Poésie

Locomotive and Creatures est un poème hypermédiatique dont chaque strophe est isolée. Pour naviguer à l'intérieur de celles-ci, l'internaute doit déplacer son curseur afin de faire défiler les strophes qui sont alignées un peu à la manière des wagons d'une locomotive. Des lettres et des mots se déplacent, rendant plus ardue la lecture du poème. Le tout est accompagné d'une courte séquence musicale répétée en boucle.

The Dream (9/11) est une oeuvre dans laquelle l'auteur propose un poème qui apparaît sur un fond d'images évoquant le 11 septembre 2001. Nous y voyons les tours jumelles en flammes, un drapeau américain ainsi qu'un bébé.

Des Fleurs est un projet réalisé par Reynald Drouhin de 2001 à 2003. L'oeuvre repose sur la création de portraits en forme de mosaïques créés à partir d'une base de données de 400 images de fleurs prélevées sur le Web. La matrice visage qui forme la base de l'oeuvre est composée de sept portraits des membres d'incident.net, soit Grégory Chatonsky, Philippe Dabasse, Karen Dermineur, Marika Dermineur, Reynald Drouhin, Julie Morel et Michael Sellam.

Quand l'internaute entre dans l'oeuvre, il aperçoit en premier lieu les sept portraits s'enchaîner en fondu. Dès qu'il passe le curseur de la souris sur l'image, il voit leur succession s'accélérer. Une voix émerge alors, répétant en boucle: un peu... beaucoup... à la folie... pas du tout... Les images passent devant l'internaute comme s'effeuille une marguerite. Si l'internaute clique sur l'image, une phrase apparaît furtivement, presque illisible, et la mosaïque se met en mouvement, donnant une impression de grouillement. Cette impression est d'ailleurs accentuée par le fond sonore qui accompagne l'oeuvre et qui est principalement composé de chants d'oiseaux et de bruits d'insectes. Si l'internaute clique de nouveau, l'image se fige sur un des portraits et la voix off se met à prononcer une liste de mots qui, dans leur succession, constituent presque des phrases ou du moins semblent parfois posséder quelque sens.

L'oeuvre, entre bruit et silence, entre mouvement et stabilité, semble aussi offrir une réflexion sur le rapport entre la nature et la technologie. Empreinte d'une certaine fraîcheur poétique grâce à la conception des mosaïques à partir de fleurs, l'oeuvre bascule cependant dans une certaine forme de monstruosité par le kaléidoscope polymorphe et pixellisé que constituent ces portraits en mutation, enchaînés jusqu'à ce qu'ils se confondent: «Cette fusion est ignoble, contre nature, non-définie, en mouvement perpétuel. Un visage émerge, homme ou femme. Insectes, mouches, oiseaux fourmillent en fond sonore. Une voix récite des mots, un à un, formant des phrases aléatoires. "à la folie acarien accouple actualise adore agite agonie aime allume anus (...) végète vend verge vide viole virginité vit voit vole vous vulve."» (http://www.incident.net/works/desfleurs/readme.html)

Des Fleurs, dans la tension entre poésie et monstruosité qui la caractérise, n'est pas sans rappeler l'oeuvre d'Arcimboldo qui composait aussi des portraits tirant parfois vers le monstrueux, à partir d'éléments composites et souvent naturels.

L'oeuvre a aussi fait l'objet d'une installation lors de l’exposition Natural / Digital, proposée par numeriscausa du 26 mai au 3 juillet 2005. L'oeuvre, projetée au sol, formait un tapis fleuri sur lequel pouvait marcher le spectateur, activant ainsi les différents modes de défilement des images ainsi que les différentes trames sonores.

The Longest Poem in the World est une oeuvre de Andrei Gheorghe qui, grâce à l'aggrégation de textes puisés sur Twitter, compose une série de vers en rime. La contrainte du maximum de 140 caractères par tweet fait en sorte qu'une structure rhytmique se dégage accidentellement de ce poème généré automatiquement.

Aphorisme est un site de poésie numérique qui élabore à la fois des formes et des textes dans un langage artificiel utilisant des alphabets numériques sur lesquels le spectateur agit, ce qui entraîne la complexité de leurs développements. Il observe aussi leurs chorégraphies contrôlées par le générateur qui manœuvre l’accroissement du poème en fonction des actes du lecteur. De plus, Alexandre Gherban introduit dans son œuvre deux notions théoriques reliées au monde hypermédiatique, soit la musique du langage (séquences sonores obtenues par le traitement des éléments de la voix grâce au micromixage et à la manipulation numérique) et la robolettrie (un programme informatique de génération, proche du robot, allié à la création visuelle de caractères d'alphabets numériques).
Tom Drahos fragmente les Illuminations d'Arthur Rimbaud en 107 passages que le spectateur découvre tout au long de son parcours dans les dédales informatiques de cette œuvre labyrinthique. Comme à son habitude, l'artiste propose différents modes de lecture, allant du texte fixe à l'écran à la récitation de celui-ci en parallèle au défilement d'images photographiques. Une musique, ou devrions-nous plutôt dire des bruits de fond, accompagne l'animation.
L'hypertexte n'est pas une illustration de la poésie Rimbaldienne, bien que les textes y soient intégraux, c'est davantage une adaptation "drahosienne" qui amalgame les vers à sa vision des choses, à sa réalité actuelle, mondiale et urbaine, en proposant à sa façon une expérience du dérèglement de tous les sens.
Tom Drahos propose une nouvelle expérience de lecture de l'œuvre de Charles Baudelaire Les fleurs du mal, en remédiatisant les poèmes à l'écran et en les juxtaposant à des images en mouvement, de la musique et des voix. Il offre au spectateur trois différentes approches de lecture des poèmes. L'une est traditionnelle, c'est-à-dire que le texte est fixe, l'autre le fait défiler rapidement en le mêlant à des images vidéo, le tout sur un fond musical, et finalement la dernière option est une récitation des œuvres, accompagnée de musique et de prises de vue panoramiques urbaines. La participation du spectateur est obligatoire, il doit absolument interagir pour avoir accès à l'une de ces approches de lecture, dont le fonctionnement est, au départ, un peu complexe à saisir.
Le site d’Annie Abrahams et de The All Star GirlsBand semble être, au premier regard, un site publicitaire sur une lecture publique qui aura lieu le 23 Mai 2007 à Issy-les-Moulineaux. Or, dans le bas de l'écran, l'internaute est invité à participer au texte en suivant la flèche et en déplaçant le curseur vers la droite. Il est alors dirigé vers deux fenêtres le questionnant sur la peur, l'une en anglais et l'autre en français. Il peut répondre directement ou encore lire ce que ses pairs ont écrit précédemment. Dès lors il réalise que la performance publique du mois de mai reposera sur la composition de ces textes collectifs, auxquels il est appelé à contribuer.
Le projet de DuBref a pour mandat de produire et de diffuser les artistes francophones et anglophones de la parole orale. DuBref demande aux artistes de livrer des performances orales en des milieux urbains différents des studios, bars et auditoriums auxquels ils sont habituellement confinés. Les performances sont documentées en formats audio et vidéo pour ensuite se trouver compilées et diffusées en librairie sur un support mixte : cédé audionumérique/cédérom. Théâtre, rap, poésie, fiction, improvisation, musicopoème, vidéopoème, vidéo d’art, DuBref se veut le creuset d’un métissage fécond. Ce projet témoigne de l’évolution de l’art de la parole orale.

Teleport se présente d’abord comme un livre numérique. L’internaute en est averti en page d'accueil par les mots «this is a book» et «a picture book», avant d'être plongé dans une histoire aux prémisses bien simples, mais efficaces: une intelligence extraterrestre se téléporte dans le corps d’un automobiliste et un dialogue intérieur s'engage entre le corps humain et l’intelligence extraterrestre. Pour situer l'œuvre, on voudra lire la thèse de David Jhave Johnston où il est écrit:

Teleport was completed in 2006 while reviewing cognitive science research into affect and synaesthesia. It is an online prose-poem that incorporates terminology and insights from cog-sci research inside a short fiction of an alien intelligence that teleports its mind into a human body. [...] Visually, Teleport extends my concern for affective pattern into a sustained study of inanimate matter and dead ‘things’. How are static tableaus (sic) read? What emotions are projected onto small inert items? [1]

Les fragments superposés aux images d’objets inertes permettent d’actualiser, grâce à une narration, ce qui en règle générale n’est pas considéré comme «beau»: une patte de poulet mort, les traces d’un déversement de pétrole sur une plage, des boules de poils et de poussière… Or, le texte accompagnant l’œuvre incite l’internaute à regarder ces objets de manière nouvelle – on peut supposer le regard un peu naïf de l’enfant ou du touriste.

Afin de se déplacer dans l’œuvre et de naviguer à travers les différentes pages proposées, l’internaute doit utiliser les flèches directionnelles de son clavier. Il peut aussi décider de peser sur le bouton «play» (le conventionnel triangle pointant vers la droite) pour suivre l’histoire en mode automatique. Manipuler l’œuvre soi-même permet toutefois d'optimiser l'expérience de l'internaute puisque le rythme de lecture peut être adapté, contrairement au rythme en lecture automatique qui varie seulement selon la longueur des fragments de texte. L’internaute peut donc manipuler la vitesse de défilement des photos et du texte s’il procède manuellement: les pages de photographies, qui servent d’arrière-plan aux textes, peuvent être changées grâce aux flèches du haut et du bas, alors que le texte est changé grâce aux flèches de gauche et de droite. Il est aussi possible de progresser dans le texte en cliquant sur l’écran (on peut de même déplacer les fragments de cette façon), mais on doit utiliser le clavier pour effectuer les retours en arrière. Il faut noter que l’internaute ne peut sauter les pages: il doit les changer une à une, ce qui rappelle une lecture plus traditionnelle, linéaire. Il peut toutefois revenir en arrière et, avec un peu de patience, faire les assemblages photos/textes qu’il désire. Dans le cas où l’internaute emploie le mode de lecture «automatique», les possibilités combinatoires deviennent presque infinies.

La façon dont les fragments apparaissent est aussi un élément participant au contexte de l’œuvre. L’intelligence extraterrestre, s’habituant peu à peu au corps de son hôte, doit mettre en ordre ses nouvelles perceptions. Les mots de chaque fragment sont donc d’abord affichés dans le coin supérieur gauche de l’écran, pour ensuite se repositionner et former la phrase dans la partie inférieure de l’écran. Quand la phrase est complète, elle est automatiquement déplacée vers la gauche. Lors des retours en arrière, le texte ne subit plus ces déplacements, comme si cette intelligence extraterrestre (on peut supposer, aussi, celle de l’internaute) avait déjà assimilé le contenu. Teleport, au final, pose des réflexions parallèles sur le sens que nous donnons aux objets inertes de notre environnement ainsi que sur notre rapport au corps: sommes-nous assez attentifs à ses signes organiques et jusqu’à quel point sommes-nous capables de décrire nos processus internes de compréhension?

Notons qu'une version française de l'oeuvre, traduite par Alice van der Klei, est parue dans la revue bleuOrange (http://revuebleuorange.org/bleuorange/04/jhave/).

[1] Johnston, William David (Jhave) «Fertile Synthesis: Emotion in Online Digital Poetry» (M. Sc. A., Simon Fraser University, 2007). En ligne: http://www.year01.com/jhave/thesis/FINAL/DavidJhaveJohnston-Final.pdf, p. 78 du document PDF (consulté le 21 juillet 2009).

 

La première image que voit l'internaute en accédant à bild-dung est celle d'un poing levé accompagné des mots «ut pictura». Lorsque l'internaute passe le curseur de la souris sur l'image, le majeur de la main se dresse et le reste du texte apparaît: «ut pictura poesis / fuck you!». «Ut pictura poesis» est une citation en latin tirée de l'Art poétique d'Horace (circa 361) qui signifie «la poésie est comme la peinture». «fuck you!» est un commentaire ajouté par Frieder Rusmann (pseudonyme de Johannes Auer) pour marquer sa position personnelle face à cette approche classique de la poésie.
makkaronisch fuer niedlich est une oeuvre créée par Reinhard Döhl et Johannes Auer pour le 70e anniversaire de Wendelin Niedlich, libraire très connu de Stuttgart (Allemagne). Sur la droite de l'écran, l'internaute peut voir un poème en l'honneur de Niedlich se former tranquillement - les mots apparaissent, dansent, se retournent, changent de couleur, puis prennent place. Il s'agit d'un poème en macaronique qui joue sur les permutations possibles à partir des lettres qui forment W-e-n-d-e-l-i-n N-i-e-d-l-i-c-h. À gauche, une note noire permet à l'internaute de faire apparaître des lignes de musique en notation musicale alphabétique allemande pour accompagner le poème (par exemple: «deeedch», «edeedch», etc.). À chaque clic de souris sur la note, une nouvelle ligne fait son apparition et danse, elle aussi, à l'écran. L'oeuvre est aussi disponible sur Internet (http://auer.netzliteratur.net/wendelin/niedlich.htm).
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