twelve Blue rappelle d'ailleurs que la couleur de l'eau est aussi celle qu'on associe habituellement à la tristesse. L’internaute peut naviguer dans l’œuvre en suivant les hyperliens intégrés au texte, en cliquant sur les images ou en cliquant sur le rectangle à la gauche de l’écran qui figure un ensemble de «fils» de couleurs différentes. Le recours aux hyperliens dans le texte (indiqués par le soulignement de certaine phrases) permet une lecture plus organisée de l’œuvre grâce au regroupement des lexies [1] traitant d’un même thème ou d’un même épisode. Cependant, l’internaute qui préfère utiliser le rectangle à la gauche de l’écran pour sauter d’une lexie à l’autre doit s’attendre à une lecture plus fragmentée, voire labyrinthique. L’expérience de lecture est alors d’autant plus déconcertante que le récit de Twelve Blue s’étend sur deux générations, poussant l’internaute à effectuer d’importants bonds temporels lors du passage d’un fragment à l’autre. Il est à noter que plusieurs des hyperliens dans le texte de Twelve Blue disparaissent une fois qu’ils ont été utilisés, alors que d'autres n’apparaissent qu’une fois que l’internaute soit revenu sur une lexie après en avoir parcouru d’autres. (En fait, les liens eux-mêmes ne se déplacent pas ni ne se désactivent; seule la couleur de la police change, faisant tantôt se fondre le texte dans l’arrière-plan ou rendant encore le texte jusque-là caché visible.)
 
Le récit de Twelve Blue n’a pas de réel point de départ ni conclusion. L’écran d’accueil permet à l’internaute de débuter sa lecture en divers points (identifiés par BEGIN et par les numéros de 1 à 8), mais aucun de ces points n’est plus approprié qu’un autre pour amorcer la lecture de l’hypertexte. De même, la division de Twelve Blue en huit sections ne marque pas une réelle progression logique. D’ailleurs, l’internaute, qui navigue dans l’œuvre grâce aux hyperliens autant que grâce aux «fils» à la gauche de l’écran, effectue indifféremment tout au long de son parcours de nombreux allers-retours d’une section à l’autre.
 
La division des champs sémantiques dans Twelve Blue propose à l’internaute un univers temporel et spatial fragmenté, marqué par les ruptures engendrées par le deuil. Les fragments qui se réfèrent aux évènements les plus anciens renvoient à une dimension plus «verte», champêtre et familiale: hommes, femmes et enfants évoluent conjointement dans les mêmes sphères et l’internaute est invité à se plonger dans de longues scènes se déroulant sous les arbres, à la lumière des étoiles, dans une atmosphère baignée de thé glacé, d’herbe fraîche et de gâteaux. Puis surviennent les noyades et les séparations. L’univers de Twelve Blue se divise dès lors en deux: d’un côté la sphère des hommes qui nous renvoie aux champs sémantiques de la médecine, de la ville, de la photographie, de la mécanique et de l’argent; de l’autre celle des femmes qui nous renvoie à ceux de l’eau, de la maternité, du sang, des sirènes et des végétaux. Bref, les hommes se déchirent entre eux, manipulent, dissimulent – dans les véhicules en déplacement, dans l’arrière-boutique d’un photographe spécialisé en pornographie juvénile, etc. Les femmes, quant à elles, se promènent sur les berges des lacs et des rivières, respirent l’odeur du sang et de la terre, pensent à leur utérus et attendent en vain le retour des noyés. Le seul «passeur» entre ces deux sphères, un jeune homme sourd (donc déjà ailleurs, différent), finira par se noyer, accueilli dans la mort par une sirène chantant d’étranges chansons à propos de marins et de sorcières.

Twelve Blue entretient des relations intertextuelles marquées avec On Being Blue de William Gass. En fait, Twelve Blue peut se lire comme la contrepartie narrative de l’essai méditatif de Gass [2]. L’épigraphe de Twelve Blue est d’ailleurs une citation tirée de On Being Blue: «So a random set of meanings has softly gathered around the word the way lint collects. The mind does that.» La descente dans la mémoire au cœur de Twelve Blue permet aussi d’ouvrir un second dialogue entre l’œuvre de Michael Joyce et la littérature fantastique. En effet, une grande partie de l’intrigue gravite autour d’une photographie de l’arrière-grand-mère d’une des narratrices. Tout au long du récit, cette photographie circule de main en main et certains personnages semblent chercher à s’en emparer – bien que leurs motivations demeurent obscures. Or, le nom du personnage de l’arrière-grand-mère de la photo est Mary Reilly, nom de la servante du Dr Jekyll dans la célèbre relecture féminine de l’Étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde de Robert Louis Stevenson par Valerie Martin (Mary Reilly, 1990). Ce lien amène l’internaute à se questionner sur le rôle des femmes dans l’œuvre de Joyce: femmes-témoins qui guettent sur la berge, mais témoins de quoi?

Twelve Blue est une œuvre dense et riche qui explore non seulement les possibilités de l’hypertexte comme curiosité électronique, mais aussi comme objet littéraire au sens propre. Le développement de champs sémantiques distincts pour chacune des dimensions du récit, l’éclatement des notions mêmes de début et de fin de l’œuvre, les possibilités multiples de lecture non-linéaire et les riches relations intertextuelles entretenues par Twelve Blue avec d’autres œuvres en-dehors du monde de l’hypermédia en font un brillant exemple d’hypertexte de fiction «sérieux».

[1] Le terme «lexia», emprunté à Roland Barthes qui introduit les lexies dans son essai S/Z, est utilisé par les théoriciens de l'hypermédia (notamment par George Landow dans son essai Hypertext 3.0, Critical Theory and New Media in an Era of Globalization; 2006, John Hopkins University Press) afin de désigner un segment de texte lié à d'autres par hyperliens.
[2] Greg Ulmer, «A Response to Twelve Blue by Michael Joyce», Postmodern Culture, vol. 8, no 1, 1997, en ligne: http://muse.jhu.edu/journals/postmodern_culture/v008/8.1ulmer.html (consulté le 21 juillet 2009)
 
When We Two Parted est un machinima réalisé avec le logiciel Moviestorm par Hugh Hancock. Le court-métrage reprend le texte d'un poème écrit par Lord Gordon George Byron en 1813, qui traite de séparation, d'amour et de regret.
Domestique est un hypertexte de fiction dont le narrateur raconte l'histoire de sa séparation amoureuse. Il aborde le sujet de la dégradation d'une relation qui devient conflictuelle. Le texte est ponctué de certains mots hyperliés qui mènent tantôt à des billets du blogue de l'auteur ou encore à des page Web situées à l'extérieur de son site.
Finalement, un roman écrit sous vos yeux est un texte que l'auteur a publié comme un feuilleton, c'est-à-dire que les lecteurs pouvaient suivre l'évolution de l'écriture de celui-ci. Le texte, aujourd'hui achevé, contient soixante-dix-huit fragments. Il y est question de la séparation d'un couple. Dans l'oeuvre, le texte s'affiche comme s'il était sur le bureau de l'ordinateur de l'auteur. Certains fichiers mènent à d'autres oeuvres de Philippe de Jonckheere, également disponibles sur son site, ce qui vient ajouter à la cohésion de l'ensemble intitulé "Désordre.net".
Le plan d'une maison s'affiche. L'internaute suit un personnage à travers les différentes parties de cette demeure. D'abstraite, elle devient, à mesure qu'on l'observe, lourde d'un passé assez dramatique. Le texte déroule les étapes de la rupture amoureuse qui a pris place en ce lieu.
Cette animation présente neuf différentes séquences vidéo accompagnées de texte, de musique et de sons recréant l'ambiance d'un passage sur la route. Le poème découlant des mots présentés propose une réflexion sur le passé, le passage à l'âge adulte, les révoltes adolescentes envers les parents qui jusque-là ne s'étaient pas manifestées. La musique et les effets sonores peuvent être tamisés ou amplifiés selon la position du curseur de la souris. Cette ambiance sonore donne une teinte nostalgique aux mots qui défilent.
Cette œuvre en quatre parties est axée sur l'idée du suicide. Différents anniversaires à la forte teinte tragique sont commémorés : celui de la naissance de Sylvia Plath, celui de son suicide, ainsi que d'épisodes tragiques de l'existence de la narratrice.
Waker est une oeuvre hypermédiatique qui agence des images de géométrie abstraite et des fragments poétiques.
Cette oeuvre présente une réflexion sur la douleur sous toutes ses formes. On peut entendre divers enregistrements de voix superposés.
Cette oeuvre est la transcription des consignes inscrites dans un formulaire.
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