Navigation à choix multiples

Déf. Durant la navigation dans l’oeuvre, l’internaute décide entre différents parcours proposés. Cette forme d’interactivité est très courante et s’applique généralement à tous les sites Web. Dans le répertoire, on l’utilise pour indiquer que la navigation à choix multiples est la seule forme d’interactivité dans l’oeuvre.
Deck, Andy: Crow Sourcing

Crow Sourcing est un projet d'Andy Deck qui utilise le principe du crowdsourcing (aussi appelé collaborat ou externalisation ouverte) pour explorer les origines et les significations de diverses expressions se rapportant à des animaux. L'interface de navigation du site est composée de plusieurs sections: sous le titre, une série de liens renvoient vers de l'information sur le projet et vers les principales fonctionnalités interactives («feeds», «download», «submission», «share»). Juste en bas, une barre présente en rotation continue les tweets envoyés sur CROW_SOURCING, le compte Twitter du projet. Au centre de l'écran, plusieurs icônes présentant des silhouettes d'animaux permettent d'ouvrir les fenêtres où les expressions qui les concernent sont répertoriées et discutées. Finalement, sur la gauche, une liste d'expressions renferment des liens vers ces mêmes fenêtres, offrant une deuxième porte d'entrée vers le contenu principal du projet.

Ce sont les internautes qui sont invités à nourrir le site en soumettant des expressions qui les intriguent, en fournissant leurs propres explications et théories à propos d'expressions se retrouvant déjà sur le site ou en partageant l'oeuvre sur leurs réseaux sociaux afin d'attirer d'autres participants. Il est à noter que l'artiste offre des calendriers téléchargeables reprenant certaines des expressions les plus intéressantes mises au jour sur Crow Sourcing.

Le projet existe aussi en application mobile Android.

O'Brien, Nicholas: A Temporary Memorial Project for Jobbers' Canyon

A Temporary Memorial Project for Jobbers' Canyon Built with ConAgra Products est un projet de Nicholas O'Brien qui a pour but d'offrir en ligne un espace de mémoire pour les anciens immeubles du Jobbers' Canyon, un quartier historique d'Omaha (Nebraska). Ces immeubles, malgré leur valeur patrimoniale, ont été détruits en 1989 pour faire place aux nouveaux édifices de l'entreprise alimentaire ConAgra.

En arrivant sur le site Web du projet, l'internaute est d'abord accueilli par un texte de présentation expliquant l'histoire du quartier Jobbers' Canyon et le rôle de ConAgra dans sa destruction. Sur la gauche, une liste de liens permet à l'internaute d'accéder à des pages consacrées à certains immeubles maintenant disparus. Le projet abrite actuellement dix immeubles virtuels. Sur chacune des pages dédiés à ces immeubles, l'internaute retrouve l'ancienne adresse du bâtiment, des informations sur sa conception (architecte, date de construction, détails stylistiques, etc.) et un bref historique de son occupation. Juste en haut du texte, une vidéo activable présente une reconstitution 3D de l'immeuble disparu. Or, au lieu de chercher à imiter le fini original des immeubles, O'Brien a recouvert toutes les reconstitutions d'emballages de produits manufacturés par ConAgra. De plus, les reconstitutions ne sont pas statiques: chaque vidéo met en scène l'écroulement du bâtiment qui y figure. A Temporary Memorial Project for Jobbers' Canyon Built with ConAgra Products se présente donc essentiellement comme une accusation directe contre ConAgra, responsable de la perte d'une importante partie du patrimoine architectural d'Omaha.

Hatfield, Ephraim & Sadie: We Ping Good Things To Life

We Ping Good Things To Life: An Interactive Networked Installation In 5 Acts est une installation interactive imaginée par le duo Ephraim & Sadie Hatfield. Il s'agit d'une exploration sur les thèmes du théâtre, du cirque, du cabaret, de la performance, de la culture populaire et du jeu. Pour réaliser chacun des cinq actes, les artistes ont utilisé des objets trouvés/récupérés afin de créer des scènes avec lesquelles les internautes pouvaient interagir à distance en activant des petits moteurs cachés. Ainsi, il était possible de faire tourner des figurines à l'effigie de héros du cinéma américain, de faire se balancer des trapézistes en carton, d'allumer la tête d'une poupée, etc. Les artistes ont enregistré les actes à des moments déterminés et les ont ensuite archivés en ligne, sous la forme de vidéos. (Il est à noter que les fonctions interactives permettant de manipuler les éléments des différentes scènes ne sont plus accessibles, le dernier acte ayant été achevé en mai 2012.)

Sur le site du projet, nous retrouvons aujourd'hui les enregistrements des cinq actes, présentés sur un carousel de fenêtres vidéo ovales. Il suffit à l'internaute d'agripper les fenêtres et de les faire glisser (click & drag) pour passer d'un acte à l'autre. Aussi, différents liens permettent d'accéder à un texte des artistes à propos du projet ainsi qu'à de la documentation photographique et vidéo sur la réalisation de chacun des cinq actes.

Loss Pequeño Glazier: Four Guillemets

Four Guillemets est une expérimentation poétique générative de Loss Pequeño Glazier qui exploite le concept du quartet. L'oeuvre est divisée en quatre «pages» que l'internaute fait défiler grâce aux flèches placées au bas de la fenêtre de lecture. Chaque «page» est composée de quatre blocs textuels, eux-mêmes générés à partir de quatre fils textuels indépendants – correspondant aux quatre voix du quartet. Si l'internaute n'interagit pas avec le contenu affiché à l'écran, l'oeuvre génère de nouvelles variations des quatre blocs à intervalles réguliers. Il est toutefois possible de hâter le processus en cliquant sur le bouton placé sous la fenêtre de lecture, au milieu de l'écran.

Les blocs textuels générés par Four Guillemets utilisent l'itération pour créer de fines variations de sens à l'intérieur du poème. Il est toutefois difficile de saisir le sens du poème dans son ensemble, puisque les différents blocs ne sont pas traversés par un même fil narratif et/ou thématique. En effet, Loss Pequeño Glazier favorise plutôt les connexions sémantiques et logiques formelles:

These may be narratively disruptive, grammatically continuous, non-relatively contiguous (self-contained in meaning), or paratactic (physically adjacent but open-ended in semantic connection). [1]

Il est à noter que les images qui accompagnent chacune des pages de Four Guillemets sont elles aussi générer à partir de quatre fils de données visuelles.

 

[1] Extrait des notes placées par l'artiste à la fin de l'oeuvre.

Wylde, Nanette: The Qi Project

The Qi Project est une exploration de l'artiste Nanette Wylde sur le thème de l'humanité. Le projet prend trois formes: une installation en galerie, un site Web et une intervention. L'intervention est articulée autour d'entrevues effectuées devant vidéocaméra, par cartes postales, par courriels, sur le Web et par téléphone. Les entrevues comportent deux questions: «What does it mean to be human?» et «What is humanity?». L'installation en galerie et le site Web présentent le contenu des entrevues sous différentes formes remixées, en plus d'encourager les visiteurs et les internautes à participer au projet en répondant eux-mêmes aux deux questions de l'artiste.

L'interface de navigation du site Web se présente comme un cercle qui semble respirer (, en chinois, signifie «air» ou «respiration») entouré de quatre mots: «Read», «Listen», «Look», «Write». En cliquant sur le centre du cerle, là où se trouve le titre de l'oeuvre, l'internaute accède à un texte de présentation rédigé par l'artiste. Le lien «Read» donne quant à lui accès à une banque de témoignages écrits, présentés aléatoirement, alors que le lien «Listen» renvoie à des enregistrements audio réalisés avec des participants. La section «Look» présente des vidéos de scènes saisies dans des lieux publics. Finalement, sous le lien «Write», l'internaute peut envoyer sa propre contribution écrite et s'inscrire à une liste de courriels pour être informé des activités entourant le projet.

Déprise est une œuvre réalisée par Serge Bouchardon et Vincent Volckaert qui explore le thème de la perte de contrôle, de la perte de prise. Divisée en six chapitres, elle est construite autour du récit d’un homme qui, vingt ans après son mariage, s’aperçoit qu’il ne connaît pas sa femme, qu’ils ont toujours été distants, et que même son fils est en train de s’éloigner de lui. Sentant que sa propre vie lui échappe et remettant en doute les fondements de son identité, il s’interroge sur ses choix passés et cherche un moyen de regagner le contrôle sur son existence, de «reprendre prise» sur celle-ci.

L’œuvre est conçue selon une logique linéaire: même si ce sont en partie les interactions de l’internaute qui déterminent le rythme de la lecture, la narration suit toujours la même séquence, ne contenant aucun dispositif hypertextuel qui permettrait de faire bifurquer le récit dans une direction ou dans une autre. De la même manière, seul un menu très discret (apparaissant lorsque l'internaute glisse sa souris sur la partie inférieure de l'écran) permet à l'internaute de choisir directement le chapitre qu'il désire visualiser, les auteurs préférant encore là encourager une lecture linéaire de l'œuvre. Avec Déprise, Bouchardon et Volckaert ne cherchaient toutefois pas à présenter un hypertexte classique, s’appuyant sur la multiplication des fils narratifs. En effet, la richesse de l’œuvre repose ailleurs, c’est-à-dire dans la complexité et la diversité des modes d’interactivité proposés à l’internaute.

Chacun des six chapitres propose une façon différente d’interagir avec le contenu affiché à l’écran et de faire progresser la narration. Dans le premier chapitre, une voix enregistrée qui formule la consigne d’«appuyer sur la touche dièse» invite l’internaute à comprendre le reste du chapitre comme une suite de réflexions faites par le narrateur alors qu’il est mis en attente sur une ligne téléphonique, patientant pour prendre un rendez-vous. (La nature du rendez-vous, par contre, demeure mystérieuse.) Pour plonger dans le chapitre, l’internaute doit d’abord appuyer sur n’importe quelle touche de son clavier, simulant l’acte d’appuyer sur la touche dièse d’un téléphone. Ensuite, il suffit de glisser le curseur de la souris au-dessus des phrases affichées pour les faire se succéder. Fait intéressant, après un moment, les mouvements de la souris de l’internaute provoquent l’apparition de taches lumineuses accompagnées de sons, dont la juxtaposition forme rapidement une toile audiovisuelle vive et colorée.

Le dispositif du faux rendez-vous, dans le premier chapitre, sert de pont pour passer au chapitre deux, où le narrateur se rappelle son premier rendez-vous avec celle qui est ensuite devenue sa femme. D’abord, tout comme dans le premier chapitre, l’internaute visualise quelques phrases en les faisant se succéder grâce aux passages du curseur de sa souris. Ensuite, plusieurs questions, posées par le narrateur à sa future femme, apparaissent simultanément: en passant le curseur de sa souris sur chacune de ces questions, l’internaute en déclenche la lecture (fichier audio) ainsi que la «mutation» en une nouvelle phrase, maladroite et dépourvue de sens, reflétant la nervosité et la confusion du narrateur. Finalement, une fois toutes les questions lues, l’internaute doit balayer la partie gauche de l’écran avec le curseur de sa souris pour faire apparaître le visage d’une femme. (En fait, les mouvements de la souris entraînent la superposition de plusieurs couches de texte – encore plus de questions posées par le narrateur – dont la toile serrée finit par laisser deviner le visage de la femme.)

Le dispositif au cœur du chapitre trois permet quant à lui de découvrir le double-sens d’un mot laissé par la compagne du narrateur à l’intention de celui-ci, vingt ans après leur mariage: s’agit-il d’un mot d’amour ou de rupture? Le texte défile lentement à l’écran, un peu comme les textes placés en introduction des films de la série Star Wars. Quand le curseur de la souris de l’internaute se trouve vers la droite, le texte défile vers le bas et se présente comme un mot d’amour. En trame sonore, on entend une pièce tirée de l’opéra Carmen. Or, quand l’internaute glisse le curseur vers la gauche, les lignes du texte s’inversent, défilant vers le haut et formant un mot de rupture. La musique elle-même joue alors à l’envers, accompagnant le retournement du sens du message adressé au narrateur.

Dans le quatrième chapitre, le narrateur s’inquiète non plus de l’éloignement de sa femme, mais de celui de son fils. Une dissertation écrite par ce dernier se forme d’abord lettre par lettre à l’écran, pendant qu’une voix en fait la lecture. Une fois le texte entier affiché, l’internaute peut le survoler de sa souris et cliquer sur certaines zones d’interactivité dont la présence est signalée par un changement de l’apparence du pointeur. En cliquant sur ces zones, l’internaute provoque la dispersion d’une partie du texte et l’apparition de phrases alternatives, révélant le sens caché que le narrateur croit percevoir derrière la dissertation de son fils: «je veux voler de mes propres ailes», «bientôt je partirai», «nous n’avons rien en commun», etc.

Dans le chapitre cinq, le narrateur s’interroge sur sa propre présence, sur son image qui semble le fuir. Pour pleinement profiter de ce chapitre, l’internaute doit avoir activé sa webcam avant d’entreprendre la lecture de l’œuvre. Sur fond d'une composition originale du musicien Hervé Zénouda, l’image vidéo de l’internaute, saisie en temps réel, apparaît au centre de l’écran. En la survolant du curseur de sa souris, l’internaute la déforme, créant des vagues et des distorsions.

Finalement, dans le chapitre six, le narrateur décide de reprendre le contrôle de son existence, d’en simplifier les paramètres pour mieux les contrôler. Ce n’est dès lors plus à l’aide de sa souris que l’internaute interagit avec l’œuvre, mais à l’aide de son clavier, mode d’interaction qui suggère une plus grande prise de contrôle. Après une courte narration initiale (une fois de plus, l’internaute glisse le curseur de sa souris sur les phrases pour les faire se succéder), un espace de saisie de texte apparaît au centre de l’écran. L’internaute comprend alors qu’il est invité à le remplir, en écrivant. Or, les lettres qui s’inscrivent au rythme des mouvements des doigts de l’internaute ne correspondent pas aux touches enfoncées; le texte réellement saisi par l’internaute n’est pas celui qui s’affiche, seule la cadence de frappe subsistant à l’écran. Donc, la reprise de contrôle est-elle réelle ou illusoire? À la toute fin de l’œuvre, alors que la dernière phrase s’inscrit dans le champ de saisie, l’illusion de contrôle se dissipe: ce qui devrait apparaître comme «Enfin, je me suis repris» devient «Enfin, je me suis reprgjkhdasjkh», ou autre version similaire, selon les touches enfoncées par l’internaute. Il y a nouvelle déprise juste au milieu de la dernière reprise.

En ce sens, les dispositifs interactifs mis en place par Bouchardon et Volckaert sont conçus de manière à faire écho au propos de l’œuvre. L’internaute navigue continuellement entre perte et prise de contrôle, entre maîtrise et frustration. (Par exemple, dans le premier chapitre, le curseur de la souris devient soudainement invisible au milieu de la lecture, rendant difficile l’accomplissement des actions nécessaires pour entraîner la succession des phrases constituant la narration.) Ainsi, si le geste (survoler, manipuler, etc.) demeure central dans l’expérience de l’œuvre, le geste est aussi problématisé [1]. De plus, la sensualité intrinsèque à l’expérience de Déprise (toucher, voir, entendre) et la manière dont les artistes la déploie pour ouvrir des espaces de doute est aussi une façon de soulever le problème de l’identité de l’individu, construite dans l’interagir avec l’autre. Le dispositif interactif devient donc pleinement une métaphore au service de l’œuvre, au-delà de son caractère superficiel de simple «novelty» [2]: le parcours difficile qu’accomplit le narrateur à la recherche de lui-même, en quête de contrôle, progresse de concert avec celui de l’internaute, qui s’efforce quant à lui de se saisir au mieux de l’œuvre et des possibilités d’interactivité offertes; si l’identité en déprise du narrateur est sollicitée de toutes parts, construite à la rencontre de la mémoire et d’effets de communication problématiques, l’internaute doit aussi multiplier de son côté les tactiques de lecture et de manipulation en espérant tout au long s’en tirer pour le mieux.

Bref, Déprise est une œuvre originale qui mobilise une grande variété de dispositifs interactifs et de problématiques identitaires. Malgré tout, son esthétique dépouillée en fait une pièce facile d’approche, de lecture facile: même si Déprise est riche de sens et aborde des thématiques complexes, jamais l’internaute ne court le risque de s’y perdre.

Il est à noter que trois versions de l’œuvre sont disponibles en ligne: une version française, une version anglaise (Loss of Grasp) et une version italienne (Perdersi). Les trois versions sont accessibles sous http://deprise.fr/ ainsi que sous http://lossofgrasp.com/. Déprise a remporté le New Media Writing Prize 2011.

 

[1] À ce sujet, voir Serge Bouchardon et Asunción López-Varela Azcárate (2011) «Making Sense of the Digital as Embodied Experience». CLCWeb: Comparative Literature and Culture, vol. 13, no 3 (septembre). En ligne: http://docs.lib.purdue.edu/clcweb/vol13/iss3/7/ (consulté le 7 janvier 2013)

[2] Scott Rettberg (13/10/2011) «Loss of Grasp -- the Multimedia work of Serge Bouchardon», sur Necessary Fiction. En ligne: http://necessaryfiction.com/writerinres/LossofGrasptheMultimediaworkofSergeBouchardon (consulté le 7 janvier 2013)

Moriarty, Megan: Answers Fumbling Through a Wind Tunnel

Answers Fumbling Through a Wind Tunnel est un poème hypertextuel de Megan Moriarty. Chaque lexie se présente de la même manière: un premier vers incomplet occupe le haut de la lexie. Juste en bas, quatre alternatives pour compléter le vers renferment quatre hyperliens vers d'autres lexies. Le parcours du lecteur est ainsi déterminé par ses choix, par les images poétiques qu'il préfère. Par exemple, à la suite du vers incomplet «November is», le lecteur pourra répondre «a tea bag steeping», «two spooning elegies», «long and bony» ou «branches made of reaching».

Les images invoquées par Moriarty dans Answers Fumbling Through a Wind Tunnel suggèrent l'amour et le désir, la solitude et l'automne.

Moriarty, Megan: Jointed Autumn

Jointed Autumn est un poème de Megan Moriarty qui explore les questions du rêve, de l'étrangeté et du déplacement. Essentiellement, il y est question de cette expérience déstabilisante qui consiste en se réveiller au milieu d'un rêve en un lieu étranger mais familier (par exemple, en visite chez ses propres parents), en conservant entre le souvenir et l'oubli un désir de communiquer, de partager la vision incomplète du rêve – désir qui peut parfois devenir obsession, suivant l'individu dans ses déplacements, resurgissant à l'occasion d'une conversation avec un ami.

Pour naviguer dans le poème, l'internaute utilise une interface où différents vers sont associés à des os d'un squelette humain exposé. En cliquant sur un vers, on accède à une courte section du poème. Parfois, une section ne comporte qu'une lexie où se trouve déjà le lien qui ramènera l'internaute à l'interface principale; parfois, on traversera plusieurs lexies liées linéairement par une série d'hyperliens avant de revenir à cette même interface principale.

Szilak, Illya: Queerskins

Queerskins est un roman interactif d'Illya Szilak (auteure de Reconstructing Mayakovsky) qui raconte la vie de Sebastian, un jeune docteur homosexuel mort du sida. L'oeuvre est divisée en 62 chapitres regroupés en 8 sections: «Missouri», «Mother», «Alex», «Carlos», «End», «Bathilde», «Jean-Marie» et «Return». Chaque chapitre contient un mélange de textes tirés du journal intime de Sebastian et présentés dans des fenêtres imitant les pages d'un cahier, de passages audio où l'on entend des proches de Sebastian narrer divers évènements qui ont marqué la vie du jeune homme, de films d'ambiance (appartements, villes, images saisies dans un parc, etc.), de photographies, d'images variées et de vidéos d'archives. Les vidéos d'archives présentent soit des éléments de culture populaire (extraits de vieux films ou de jeux télévisés, par exemple), soit des reportages sur l'épidémie de sida dans les années 1980.

L'internaute glisse d'un chapitre à l'autre en utilisant le menu situé au bas de l'écran: il suffit de cliquer sur le titre d'une section pour avoir accès à la liste des chapitres numérotés qu'elle contient. Après avoir sélectionné un chapitre, l'internaute peut manipuler les éléments à l'écran pour mieux les visualiser. En effet, tous les éléments peuvent être déplacés (click & drag) et un élément au-dessus duquel l'internaute passe le curseur de sa souris est automatiquement ramené au premier plan et mis en évidence (zoom avant). Plusieurs contenus audio et vidéo peuvent être activés en même temps à l'intérieur d'un même chapitre, mais leur lecture s'interrompt dès que l'internaute passe à un autre chapitre.

L'histoire de Sebastian est conçue comme un témoignage à propos des débuts de l'épidémie de sida, mais aussi comme une ode à la tolérance, à l'amour et à la rédemption. Venant d'un milieu catholique conservateur, Sebastian déménage sur la côte Ouest américaine et devient médecin; après une attaque qui faillit lui coûter la vie, il décide de déménager en Afrique, où il pratique dans un hôpital de campagne. Il se rend cependant rapidement compte qu'il a contracté le sida et meurt peu de temps après. Tout au long du récit, on découvre les angoisses de Sebastian: sa relation difficile avec sa famille, ses histoires d'amour, ses déceptions... Cependant, le véritable fil conducteur du roman demeure la quête religieuse de Sebastian, déchiré entre son héritage religieux, son homosexualité et son désir de réconciliation/rédemption.

Il est à noter que la section «Help» du projet renvoie non pas à des instructions sur la façon de naviguer dans l'oeuvre, mais à une liste d'organismes qui sont engagés dans la lutte contre le sida et qui proposent de l'aide aux victimes du virus.

Gibb, Susan M.: Blueberries

Blueberries est un hypertexte de fiction de Susan M. Gibb qui explore les thèmes de l'inceste, de la sexualité, de la mémoire et de la perte. Une femme qui prépare une exposition de ses peintures dans une galerie d'art se souvient de plusieurs épisodes de sa vie: le suicide de son père, les journées à jouer avec son frère, les abus sexuels infligés par son grand-père, la perte de sa virginité, les quelque dix années passées avec son amoureux rencontré au collège, etc. Tout au long du récit, les bleuets servent de métaphore aux désirs de la narratrice ainsi qu'aux idées de pureté et de perfection. D'ailleurs, toutes les peintures de la narratrice représentent des bleuets; hors, la veille de l'ouverture de son exposition, elle décide de repeinturer ses toiles en blanc...

L'hypertexte, créé sur Tinderbox (un logiciel Eastgate), est présenté dans un format très classique: le texte, en noir, contient plusieurs hyperliens identifiés en mauve. L'internaute n'a qu'à cliquer sur les liens qui l'intéressent pour progresser d'une lexie à l'autre. Lorsqu'un hyperlien est associé à une lexie déjà visitée, le lien apparaît en gris plutôt qu'en mauve, ce qui permet de garder une trace du chemin parcouru.

Carter, Roxanne: Housing Problems

Housing Problems est une oeuvre de Roxanne Carter influencée par les théories féministes de Susan Bernstein et Susan Sontag [1]. L'internaute navigue dans l'oeuvre à partir d'une interface composée d'une série de 18 images disposées en rectangle. Ces images sont des illustrations qui représentent des femmes juxtaposées à des maisons menaçantes, un peu comme les illustrations qu'on s'attendrait à trouver sur les couvertures de romans pulp des années 1950 et 1960. En cliquant sur les images, l'internaute provoque l'ouverture de fenêtres intempestives contenant différents éléments servant à nourrir le propos de l'oeuvre: vidéos mettant en scène des maisons claustrophobiques et inquiétantes, textes qui soulignent l'aliénation de la femme-prisonnière réduite à sa fonction domestique, etc. L'internaute doit tantôt cliquer sur des hyperliens pour faire apparaître d'autres sections du texte, tantôt utiliser des menus déroulant, ou encore simplement laisser les vidéos ou les animations défiler d'elles-mêmes.

Il est à noter que le cadre temporel de l'oeuvre de Carter demeure difficile à cerner, certains passages rappelant parfois le régime des anciens manoirs du 19e siècle, alors que d'autres éléments suggèrent plutôt le milieu du 20e siècle. À ce sujet, on pourrait d'ailleurs penser l'oeuvre de Carter comme une espèce de «mémoire» de la domesticité, étalée sur plusieurs décennies.

 

[1] Roxanne Carter (2009) «Artist Statement», New River Journal, automne. En ligne: http://www.cddc.vt.edu/journals/newriver/09Fall/carterbio.html (consult/ le 11 d/cembre 2012)

Barajas, Salvador: Tech-illa Sunrise: Un/a remix

Tech-illa Sunrise: Un/a remix de Salvador Barajas est une vaste oeuvre hypertextuelle qui explore les questions de l'identité chicano, de l'hybridité, de la xénophobie «blanche» à l'égard des communautés «brunes» et de la fascination exotisante des Nords-Américains pour la culture latino-mexicaine. Ces thèmes sont abordés à travers leurs manifestations dans les nouvelles technologies: paranoïa engendrée par les fichiers contaminés et les virus, problèmes de traduction du spanglish vers l'anglais ou l'espagnol, identités mutables du sujet sur le Web, etc. Les fragments textuels qui composent l'oeuvre sont des passages remixés de la performance Tech-illa Sunrise de Rafael Lozano-Hemmer et Guillermo Gómez-Peña [1].

L'oeuvre de Barajas prend la forme d'un vaste collage/remix d'images d'archives et d'images tirées de la culture populaire (bandes dessinées, portraits d'artistes, etc.). L'internaute navigue en suivant les hyperliens, associés tantôt à des mots, tantôt à des images.

 

[1] Rafael Lozano-Hemmer et Guillermo Gómez-Peña (2002) Tech-illa Sunrise, sur La Pocha Nostra. En ligne: http://www.pochanostra.com/antes/jazz_pocha2/mainpages/techilla.htm (consulté le 11 décembre 2012)

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