Poésie

Dhaka Dust: Dilruba Ahmed et Matt Pierce

Dhaka Dust est la remédiatisation par Matt Pierce d'un poème de Dilruba Ahmed paru dans le New Orleans Review en 2006. Lorsque l'internaute active l'oeuvre, une mosaïque constitué de 54 rectangles apparaît. Dans chacun des rectangles, un même vidéo prise dans les rues animées de Dhaka joue en boucle, dans des teintes de jaune, gris, orange et rouge. Le poème glisse à l'écran strophe par strophe, chaque strophe s'accrochant quelques instants avant de disparaître. Dans ce poème, Ahmed explore les sentiments d'un visiteur débarquant à Dhaka, au milieu de la poussière, des odeurs et du bruit de la ville dont il présente un portrait sensoriel vibrant. Une version en texte simple du poème (html) est aussi disponible.

Flub and Utter: Jordan Scott, Scott Nihil, Sabrina Saccoccio

Flub and Utter: A Poetic Memoir of the Mouth présente trois performances filmées de trois poèmes de Jordan Scott. Ces poèmes traitent du défaut de prononciation de Jordan Scott et exploitent les sons qui mettent en évidence son bégaiement. À l'écran, quatre fenêtres cohabitent: dans la première, on voit Jordan Scott, filmé à partir de la taille, en train de réciter ses poèmes; dans la deuxième, le même film est présenté mais ne montre cette fois que la bouche de Jordan Scott en gros plan; dans la troisième, l'internaute peut suivre les réactions du public; finalement, dans la quatrième, on peut voir le texte du poème défiler sur fond bleu-gris. Lorsque l'internaute passe son curseur sur une des fenêtres, celle-ci s'agrandit sensiblement. Si l'internaute clique sur une des fenêtres, les trois autres fenêtres sont éclipsées. Il est possible de retourner à l'interface présentant simultanément les quatre fenêtres en cliquant à nouveau à l'écran. Aussi, le texte des poèmes qui défile lors des lectures contient des hyperliens. En cliquant sur ces hyperliens, l'internaute accède à d'autres vidéos où Jordan Scott parle de son expérience en tant que poète atteint de bégaiement. Des hyperliens placés sous la barre de défilement vidéo permettent de sauter directement d'une section à l'autre. Finalement, une barre de menu au bas de l'écran renvoit à un court texte informatif sur le projet et à une liste de films du National Film Board of Canada abordant des thématiques similaires.

Bogost, Ian: A Slow Year

A Slow Year est une oeuvre d'Ian Bogost comprenant quatre jeux vidéo et un livre (les jeux vidéo sont disponibles sur un CD-ROM accompagnant le livre). Les jeux, reprenant l'apparence générale des jeux pour console ATARI, présentent une esthétique et une série de règlements minimalistes. Les instructions sont livrées dans un des chapitres du livre, sous forme de haikus à déchiffrer. Le livre contient également une présentation du projet par l'artiste et 1024 haikus (1k en langage informatique), soit 256 pour chacune des saisons. Les haikus ont été produits par un générateur de texte conçu spécialement par Bogost pour cette oeuvre. Bogost déclare avoir voulu proposer une expérience de jeu poétique (il baptise les quatre jeux des game poems), inspirée par les poètes imagistes. A Slow Year a remporté les prix Virtuoso et Vanguard au Indiecade festival en 2010.

Larios, Josh: Poetry Corner

Poetry Corner est un générateur de poèmes «adolescents». L'auteur, Josh Larios, affirme avoir travaillé pour un site Web où des adolescents publiaient leurs poèmes. Il a décidé de copier ces textes pour en insérer les segments dans un logiciel qui servirait ensuite à générer des poèmes reprenant les structures et le vocabulaire récurrents à ce type de poésie. L'internaute peut cliquer sur «Reload this page for a new poem» pour qu'un nouveau texte s'affiche à l'écran.

Scoccimarro, Bruno: Organisation du plaisir

L’Organisation du plaisir est une oeuvre de Bruno Scoccimarro, cofondateur, avec Alexandra Saemmer, du groupe Fraktale et du site Mandel.brot. Tout comme l’ensemble des projets de création numérique présentés sur mandelbrot.fr, Organisation du plaisir s’inscrit dans une thématique inspirée par la notion du flux qui circule sur le Web. Introduites dans ce flux, les oeuvres de Mandel.brot ne sont que de passage et, par conséquent, sont appelées à disparaître.

L’oeuvre se présente sous forme de triptyque composé de trois photographies, représentant des parties incertaines de corps nus, et dans lesquels se cachent des textes poétiques. Chaque photographie, que l’on découvre l’une à la suite de l’autre, est munie d’un dispositif de pointage qui a la forme d’une mire en croix. À la manière d’une carte géographique, la photographie est divisée en coordonnées de longueur (longitude) et de hauteur (latitude), permettant de situer un point précis de l’image. En déplaçant sa souris, l'internaute explore à son gré la surface de la peau, la mire lui indiquant constamment sa position.

À l’instant où l’une des trois pages Web s’affiche, une strophe apparaît sur l’image, puis le texte s’estompe jusqu’à sa disparition. Au premier abord, la navigation semble aléatoire. En déplaçant la mire, d’autres strophes se dévoilent au passage d’une zone précise et disparaissent. Cependant, une lecture linéaire du poème est proposée par une série de coordonnées inscrites sur l’image. C’est dans ce parcours que s’organise l’expression du désir. Les zones érogènes du corps sont empreintes d’un texte poétique qui nous convie à le saisir de la manière dont on saisirait un bref instant de plaisir.

Keeping up appearances, Mendi Lewis Obadike

Keeping up appearences est un texte poétique. On peut lire une première version du poème comme il apparait sur la page d’accueil (texte en noir). Il s’agit de l’histoire d’une rencontre amicale ou amoureuse platonique. Toutefois, en déplaçant son curseur dans les blancs entre les vers, l’internaute découvre une autre partie de texte (texte en rose) qui nous révèle ce que la volonté de conservation des apparences tente de cacher. On apprend donc que, en fait, il ne s’agit ni d’une relation amicale, ni d’une relation amoureuse, mais bien d’une relation de pouvoir entre homme/femme, blanc/noir et dominant/dominé.

Amores, Bruno Scoccimarro

Oeuvre en noir et blanc, Amores se donne à voir dans un rapport iconotextuel. En prenant des extraits de l’œuvre érotique Les Amours (Les Amours, I, 5) du poète romain Ovide (43 av. J.-C. – 17 ap. J.-C.), Scoccimarro les illustre par des images érotisées et voilées. Construite sous forme de tableaux successifs mais brefs (au nombre de trois), cette œuvre se dévoile progressivement au fil des clics de l’internaute-lecteur. Réduite ici au minimum, l’interactivité se limite strictement aux clics de la souris qui permettent à l’internaute-lecteur de déplacer les voiles sur lesquels sont inscrits les extraits des élégies amoureuses d’Ovide, permettant ainsi de dévoiler l’image centrale, image d’un corps féminin. Ceci étant, le lecteur est en quelque sorte placé en position de voyeur. Ainsi limité, le peu d’interaction permet une lecture simple et linéaire de cette œuvre hypermédiatique.

Johnston, David: Dulce

Dulce est une fiction modulable. David Jhave Johnston y construit le récit poétique de l'émergence possible de nouvelles formes de vie dans une zone ayant été fortement contaminée lors d'un désastre écologique (Tchernobyl, par exemple). Les lectures de ce récit se veulent multiples puisque l'internaute n'a pas à en respecter la structure narrative. Aussi, une banque d'ambiances sonores et visuelles sont disponibles pour accompagner son parcours. À l'image des mutations génétiques dans la diégèse de Dulce, David Johnston cherche à créer une oeuvre en pleine mutation créative. 

open.ended est une oeuvre hypermédiatique d'Aya Karpinska réalisée en collaboration avec Daniel C. Howe. Cette expérience poétique convie l'internaute à lire et écouter un poème dont les vers sont inscrits à la surface de deux cubes de tailles différentes. La position des vers sur les surfaces des cubes permet de lire chaque portion de texte comme une strophe indépendante, mais il est également possible d'effectuer une superposition des deux objets tridimensionnels afin de former une nouvelle strophe. Les voix de Daniel C. Howe et Aya Karpinska effectuent une lecture à voix haute et à intensité variable du poème en mouvement constant. Les vers, très brefs, décrivent des expériences d'intériorité en mode figuré. 

La navigation au sein de l'oeuvre peut s'effectuer de plusieurs manières. L'indication offerte dans le coin supérieur gauche de la page, "drag to rotate", est l'option la plus intuitive: il suffit de maintenir enfoncé le bouton de sélection de sa souris et de déplacer son curseur dans la direction souhaitée pour insuffler un mouvement aux cubes. Les objets tridimensionnels sont très sensibles au déplacement, si bien qu'un mouvement trop brusque peut faire virevolter les cubes à une vitesse qui rend impossible la lecture du poème. De plus, la lecture des vers par les artistes atteint un point d'incohérence lorsque les cubes pivotent trop rapidement. La voix des artistes est également plus haute lorsque la vitesse de rotation est plus élevée. Il faut donc procéder délicatement pour profiter d'une expérience de lecture adéquate.

L'autre option de navigation se trouve en bas du poème tridimensionnel. Deux barres de défilement peuvent être contrôlées afin de faire pivoter l'un des deux cubes à un angle précis. L'immobilisation du cube permet de lire distinctement les vers. De plus, la superposition des deux objets engendre un nouveau texte: lorsque les cubes sont en mouvement libre, la lecture croisée des textes est asyntaxique et agrammaticale. C'est lorsqu'une superposition à l'aide des barres de contrôle est provoquée que des mots ou des parties de mots disparaissent, afin de créer une strophe nouvelle. 

Le jeu avec une écriture déployée sur des surfaces tridimensionnelles est fascinant, en ceci qu'une interactivité libre permet une expérience de lecture éthérée et laissée au gré du hasard, qui peut achopper si le mouvement des objets est trop rapide; le contrôle de l'interactivité doit être apprivoisé pour que le texte puisse se dévoiler. Mieux encore, les options de contrôle à angle droit révèlent des combinaisons textuelles autrement inaccessibles. De la sorte, le poème peut être exploré librement ou être parcouru selon les combinaisons prévues par Kaprinska. L'oeuvre est donc véritablement "open-ended": il n'y a pas de bonne ou de mauvaise manière de manipuler et de lire le poème.

Il est à noter qu'une adaptation française de l'oeuvre a été publiée dans la revue de littérature hypermédiatique en ligne bleuOrange, en 2008. Cette adaptation, réalisée en collaboration avec Anick Bergeron, peut être consultée au http://revuebleuorange.org/oeuvre/fin-ouverte.

Les récits voisins est une création du collectif oVosite, groupe formé autour de Luc Dall’Armellina au Département Hypermédia de l’Université Paris 8 en 1997-1998. Outre Dall’Armellina, les membres d’oVosite sont: Chantal Beaslay, Laure Carlon, Philippe Meuriot, Anika Mignotte et Claude Rouah. L’œuvre Les récits voisins présente huit récits différents composés de cinq chapitres chacun. Ces récits ont été écrits par les membres du collectif, qui signent tous au moins un texte: Chantal Beaslay a écrit La barque; Laure Carlon, AutomotoR; Luc Dall’Armellina, Apocalypse, Sagarmatha et Mission; Philippe Meuriot, Une ville; Anika Mignotte, La main; et Claude Rouah, Rituel. Tous ces textes contiennent trois niveaux d’hyperliens, qui permettent d’accéder à une multitude de liens de type incise. Ces liens de type incise sont parfois textuels, parfois picturaux, parfois filmiques, parfois sonores, et se révèlent à l’occasion eux-mêmes porteurs de nouveaux liens – vers d’autres liens de type incise, ou vers les différents chapitres composant les divers récits qui cohabitent l’œuvre.

Lorsque l’internaute accède à l’œuvre, trois possibilités s’offrent à lui: il peut soit cliquer sur le lien «?/aide» pour visualiser une courte présentation de l’œuvre, soit utiliser les dés pour être redirigé au hasard vers le premier chapitre de l’un des récits, soit explorer chacun des récits à l’aide de l’interface principale, en haut de l’écran. L’interface principale se présente sous la forme de trois arcs de cercle figurant les trois niveaux d’hyperliens dans chaque texte: l’arc rouge, associé aux hyperliens rouges; l’arc violet, associé aux hyperliens violets; et l’arc bleu, associé aux hyperliens bleus. Ces trois arcs sont traversés par huit fils représentant chacun des huit récits. Dans l’ordre, de gauche à droite: Une ville, Mission, Sagamartha, AutomotoR, Apocalypse, La barque, La main et Rituel. Ces fils sont coupés par des cercles situés sur les arcs colorés. En cliquant sur un de ces cercles, l’internaute accède au premier chapitre du récit associé au fil sur lequel se situe le cercle sélectionné. Les hyperliens activés dans le texte qui apparaîtra alors correspondront de plus à la couleur de l’arc sur lequel est placé le cercle en question (rouge, violet ou bleu).

Une fois que l’internaute a fait apparaître un premier chapitre de l’un ou l’autre des huit récits (soit en passant par les dés, soit en utilisant l’interface principale), il peut explorer le texte de différentes façons. Premièrement, en cliquant sur la partie gauche de la bande-titre qui surmonte le texte, l’internaute peut faire démarrer une bande sonore qui met en valeur l’«ambiance» de chaque récit. Tous les récits, à l’exception de Mission et La main, sont munis de ce dispositif. Aussi, en cliquant sur la partie droite de la bande-titre, l’internaute fait apparaître dans la moitié droite de l’écran un court texte de présentation pour chacun des récits, équivalent du quatrième de couverture d’un roman papier. Deuxièmement, l’internaute peut passer directement à l’exploration des liens de type incise grâce aux hyperliens dispersés dans le texte. Chaque hyperlien, indiqué par le soulignement du mot et sa couleur (rouge, violet ou bleu), permet d’accéder à du contenu supplémentaire qui s’affiche dans la moitié droite de l’écran. Il peut s’agir de citations, de nouveaux extraits de texte, d’images que l’internaute devra manipuler, de courts-métrages, d’extraits audio, etc. De lien en lien, l’internaute peut découvrir d’autres liens de type incise et/ou être amené à sauter d’un récit à l’autre, par associations d’idées. Troisièmement, dans la partie gauche de l’écran, une barre de navigation placée au bas du texte et contenant trois pastilles de couleur (rouge, violet et bleu) enchâssées entre deux flèches grises, permet de passer d’un niveau d’hyperliens à l’autre et/ou d’un chapitre à l’autre à l’intérieur d’un même récit. Finalement, l’internaute peut en tout temps utiliser l’interface principale qui demeure visible au haut de l’écran pour naviguer entre les récits.

Tous les récits des Récits voisins sont d’une façon ou d’une autre des «métaphores d’éclosion ou de gestation» [1]. Explorant chacun un genre littéraire différent (le fantastique pour Une ville; la science-fiction pour Mission; le récit d’aventure pour Sagamartha; l’anticipation pour AutomotoR; l’érotisme pour Apocalypse; la poésie pour La barque; le surréalisme pour La main; et le policier pour Rituel), ils partagent toutefois plusieurs éléments communs qui permettent de passer de l’un à l’autre de façon assez fluide: partage de personnages (Sonya, Emma, le Docteur Vincent), partage d’évènements (mission d’exploration spatiale vers l’étoile «U» d’Hercule), partage de formes géométriques (l’ovoïde, qui revient constamment), etc. Si les récits sont tous différents les uns des autres, il est clair qu’ils se rapportent à un même monde étrange, à une même époque placée quelque part dans un futur incertain. De plus, la construction symétrique des huit récits rappelle constamment leur appartenance à un projet commun. Toujours cinq chapitres, toujours trois niveaux d’hyperliens: le rouge pour explorer ce qui se rapporte à l’environnement, le violet pour les personnages, le bleu pour les correspondances poétiques [2]. Ultimement, les huit récits des Récits voisins ne sont ni plus ni moins que huit portes d’entrée différentes pour accéder à un même univers – univers qui se révèle lentement, par facettes, au fur et à mesure que le lecteur progresse d’un récit à l’autre.

Bref, l’expérience des Récits voisins est particulièrement intéressante dans la mesure où elle réussit à réunir dans un même univers fictif huit textes différents écrits par six auteurs dans les styles les plus variés. Au niveau du travail formel sur la structure de l’hypertexte et les enjeux poétiques du récit, le défi à relever était de taille. Le succès d’oVosite à cet égard ne peut que nous rappeler l’importance des recherches en milieu académique (ici, au Département Hypermédia de l’Université Paris 8) pour l’avancement de la littérature hypermédiatique.

[1] et [2] Lebert, Marie et Luc Dall'Armellina (2000-2001) «Luc Dall'Armellina (Paris) Co-auteur et webmestre d'oVosite, espace d'écritures hypermédias. Entretien du 13 juin 2000», dans Le Net des Études Françaises. En ligne: http://www.etudes-francaises.net/entretiens/dallarmellina.htm (consulté le 26 avril 2010)

 

Niemni, Marko: nokturno.org

Le site Web nokturno.org regroupe des oeuvres de plusieurs poètes numériques, principalement des Finlandais.

Ghosts of Industry

Ghosts of Industry est une oeuvre hypermédiatique qui permet d'explorer l'histoire du site isolé de Bitumount, situé dans les forêts du nord de l'Alberta. Il s'agit d'un site de sables bitumineux. L'oeuvre, à partir de cinq courts poèmes qui contiennent des hyperliens, invite l'internaute à faire une expérience hypermédiatique au cours de laquelle il apprendra l'histoire de ce lieu méconnu. Les poèmes sont accompagnés d'images, d'animations et d'ambiances sonores.

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