Portrait

Kim, Yong Hun: The Aleph

The Aleph, nommé en l'honneur de la nouvelle de Jorge Luis Borges, est un générateur de portraits composites alimenté par le site de partage de photographies Flickr. Le script du générateur, programmé sur Processing, permet de repérer sur le Web des photos identifiées avec un même mot-clé – par exemple, «funeral», «divorce», «wedding» ou «end». Ensuite, 10 000 visages sont identifiés sur les photographies sélectionnées et automatiquement redimensionnés en format 100 x 100 pixels, formant une banque d'images de référence. Ces 10 000 visages servent finalement à créer un portrait composite, pixel par pixel: le premier pixel du premier visage identifié aléatoirement est dupliqué dans les 100 premiers pixels du portrait (carré de 10 x 10 pixels), le deuxième pixel du deuxième visage est dupliqué dans les 100 suivants, etc. On obtient ainsi un visage «moyen», nourri des caractéristiques de 10 000 visages individuels. Comme la banque d'images identifiées par le script de l'oeuvre est constamment mise à jour, il est à noter que le portrait obtenu change lui aussi continuellement.

The Aleph est conçu pour être présenté en galerie, sur un écran LCD connecté à un ordinateur. Sur son site Web, l'artiste explique le fonctionnement de l'oeuvre, présente le script utilisé, partage plusieurs portraits obtenus grâce au générateur et donne accès à une vidéo où l'on peut voir The Aleph en action.

À son état initial, l'oeuvre de Michaël Sellam présente l'image en négatif d'une personne quelconque, dont on ne voit que les épaules et la tête et dont le sexe ne peut être identifié. Des sons ambiants répétitifs accompagnent cette image. Les indications de navigation laissées par l'auteur indiquent à l'internaute que le déplacement de sa souris fera varier certaines composantes de l'image. En effet, lorsque l'internaute déplace sa souris sur l'axe des ordonnées, le volume se modifie: au bas de l'écran, l'ambiance sonore est inexistante; en haut, elle se fait omniprésente. Lorsque l'internaute déplace sa souris sur l'axe des abscisses, c'est l'angle de vue ainsi que la luminosité de l'image qui changent: très sombre et décentrée vers la droite lorsque la souris est du côté gauche, saturée et décentrée vers la gauche lorsque la souris est du côté droit. Toutefois, pour que ces variations soient fonctionnelles, il faut absolument que la souris repasse par le centre de l'écran, c'est-à-dire sur l'image. De plus, à chacun de ces passages, la couleur de l'image se modifie: elle passe du jaune au rouge, au bleu, au blanc. 

L'internaute peut aussi changer l'image en appuyant sur les touches alphabétiques du clavier. De la touche "A" à la touche "Z", un récit se construit. D'ailleurs, l'ambiance sonore se module également au fil des touches. À la touche "D", l'image, qui n'était auparavant que pixels grossiers, révèle très clairement le visage d'une femme aux épaules nues. À partir de ce point, l'esthétique générale des images rappelle celle des images captées par Webcam, et ce, particulièrement lorsque l'internaute enchaîne rapidement les touches du clavier en respectant l'ordre alphabétique, conférant une impression de mouvement (et donc de vidéo) à l'oeuvre. 

Plus l'internaute progresse dans l'alphabet et plus le visage de la femme s'approche de l'écran, jusqu'à ce que son oeil gauche l'occupe tout entier. Le titre de l'oeuvre devient alors une indication de lecture: on comprend qu'un parcours alphabétique de l'oeuvre simule un baiser donné par la femme à celui devant l'écran. La touche "Z" ramène la femme en position initiale; le baiser est terminé. 

L'oeuvre de Sellam explore donc les questions du corps et de la présence dans le cyberespace. L'internaute est celui qui contrôle le corps de la femme. Il décide du déroulement du baiser - sa vitesse, sa couleur, la musique qui l'accompagne -, mais il décide également de son existence, car il lui suffit de placer sa souris à l'extrême gauche de l'écran pour que toute présence se dissolve.

Sellam semble vouloir nous rappeler que :

[1] présence n'implique nullement la permanence, mais le dynamisme. [...] C'est que l'effet de présence ne se comprend que dans le discontinu, l'interruption ou le déséquilibre. Il ne se perçoit véritablement qu'aux points de jonction de l'apparition et de la disparition. [1]

La relation qui s'établit entre l'internaute et la femme anonyme est éphémère. Elle naît faiblement à la lettre «A», ne prend véritablement corps qu'à la lettre «D», se termine à la lettre «Z». Mais à tout moment elle peut s'interrompre, s'assombrir, s'assourdir; ou s'intensifier, s'illuminer. S'installe ainsi un aller-retour constant entre présence et absence.

Anciennement hébergée au http://incident.net/hors/portrait/lebaiser/, l'oeuvre n'est aujourd'hui plus disponible en ligne.

Notons en terminant que l'oeuvre s'inscrit dans la série «Le Portrait» d'Incident.net

[1] Gervais, Bertand (04/2007) «L'effet de présence. De l'immédiateté de la représentation dans le cyberespace», Archée, section Cyberculture. En ligne: http://archee.qc.ca/ar.php?page=article&section=texte6&note=ok&no=280&surligne=oui&mot=#6 (consulté le 4 février 2011)

Subway Life

Subway Life est une oeuvre d'Antonio Jorge Gonçalves qui représente le plan d'un métro. Ce métro est bien spécial, puisque les noms des stations correspondent aux noms de certaines grandes villes du monde: Stockholm, Tokyo, Berlin, New York, etc. Chacune de ces stations est un hyperlien qui permet à l'internaute d'accéder à une série d'illustrations créées par l'artiste. Celui-ci, en se promenant dans les divers réseaux de métro de ces villes, s'est adonné à un travail d'observation des passagers pour en faire des illustrations. Ces illustrations sont elles-mêmes des hyperliens qui renvoient à des photographies des différentes villes explorées dans l'oeuvre. Il est à noter que ce projet a donné lieu en 2002 à un livre qui reprend les illustrations se trouvant sur le site Web.

Ueltzhoeffer, Ralph; May, Laura: T E X T P O R T R A I T

T E X T P O R T R A I T est un projet artistique créé par Ralph Ueltzhoeffer, en collaboration avec Laura May, permettant d'effectuer, via le moteur de recherche de Google, des recherches d'informations à propos de personnalités publiques, de célébrités populaires, mais également de sportifs, ou de philosophes et scientifiques. Après avoir collecté un masse textuelle suffisante, l'artiste effectue une intervention plastique sur le texte à l'aide d'un logiciel informatique, qui permet de provoquer des contrastes en pâlissant le texte sur un arrière-plan noir, de manière à ce que le texte ainsi modifié créé le portrait de la personnalité décrite. L'artiste reconnaît les nombreuses inexactitudes contenues dans les informations biographiques disponibles sur le Web, et c'est avec une certaine ironie qu'il emploie celles-ci afin de constituer un portrait nécessairement inexact de ses sujets. On peut aussi comprendre cette transformation de textes trouvés par Google en portrait comme une transposition intersémiotique de la pratique du "googling".

Bärtås, Magnus : Who is...?

Union des portraits d'artistes créés par le Suédois Magnus Bärtås et de l'adaptation multimédia de ces portraits par l'Agence TOPO, la version Web de Who is...? permet à l'internaute à la fois de naviguer dans les biographies de Dimitris Houliarakis, Eva Quintas, Johnnie Walker, Nils Thornander et Zdenko Buzek, et d'en créer de nouvelles, en téléchargeant une photographie et des informations diverses sur la personne de son choix. Les portraits déjà présents allient textes, photographies et vidéos, et se divisent en quatre catégories: factual, formal, unexpected et experienced. Une telle entreprise permet d'aborder les questions de l'identité sur le Web, de son inévitable «googlisation».

The Presence of Absence est une œuvre dans laquelle l’artiste Peter Horvath expérimente les possibilités esthétiques liées à l’affichage Web de séquences filmées. Ainsi, l’œuvre sollicite la participation de l’internaute par le biais d’une interface interactive. Ce type de dispositif participe pleinement des mouvances artistiques que nous observons sur le Web où le mode d'exploration par navigateur appelle d’emblée certaines actions de l’internaute. La navigation fonctionnelle sur le Web nécessite elle aussi certaines interactions: pour effectuer une recherche, il est nécessaire de manipuler le curseur de sa souris, de cliquer, d’écrire et d’appuyer sur «Enter» pour lancer une recherche. C’est ce type d’interactions, certes minimales, qui sont mobilisées à des fins artistiques par Peter Horvath dans The Presence of Absence.

L’œuvre débute en affichant une image représentant le visage translucide et parcouru de lignes d’un homme. Son front est plus sombre que le reste de son corps et l'on y trouve plusieurs fragments d’images, ce qui suggère, d’une certaine façon, une métaphore de l’activité cérébrale. Ce visage constitue l’interface de navigation au sein de l’œuvre. Celui-ci est sensible au positionnement du curseur de la souris de l’internaute. De fait, on retrouve trois zones hyperliens sur ce portrait: les hémisphères gauche et droit du cerveau, ainsi que la joue droite du personnage (à gauche de l’écran). Chacun de ces hyperliens mène à un ensemble de séquences vidéo distinctes.

Ce qui fait la singularité de ces séquences vidéo, c’est d’abord, d’un point de vue formel, l’utilisation de fenêtres intempestives. Au fil de l’œuvre, de nouvelles fenêtres apparaissent et se passent le relais. Il arrive souvent que deux fenêtres affichent deux contenus différents de façon simultanée. Il nous semble important de noter cette spécificité formelle dans la mesure où elle renforce cette idée de distance entre les individus et de solitude qui est développée dans l’ensemble de l’œuvre. Pour ne donner qu’un exemple, citons cette séquence forte où un homme, le visage prisonnier dans une cage d’oiseau, tente d’embrasser une femme. Pour le formuler de façon synthétique, il faut convenir que la forme de cette œuvre embrasse de façon stimulante les propos qui y sont tenus.

Ainsi, au thème de l’isolement répond une structure narrative éclatée où l’internaute peine à reconstituer le récit. Chacun des fragments offrant toutefois des images évoquant la solitude, l’internaute ressent tout de même une impression de narrativité minimale par le biais d'une cohésion thématique. Il a, pour ainsi dire, accès à ce qui semble être un amas de souvenirs, peut-être ceux de l’homme qui figure au début de l’œuvre. Divers procédés sont déployés afin de créer cet effet de remémoration. D’abord, l’emploi d’images floues confère à l’ensemble de l’œuvre une dimension onirique. De plus, la succession rapide des images, chacune isolée dans une fenêtre de navigation, donne l’impression d’avoir accès au flot de conscience d’un individu en proie aux souvenirs. Divers jeux sur la rapidité des séquences vidéo nourrissent également cette impression. La musique ambiante du groupe Broken Social Scene et celle de Lenni Jabour contribuent grandement à ces impressions visuelles. À propos de la mobilisation de plusieurs fenêtres intempestives, l’artiste affirme sur son site Web sa volonté de complexifier l’expérience cinématographique conventionnelle en multipliant les écrans (lire ici «les fenêtres») où sont projetées les images:

«Rather than a standardized cinematic structure, I feel this technique is more experiential for the viewer, and breaks down conventions of single screen representation. And instead of being didactic, the story telling becomes more complex and layered, allowing viewers to piece together the visually abstracted narrative for themselves.[1]»

De façon générale, cette œuvre d’Horvath semble proposer une réflexion sur l’isolement du sujet contemporain, sur son anxiété fondamentale. Par exemple, lors d’une séquence, l’internaute peut entendre une sonnerie de téléphone à laquelle personne ne répond. Ainsi, s’il y a complexification de l’expérience filmique par le biais d’une multiplication des fenêtres de projection, c’est paradoxalement dans le cadre d’une œuvre où les thèmes centraux sont la solitude et l’absence. Il faut convenir, dès lors, que l’artiste vise à donner à voir la multiplication des solitudes. Ce faisant, le regard esthétique qu’il porte sur le monde possède une portée critique indéniable.

[1]  En ligne: http://www.peterhorvath.net, section Biography (consulté le 8 mars 2010)

L'oeuvre myData = myMondrian est la première oeuvre de la série Equals de C. J. Yeh, qui comprend aussi myTune = myPollock (2005), myBirthday = myPhilipGlass (2006), myAvatar = myChuckClose (2007) et One and the Same a.k.a. myParticipation = myMagritte - or I can just keep looking at The False Mirror (2008). L'internaute est invité à remplir un questionnaire sur son âge, sa taille, son apparence physique, ses loisirs, sa situation sociale, son éducation, etc. Ces données sont ensuite utilisées pour générer un "tableau", à la manière de Piet Mondrian. Un numéro de série est attribué à chaque tableau et une fonction permet à l'internaute de l'imprimer.

Des Fleurs est un projet réalisé par Reynald Drouhin de 2001 à 2003. L'oeuvre repose sur la création de portraits en forme de mosaïques créés à partir d'une base de données de 400 images de fleurs prélevées sur le Web. La matrice visage qui forme la base de l'oeuvre est composée de sept portraits des membres d'incident.net, soit Grégory Chatonsky, Philippe Dabasse, Karen Dermineur, Marika Dermineur, Reynald Drouhin, Julie Morel et Michael Sellam.

Quand l'internaute entre dans l'oeuvre, il aperçoit en premier lieu les sept portraits s'enchaîner en fondu. Dès qu'il passe le curseur de la souris sur l'image, il voit leur succession s'accélérer. Une voix émerge alors, répétant en boucle: un peu... beaucoup... à la folie... pas du tout... Les images passent devant l'internaute comme s'effeuille une marguerite. Si l'internaute clique sur l'image, une phrase apparaît furtivement, presque illisible, et la mosaïque se met en mouvement, donnant une impression de grouillement. Cette impression est d'ailleurs accentuée par le fond sonore qui accompagne l'oeuvre et qui est principalement composé de chants d'oiseaux et de bruits d'insectes. Si l'internaute clique de nouveau, l'image se fige sur un des portraits et la voix off se met à prononcer une liste de mots qui, dans leur succession, constituent presque des phrases ou du moins semblent parfois posséder quelque sens.

L'oeuvre, entre bruit et silence, entre mouvement et stabilité, semble aussi offrir une réflexion sur le rapport entre la nature et la technologie. Empreinte d'une certaine fraîcheur poétique grâce à la conception des mosaïques à partir de fleurs, l'oeuvre bascule cependant dans une certaine forme de monstruosité par le kaléidoscope polymorphe et pixellisé que constituent ces portraits en mutation, enchaînés jusqu'à ce qu'ils se confondent: «Cette fusion est ignoble, contre nature, non-définie, en mouvement perpétuel. Un visage émerge, homme ou femme. Insectes, mouches, oiseaux fourmillent en fond sonore. Une voix récite des mots, un à un, formant des phrases aléatoires. "à la folie acarien accouple actualise adore agite agonie aime allume anus (...) végète vend verge vide viole virginité vit voit vole vous vulve."» (http://www.incident.net/works/desfleurs/readme.html)

Des Fleurs, dans la tension entre poésie et monstruosité qui la caractérise, n'est pas sans rappeler l'oeuvre d'Arcimboldo qui composait aussi des portraits tirant parfois vers le monstrueux, à partir d'éléments composites et souvent naturels.

L'oeuvre a aussi fait l'objet d'une installation lors de l’exposition Natural / Digital, proposée par numeriscausa du 26 mai au 3 juillet 2005. L'oeuvre, projetée au sol, formait un tapis fleuri sur lequel pouvait marcher le spectateur, activant ainsi les différents modes de défilement des images ainsi que les différentes trames sonores.

«Make Me Super!» propose à l'internaute de devenir un super héros. Pour se faire, celui-ci doit insérer son nom dans la case destinée à cet effet ainsi qu'une photographie de son visage qu'il pourra modifier ultérieurement. Ensuite, il pourra visionner un film de super-héros le mettant en vedette.
L'oeuvre myAvatar = myChuckClose est la quatrième oeuvre de la série Equals de C. J. Yeh, qui comprend aussi myData = myMondrian (2004), myTune = myPollock (2005), myBirthday = myPhilipGlass (2006) et One and the Same a.k.a. myParticipation = myMagritte - or I can just keep looking at The False Mirror (2008). L'internaute est invité à créer son propre avatar. L'esthétique reprend celle des avatars sur la console de jeux vidéo Wii. Le logiciel transforme ensuite cet avatar en oeuvre d'art selon le style de Chuck Close. Une fonction permet d'imprimer le résultat.
Le projet est créé afin que l'internaute compose lui-même son identité reliée à son "net being". On nous propose de créer notre nouveau corps, qui est ensuite envoyeé au "laboratoire". L'internaute choisit ainsi chaque partie du corps en cliquant sur l'une des propositions qui lui est offerte sur le site. Il est aussi possible de demander une "analyse" des résultats de l'acte de création du corps virtuel.
« Flaming » présente quatre portraits du visage d'un même homme. L'image se meut sous les yeux de l'internaute, comme si elle plongeait vers l'avant de l'écran. Le son répétitif donne un ton agressant à l'expérience de l'oeuvre.
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