Reinhard Döhl

Denkseite für Reinhard Döhl (1934-2004) est une création collective mise sur pied pour commémorer la vie et l'oeuvre de Döhl, membre fondateur du Groupe de Stuttgart. L'oeuvre est divisée en six sections: «Texte / Bilder», «Zitate», «Döhllinks», «Schreiben», «BioBibliograffiti» et «n'perdu...». On y retrouve, en vrac: des poèmes (en l'honneur de Döhl, par des poètes étudiés par Döhl ou par Döhl lui-même); des dessins et des collages; des extraits d'échanges de courriels; des liens vers différentes oeuvres signées par Döhl (dont der tod eines fauns et das buch gertrud) ou créées en l'honneur de Döhl (uhu-topia, mundorgel für döhl); des extraits de journaux; des liens vers des textes critiques écrits par Döhl ou sur Döhl et son oeuvre; des notes biographiques et bibliographiques; des partitions musicales écrites par Döhl; etc. En cliquant sur «n'perdu...», l'internaute accède aussi à un collage aléatoire formé d'adresses Web et de la célèbre «pomme» de Döhl (1965) manipulée. Ont participé, entre autres: Oliver Gassner, Gerd Hergen Lübben, Susanne Martin, Dirk Schröder et Stefan Tatendurst.
Cette oeuvre est un hommage humoristique au Groupe de Stuttgart et à la «pomme» de Reinhard Döhl («pomme» que Johannes Auer avait d'ailleurs déjà utilisée dans worm applepie for doehl). L'internaute est invité à «dompter» le cheval de Stuttgart en le couvrant d'abord de moisissures pour le peinturer en blanc, puis en l'«empommant» (le cheval se retrouve alors couvert des mots Apfel - qui signifie «pomme» - et Schimmel - qui signifie à la fois «cheval blanc» et «moisissure»), ce qui permet de faire apparaître le «cheval-pomme moisi de Stuttgart». L'oeuvre fait aussi partie du collage uhu-topia, présenté pour le 65e anniversaire de Reinhard Döhl, et est accessible sur le Web (http://www.rusmann.de/fr/handwerk/uhutopia/zuritt.htm).
Cette oeuvre est un hommage humoristique au Groupe de Stuttgart et à la «pomme» de Reinhard Döhl («pomme» que Johannes Auer avait d'ailleurs déjà utilisée dans worm applepie for doehl). L'internaute est invité à «dompter» le cheval de Stuttgart en le couvrant d'abord de moisissures pour le peinturer en blanc, puis en l'«empommant» (le cheval se retrouve alors couvert des mots Apfel - qui signifie «pomme» - et Schimmel - qui signifie à la fois «cheval blanc» et «moisissure»), ce qui permet de faire apparaître le «cheval-pomme moisi de Stuttgart». L'oeuvre fait aussi partie du collage uhu-topia, présenté pour le 65e anniversaire de Reinhard Döhl, et du CD-ROM kill the poem.
uhu-topia réunit, sous la forme d'un collage, plusieurs contributions d'artistes divers rassemblées à l'occasion du - ou encore créées spécifiquement pour - le 65e anniversaire de Reinhard Döhl. En «collant» le nom d'un artiste sur la page principale, l'internaute découvre des liens vers Der Zuritt vom Stuttgarter Rössle de Johannes Auer; utopia 2k d'Oliver Gassner; des feuilles de musique de Franz Anton (d'après Goethe), cadeau de Julius Pischl de la galerie Buch Julius; un collage textuel de Klaus F. Schneider; un essai de Dagmar Lorenz; un poème numérisé de Helmut Pfisterer; l'oeuvre autoload de Bernhard Knoblach; une cyberfiction de Susanne Berkenheger (l'internaute doit toutefois s'inscrire par courriel pour la recevoir); une mise en scène de théâtre de Jürgen Stelling; un hypertexte de fiction de Martina Kieninger; un poème de Dieter Göltenboth; un poème en prose de Peter Schlack; un film (à propos des streusels) de Martin Wolf; des extraits de correspondance reproduits par Elisabeth Walter; une oeuvre spéciale (image animée) d'Hannelore Jouly; et une série de voeux d'anniversaire envoyés par courriel par d'autres internautes. Par contre, il n'y a aucune indication sur le site quant à la façon d'ajouter une nouvelle contribution. Dix ans après la réalisation de uhu-topia, seul le lien vers l'oeuvre de Carmen Kotarski ne fonctionne plus.
*kunstrad1o : 1o : 1o : v1suelles rad1o: scrabble mit döhl*, hébergée avec le soutien du Curatorium du canton d’Aargau (Suisse), est une œuvre réalisée par l’artiste suisse Beat Suter en collaboration avec le programmeur René Bauer. Il s’agit d’une relecture de plusieurs autres œuvres hypermédiatiques d’artistes germanophones : Log-Book of a Common Journey de Johannes Auer, Der Schrank. Die Schranke de Martina Kieninger, piep-show – around the world in a minute de Sylvia Egger, tango rgb d’Oliver Gassner, et le site Web des éditions cyberfiction de Suter lui-même. Cette relecture, pensée comme un « scrabble à étages multiples avec l’auteur du texte source[1] », est effectuée à partir de das buch gertrud de Reinhard Döhl. Suter propose ainsi une « visualisation concrète » des projets d’Auer, Kieninger et les autres à l’intérieur du cadre conceptuel et esthétique de Döhl ; das buch gertrud sert de base pour créer des scripts, et ces scripts sont ensuite appliqués aux œuvres qui deviennent alors code source de *kunstrad1o : 1o : 1o : v1suelles rad1o: scrabble mit döhl*. Par exemple, derrière une série de mots qui défilent à l’écran, repose tout un processus d’évaluation et de compilation linguistique qui permet de trouver les équivalents picturaux d’une œuvre source sur le Net avant de retransformer ces équivalents en cybernuages textuels.

Dans la première section, des détails biographiques concernant Reinhard Döhl sont fragmentés comme autant d’entrées partielles à l’intérieur d’un journal de voyage et se superposent à d’autres fragments, légèrement travestis, issus des entrées automatiques de Log-Book of a Common Journey de Johannes Auer. Ceux-ci traversent l’écran, viennent à s’arrêter, forment des groupes accidentels, etc. La deuxième section est un collage de différents passages de Der Schrank. Die Schranke de Martina Kieninger et d’images qui réfèrent à des mots tirés de ceux-ci, un peu au hasard. Ici, les mots et les images se superposent, s’accumulent et forment des taches, rendant la lecture linéaire impossible tout en encourageant une expérience « générale » du texte concret. La section suivante, consacrée à Sylvia Egger, reprend le contenu textuel de piep-show – around the world in a minute sous une forme « dadaïste » (fragmentée, colorée, entrecoupée d’images sans logique apparente) avec la possibilité d’afficher un « commentaire » sur le sujet en arrière-fond. Or, ce qui est présenté par l’artiste comme « commentaire » se révèle être le texte lui-même, réorganisé… Encore une fois, l’accumulation visuelle des divers éléments entrave la lecture au profit de l’expérience esthétique concrète. La quatrième section, qui reprend le tango rgb d’Oliver Gassner, offre une transposition de l’image en mots : ce qui était chez Gassner un ensemble de couleurs dansant sur un échiquier devient ici fragments de phrases qui se déplacent par saccades de gauche à droite de l’écran. Finalement, la dernière section décompose c1berf1ction.ch de Beat Suter. Les mots que l’on retrouve sur le site Web de Suter se promènent de façon aléatoire à l’écran (déplacements latéraux), formant au passage des cybernuages : les phrases plus longues, aériennes, en noir sur fond blanc, surplombent les mots isolés, sur fond gris, empilés au bas de l’écran comme des immeubles.

*kunstrad1o : 1o : 1o : v1suelles rad1o: scrabble mit döhl* est bien sûr issu du projet The Famous Sound of Absolute Wreaders. C’est ce qui explique cet intérêt de Suter pour les œuvres de Döhl, Auer, Kieninger et les autres. Dans le cadre du projet, ces artistes devaient proposer chacun une œuvre (celles reprises par Suter) et produire, à partir des œuvres des autres, une nouvelle création. Les questionnements soulevés par la démarche de Suter sont donc communs à l’ensemble du groupe de The Famous Sound of Absolute Wreaders : perte de contrôle sur le texte à travers la médiation de la machine, performance du lecteur, pratiques de collage-mixage, possibilité du « multitasking », etc. L’œuvre principale ayant été attribuée à Suter, das buch gertrud, explique aussi la perspective théorique particulière adoptée pour *kunstrad1o : 1o : 1o : v1suelles rad1o: scrabble mit döhl*, très proche des idéaux du Groupe de Stuttgart auquel appartenait Reinhard Döhl. Pour reprendre un extrait du manifeste du Groupe : « Nous parlons d'une poésie expérimentale, dans la mesure où nos réalisations singulières respectives impliquent vérifications et falsifications esthétiques. Nous parlons à nouveau d'une techne poïétique. Nous parlons encore d'une esthétique progressiste, ou plutôt d'une poétique qui démontre la mise en application des avancées de la littérature, comme il en va déjà toujours du progrès de la science.[2] » L’approche est avant tout ludique, mais aussi technique, ancrée dans la programmation elle-même.

Bref, l’œuvre de Suter permet d’explorer la rencontre d’un double discours : discours sur les possibilités ouvertes par les pratiques de lecture et de relecture d’une part, et discours sur le mariage de la techne et de la poiésis de l’autre.

[1] Suter, Beat et The Absolute Wreaders (2004), "The Making of 'The Famous Sound of Absolute Wreaders'", dichtung-digital - journal für digitale ästhetik, no 31, en ligne: http://www.brown.edu/Research/dichtung-digital/2004/1/Suter/index.htm, (consulté le 30 juin 2009)

[2] Bense, Max et Reinhard Döhl (1964) "Zur Lage", Universität Stuttgart, en ligne: http://www.uni-stuttgart.de/ndl1/zurlage.htm (consulté le 2 juin 2009)

«worm applepie for doehl» est une oeuvre en apparence très simple: on y voit un «ver» (Wurm) manger une pomme (ApfelApfelApfel) jusqu'à la disparition totale de celle-ci. Le ver grossit au fur et à mesure qu'il progresse. Le ver, d’abord statique et noir lorsque l’internaute accède à l’œuvre, devient rouge lorsqu'il s'active. La pomme, elle, demeure noire, victime passive du ver. En cliquant sur un des deux liens au bas de l'écran (moreapple), il est aussi possible de faire apparaître une nouvelle pomme qui roule sur elle-même ou qui avance et recule selon un mouvement répétitif. Un deuxième clic fait toutefois réapparaître la pomme dévorée par le ver, au stade exact où l’internaute l’avait abandonnée.

Il s'agit d'une création de Johannes Auer, théoricien, essayiste et artiste basé à Stuttgart et très actif dans le domaine de la littérature et de l’art hypermédiatiques allemands (Netzliteratur et Netzkunst). «worm applepie for doehl» est en fait une réactualisation de la célèbre pièce de poésie concrète de Reihnard Döhl, «Apfel» (1965), qui présentait une version statique de la pomme de mots (ApfelApfelApfel) à l'intérieur de laquelle était glissé un ver (Wurm). En reprenant la forme visuelle de l'oeuvre originale de Döhl (la première image statique à laquelle accède l’internaute en arrivant sur le site Web de l’œuvre en est la reprise exacte, y compris pour ce qui est de la position du vers dans la pomme), Auer réaffirme la pertinence de celle-ci plus de trente ans après sa réalisation et cherche à en déployer le plein potentiel grâce aux nouvelles avenues technologiques offertes par Internet et les nouveaux médias. (Notons à ce sujet que l’oeuvre, disponible sur Internet, fait aussi partie du CD-ROM «kill the poem» de Johannes Auer et Reinhard Döhl, paru en 2000 aux éditions cyberfiction dirigées par Beat Suter.)

En effet, la pomme de Döhl avait vu le jour un an seulement après la parution du manifeste du Groupe de Stuttgart, «Zur Lage», signé par Max Bense et Reinhard Döhl. Ce Groupe, formé initialement dans les années 1950 autour de Bense, Döhl, Ludwig Harig et Helmut Heißenbüttel, proposait de faire la synthèse entre écriture et typographie, réunissant des artistes d’horizons divers. [1] Donc, au moment de présenter sa «pomme», Döhl prônait déjà activement l'exploration de la poésie cybernétique et matérielle : «Nous préférons une poésie du métissage. Nos critères sont l’expérimentation et la théorie, la démonstration, le modèle, le spécimen, le jeu, la réduction, la permutation, l’itération, le hasard (brouillage et diffusion), la série et la structure.[2]» De même, dans le programme du Groupe, si la possibilité technologique n’était pas encore pleinement articulée faute de moyens techniques réels, la volonté technologique, elle, était déjà mise de l’avant. Pour reprendre un extrait du manifeste: «Nous parlons d'une poésie expérimentale, dans la mesure où nos réalisations singulières respectives impliquent vérifications et falsifications esthétiques. Nous parlons à nouveau d'une techne poïétique. Nous parlons encore d'une esthétique progressiste, ou plutôt d'une poétique qui démontre la mise en application des avancées de la littérature, comme il en va déjà toujours du progrès de la science.[3]» L’appel éventuel à une poésie hypermédiatique déployée grâce à Internet allait donc de soi. 

Autrement dit, l’oeuvre «worm applepie for doehl» doit être lue à la fois comme hommage à Döhl pour le caractère fondateur de ses travaux et comme réaffirmation de sa proposition initiale quant à l’importance de la poésie concrète. L’oeuvre d’Auer, dans le respect de celle de Döhl, pose la collision et la fusion du mot et de l'image comme base de l'expérience irréductible du sentiment poétique et appelle le dépassement de l'approche textuelle au profit d'une véritable iconographie du mot/par le mot. Ainsi, si la lecture linéaire de «worm applepie for doehl» est impossible, le pouvoir évocateur du mot-image demeure. Le mouvement que la version d'Auer introduit dans l’oeuvre par rapport à l'original de 1965 agit quant à lui au niveau de la réalisation de l'identité mot-chose opérée par les procédés visuels de la poésie concrète (iconotextualité). En effet, en donnant au vers textuel (Wurm) les mêmes propriétés et capacités que son pendant biologique - c'est-à-dire, littéralement, la possibilité de se mouvoir dans la pomme et de la dévorer -, Auer fait bel et bien accéder le mot au concret au-delà de la simple portée évocatrice de sa charge sémantique.


[1] Döhl, Reihnard (1997) "Stuttgarter Gruppe oder Einkreisung einer Legende", Universität Stuttgart. http://www.uni-stuttgart.de/ndl1/stgtgruppe.htm, date de consultation: 2009-06-02.

[2] Bense, Max et Reinhard Döhl (1964) "Zur Lage", Universität Stuttgart. http://www.uni-stuttgart.de/ndl1/zurlage.htm, date de consultation: 2009-06-02. (je traduis)

[3] ibid.

Cette oeuvre a été créée dans le cadre du projet The Famous Sound of Absolute Wreaders. Suter, avec la collaboration de René Bauer, y présente une relecture de ses propres travaux sur la cyberédition (c1berf1ction.ch), de même que des oeuvres de Johannes Auer (Log-Book of a Common Journey), Martina Kieninger (der schrank die schranke), Sylvia Egger (piep-show - around the world in a minute) et Oliver Gassner (tango rgb), en s'inspirant du style de Reinhard Döhl (das buch gertrud). L'internaute peut ainsi lire des fragments de la biographies de Döhl qui circulent à l'écran comme autant d'entrées d'un carnet de voyage, retrouver des textes de Sylvia Egger remis en forme selon les préceptes de la poésie concrète du Groupe de Stuttgart, accéder à une version textuelle du tango de Gassner, etc.
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