Relation

Forster, Andrew: Index Marmonneur

Index marmonneur est une œuvre d’Andrew Forster faisant partie du projet RACHID & ROSETTE, exposition en ligne qui a pour thème la Pierre de Rosette. Mais plutôt que d’aborder directement le thème, Forster a choisi de jouer avec le concept de traduction et de s'intéresser tout particulièrement aux mutations de sens qu’elle entraîne.

Son œuvre est ainsi constituée de phrases apparaissant à l’écran lorsque l'internaute y clique avec sa souris. Aussi, cliquer sur un mot de l’une des phrases fait apparaître une autre phrase où l’on retrouve le même mot, mais à l’intérieur d’un contexte totalement différent. Plusieurs clics à un même endroit ou en des endroits différents font apparaîtrent diverses phrases tirées de la base de données de l'oeuvre.

Déprise est une œuvre réalisée par Serge Bouchardon et Vincent Volckaert qui explore le thème de la perte de contrôle, de la perte de prise. Divisée en six chapitres, elle est construite autour du récit d’un homme qui, vingt ans après son mariage, s’aperçoit qu’il ne connaît pas sa femme, qu’ils ont toujours été distants, et que même son fils est en train de s’éloigner de lui. Sentant que sa propre vie lui échappe et remettant en doute les fondements de son identité, il s’interroge sur ses choix passés et cherche un moyen de regagner le contrôle sur son existence, de «reprendre prise» sur celle-ci.

L’œuvre est conçue selon une logique linéaire: même si ce sont en partie les interactions de l’internaute qui déterminent le rythme de la lecture, la narration suit toujours la même séquence, ne contenant aucun dispositif hypertextuel qui permettrait de faire bifurquer le récit dans une direction ou dans une autre. De la même manière, seul un menu très discret (apparaissant lorsque l'internaute glisse sa souris sur la partie inférieure de l'écran) permet à l'internaute de choisir directement le chapitre qu'il désire visualiser, les auteurs préférant encore là encourager une lecture linéaire de l'œuvre. Avec Déprise, Bouchardon et Volckaert ne cherchaient toutefois pas à présenter un hypertexte classique, s’appuyant sur la multiplication des fils narratifs. En effet, la richesse de l’œuvre repose ailleurs, c’est-à-dire dans la complexité et la diversité des modes d’interactivité proposés à l’internaute.

Chacun des six chapitres propose une façon différente d’interagir avec le contenu affiché à l’écran et de faire progresser la narration. Dans le premier chapitre, une voix enregistrée qui formule la consigne d’«appuyer sur la touche dièse» invite l’internaute à comprendre le reste du chapitre comme une suite de réflexions faites par le narrateur alors qu’il est mis en attente sur une ligne téléphonique, patientant pour prendre un rendez-vous. (La nature du rendez-vous, par contre, demeure mystérieuse.) Pour plonger dans le chapitre, l’internaute doit d’abord appuyer sur n’importe quelle touche de son clavier, simulant l’acte d’appuyer sur la touche dièse d’un téléphone. Ensuite, il suffit de glisser le curseur de la souris au-dessus des phrases affichées pour les faire se succéder. Fait intéressant, après un moment, les mouvements de la souris de l’internaute provoquent l’apparition de taches lumineuses accompagnées de sons, dont la juxtaposition forme rapidement une toile audiovisuelle vive et colorée.

Le dispositif du faux rendez-vous, dans le premier chapitre, sert de pont pour passer au chapitre deux, où le narrateur se rappelle son premier rendez-vous avec celle qui est ensuite devenue sa femme. D’abord, tout comme dans le premier chapitre, l’internaute visualise quelques phrases en les faisant se succéder grâce aux passages du curseur de sa souris. Ensuite, plusieurs questions, posées par le narrateur à sa future femme, apparaissent simultanément: en passant le curseur de sa souris sur chacune de ces questions, l’internaute en déclenche la lecture (fichier audio) ainsi que la «mutation» en une nouvelle phrase, maladroite et dépourvue de sens, reflétant la nervosité et la confusion du narrateur. Finalement, une fois toutes les questions lues, l’internaute doit balayer la partie gauche de l’écran avec le curseur de sa souris pour faire apparaître le visage d’une femme. (En fait, les mouvements de la souris entraînent la superposition de plusieurs couches de texte – encore plus de questions posées par le narrateur – dont la toile serrée finit par laisser deviner le visage de la femme.)

Le dispositif au cœur du chapitre trois permet quant à lui de découvrir le double-sens d’un mot laissé par la compagne du narrateur à l’intention de celui-ci, vingt ans après leur mariage: s’agit-il d’un mot d’amour ou de rupture? Le texte défile lentement à l’écran, un peu comme les textes placés en introduction des films de la série Star Wars. Quand le curseur de la souris de l’internaute se trouve vers la droite, le texte défile vers le bas et se présente comme un mot d’amour. En trame sonore, on entend une pièce tirée de l’opéra Carmen. Or, quand l’internaute glisse le curseur vers la gauche, les lignes du texte s’inversent, défilant vers le haut et formant un mot de rupture. La musique elle-même joue alors à l’envers, accompagnant le retournement du sens du message adressé au narrateur.

Dans le quatrième chapitre, le narrateur s’inquiète non plus de l’éloignement de sa femme, mais de celui de son fils. Une dissertation écrite par ce dernier se forme d’abord lettre par lettre à l’écran, pendant qu’une voix en fait la lecture. Une fois le texte entier affiché, l’internaute peut le survoler de sa souris et cliquer sur certaines zones d’interactivité dont la présence est signalée par un changement de l’apparence du pointeur. En cliquant sur ces zones, l’internaute provoque la dispersion d’une partie du texte et l’apparition de phrases alternatives, révélant le sens caché que le narrateur croit percevoir derrière la dissertation de son fils: «je veux voler de mes propres ailes», «bientôt je partirai», «nous n’avons rien en commun», etc.

Dans le chapitre cinq, le narrateur s’interroge sur sa propre présence, sur son image qui semble le fuir. Pour pleinement profiter de ce chapitre, l’internaute doit avoir activé sa webcam avant d’entreprendre la lecture de l’œuvre. Sur fond d'une composition originale du musicien Hervé Zénouda, l’image vidéo de l’internaute, saisie en temps réel, apparaît au centre de l’écran. En la survolant du curseur de sa souris, l’internaute la déforme, créant des vagues et des distorsions.

Finalement, dans le chapitre six, le narrateur décide de reprendre le contrôle de son existence, d’en simplifier les paramètres pour mieux les contrôler. Ce n’est dès lors plus à l’aide de sa souris que l’internaute interagit avec l’œuvre, mais à l’aide de son clavier, mode d’interaction qui suggère une plus grande prise de contrôle. Après une courte narration initiale (une fois de plus, l’internaute glisse le curseur de sa souris sur les phrases pour les faire se succéder), un espace de saisie de texte apparaît au centre de l’écran. L’internaute comprend alors qu’il est invité à le remplir, en écrivant. Or, les lettres qui s’inscrivent au rythme des mouvements des doigts de l’internaute ne correspondent pas aux touches enfoncées; le texte réellement saisi par l’internaute n’est pas celui qui s’affiche, seule la cadence de frappe subsistant à l’écran. Donc, la reprise de contrôle est-elle réelle ou illusoire? À la toute fin de l’œuvre, alors que la dernière phrase s’inscrit dans le champ de saisie, l’illusion de contrôle se dissipe: ce qui devrait apparaître comme «Enfin, je me suis repris» devient «Enfin, je me suis reprgjkhdasjkh», ou autre version similaire, selon les touches enfoncées par l’internaute. Il y a nouvelle déprise juste au milieu de la dernière reprise.

En ce sens, les dispositifs interactifs mis en place par Bouchardon et Volckaert sont conçus de manière à faire écho au propos de l’œuvre. L’internaute navigue continuellement entre perte et prise de contrôle, entre maîtrise et frustration. (Par exemple, dans le premier chapitre, le curseur de la souris devient soudainement invisible au milieu de la lecture, rendant difficile l’accomplissement des actions nécessaires pour entraîner la succession des phrases constituant la narration.) Ainsi, si le geste (survoler, manipuler, etc.) demeure central dans l’expérience de l’œuvre, le geste est aussi problématisé [1]. De plus, la sensualité intrinsèque à l’expérience de Déprise (toucher, voir, entendre) et la manière dont les artistes la déploie pour ouvrir des espaces de doute est aussi une façon de soulever le problème de l’identité de l’individu, construite dans l’interagir avec l’autre. Le dispositif interactif devient donc pleinement une métaphore au service de l’œuvre, au-delà de son caractère superficiel de simple «novelty» [2]: le parcours difficile qu’accomplit le narrateur à la recherche de lui-même, en quête de contrôle, progresse de concert avec celui de l’internaute, qui s’efforce quant à lui de se saisir au mieux de l’œuvre et des possibilités d’interactivité offertes; si l’identité en déprise du narrateur est sollicitée de toutes parts, construite à la rencontre de la mémoire et d’effets de communication problématiques, l’internaute doit aussi multiplier de son côté les tactiques de lecture et de manipulation en espérant tout au long s’en tirer pour le mieux.

Bref, Déprise est une œuvre originale qui mobilise une grande variété de dispositifs interactifs et de problématiques identitaires. Malgré tout, son esthétique dépouillée en fait une pièce facile d’approche, de lecture facile: même si Déprise est riche de sens et aborde des thématiques complexes, jamais l’internaute ne court le risque de s’y perdre.

Il est à noter que trois versions de l’œuvre sont disponibles en ligne: une version française, une version anglaise (Loss of Grasp) et une version italienne (Perdersi). Les trois versions sont accessibles sous http://deprise.fr/ ainsi que sous http://lossofgrasp.com/. Déprise a remporté le New Media Writing Prize 2011.

 

[1] À ce sujet, voir Serge Bouchardon et Asunción López-Varela Azcárate (2011) «Making Sense of the Digital as Embodied Experience». CLCWeb: Comparative Literature and Culture, vol. 13, no 3 (septembre). En ligne: http://docs.lib.purdue.edu/clcweb/vol13/iss3/7/ (consulté le 7 janvier 2013)

[2] Scott Rettberg (13/10/2011) «Loss of Grasp -- the Multimedia work of Serge Bouchardon», sur Necessary Fiction. En ligne: http://necessaryfiction.com/writerinres/LossofGrasptheMultimediaworkofSergeBouchardon (consulté le 7 janvier 2013)

Contrebasse_: Love

Love est un jeu vidéo en ligne développé par un utilisateur du site Kongregate répondant à l'alias «Contrebasse_». Le jeu consiste à contrôler un carré blanc au sein d'une interface où se trouvent des carrés noirs, et de se tenir à proximité de ces carrés afin de générer des points. Entrer en contact avec un des carrés noirs cause la fin du jeu. Ces mécaniques très simples sont arrimés à une explication qui reflète une vision de l'amour et des rapports affectifs entre humains. Le carré blanc, l'avatar du joueur, doit se rapprocher des autres, les carrés noirs, afin d'obtenir de l'affection: plus il se rapproche des autres, plus il obtient d'amour, et plus il pivote rapidement sur lui-même (il est étourdi par le déluge d'affection), mais un rapprochement trop extrême devient dommageable. À la fin de chaque partie, des conseils de jeu offerts au joueur renforcent la métaphore amoureuse à l'oeuvre dans la mécanique de jeu.

Ortiz, Santiago: Videosphere

Videosphere est une oeuvre élaborée à partir des nombreux vidéos regroupés sur le site Ted.com. La communauté TED, acronyme de «Technology, Entertainment, Design», est connue pour ses nombreuses conférences internationales établissant un dialogue entre les arts, les nouvelles technologies et les sciences naturelles et sociales. Videosphere est une sphère interactive dont la surface est formée des captations vidéos de ces diverses conférences. Les multiples rayons de la sphère représentent les relations sémantiques existant entre les vidéos, relations établies grâce à une équation mathématique (relation weight = nCommon tags / [nDifferent tags + nCommon tags]). L'internaute peut naviguer à travers les vidéos de l'extérieur ou de l'intérieur à la sphère et peut également faire varier le rayon de la sphère.

The Dumpster, Golan Levin, Kamal Nigam, Jonathan Feinberg

The Dumpster est une oeuvre qui s'inscrit dans une logique du flux. Elle contient un logiciel qui puise dans des millions de blogues afin d'y extraire des fragments de texte traitant de ruptures amoureuses. Dans une fenêtre, plusieurs petites sphères rouges sont en mouvement. L'internaute, en cliquant sur l'une d'elle, accède à un fragment provenant de l'un des blogues pris en compte par le logiciel. Il s'agit ainsi d'une interface de visualisation qui permet de mettre, côte à côte, plusieurs fragments de texte traitant du même sujet et provenant de sources les plus diverses.

Ortiz, Santiago: Esferas

L'oeuvre de Santiago Ortiz se penche sur les interactions possibles entre art et science. Par la figure géométrique de la sphère, l'artiste réfléchit à la polysémie fondamentale des mots. Particulièrement intéressé au langage scientifique, Ortiz note que, selon son contexte d'énonciation, le même mot épouse bien souvent plusieurs acceptions. Avec Esferas, il cherche à relier ces sphères d'énonciation, à les faire cohabiter. Convié dans ce nuage sphérique de mots, l'internaute participe à l'oeuvre en élisant deux termes de son choix, puis en inscrivant ce que leur coprésence éveille chez lui. Sa réponse est alors immédiatement introduite dans l'oeuvre, aux côtés des multiples autres commentaires laissés par ses prédécesseurs. 

Zazalie Z: Vous êtes ici sur ma galerie

La page d'accueil de cette oeuvre, inscrite dans le projet Civilités de l'Agence TOPO, montre une galerie montréalaise (côté ruelle) devant laquelle cinq débarbouillettes sont supendues à une corde à linge. Chacune d'elle est distincte: la première est blanche, alors que les quatre autres sont respectivement marquées (en rouge) d'un cercle avec en son centre une croix, d'une croix, d'un cercle et d'un «x». Si, en cliquant sur le premier drapeau de fortune l'internaute, tombe sur une page mettant en valeur le discours philosophique en général et le zen en particulier (avec des citations de Lao-Tseu, Ozaki Hôsai, Rainer Maria Rilke, Voltaire et René Char), les autres bouts de tissu mènent quant à eux à des discours dénonciateurs des abus survenus lors de la Deuxième Guerre mondiale, s'attardant plus spécifiquement sur la question des «femmes de réconfort» qui ont dû satisfaire sexuellement plus de sept millions de soldats japonais.

The Degradation and Removal of the/a Black Male est la version Web d'une oeuvre d'abord réalisée sous forme d'installation. Wayne Dunkley avait d'abord pris des photographies de son visage. Il en a ensuite distribué quatre cents photocopies dans des lieux publics de Toronto et de Montréal. Il souhaitait laisser ces images à la disposition des passants, afin que ceux-ci écrivent dessus, y laissent des traces. L'oeuvre Web propose de donner suite à ce projet en invitant les internautes à partager leurs témoignages à propos de leur expérience du racisme, de l'exclusion ou, plus largement, de la rencontre de l'autre, de l'altérité.

À ce propos, il est intéressant de lire le texte explicatif écrit par l’artiste sur son site, dans la section Artist Statement. Celui-ci y explique la démarche artistique qu’il adopte dans l’élaboration de ses divers projets. Au centre de ceux-ci se trouve l’idée que nous sommes d’abord et avant tout des êtres relationnels. Ainsi, ses oeuvres tentent de questionner de diverses façons ce que signifient ces relations avec le monde, mais surtout avec l’Autre. Le fait d’être en relation avec son environnement implique nécessairement la rencontre de l’altérité, ce qui amène Wayne Dunkley à affirmer ceci: «My practice is an ongoing inquiry into the nature and meaning of being in relationship[1].» De façon plus introspective, l’artiste propose également que nous sommes amenés, en tant que sujets, à expérimenter une forme d’altérité interne. L’art, dans tous les cas, lui permet d’explorer diverses facettes des expériences relationnelles avec l’Autre, que cet autre soit extérieur (l’environnement, les gens qui l’entourent) ou intérieur: «In varying degrees we all experience the dissonance between who we believe we are and who we truly are at our essence[2].» C’est en cela que la démarche de Wayne Dunkley aboutit au final à une sorte de quête spirituelle: si nous sommes d’abord des êtres de relations, l’exploration de notre rapport à l’autre devrait permettre une meilleure connaissance de soi. Ces diverses considérations permettent de mieux saisir la démarche derrière le projet The Degradation and Removal of the/a Black Male.

Lors de la phase du projet qui s’est déroulée dans les villes de Toronto et de Montréal, l’artiste souhaitait stimuler l’interaction des citadins avec les représentations de soi qu’il avait disséminé dans les paysages urbains. Les photocopies de son visage étaient d’abord et avant tout une invitation à l’expérience relationnelle. Les gens devaient écrire sur celles-ci, y laisser des traces, les dégrader. Ce visage d’un homme noir anonyme, offert ainsi aux regards des spectateurs, était selon l’artiste en mesure de provoquer une réflexion chez ceux-ci - à savoir qu’ils ont tous, à un moment ou l’autre de leur existence, fait l’expérience de l’altérité. L’oeuvre propose que nous sommes tous l’Autre de quelqu’un, dans le vaste réseau de relations que sont nos vies.

La partie Web de l’oeuvre constitue une sorte de cahier de notes où l’artiste reprend certaines des affiches qui ont été manipulées par les citadins afin d’en faire un commentaire. Encore une fois, c’est la logique relationnelle qui prévaut. Les livres un à trois sont réalisés par l’artiste, tandis que les livres quatre à six contiennent des traces des interventions des internautes. Il est à noter que l’artiste a également accordé une place privilégiée au témoignage que lui a confié Michelle Edwards. Son témoignage se retrouve dans une partie du site qui lui est entièrement dédiée. En ouvrant ainsi son site Web aux internautes afin qu’ils l’investissent de leurs expériences personnelles, Wayne Dunkley ne fait que poursuivre cette logique qui préside dans son oeuvre, c’est-à-dire l’exploration des relations humaines et la rencontre, le choc des différences.

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1. Dunkley, Wayne (2001), Artist Statement. En ligne: http://sharemyworld.net/waynedunkleyartist/index.php/archives/71 (consulté le 11 avril 2010)

2. Ibid.

Serendipity of M AND S est une oeuvre hypermédiatique qui propose à l'internaute de naviguer dans les souvenirs d'un amant qui s'est fait laisser par son amoureuse. L'oeuvre mobilise de la musique, des fragments de poésie et des images afin de créer une ambiance mélancolique.

De l’Amour est une œuvre hypermédiatique, réalisée par Xavier Malbreil, disponible sur son site http://www.0m1.com/. L’interface présente plusieurs photocopies d’extraits de poésie où une deuxième écriture, à la main, donne à voir des notes éparpillées sur plusieurs pages, comme des brouillons de messages électroniques. L’œuvre relate l’histoire d'un professeur, propriétaire des documents, et d'une fille rencontrée sur le Web. Grâce à un réseau de rencontres, l’homme et la femme se séduisent mutuellement et l’internaute a droit à des bribes de leur dialogue virtuel. Sexe et amour sont les sujets abordés. Dans certains passages, la conversation érotique est carrément vulgaire. Selon les propos de l’artiste, l’œuvre veut démontrer le sens et les enjeux de l’amour sur Internet, c’est-à-dire comment les internautes entretiennent «un dialogue amoureux, dans un environnement marqué par des technologies de l’information et de la communication»1. Celui-ci cherche à illustrer la façon dont les identités, souvent fictives sur la toile, permettent de dépasser les limites habituellement établies dans les relations directes entre amoureux, ainsi que les pièges qui guettent ces relations virtuelles. De l’Amour tente de faire le point sur les rapports de séduction nouvellement développés depuis l’arrivée des sites de rencontres en ligne.

L'exploration du discours assez cru sur l’amour est menée de manière interactive, à travers une pluralité de supports, comme le papier de format A4, l’écriture à la main et numérique, ainsi que l’écran d’ordinateur. Le tout est étroitement imbriqué. La lecture de l’œuvre demande le déchiffrement d’une écriture parfois difficile à saisir, de dessins assez rudimentaires, de bribes de poèmes et d’extraits de photocopies à moitié présentés.

De l’Amour est encore en construction et l’artiste promet des développements à venir. Le projet est né à la suite d'un séminaire portant sur l’ennui, où une étudiante chinoise avait distribué des feuilles photocopiées en A4, sur lesquelles elle rendait compte de la traduction faite par Paul Claudel de poèmes chinois. Ces feuilles, longtemps laissées de côté, ont ressurgi dans les mains de Malbreil plusieurs années plus tard. Il avait, depuis, pris des notes éparses et griffonné des dessins sans but précis sur celles-ci. Suite à la découverte de ce document, il a eu l’idée de l’utiliser pour une œuvre. Chaque feuille, confie-t-il dans un article, a été «passée au scanner, puis agrandie considérablement, raturée, surécrite, triturée dans tous les sens, cette photocopie a révélé, dans les détails de la trame du papier, l'envers de l'écriture, au sens le plus matériel du terme.» 2

Pour lui, cette réalisation artistique est une histoire d'appropriations. Premièrement, celle de l’étudiante chinoise qui, du patrimoine littéraire de son pays, avait étudié l’appropriation faite par Claudel lors de la traduction. Deuxièmement, la seconde écriture, la sienne, vient à son tour s'approprier ces feuilles et cette poésie, déjà passées par diverses manipulations. L’œuvre est donc un document en chantier, à maintes reprises retravaillé, où les couches d'écriture se surimposent sur un contenu existant, et ce, de façon imprévue. L’intérêt du projet réside dans cette cohabitation entre la photocopie originale et ce qui s’y est ajouté avec le temps.

1Anonyme, (2007), «Dossier artistique», Noemata. En ligne: http://adundas.noemata.net/epoetry2007/dossier-artistes.pdf (consulté le 15 juillet 2009)

2 Malbreil, Xavier (2006), «De l’amour», 0m1. En ligne: http://www.0m1.com/De_l_amour/apropos.htm (consulté le 15 juillet 2009).

Imaginary Year est un hypertexte de fiction dont la rédaction s’est étalée de 2001 à 2005. L’auteur, Jeremy P. Bushnell, a développé cette fiction à raison d’environ une entrée par semaine pendant les cinq ans de rédaction. L’histoire se construit autour de Jakob, un jeune enseignant qui vit à Chicago et qui souhaite écrire un livre de science-fiction qui proposerait une réflexion sur le rôle des ondes cellulaires dans les relations humaines en milieu urbain. Au fil du récit, dix autres personnages se greffent à l’histoire, tous des adultes . Ceux-ci appartiennent, de manière plus ou moins éloignée, au monde de l’art. Freya, par exemple, travaille dans un magasin de musique tandis que Thomas est le rédacteur d’un site web de critique musicale.

Le roman-feuilleton numérique

L’une des particularités les plus remarquables de Imaginary Year est la manière avec laquelle cette œuvre reprend les conventions du roman-feuilleton, publié par épisode dans les journaux, pour l’adapter à Internet. L’œuvre reprend au roman-feuilleton la technique qui consiste à terminer chaque épisode de manière à ce que la suite se fasse attendre, afin de tenir en haleine le lectorat. Le suspense de Imaginary Year tient beaucoup aux développements des différents liens qu’entretiennent les personnages de l’œuvre. Ainsi, l’auteur prend le soin de terminer la plupart des épisodes en laissant planer un doute au sujet du développement des relations entre les divers personnages. Par exemple, dès les premiers épisodes, Jakob rencontre Freya par l’intermédiaire de son ami Fletcher. Rapidement, Jakob manifeste de l’intérêt pour Freya et décide de se rendre dans le magasin de musique de cette dernière afin de lui donner un rendez-vous. L’œuvre étant écrite à raison d’une entrée par semaine de 2001 à 2005, il est aisé d’imaginer les lecteurs attendre la rédaction des nouveaux épisodes afin d’apprendre les derniers événements de la vie des personnages.

Si Imaginary Year emprunte au roman-feuilleton son écriture en temps réel, nourrissant ainsi l’intérêt des lecteurs désireux de connaître la suite, il s’en détache aussi en proposant un nouveau mode de lecture rendu possible par le support informatique. En effet, le lecteur peut lire les divers épisodes dans leur ordre chronologique, mais peut aussi bien naviguer au sein de l’œuvre en consultant les épisodes spécifiques à chacun des onze personnages présents dans l’œuvre. L’effet de lecture produit est alors elliptique, dans la mesure où certains personnages ne se connaissent pas. Ce mode de lecture est accessible à partir de la section « Cast » où il est possible de lire les fiches descriptives des personnages.

Un microcosme artistique à Chicago

Ce qui est frappant lors de la lecture d’Imaginary Year, c’est d’abord l’omniprésence de l'art dans le quotidien des protagonistes. L’auteur nous plonge dans la vie de jeunes adultes en marge des normes sociales, ceux-ci étant souvent davantage préoccupés par des problèmes artistiques que par la réussite professionnelle. Jakob, par exemple, parle souvent avec les autres protagonistes de son envie d’écrire un livre :

This radio segment was of interest to Jakob because it feeds into a project Jakob has been thinking about for some time. He is making notes for a science-fiction novel. His working title is Dense Air and it will be a novel about a future world awash in signals. Information pirates, suction-cupped to the sides of buildings, sticking antennas out into the radiophonic ether, tapping illicitly into closed channels, pulling programming out of the air, circulating their finds in a black market underground of tape. (24e entrée)

Freya, de son côté, demeure à l’affût des dernières tendances en musique électronique. Cette orientation particulière dans la création des personnages peut être lue en tant que prise de position idéologique de la part de l’auteur. Il se dégage de la lecture de l’ensemble de l’œuvre une très nette valorisation des artistes et de la passion qui structure leur existence.

La métatextualité de l’écriture en ligne

Une autre des caractéristiques importantes de Imaginary Year est la présence de nombreux passages à portée métatextuelle. Il arrive par exemple que les personnages se rendent sur Internet, dédoublant dans un jeu de miroir intéressant la lecture que l’internaute est en train d’effectuer. Les courriels sont également présents dans l’intrigue et participent à l’évolution du récit. Par exemple, Thomas, qui s’occupe d’un site Internet de critique musicale, rencontre Lydia parce que celle-ci lui écrit un courriel dans lequel elle affirme apprécier son travail :

He has a new message: have you seen this? from unseen_girl. Unseen_girl? He doesn't recognize the handle. He opens the message and what he sees gives him a jolt of excitement: Hey. Love your site; check in all the time. You listen to a lot of digital music; ever make any yourself? I like playing around with AudioMulch [...]

Un hypertexte de fiction à lire …

Imaginary Year figure parmi les hypertextes de fiction dont les qualités stylistiques permettent qu’on s’y intéresse pour le contenu même et non pas seulement pour la forme. Le texte, très volumineux, nécessite plusieurs heures de lecture afin d’être parcouru en entier. Jeremy P. Bushnell y fait preuve d’une étonnante maîtrise dans la construction des intrigues, mais aussi dans les réflexions qu’il propose. Pour toutes ces raisons, il est permis d’affirmer sans se tromper que Imaginary Year est une œuvre pionnière de la littérature sur Internet.

Domestique est un hypertexte de fiction dont le narrateur raconte l'histoire de sa séparation amoureuse. Il aborde le sujet de la dégradation d'une relation qui devient conflictuelle. Le texte est ponctué de certains mots hyperliés qui mènent tantôt à des billets du blogue de l'auteur ou encore à des page Web situées à l'extérieur de son site.
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