Net art

Artist's Statement No. 45,730,944: The Perfect Web Site est une oeuvre hypermédiatique du collectif Young-Hae Chang Heavy Industries (YHCHI) qui, à l'instar de ses autres projets Web, présente du texte animé en flash, accompagné d'un morceau de musique Jazz. L'internaute est confronté à ce flux continu de texte, dont les mots et les phrases sont scandés de façon irrégulière (un mot apparait seul à l'écran, une séquence disparait rapidement alors qu'une autre s'attarde, etc.), sans qu'aucune participation de sa part ne soit requise. Par cette facture esthétique, YHCHI nous ramène vers ce qu'était le Web auparavant, c'est-à-dire un flux d'information textuelle sans relation aucune avec l'interactivité qualifiant l'actuel Web 2.0. Pour le duo, ce refus de toute forme d'interactivité est davantage qu'un retour aux sources; il forme la ligne directrice de leur processus créatif:

Our Web art tries to express the essence of the Internet: information and disinformation. Strip away the interactivity, the graphics, the design, the photos, the illustrations, the banners, the colors, the fonts and the rest, and what's left? The text.[1]

L'utilisation du logiciel Flash permet d'obtenir des animations se chargeant rapidement et s'affichant en plein écran. L'effet est saisissant: l'internaute ne contrôle pas le  défilement du texte; la seule interactivité possible est celle de fermer la page. Et pourtant, l'immersion dans l'oeuvre n'est pas passive. L'internaute devient la machine absorbant le flux, complètement hypnotisé par l'écran saturé du texte qui défile exclusivement en noir sur blanc. 

Artist's Statement No. 45,730,944: The Perfect Web Site présente le monologue d'un énonciateur quelconque s'interrogeant sur le Web en tant que plateforme multimédia et artistique. Ce n'est pas sans une certaine ironie qu'il en questionne l'utilité:

J'y songe maintenant depuis au moins quelques minutes: le multimédia le plus récent: LE WEB. Le plus grand espace artistique: LE WEB. La meilleure chance de dire ou de créer quelque chose de BÊTE. Ou, mieux, d'ennuyeux. Ennuyeux à couper le souffle. Ennuyeux à mourir. [2]

Le texte s'enfile à la suite de ce constat et, au rythme du Jazz de l'Américain Bud Powell, l'ironie légère qui entourait le discours sur le net.art se transforme en une critique plus mordante de l'idéologie communiste et des ambitions militaires de la Corée du Nord, rappelant à l'internaute que le Web est un moyen d'expression puissant qui n'est pas à prendre à la légère. 

Les images se succèdent parfois si rapidement qu'un clignement d'oeil peut-être fatal, et plusieurs visionnements sont nécessaires afin d'appréhender le texte dans son ensemble. Le côté hypnotisant de l'oeuvre sert son propos puisque, si l'aspect stroboscopique peut décourager l'internaute au premier regard, il s'offre toutefois comme le pendant visuel de la parodie politique soutenue par le texte. L'esthétique générale des oeuvres du collectif suggère un mariage entre le langage de propagande (avec la taille des caractères, le martèlement des mots, le noir et blanc) et le langage publicitaire, celui-ci étant conçu comme une écriture pénétrant l'esprit de la manière la plus immédiate possible. 

Notons en terminant que Young-Hae Chang Heavy Industries traduisent leurs oeuvres en plusieurs langues et que Artist's Statement No. 45,730,944: The Perfect Web Site est disponible en anglais, français, coréen et espagnol. 

[1] Strickland, Stephanie (09/2006) «Writing the Virtual: Eleven Dimensions of E-Poetry», dans Leonardo Electronic Almanac, vol. 14, n°5-6. En ligne: http://leoalmanac.org/journal/vol_14/lea_v14_n05-06/sstrickland.html (consulté le 14 août 2010)

[2] Pour un extrait du texte en version anglaise, voir la section Citations.

I’m a Net Artist est une vidéo de dessins animés créée par le collectif Area3, situé à Barcelone. Ce groupe, fondé en 1999, comprend aussi bien des artistes que des programmeurs et des musiciens. La vidéo a été créée en 2003 pour le premier numéro de la revue en ligne Gluebalize, publiée dans le cadre de la Biennale de Venise en 2003. Cette revue n’est malheureusement plus accessible aujourd’hui. Le numéro en question proposait un questionnement sur la nature du net art: qu’est-ce que le net art? Est-ce que le net art existe?

I’m a Net Artist, en partant de ce questionnement, propose un regard teinté d’humour sur l’art du Web. Il s’agit d’une chanson (voir la retranscription des paroles dans la section «citation») accompagnée d'animations qui défilent sur un fond de musique électronique. La perspective adoptée dans cette vidéo offre une représentation quelque peu datée du net art: l’esthétique minimaliste très Low-Tech, par exemple, rappelle le rendu visuel qui était commun lors des premiers temps du Web, dans les années 90. Les couleurs criardes et la pixellisation des images contribuent largement à cet effet. Cette esthétique datée constitue un choix des artistes, il faut le rappeler, puisqu’elle ne correspond pas au rendu visuel auquel on pouvait s'attendre en 2003. En plus de ce rendu qui peut être jugé caduc, la vidéo fonctionne selon une logique de la mosaïque et de la répétition. On y retrouve également certains effets de mise en abyme plutôt intéressants où des ordinateurs sont représentés à l’écran, ainsi qu’un courriel où les parents du «net artist» affirment éprouver des difficultés à visionner ses animations sur l’ordinateur familial. Ironiquement, à la fin de ce courriel, la personne en question lui demande de téléphoner à la maison. On peut voir dans cette anecdote une pointe d’humour à l’endroit du passage difficile à Internet pour les générations plus âgées, davantage habituées aux anciens médias de communication. Ce malaise expliquerait aussi en partie – c’est du moins ce que semble suggérer ce passage du vidéo – le manque d’intérêt que manifestent certaines personnes pour le net art.

Les paroles de la chanson offrent également une amorce de réflexion intéressante quant au net art. On peut déceler une certaine ironie dans les propos du collectif Area3, par exemple dans la représentation narcissique de l’artiste du net qui ne cesse de répéter «I’m a net artist, look at me». Le questionnement, développé en filigrane au fil de la chanson, quant à savoir ce qu’est le net art mène à une hypothèse intéressante: l’art, c’est peut-être d’abord et avant tout ce qui est considéré comme tel par le spectateur. L’art, selon cette perspective, ne serait pas une qualité intrinsèque à un objet, mais serait plutôt le résultat d’un jugement de valeur. Dire d’un objet qu’il est artistique aurait ainsi, selon ce point de vue, une portée performative. La chanson demande, par exemple: «do you call it art, if I send you ASCII poetry?» En une sorte de mise à distance ironique, les artistes, plutôt que de définir le net art, soumettent un exemple (la Joconde de De Vinci représentée en langage ASCII) en renvoyant la balle au spectateur: «Et ceci, est-ce de l’art?»

Une autre caractéristique inhérente au net art est mise de l’avant dans cette oeuvre. Il s’agit du caractère virtuel des oeuvres, c’est-à-dire la possibilité qu’offre le Web de visualiser celles-ci à partir d’ordinateurs situés, en théorie, à n’importe quel endroit du globe. Les paroles de la chanson insistent en effet sur la matérialité des médias d’expression traditionnels en l’opposant à l’ubiquité d’une oeuvre de net art: «There's a picture in a box, there's a sculpture in a truck, but net art is in New York, in Mexico and Bagdad!» De la même façon, la chanson insiste sur le caractère éphémère des objets archivés sur le Web, dont la pérennité dépend d’une foule de détails techniques (achat d’un nom de domaine, maintien des serveurs, etc.): «I'll take a time to load, but soon I may leave.»

I’m a Net Artist propose ainsi un regard ludique, mais tout de même assez juste sur ce qu’est le net art, notamment en dégageant certains des attributs qui font la spécificité de ce type de créations. On aura remarqué que ces caractéristiques concernent principalement le média d’expression (ubiquité, éphémérité, rendu pixellisé, etc.) plutôt que le contenu des oeuvres elles-mêmes. Cette vidéo suggère ainsi, d’une manière quelque peu tautologique (mais pas nécessairement fausse), que le net art est simplement toute forme d’expression artistique se retrouvant sur le net.

Jimpunk.com est le site de l'artiste Jimpunk. Ses oeuvres se situent dans la lignée du Pixel Art, dont Jodi (http://wwwwwwwww.jodi.org/) est l'une des figures de proue. Le site contient plusieurs oeuvres mobilisant des fenêtres intempestives qui contiennent des images rappelant l'esthétique des débuts du Web, des pixels, etc.

1n-0ut [meditation] est une oeuvre tout à fait dans la tradition du pixel art, dont l'artiste Jodi (http://wwwwwwwww.jodi.org/) est sans doute l'une des figures majeures. L'oeuvre consiste en la juxtaposition de fenêtres intempestives qui contiennent chacune des séquences de lettres, de caractères, de pixels ou d'images en mouvement. Le tout est accompagné d'un son régulier rappelant celui d'un radar de sous-marin. L'internaute aura peut-être quelques difficultés à mettre un terme à son expérience de l'oeuvre, puisque les fenêtres bougent de façon plutôt saccadée. Notons également que Jimpunk est membre du collectif 56k-bastard.tv chanel.

Cette vitrine présente 24 oeuvres collaboratives auxquelles Jason Nelson a participé avec 24 artistes différents. La création devait au départ se faire pendant deux semaines mais s'est écholonnée sur environ trois semaines. La collaboration a été facilitée par les moyens de communication disponibles sur le Web, permettant d'échanger rapidement les informations liées à la construction des oeuvres. Celles-ci mêlent à la fois poésie et arts visuels et offrent une belle diversité grâce aux différentes approches artistiques.
Jason Nelson présente dans cette vitrine ses différentes oeuvres créées depuis 2000. On peut y apprécier les changements à la fois dans les pratiques et dans les thématiques abordées, l'artiste passant de la poésie aux arts visuels et de la machine aux organismes biologiques. Ces oeuvres misent notamment sur l'hybridité possible entre les thématiques afin de créer un univers immersif pour le lecteur. Une musique plutôt angoissante accompagne le lecteur lors de la traversée des différentes oeuvres et permet de les lier. Il est aussi possible de télécharger les oeuvres provenant du site.
Turbulence est un organisme qui subventionne et diffuse de l'art électronique depuis 1996. Beaucoup d'oeuvres produites depuis l'ouverture du site sont hébergées dans leurs archives, ce qui donne une très bonne perspective de l'évolution de l'art en ligne. On y trouve des performances, des explorations sonores ou audiovisuelles, des présentations d'artistes, des liens vers des sites webs artistiques, des informations sur des événements en lien à l'art en ligne et aux nouveaux médias ainsi que des descriptions des organismes liés de près à Turbulence.

Ce site appartient à l'artiste multimédia et professeur d'université Marina Zerbarini. Il réunit donc son travail d'artiste, ses prix d'excellence, des informations sur sa formation, ses projets. Il se veut à la fois un lieu d'échanges à tous niveaux pour les arts hypermédiatiques (discussions entre artistes, critiques, réflexions et textes sur l'art), mais aussi un site pour les étudiants. On y retrouve en effet les contenus des séminaires offerts par l'enseignante et plusieurs aspects théoriques sont traités.

Site de l'artiste Barry Smylie. On y retrouve essentiellement des oeuvres multimédias, des histoires, l'Illiade de Homère revisité par l'artiste et certains collaborateurs, des liens et des informations biographiques.
Ce site est celui de l'artiste Storybeat et on y retrouve plusieurs de ses oeuvres interactives, narratives et animées. Les formes géométriques se métamorphosent afin de recomposer des figures connues.
Il s'agit d'un site sur lequel l'internet retrouve une panoplie d'oeuvres d'art hypermédiatiques n'ayant pas un URL personnel, il faut donc les visionner à partir du site. Le site renvoie à d'autres sites d'art Web.
Ce site est le portail de l'artiste tats et permet l'accès à quelques projets et oeuvres interactives. L'interface est relativement minimaliste et le site lui-même est surtout composé des oeuvres suivantes: UPDATE `me`, Dynamic Worlds et Characters.
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