Oeuvre

Creative Writers of VT; Nelson, Jason: The Olin and Preston Institute

The Olin and Preston Institute est une oeuvre du collectif Creative Writers of VT (Sean Conaway, Fred D’Aguiar, Rob Kenagy, Christopher Linforth, Michelle Potgeter, Mike Roche, James Stolen, Brianna P. Stout, Quinn White et Amanda Zubillaga) réalisée en collaboration avec l'artiste Jason Nelson. Sur une carte du campus de l'université Virginia Tech, plusieurs points jaunes clignotant identifient des vignettes écrites par les membres du collectif. L'internaute peut naviguer sur la carte en utilisant la fonction de zoom dans le coin inférieur droit de la fenêtre, en agrippant la carte pour la faire glisser ou en déplaçant le cadre illuminé sur la version miniature de la carte, dans le coin inférieur gauche. Un menu déroulant (sur la gauche) permet aussi de naviguer d'une vignette à l'autre: il suffit de placer le curseur sur le titre d'une vignette dans la liste pour en voir apparaître le contenu dans un encadré jaune. De plus, en cliquant sur les entrées de cette même liste, la carte se recentre automatiquement pour donner à voir le point associé à la vignette sélectionnée. Une fenêtre de recherche, située en haut à gauche, permet d'effectuer des recherches textuelles dans les vignettes de l'oeuvre.

La plupart des entrées dressent un portrait poétique impressionniste de scènes observées sur le campus. La limite entre gens réels/fantômes et actuel/mémoire est souvent mince, donnant à l'ensemble une atmosphère étrange aux limites du fantastique. Cette impression générale est renforcée par le choix de la musique d'ambiance composée par Jason Nelson et par le titre de l'oeuvre, The Olin and Preston Institute, qui renvoie au premier nom porté par l'académie méthodiste fondée en 1851 sur les actuels terrains de Virginia Tech.

Lee, Irad; Ortiz, Santiago: Spamology

Spamology propose à l'internaute de visualiser dix années d'archives de pourriels (spam) compilées par l'artiste Irad Lee. Produite en collaboration avec Santiago Ortiz, Spamology prend la forme d'un environnement dynamique 3D où des piles de rectangles sont attribuées à chacun des mots utilisés dans les pourriels retenus par Lee.

Les piles de rectangles sont organisées en dix colonnes parallèles de couleurs différentes, figurant chacune des dix années de pourriels accumulés dans les archives. Sur chaque pile est inscrit le mot qui lui correspond: plus la pile est élevée, plus le mot revient souvent dans les archives de l'année concernée. Lorsque l'internaute accède à l'oeuvre, les piles défilent à grande vitesse, les informations tirées des archives servant à générer un flux continu d'information. En appuyant sur la touche «S», l'internaute peut toutefois interrompre le défilement des piles ou le faire reprendre, s'il était déjà interrompu. La barre d'espacement sert quant à elle à passer d'un mode de navigation à l'autre: linéaire ou rotatif. Dans les deux modes, l'internaute utilise la souris pour saisir la trame des piles et la manipuler, explorant cette carte virtuelle un peu comme s'il s'agissait du plan d'une ville imaginaire.

Il est à noter que l'artiste mentionne dans la description de son oeuvre que des sons sont attribués à chacune des piles (plus une pile est élevée, plus le son qui l'accompagne sera aigu). Cette dimension sonore ne semble cependant pas être fonctionnelle dans la version actuellement en ligne de Spamology.

Déprise est une œuvre réalisée par Serge Bouchardon et Vincent Volckaert qui explore le thème de la perte de contrôle, de la perte de prise. Divisée en six chapitres, elle est construite autour du récit d’un homme qui, vingt ans après son mariage, s’aperçoit qu’il ne connaît pas sa femme, qu’ils ont toujours été distants, et que même son fils est en train de s’éloigner de lui. Sentant que sa propre vie lui échappe et remettant en doute les fondements de son identité, il s’interroge sur ses choix passés et cherche un moyen de regagner le contrôle sur son existence, de «reprendre prise» sur celle-ci.

L’œuvre est conçue selon une logique linéaire: même si ce sont en partie les interactions de l’internaute qui déterminent le rythme de la lecture, la narration suit toujours la même séquence, ne contenant aucun dispositif hypertextuel qui permettrait de faire bifurquer le récit dans une direction ou dans une autre. De la même manière, seul un menu très discret (apparaissant lorsque l'internaute glisse sa souris sur la partie inférieure de l'écran) permet à l'internaute de choisir directement le chapitre qu'il désire visualiser, les auteurs préférant encore là encourager une lecture linéaire de l'œuvre. Avec Déprise, Bouchardon et Volckaert ne cherchaient toutefois pas à présenter un hypertexte classique, s’appuyant sur la multiplication des fils narratifs. En effet, la richesse de l’œuvre repose ailleurs, c’est-à-dire dans la complexité et la diversité des modes d’interactivité proposés à l’internaute.

Chacun des six chapitres propose une façon différente d’interagir avec le contenu affiché à l’écran et de faire progresser la narration. Dans le premier chapitre, une voix enregistrée qui formule la consigne d’«appuyer sur la touche dièse» invite l’internaute à comprendre le reste du chapitre comme une suite de réflexions faites par le narrateur alors qu’il est mis en attente sur une ligne téléphonique, patientant pour prendre un rendez-vous. (La nature du rendez-vous, par contre, demeure mystérieuse.) Pour plonger dans le chapitre, l’internaute doit d’abord appuyer sur n’importe quelle touche de son clavier, simulant l’acte d’appuyer sur la touche dièse d’un téléphone. Ensuite, il suffit de glisser le curseur de la souris au-dessus des phrases affichées pour les faire se succéder. Fait intéressant, après un moment, les mouvements de la souris de l’internaute provoquent l’apparition de taches lumineuses accompagnées de sons, dont la juxtaposition forme rapidement une toile audiovisuelle vive et colorée.

Le dispositif du faux rendez-vous, dans le premier chapitre, sert de pont pour passer au chapitre deux, où le narrateur se rappelle son premier rendez-vous avec celle qui est ensuite devenue sa femme. D’abord, tout comme dans le premier chapitre, l’internaute visualise quelques phrases en les faisant se succéder grâce aux passages du curseur de sa souris. Ensuite, plusieurs questions, posées par le narrateur à sa future femme, apparaissent simultanément: en passant le curseur de sa souris sur chacune de ces questions, l’internaute en déclenche la lecture (fichier audio) ainsi que la «mutation» en une nouvelle phrase, maladroite et dépourvue de sens, reflétant la nervosité et la confusion du narrateur. Finalement, une fois toutes les questions lues, l’internaute doit balayer la partie gauche de l’écran avec le curseur de sa souris pour faire apparaître le visage d’une femme. (En fait, les mouvements de la souris entraînent la superposition de plusieurs couches de texte – encore plus de questions posées par le narrateur – dont la toile serrée finit par laisser deviner le visage de la femme.)

Le dispositif au cœur du chapitre trois permet quant à lui de découvrir le double-sens d’un mot laissé par la compagne du narrateur à l’intention de celui-ci, vingt ans après leur mariage: s’agit-il d’un mot d’amour ou de rupture? Le texte défile lentement à l’écran, un peu comme les textes placés en introduction des films de la série Star Wars. Quand le curseur de la souris de l’internaute se trouve vers la droite, le texte défile vers le bas et se présente comme un mot d’amour. En trame sonore, on entend une pièce tirée de l’opéra Carmen. Or, quand l’internaute glisse le curseur vers la gauche, les lignes du texte s’inversent, défilant vers le haut et formant un mot de rupture. La musique elle-même joue alors à l’envers, accompagnant le retournement du sens du message adressé au narrateur.

Dans le quatrième chapitre, le narrateur s’inquiète non plus de l’éloignement de sa femme, mais de celui de son fils. Une dissertation écrite par ce dernier se forme d’abord lettre par lettre à l’écran, pendant qu’une voix en fait la lecture. Une fois le texte entier affiché, l’internaute peut le survoler de sa souris et cliquer sur certaines zones d’interactivité dont la présence est signalée par un changement de l’apparence du pointeur. En cliquant sur ces zones, l’internaute provoque la dispersion d’une partie du texte et l’apparition de phrases alternatives, révélant le sens caché que le narrateur croit percevoir derrière la dissertation de son fils: «je veux voler de mes propres ailes», «bientôt je partirai», «nous n’avons rien en commun», etc.

Dans le chapitre cinq, le narrateur s’interroge sur sa propre présence, sur son image qui semble le fuir. Pour pleinement profiter de ce chapitre, l’internaute doit avoir activé sa webcam avant d’entreprendre la lecture de l’œuvre. Sur fond d'une composition originale du musicien Hervé Zénouda, l’image vidéo de l’internaute, saisie en temps réel, apparaît au centre de l’écran. En la survolant du curseur de sa souris, l’internaute la déforme, créant des vagues et des distorsions.

Finalement, dans le chapitre six, le narrateur décide de reprendre le contrôle de son existence, d’en simplifier les paramètres pour mieux les contrôler. Ce n’est dès lors plus à l’aide de sa souris que l’internaute interagit avec l’œuvre, mais à l’aide de son clavier, mode d’interaction qui suggère une plus grande prise de contrôle. Après une courte narration initiale (une fois de plus, l’internaute glisse le curseur de sa souris sur les phrases pour les faire se succéder), un espace de saisie de texte apparaît au centre de l’écran. L’internaute comprend alors qu’il est invité à le remplir, en écrivant. Or, les lettres qui s’inscrivent au rythme des mouvements des doigts de l’internaute ne correspondent pas aux touches enfoncées; le texte réellement saisi par l’internaute n’est pas celui qui s’affiche, seule la cadence de frappe subsistant à l’écran. Donc, la reprise de contrôle est-elle réelle ou illusoire? À la toute fin de l’œuvre, alors que la dernière phrase s’inscrit dans le champ de saisie, l’illusion de contrôle se dissipe: ce qui devrait apparaître comme «Enfin, je me suis repris» devient «Enfin, je me suis reprgjkhdasjkh», ou autre version similaire, selon les touches enfoncées par l’internaute. Il y a nouvelle déprise juste au milieu de la dernière reprise.

En ce sens, les dispositifs interactifs mis en place par Bouchardon et Volckaert sont conçus de manière à faire écho au propos de l’œuvre. L’internaute navigue continuellement entre perte et prise de contrôle, entre maîtrise et frustration. (Par exemple, dans le premier chapitre, le curseur de la souris devient soudainement invisible au milieu de la lecture, rendant difficile l’accomplissement des actions nécessaires pour entraîner la succession des phrases constituant la narration.) Ainsi, si le geste (survoler, manipuler, etc.) demeure central dans l’expérience de l’œuvre, le geste est aussi problématisé [1]. De plus, la sensualité intrinsèque à l’expérience de Déprise (toucher, voir, entendre) et la manière dont les artistes la déploie pour ouvrir des espaces de doute est aussi une façon de soulever le problème de l’identité de l’individu, construite dans l’interagir avec l’autre. Le dispositif interactif devient donc pleinement une métaphore au service de l’œuvre, au-delà de son caractère superficiel de simple «novelty» [2]: le parcours difficile qu’accomplit le narrateur à la recherche de lui-même, en quête de contrôle, progresse de concert avec celui de l’internaute, qui s’efforce quant à lui de se saisir au mieux de l’œuvre et des possibilités d’interactivité offertes; si l’identité en déprise du narrateur est sollicitée de toutes parts, construite à la rencontre de la mémoire et d’effets de communication problématiques, l’internaute doit aussi multiplier de son côté les tactiques de lecture et de manipulation en espérant tout au long s’en tirer pour le mieux.

Bref, Déprise est une œuvre originale qui mobilise une grande variété de dispositifs interactifs et de problématiques identitaires. Malgré tout, son esthétique dépouillée en fait une pièce facile d’approche, de lecture facile: même si Déprise est riche de sens et aborde des thématiques complexes, jamais l’internaute ne court le risque de s’y perdre.

Il est à noter que trois versions de l’œuvre sont disponibles en ligne: une version française, une version anglaise (Loss of Grasp) et une version italienne (Perdersi). Les trois versions sont accessibles sous http://deprise.fr/ ainsi que sous http://lossofgrasp.com/. Déprise a remporté le New Media Writing Prize 2011.

 

[1] À ce sujet, voir Serge Bouchardon et Asunción López-Varela Azcárate (2011) «Making Sense of the Digital as Embodied Experience». CLCWeb: Comparative Literature and Culture, vol. 13, no 3 (septembre). En ligne: http://docs.lib.purdue.edu/clcweb/vol13/iss3/7/ (consulté le 7 janvier 2013)

[2] Scott Rettberg (13/10/2011) «Loss of Grasp -- the Multimedia work of Serge Bouchardon», sur Necessary Fiction. En ligne: http://necessaryfiction.com/writerinres/LossofGrasptheMultimediaworkofSergeBouchardon (consulté le 7 janvier 2013)

Železnikar, Jaka: Fragments of Distances

Fragments of Distances est une très courte nouvelle de Jaka Železnikar qui explore les relations entre identité, mémoire et cartographie. L'oeuvre se divise en quatre sections, contenues sur quatre pages différentes. Dans chaque section, Železnikar combine photographie, applications interactives Google Maps et texte pour faire progresser le récit. Par exemple, l'internaute doit parfois cliquer sur des bornes Google Maps pour faire apparaître les fenêtres contenant le texte, alors qu'à d'autres moments un point en mouvement sur une carte illustre le chemin parcouru par le narrateur.

La nouvelle fait découvrir à l'internaute les pensées d'un homme qui, après avoir aidé des jeunes touristes à se retrouver dans la ville, se met à errer dans ses propres pensées en se rappelant une promenade avec sa fille. Il est à noter que les cartes Google Maps employées par Železnikar sont celles de la ville de Ljubljana, en Slovénie.

Smith, Jennifer L.: Suits: A Narrative of About Twenty-Seven Hours, More or Less

Suits est une oeuvre hypermédiatique de Jennifer L. Smith qui explore les thèmes de la mort et du deuil. Au centre de l'écran, on voit l'image d'un veston d'habit assorti à une chemise et à une cravate. En cliquant sur le veston, l'internaute déclenche la lecture d'un court extrait audio accompagné d'un fragment de texte. Le texte apparaît en double: fixe, en bleu, au-dessus du veston; et mobile, en gris, en surimpression. Dans les extraits audio, on entend une voix faire la narration d'extraits du récit de Suits. À chaque fois que l'internaute clique sur le veston, un nouvel extrait audio accompagné de texte est appelé au hasard.

Suits raconte la visite d'une jeune femme dans un salon funéraire. Venant de perdre son père, elle doit apporter les vêtements dans lequel il sera mis en terre. Une version linéaire du texte est accessible à partir de la section «about» de l'oeuvre.

Johnston, David Jhave: Reboot the Universe Now

Reboot the Universe Now est une oeuvre de David Jhave Johnston. Sur fond blanc, du texte défile à grande vitesse. En cliquant dans la fenêtre de son fureteur et en maintenant le bouton de la souris enfoncé, l'internaute fait cependant apparaître du texte immobile, pouvant être lu. Le défilement rapide reprend dès que l'internaute relâche le bouton de la souris. L'internaute peut répéter l'opération d'arrêt et de reprise du défilement autant de fois qu'il le souhaite. À chaque arrêt, un nouveau texte devient lisible. Au total, 9 textes différents se succèdent ainsi d'un arrêt à l'autre, toujours dans le même ordre.

Le texte qui s'affiche à l'écran lorsque l'internaute arrête le défilement prend toujours la même forme: les 7 premières lignes énoncent une raison pour laquelle le monde tel que nous le connaissons ne vaut pas la peine d'être sauvé et/ou présentent un argument qui souligne l'inutilité et la souffrance de l'individu. Par exemple: «INNUMERABLE NETWORKS. EXPONENTIAL INCREASE INFORMATION HEAMORRHAGING U CANNOT KEEP UP. EVERY TIME U CLICK U HURT», ou «BILLIONS OF HUMANS. UNIQUE? TRILLIONS OF GALAXIES. ENDLESS CELLS. INFINITE INFINITIES. LIFE IS REDUNDANT. ALL OF IT». La ligne suivante, la 8ième, se présente comme une ultime sommation adressée à l'internaute: «REBOOT THE UNIVERSE NOW.»

Johnston, David Jhave: Disclaimer

Disclaimer est une oeuvre textuelle aléatoire créée par David Jhave Johnston. En fait, Disclaimer «génère» de faux avertissements comme ceux placés par les organismes de censure au début des films afin de les classer. Or, dans la version de Jhave, les avertissements sont absurdes, parfois ludiques, parodiques à l'extrême. Par exemple, on pourra tantôt lire que «The following poem has been approved for emotive audiences by an autocratic process that no one really understands», ou encore que «The following erotica has been approved for spaciotemporal audiences by a consensual process that took several decades»...

Deux versions sont disponibles sur le site Web de l'oeuvre: la version originale anglaise de Jhave et une traduction française de Pascaline Knight. Il est possible de passer du français à l'anglais ou de l'anglais au français à tout moment, à l'aide de contrôles placés en haut de l'écran. Les 6 lignes de texte qui composent chaque avertissement sont combinées aléatoirement à partir d'une banque d'énoncés préexistants. Un nouvel avertissement est affiché toutes les 7 secondes, mais une touche «Pause» placée dans le coin supérieur gauche permet d'interrompre le processus et d'immobiliser l'avertissement affiché afin de faciliter la lecture.

Moriarty, Megan: Answers Fumbling Through a Wind Tunnel

Answers Fumbling Through a Wind Tunnel est un poème hypertextuel de Megan Moriarty. Chaque lexie se présente de la même manière: un premier vers incomplet occupe le haut de la lexie. Juste en bas, quatre alternatives pour compléter le vers renferment quatre hyperliens vers d'autres lexies. Le parcours du lecteur est ainsi déterminé par ses choix, par les images poétiques qu'il préfère. Par exemple, à la suite du vers incomplet «November is», le lecteur pourra répondre «a tea bag steeping», «two spooning elegies», «long and bony» ou «branches made of reaching».

Les images invoquées par Moriarty dans Answers Fumbling Through a Wind Tunnel suggèrent l'amour et le désir, la solitude et l'automne.

Bigelow, Alan: This Is Not A Poem

This Is Not A Poem est une remédiatisation du poème «Trees» de Joyce Kilmer (1886-1918). Le poème apparaît au centre d'un disque. Au bas du disque, une touche «Play» permet d'en activer la lecture. Lorsque la lecture est activée, le disque commence à tourner et une voix se met à réciter le poème mot à mot. En glissant le curseur de sa souris sur le poème, l'internaute peut toutefois «repousser» des mots qui s'accumulent alors dans la marge intérieure du disque; la voix continue tout de même de réciter le poème, mais saute par-dessus les mots qui ont été éliminés. Finalement, lorsque l'internaute clique sur le disque et maintient le bouton de sa souris enfoncé (logique du click & drag), il peut faire tourner le disque manuellement et faire du scratch avec le poème, à la manière d'un DJ.

Moriarty, Megan: Jointed Autumn

Jointed Autumn est un poème de Megan Moriarty qui explore les questions du rêve, de l'étrangeté et du déplacement. Essentiellement, il y est question de cette expérience déstabilisante qui consiste en se réveiller au milieu d'un rêve en un lieu étranger mais familier (par exemple, en visite chez ses propres parents), en conservant entre le souvenir et l'oubli un désir de communiquer, de partager la vision incomplète du rêve – désir qui peut parfois devenir obsession, suivant l'individu dans ses déplacements, resurgissant à l'occasion d'une conversation avec un ami.

Pour naviguer dans le poème, l'internaute utilise une interface où différents vers sont associés à des os d'un squelette humain exposé. En cliquant sur un vers, on accède à une courte section du poème. Parfois, une section ne comporte qu'une lexie où se trouve déjà le lien qui ramènera l'internaute à l'interface principale; parfois, on traversera plusieurs lexies liées linéairement par une série d'hyperliens avant de revenir à cette même interface principale.

Szilak, Illya: Queerskins

Queerskins est un roman interactif d'Illya Szilak (auteure de Reconstructing Mayakovsky) qui raconte la vie de Sebastian, un jeune docteur homosexuel mort du sida. L'oeuvre est divisée en 62 chapitres regroupés en 8 sections: «Missouri», «Mother», «Alex», «Carlos», «End», «Bathilde», «Jean-Marie» et «Return». Chaque chapitre contient un mélange de textes tirés du journal intime de Sebastian et présentés dans des fenêtres imitant les pages d'un cahier, de passages audio où l'on entend des proches de Sebastian narrer divers évènements qui ont marqué la vie du jeune homme, de films d'ambiance (appartements, villes, images saisies dans un parc, etc.), de photographies, d'images variées et de vidéos d'archives. Les vidéos d'archives présentent soit des éléments de culture populaire (extraits de vieux films ou de jeux télévisés, par exemple), soit des reportages sur l'épidémie de sida dans les années 1980.

L'internaute glisse d'un chapitre à l'autre en utilisant le menu situé au bas de l'écran: il suffit de cliquer sur le titre d'une section pour avoir accès à la liste des chapitres numérotés qu'elle contient. Après avoir sélectionné un chapitre, l'internaute peut manipuler les éléments à l'écran pour mieux les visualiser. En effet, tous les éléments peuvent être déplacés (click & drag) et un élément au-dessus duquel l'internaute passe le curseur de sa souris est automatiquement ramené au premier plan et mis en évidence (zoom avant). Plusieurs contenus audio et vidéo peuvent être activés en même temps à l'intérieur d'un même chapitre, mais leur lecture s'interrompt dès que l'internaute passe à un autre chapitre.

L'histoire de Sebastian est conçue comme un témoignage à propos des débuts de l'épidémie de sida, mais aussi comme une ode à la tolérance, à l'amour et à la rédemption. Venant d'un milieu catholique conservateur, Sebastian déménage sur la côte Ouest américaine et devient médecin; après une attaque qui faillit lui coûter la vie, il décide de déménager en Afrique, où il pratique dans un hôpital de campagne. Il se rend cependant rapidement compte qu'il a contracté le sida et meurt peu de temps après. Tout au long du récit, on découvre les angoisses de Sebastian: sa relation difficile avec sa famille, ses histoires d'amour, ses déceptions... Cependant, le véritable fil conducteur du roman demeure la quête religieuse de Sebastian, déchiré entre son héritage religieux, son homosexualité et son désir de réconciliation/rédemption.

Il est à noter que la section «Help» du projet renvoie non pas à des instructions sur la façon de naviguer dans l'oeuvre, mais à une liste d'organismes qui sont engagés dans la lutte contre le sida et qui proposent de l'aide aux victimes du virus.

Gibb, Susan M.: Blueberries

Blueberries est un hypertexte de fiction de Susan M. Gibb qui explore les thèmes de l'inceste, de la sexualité, de la mémoire et de la perte. Une femme qui prépare une exposition de ses peintures dans une galerie d'art se souvient de plusieurs épisodes de sa vie: le suicide de son père, les journées à jouer avec son frère, les abus sexuels infligés par son grand-père, la perte de sa virginité, les quelque dix années passées avec son amoureux rencontré au collège, etc. Tout au long du récit, les bleuets servent de métaphore aux désirs de la narratrice ainsi qu'aux idées de pureté et de perfection. D'ailleurs, toutes les peintures de la narratrice représentent des bleuets; hors, la veille de l'ouverture de son exposition, elle décide de repeinturer ses toiles en blanc...

L'hypertexte, créé sur Tinderbox (un logiciel Eastgate), est présenté dans un format très classique: le texte, en noir, contient plusieurs hyperliens identifiés en mauve. L'internaute n'a qu'à cliquer sur les liens qui l'intéressent pour progresser d'une lexie à l'autre. Lorsqu'un hyperlien est associé à une lexie déjà visitée, le lien apparaît en gris plutôt qu'en mauve, ce qui permet de garder une trace du chemin parcouru.

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