Piracy: yes or no?

Manetas, Miltos: Piracy: yes or no?

Piracy: yes or no?

Auteure, auteur 
Manetas, Miltos

Avec Piracy: yes or no?, Manetas conteste les concepts de propriété intellectuelle et de copyright. Selon l'artiste, «l’information est aujourd’hui partie intégrante de notre organisme, elle est littéralement "installée" dans notre cerveau, et l’on ne peut l’effacer sur demande. C’est pourquoi nous avons le droit de posséder l’information qu’on nous projette: nous sommes en droit d’être maîtres de nous-mêmes!» [1] Et avec ce droit à l'information vient, forcément, le droit de reproduction et de réutilisation. Ainsi, pour Manetas, le «bien commun» qu'est Internet devrait être libre de tout brevet. À chacun la liberté de copier ou de ne pas copier. 

Manetas, qui applique rigoureusement cette philosophie à ses propres créations [2], désirait connaître la position de ses amis et collègues du monde artistique contemporain sur le sujet. Il a alors lancé, en 2001, une première version de iamgonnacopy.com, hébergée au http://manetas.com/iamgonnacopy/index2001.htm. Le site prend la forme d'un sondage très simple: pour ou contre la piraterie artistique [3] («I agree, no copyright ou intellectual proprety» ou «I disagree, copyright and intellectual property please!»). Les noms et les titres (designer, artiste, architecte, Web designer, écrivains, etc.) de ceux invités à répondre à la question sont alignés sous leur prise de position respective. À l'époque, 138 personnes avaient répondu à l'appel (96 en faveur du piratage et 42 contre).

En 2010, Manetas a décidé de réitérer l'expérience. Cette fois-ci, il a joint à sa réflexion un logo, une animation et un manifeste traduit en 6 langues (dont la version française est transcrite ci-bas). La question de ce second sondage allait comme suit: «We copy, we share, we agree with piracy» versus «We don't copy, we don't share, we don't agree». Sur un total de 48 répondants, 43 étaient pour et 5 contre. 

[1] MANETAS, Miltos (08/2010) «Piracy Manifesto». En ligne: http://www.piracymanifesto.com/ (consulté le 24 mai 2011) Reproduit ci-bas dans la section Notes.

[2] Miltos Manetas est, en quelque sorte, le chef de file d'un mouvement de net.art s'appelant le Neen Art. Toutes les oeuvres s'inscrivant sous la bannière Neen sont libres de droits d'auteurs.

[3] Il faut différencier piraterie et piratage (informatique, bien souvent) qui est couramment désigné sous le terme de «hacking».

Citations: 
WE COPY, WE SHARE, WE AGREE WITH PIRACY. WE DON'T COPY, WE DON'T SHARE, WE DON'T AGREE.
Notes: 
AUGUST 31, 2010 Pirates de l’Internet, unissez-vous ! Extrait d’un journal du futur : « Un homme a été contrôlé hier à la frontière franco-italienne. L’inspection de son ordinateur a permis de découvrir que celui-ci recelait des produits piratés, principalement des logiciels Adobe et de la musique des Beatles. L’homme a été arrêté sur-le-champ ». Qu’il s’agisse d’un poème ou d’un médicament, d’un logiciel ou d’un disque, d’un film ou d’un livre, tout ce qui est populaire et rentable doit la majeure partie de sa valeur économique à la manipulation des Foules. Nul n’a demandé à savoir à quoi ressemble le logo Coca-Cola, ni à connaître le refrain de « Like a Virgin ». L’Éducation, les Médias et la Propagande nous les font avaler de force, en les martelant à l’envi ou en spéculant sur notre soif, notre faim, notre besoin de communication et de divertissement, et surtout sur notre sentiment de solitude et notre mal-être. À l’ère d’Internet, ce qui peut être copié peut être partagé. Pour ce qui est des contenus, on peut tout distribuer, à tout le monde en même temps. À l’aune de cette constatation, une nouvelle classe sociale émerge. Il ne s’agit pas d’une classe laborieuse mais d’une classe de Producteurs. Par essence, ces Producteurs sont des pirates et des hackers ; ils réutilisent les images, les sons, et les idées du Monde. Ils en créent certains, mais pour la plupart ils les empruntent à d’autres. L’information est aujourd’hui partie intégrante de notre organisme, elle est littéralement « installée » dans notre cerveau, et l’on ne peut l’effacer sur demande. C’est pourquoi nous avons le droit de posséder l’information qu’on nous projette : nous sommes en droit d’être maîtres de nous-mêmes ! Parce que nous vivons dans des sociétés mondialisées construites sur l’inégalité et le profit, parce que le contenu d’une chanson, d’un film ou d’un livre représentent des atouts dans une lutte sans merci pour survivre, tout citoyen possède le droit moral de s’approprier une copie numérique d’une œuvre quelle qu’elle soit. Parce que l’informatique est un langage international, les secrets du monde sont de nos jours écrits en Adobe et en Microsoft, il est légitime de vouloir les hacker. Enfin, parce que la pauvreté est le champ expérimental de l’industrie pharmaceutique, la médecine devrait être libre de tout brevet. De nos jours, quiconque possède un ordinateur est à la fois Producteur et Pirate. Nous sommes tous citoyens de l’Internet, c’est notre nouvelle nation, le seul territoire qu’il soit justifié de défendre et de protéger. Internet est une terre d’information et de savoir. Chacun devrait être en mesure de la fouler sans contrepartie financière ; seules les grandes entreprises devraient payer pour l’utiliser. Internet génère des « Internets », des situations qui existent non seulement en ligne, mais aussi dans le monde physique, déterminées par ce qui se passe sur le réseau. L’heure est venue de fonder un Mouvement du Piratage mondial. La liberté d’enfreindre le copyright, celle d’avoir accès sans restriction au savoir et aux traitements médicaux, voilà nos nouveaux « Biens communs ». Ce sont des Droits Universels, et en tant que tels, les Autorités ne les concéderont pas sans lutter, mais le combat à livrer sera inédit car pour la première fois, les Foules enfreignent spontanément la Loi à l’échelle planétaire. Aujourd’hui, tout le monde copie : les jeunes gens, les adultes, nos aînés, les électeurs de gauche comme de droite. Quiconque possède un ordinateur copie quelque chose. Telle une nouvelle Athéna, l’Information jaillit toute armée du crâne ouvert de la Technologie pour nous aider dans notre quête. Pirates de l’Internet, unissez-vous ! Miltos Manetas - Juillet 2009 - MAXXI (Traduction Framalang : Don Rico, Martin, Barbidule et Goofy)
Auteure, auteur de l'entrée
Date d'accès à l'oeuvre 
2011-05-24