Néerlandais

Niemandsverdriet, Jogchem: NobodyHere

NobodyHere est une œuvre du Néerlandais Jogchem Niemandsverdriet. Il s’agit d’un recueil de ses pensées qu’il met à jour depuis 1998. Continuellement enrichi de nouveau contenu depuis cette date, le recueil recèle de centaines de pages divisées en trois langues: anglais, japonais et néerlandais. Certaines pages sont disponibles dans les trois langues, tandis que d’autres uniquement dans l'une des trois.

La page principale présente la silhouette d’un homme qui écrit ses pensées devant un ordinateur. Lorsque l’on recharge la page, on le retrouve dans une autre position: assis, la tête sur le clavier, debout sur sa chaise, etc. À sa droite se trouve une série de mots-clés, qui défilent lorsque l’internaute les survole de son curseur. La vitesse de défilement est liée à la position de celui-ci. Les mots-clés sont associés aux différentes pages que l’artiste a créées au fil des années. Lorsque l'internaute survole un mot-clé, une petite icône apparaît au-dessus de la tête de la silhouette, qui tape du texte apparaissant alors à gauche, image d'une pensée engendrant l'écriture. Lorsque l'on clique sur un des mots-clés, une page apparaît, en lien avec l’icône et le texte. Les pages contiennent une grande variété de contenus: textes, jeux interactifs, images animées, etc. On y retrouve habituellement des icônes et/ou des mots-clés avec des hyperliens renvoyant à d’autres pages.

Le menu situé dans le haut de la page permet d’envoyer des cartes électroniques, de clavarder avec les autres navigateurs présents sur le site, d’accéder au forum (la section «bugs») et d’obtenir des informations générales sur le site. Certaines pages possèdent leur propre section «bugs».

Hirs, Rozalie; van den Dorpel, Harm: Family Tree

Family Tree explore les questions de l'identité et de la mémoire familiale à partir d'un arbre généalogique interactif qui réagit aux mouvements de la souris du lecteur. Il s'agit de la remédiatisation d'un poème de Rozalie Hirs, intitulé "Stamboom", dont les vers sont dispersés dans les branches d'un arbre généalogique prenant la forme d'un mobile. Pour visionner l'oeuvre, le lecteur doit d'abord la télécharger; elle est disponible en version originale néerlandaise et en version anglaise. Lorsque l'oeuvre est activée, le lecteur parcourt le poème en faisant glisser le curseur de sa souris de gauche à droite pour faire bouger les branches du mobile (comme si elles étaient prises dans le vent) et de haut en bas pour monter ou descendre. L'arbre généalogique de Hirs a ceci de particulier que les noms des membres de la famille sont remplacés par des descriptions poétiques de leur vie: "mother", "femme fatale", "dream at the foot of the bed", "died young", etc. Hirs place ainsi l'individu comme étant non pas l'héritier d'un nom, mais d'un ensemble de souvenirs, d'une longue série de destins plus ou moins tragiques.

Random Word Machine: Booreiland design studio

Random Word Machine est un générateur de mots qui fonctionne selon un algorithme basé sur les théories de la neurolinguistique. Il s'agit d'actualiser certaines potentialités langagières, certains agencements de sons qui s'inscrivent dans la logique de la langue sélectionnée. Le générateur fonctionne en allemand, en anglais et en néerlandais. Les créateurs du logiciel proposent à l'internaute de l'utiliser afin de découvrir de potentiels noms de marques, ou encore simplement pour s'amuser.

Out My Window: Katerina Cizek

Out My Window est un documentaire réalisé par Katerina Cizek grâce au projet Highrise. À partir de photographies soumises par des internautes sur Flickr (qui ont en commun d'avoir été prises à partir de gratte-ciels) et de témoignages récoltés sur place, Cizek trace un portrait intimiste de 13 villes d'un peu partout dans le monde: Toronto, Chicago, Phnom Penh, Sao Paulo, Bangalore, Montréal, La Havane, Amsterdam, Istanbul, Tainan, Prague, Beirut et Johannesburg.

Pour naviguer dans le projet, l'internaute peut utiliser plusieurs interfaces. Une première interface se présente sous la forme d'un mur de fenêtres empilées: chaque fenêtre redirige l'internaute vers une ville différente. En haut de l'écran, une carte du monde permet aussi de sauter d'une ville à l'autre. Tout en bas, une barre présentant les miniatures de 13 participants, associés aux 13 villes, remplit la même fonction. Lorsque l'internaute se trouve dans une "ville", il peut agripper l'image et la traîner (click & drag) pour se déplacer dans un panorama construit de plusieurs photos juxtaposées. Certains éléments de ce panorama sont mis en évidence lorsque l'internaute les effleure du curseur de sa souris. Ces éléments renferment des hyperliens vers des vidéos constituées des témoignages des participants. Certaines de ces vidéos sont tournées en 360o, l'internaute pouvant faire varier lui-même l'angle de la caméra.

Une barre de menu au bas de l'écran offre une série de liens vers des sections informatives complémentaires: détails sur le projet Highrise, texte de présentation composé par Cizek, liste des morceaux musicaux intégrés au projet, vidéo introductive, instructions pour soumettre des photographies sur Flickr, liste des crédits et trousse éducative interactive.

Le site Web davidstill.org est le site personnel de David Still, personnage virtuel né en 2001. L’offre de David Still est simple: n’importe quel internaute peut utiliser son identité pour communiquer par courriel avec la ou les personnes de son choix, à partir de l’adresse still@davidstill.org.

Sur la page d’accueil, un formulaire permet d’envoyer des courriels en temps réel, en indiquant simplement le nom du destinataire, son adresse courriel, le titre du courriel et le message lui-même dans des champs de saisie pré-formatés. En arrière plan, on voit une photo de David, souriant, se présentant en ces termes: «Hi, my name is David Still. Have you ever wanted to pretend that you were someone else. Well, now you can!» Au bas de l’écran, une série d’hyperliens peuvent être utilisés par l’internaute pour naviguer dans les autres sections du site et ainsi en découvrir un peu plus sur cette identité virtuelle qu’on lui propose soudainement de s’approprier.

Toutes les sections informatives traitant de la vie personnelle de David – son emploi actuel, son domicile, sa jeunesse (accessibles sous les liens «me & you» et «youth») – sont rédigées à la deuxième personne du singulier. L’internaute qui pénètre dans le site ne fait pas que visiter la page personnelle de David, mais devient lui-même David. Pour reprendre Paule Mackrous:

Du point de vue de l’effet de réel, c’est-à-dire, d’un point de vue non incarné de David Still, celui-ci semble très centré sur lui-même, voire narcissique. Amoureux de lui-même, il offre à tous de devenir la personne merveilleuse qu’il est. Dans l’œuvre, il n’est toujours question que de lui-même: l’internaute est toujours David Still, il n’y a pas de possibilité de sortir du personnage ou de se faire voir par lui. [1]

L’internaute est invisible, son identité étant entièrement ravalée par celle, virtuelle, de David. Le «tu» dont David se sert pour se présenter fonctionne comme un véhicule qui fait passer l’identité de David dans l’internaute lui-même, lui permettant de s’incarner dans un nouvel avatar. L’internaute devient David, découvrant à travers le site son histoire, ses souvenirs, son identité.

Concrètement, David est consultant dans une firme travaillant dans les technologies de l’information. Récemment émigré aux Pays-Bas, il habite dans un quartier appelé De Realiteit. Quand il était jeune, il avait plusieurs amis imaginaires, dont une pièce de monnaie qui parle et un clown appelé Bazook. (Notons que ces informations sont rédigées dans une forme rappelant les hypertextes de fiction classiques; l’internaute n’a qu’à suivre les liens pour laisser son histoire se déplier devant lui.)

Une autre section, rédigée au «je», présente les activités courantes de David sous la forme d’un blogue de nouvelles. David s’y présente comme un artiste, créateur de sa propre identité, qui participe à plusieurs évènements (réels) et fait évoluer son site Web en y ajoutant différentes sections au fur et à mesure que son projet évolue: section F.A.A.Q., nouvelles photos, etc.

Sur le plan interactif, en plus de pouvoir envoyer des messages originaux aux personnes de son choix en utilisant le formulaire sur la page d’accueil, l’internaute peut aussi visiter les sections «reply email» et «f.a.a.q» pour répondre – toujours en prenant l’identité de David – à des messages que d’autres internautes ont fait parvenir à ce dernier. Il est ainsi possible de mener de longs échanges courriel avec David, sans jamais savoir qui exactement se cache derrière chaque nouveau message. N’importe qui peut reprendre l’échange, selon son humeur, à partir de la section «reply email». Même chose pour la section «f.a.a.q», contenant les «Frequently Asked and Answered Questions»: personne ne fait autorité en tant que David Still «officiel», et tout internaute qui revêt son identité est jugé apte à répondre aux questions techniques des autres visiteurs quant au fonctionnement du site.

En fait, David Still est une création de l’artiste d’origine française Martine Neddam. Après avoir créé le personnage virtuel Mouchette en 1996, elle s’était aperçue que plusieurs internautes s’appropriaient l’identité de celui-ci pour écrire sur des forums, créer de nouveaux sites Web, etc. [2] Intriguée, elle a décidé de donner vie à un nouveau personnage, entièrement conçu afin d’être approprié par les internautes. Tout, chez David, a été «complètement pensé» [3] dans cette optique: homme blanc moyen, d’apparence moyenne, sympathique… Le site lui-même, très organisé, est conçu de manière à faciliter le plus possible l’expérience de navigation. Dans une entrevue de 2008, Martine Neddam déclarait en effet que

Je me disais que lorsqu’on se cache derrière quelqu’un, il ne faut pas que ce soit quelqu’un de trop singulier avec des caractéristiques trop remarquables. Il faut que l’on puisse aisément disparaître derrière lui. David Still, c’est comme l’autre de l’autre… [4]

Bref, David Still représente l’aboutissement de la logique de l’identité dépersonnalisée à l’ère du virtuel. Il n’est qu’un nom accompagné d’une série de photo, un moule vide que n’importe qui peut s’approprier pour dire ce qu’il veut.

Depuis 2007, toutes les fonctions d’envoi de courriel sur le site sont inactives. À cause d’abus de la part de certains utilisateurs, l’artiste a été obligée de désactiver le volet interactif, ce qui fait qu’il est maintenant impossible d’envoyer des messages originaux, de donner suite à des courriels reçus par David ou d’utiliser la fonction de réponse dans la section des F.A.A.Q. Pour plus d’informations, nous vous invitons à consulter l’article de Paule Mackrous, «‘David Still’: oscillations et usages identitaires».

[1] Mackrous, Paule (03/2009) "'David Still': oscillations et usages identitaires", dans Cahier virtuel: Journée d'étude 2007, Laboratoire NT2. En ligne: http://www.labo-nt2.uqam.ca/recherches/cahier/article/david_still_oscillations_et_usages_identitaires (consulté le 9 août 2010)

[2], [3] et [4] Item (05/2008) "Martine Neddam [entrevue]", dans revue ITEM, UQÀM. En ligne: http://www.item.uqam.ca/mai2008/neddam.html (consulté le 9 août 2010)

 

Le site du projet euh? est le «multimedia-weblog» expérimental [1] de l’artiste néerlandais Sylvain Vriens. Produit entre 2002 et 2005, le projet euh? accueille encore à ce jour plus de 4400 visiteurs quotidiennement. [2] On y retrouve au total 56 entrées différentes correspondant à 56 œuvres de l’artiste. Pour naviguer à travers les entrées du «weblog», l’internaute peut utiliser le menu semi-circulaire situé dans le coin supérieur gauche de l’écran, qui permet de sélectionner une œuvre et de la visualiser, ou encore utiliser la fonction de navigation aléatoire en cliquant sur le lien «euh?», ce qui déclenche la redirection automatique de l’internaute vers une des 56 œuvres sélectionnée au hasard. Les œuvres faisant partie du projet euh? sont: 3dcursor; 404; Back by dope demand; Banner; Battle; Battle 2; Fort The Birdz; Blind; Breathe; broken; Cubes; Cursors; Distance; Distort; Emergency; Falling; Hand; Handkerchief; Heaven; Hidden File; Inspiration; Invasion; Kaleidoscope; Kiezen; megaByte; Remember this name; Nerd; Nerdsaver; not_home; Number; Pixel-gallery; Poll; Pong; Pop; Preloader; Receipt; Run; Schoonmaak; Scrabble me this, scribble me that; Sitegun; Sleeping; Slowxxx; Window-Snake; Sponsor; Sterren; Surveillance; Teeth; The Bar; Amsterdam, het einde; Threaten; Trapped; Tree; tv; tv2; Webcam; Word Up.

Les formes d’interactivité proposées dans le projet euh? sont aussi variées que les œuvres qui le composent. Si certaines œuvres ne réclament aucun investissement particulier de l’internaute en-dehors de son rôle de simple spectateur (c’est le cas par exemple des animations de Back by dope demand, Battle 2, Cubes ou Preloader), d’autres nécessitent des interactions plus complexes et l’acquisition d’une certaine maîtrise technique pour être appréciées pleinement. Dans For The Birdz, l’internaute devra ainsi télécharger le logiciel de simulation offert par Vriens, régler les paramètres de sa webcam et apprendre à synchroniser ses propres mouvements avant de réussir à faire voler son avatar-oiseau dans l’environnement 3D créé par l’artiste. Quant à l’œuvre Threaten, elle invite l’internaute à insérer dans une boîte de texte le nom d’un ennemi, qui sera ensuite gravé sur une balle de fusil virtuelle, et à fournir les coordonnées électroniques de la personne à «menacer» afin de générer l’envoi d’un courriel. Fondamentalement, cette remarquable diversité des expériences interactives proposées découle de la nature même du projet euh?, défini avant tout comme un espace d’expérimentation.

Sauf quelques exceptions, la plupart des œuvres présentées dans le projet euh? sont compactes et adoptent une esthétique «low-tech» rappelant les débuts de l’informatique. L’approche est souvent humoristique, voire parodique, et exploite l’identité de «nerd» autoproclamé de l’artiste. [3] Du reste, les entrées du projet flirtent constamment avec l’intimité de l’artiste qui semble se servir de son «weblog» autant comme espace d’expérimentation que comme espace de dévoilement. Ainsi, la proximité d’œuvres introspectives où Vriens parle de suicide, de contact humain et de solitude (Falling, Handkerchief, Sleeping, Sterren, Amsterdam, het einde, tv) et des œuvres plus ludiques et éclatées rappelant les premiers jeux vidéo sur ordinateur (Pong, Window-Snake) jettent sur ces dernières un éclairage différent qui permet de les resituer dans un univers personnel complexe plus sombre et teinté de nostalgie. L’utilisation de la fonction de navigation aléatoire, quoique déconcertante au début, s’avère être un dispositif très efficace pour mettre en valeur la richesse de l’univers de l’artiste et illuminer la lecture de certaines œuvres plus énigmatiques (The Bar, Teeth, Kiezen). Telles les entrées d’un blogue plus traditionnel, les entrées du «weblog» de Vriens entrent en dialogue les unes avec les autres, tissant une toile complexe.

Le projet euh? – avec ses œuvres remplies d’humour, de références aux jeux vidéo issus d’une autre époque, de réflexions sur la vie, la mort, la solitude, et ses obsessions pour le terrorisme, la surveillance et le voyeurisme –, se présente ainsi comme une fenêtre ouverte sur un imaginaire marqué par les préoccupations de toute une génération (la célèbre Génération X) dont Vriens s’avère être un porte-parole exemplaire. Au-delà du premier mouvement d’égarement engendré par le caractère aléatoire de l’expérience de navigation, la descente dans le projet euh? est pour l’internaute un lieu de reconnaissance du familier et du partagé. En se perdant dans les méandres du projet, l’internaute découvre un univers tout en sensibilité où se révèle la fragilité humaine de l’artiste dont la mise à nu progressive finit par nous inciter, au lieu du «euh?» suggéré dans le titre, à nous exclamer «ah!».

[1] Vriens, Sylvain (2002) "info", euh?. En ligne: http://www.project-euh.com/info.html (consulté le 8 décembre 2009)

[2] Données compilées par Statbrain.com. En ligne: http://statbrain.com/ (consulté le 8 décembre 2009)

[3] Voir Nerd, une des œuvres du projet.

Amsterdam, het einde est un court métrage traitant du suicide, réalisé par l'artiste néerlandais Sylvain Vriens. En introduction, un court article de journal intitulé "Zelfmoord simpel in Amsterdam" ("Suicide easy in Amsterdam") est présenté à l'internaute: on y explique qu'à Amsterdam la grande majorité des personnes ne chercheront pas à arrêter quelqu'un qui tente de se suicider. Lorsque l'internaute clique pour voir la suite de l'article, il est redirigé vers le court métrage lui-même. Un avertissement au début du film informe l'internaute de la nature sensible du sujet et qu'il s'agit d'une oeuvre de fiction ne visant pas à faire la promotion du suicide. Le court métrage alterne entre des scènes contemplatives en couleurs, filmées dans un cimetière par une belle journée d'été et des scènes en noir et blanc où l'on voit un jeune homme vêtu de noir se suicider de diverses manières dans différents endroits d'Amsterdam. Le contraste entre le calme des scènes filmées dans le cimetière et l'ambiance angoissante des scènes de suicide est troublant, obscurcissant le message anti-suicide de l'artiste.

Sterren fait partie du projet euh? de l'artiste néerlandais Sylvain Vriens. En accédant à l'oeuvre, l'internaute tombe sur un court texte où l'artiste compare le ciel étoilé à un grand casse-tête de lumières. Des étoiles clignotent au second plan, immitant le ciel nocturne. Lorsque l'internaute clique sur le texte, celui-ci disparaît. L'internaute peut alors s'amuser à relier les étoiles entre elles à l'aide de son curseur, dessinant diverses constellations.

Handkerchief fait partie du projet euh? de l'artiste néerlandais Sylvain Vriens. L'oeuvre est composée d'un court texte blanc sur fond noir entouré de mouchoirs chiffonnés. Le texte raconte à la première personne l'histoire de quelqu'un qui observait un jeune homme jeter des mouchoirs entre les portes du métro, station après station. Lorsque c'est au tour du narrateur de quitter son wagon, un mouchoir l'atteint derrière la tête et le jeune homme inconnu lui sourit. En cliquant sur le mouchoir chiffonné au milieu du texte, l'internaute peut le déplier et y lire le mot "Raak!", qui signifie "touché!" en néerlandais.

Falling fait partie du projet euh? de l'artiste néerlandais Sylvain Vriens. En accédant à l'oeuvre, l'internaute ne voit que le mot "Knip!", écrit en noir sur fond blanc. En cliquant sur ce mot, une silhouette noire tombe du haut de l'écran pour "s'écraser" sur le sol, puis un court texte apparaît sur la droite. Dans le texte, un personnage raconte comment il s'est fait réveiller en pleine nuit par sa voisine, qui craignait que des voleurs essaient de pénétrer dans l'immeuble.

Bram.org est le portail de l'artiste hypermédiatique Annie Abrahams, active sur le Web depuis 1997. Le portail permet d'accéder à un répertoire de toutes ses oeuvres classées par année ou période. Le site de cette pionnière de l'art sur le Web permet de mesurer l'évolution de sa carrière aussi bien au niveau technique que dans sa démarche artistique.

Une partie de la production artistique d'Annie Abrahams repose sur le principe de la création collaborative et participative. Par exemple, ses oeuvres Wishes/Voeux (1999-2000), SolitudeS (2004), Peurs (2007) et Violence (2008) sollicitaient les internautes sur plusieurs sujets ayant trait à des émotions intimes et personnelles, et les textes soumis par les internautes ont été employés de plusieurs manières, que ce soit à l'occasion de performances dans des galeries d'art et des festivals ou en étant compilés et reproduits à l'écran.

La démarche artistique d'Annie Abrahams aborde la question de l'identité à l'ère du numérique. Les fluctuations de son état émotionnel sont mises de l'avant dans certaines de ses oeuvres, dans une démarche d'extimité qui est commune à plusieurs artistes contemporains (notamment Ana Clara Voog). Les oeuvres d'Annie Abrahams doivent donc être considérées dans une logique de réseau identitaire où chaque nouvelle mise à nu par l'artiste s'inscrit dans un processus continu visant à former un portrait complexe et mouvant de l'artiste.

Le site d'Annie Abrahams lui permet également de recenser des archives de ses performances par le biais de textes et de vidéos documentant les événements auxquels elle a pris part. Ces archives peuvent également être consultées par catégorisations: collectif writing, performance, net art, video, curation, interviews, articles.

NON_roman multimédia est un roman-feuilleton écrit et réalisé par Lucie de Boutiny et hébergé sur le Web par la revue SYNESTHESIE. On y suit la relation d’un couple de jeunes professionnels, Madame et Monsieur, à l’ère de la consommation et de la globalisation des médias. Pour naviguer sur le site Web de NON_roman multimédia – qui renferme aussi un dossier de presse, un dossier sur la littérature hypertextuelle, le CV de Lucie de Boutiny et la liste des prix remportés par l’œuvre –, l’internaute devra utiliser principalement les icônes (d’ailleurs bien identifiées) réparties dans les différents écrans, de même que les hyperliens placés dans le texte. À l’intérieur de l’œuvre proprement dite, de faux bandeaux publicitaires ainsi que des petites flèches situées tantôt à gauche, tantôt en bas de l’écran permettent aussi de progresser dans le récit. Toutefois, la lecture demeure plutôt facile et l’expérience est conçue pour être essentiellement linéaire: même s’il arrive que l’écran contienne plusieurs liens, ceux-ci mènent le plus souvent tous au même endroit. De même, à certains moments (par exemple, dans l’épisode 3), l’internaute n’a qu’à activer les différentes «parties» de l’œuvre pour que le texte et les images défilent d’eux-mêmes, sans nécessiter d’autre intervention. L’œuvre demeure ainsi facilement accessible, même pour un lecteur peu habitué aux hypertextes.

Le premier épisode, paru en août 1997, est consacré à la rencontre des deux protagonistes: Monsieur fait partie de la division commerciale d’une grande compagnie et habite Silicon Saclay, mais rêve déjà d’un transfert à Sophia-Antipolis, dans le sud de la France; Madame est déléguée commerciale à Pékin pour Planetcome et passe tout son temps à l’hôtel, devant son écran d’ordinateur. Après une série d’échanges virtuels sur le site de rencontre haut-de-gamme Joystick et quelques rendez-vous torrides lors des visites de Madame à Silicon Saclay, Madame apprend toutefois qu’elle perdra bientôt son emploi suite au rachat de sa firme par des intérêts étrangers. Ce sera pour elle l’occasion de s’installer chez Monsieur. Dans le deuxième épisode, paru en mai 1998, Madame et Monsieur habitent ensemble. Monsieur travaille le jour et Madame écoute la télé, installée sur son divan. On y découvre, minute par minute, une soirée typique du couple: Monsieur rentre tard et veut attraper un reportage sur Kadhafi aux nouvelles de 20h; Madame écoute son téléroman favori et fait semblant de ne pas savoir où se trouve la télécommande. L’épisode se termine alors que Monsieur prétexte vouloir écouter un programme sur Malraux afin de rester devant la télévision pendant que Madame se prépare à aller au lit – profitant ensuite de sa solitude pour zapper sur les films pornographiques de fin de soirée. Le troisième épisode, paru en juillet 1999, est constitué d’une juxtaposition de slogans et de fausses images publicitaires empruntées à Adbusters. L’internaute y découvre les nouvelles angoisses de Monsieur et Madame: quoi consommer? Comment se comporter? Que désirer? Militer – mais pour quoi? Pour reprendre un passage de la première partie de l’épisode: «LE POUVOIR DE LA TVISION EST NET / RENDONS-LUI HOMMAGE». Dans le quatrième épisode, paru en janvier 2000, l’internaute accède à une série de sept lettres adressées à Madame par le fan club de Jesus Chanchada, héro de son téléroman favori. Apparemment, Madame se sent coupable de se laisser séduire par un personnage de fiction et a peur de ce qu’elle ressent… Mais heureusement, les spécialistes du fan club sont là pour la rassurer et lui offrir une foule de produits dérivés, de l’écran masque aux couteaux de cuisine à l’effigie de Jesus Chanchada: «Quoi de plus naturel, étant donné les misères quotidiennes, que de vouloir, confortablement installée face à JC, rechercher des sensations érotisantes dont l'ingratitude de la vie quotidienne vous prive. Et maintenant que vous comprenez les mécanismes de votre bonheur, regardez sans crainte votre héros du jour...» Le cinquième épisode, paru en mai 2000, nous permet de suivre Madame et Monsieur dans divers commerces, alors qu’ils recherchent un nouveau réfrigérateur pour remplacer l’ancien de Madame, souvenir trop douloureux laissé par un ex-amant. Suit alors une gratifiante séance d’achats: le bonheur est dans l’électroménager. Finalement, le dernier épisode, paru en octobre 2000, se présente plutôt comme un commentaire philosophique sur le monde de Madame et Monsieur: dictature de la télévision, adoration de Saint A – pour Argent –, marchandisation et exploitation de l’enfance, libéralisme économique, consommation, capitaux, spéculation et crédit, mobilité des forces de travail… Le tout se termine sur ces trois phrases, inquiétantes: «Restez couché tout va bien. Les dormeurs refusent de s’éveiller pour continuer de rêver à l’A. Ils ne veulent pas se réveiller de peur de la peur des rêves qu’ils font circuler et dans leurs rêves ils entendent la Voix.»

Bref, l’œuvre de Lucie de Boutiny est constituée essentiellement d'un commentaire sur le devenir de la société de communication/consommation née de la mondialisation des échanges. Cette orientation se reflète d’ailleurs dans l’appellation même que donne de Boutiny à l’écriture qu’elle pratique: «Lucie de Boutiny appelle son écriture ‘HTX™’, soit l'abréviation de ‘HyperTeXte’. Pour elle, HTX™ est aussi un acronyme sonore qui se lit ‘Achetez X’ et qui dénonce le monde de la consommation passive encouragée par les médias. [1]» Le message n’est peut-être pas toujours subtil, mais le style de Lucie de Boutiny demeure toutefois suffisamment marqué par une longue expérience en littérature érotique pour générer la tension nécessaire au maintien de l’intérêt chez l’internaute.

[1] van der Klei, Alice (2008) «NON-roman, de Lucie de BOUTINY (France), 1997-2000», Magazine électronique du CIAC, no 30. En ligne: http://www.ciac.ca/magazine/archives/no_30/oeuvre3.htm (consulté le 18 août 2009)

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