Musique

Michael Joyce: Twilight, A Symphony

Twilight, A Symphony est un hypertexte de fiction postmoderne labyrinthique de l'auteur américain Michael Joyce. Programmé sur Storyspace, l'hypertexte (plutôt dense et volumineux) se divise en cinq blocs. Trois de ces blocs s'articulent autour du personnage d'Hugh Colin Enright, un journaliste père de famille, et sont divisés selon une logique temporelle.

Dans un premier temps, on apprend comment Enright, il y a plusieurs années, a kidnappé son fils pour l'emmener dans une cabane près d'un lac, alors que son ex-femme en avait la garde. Le ton est surtout lyrique, méditatif, rempli d'images contemplatives se rapportant à l'expérience de la paternité. Le deuxième bloc fait écho au premier, adoptant un ton similaire: quelque dix ans après le kidnapping de son fils, Enright se retrouve aux côtés de Magda, une femme atteinte d'un cancer terminal souhaitant mettre fin à ses jours. Doux-amer, ce bloc est riche en réflexions sur la finitude, la perte, l'oubli. Le troisième bloc, qui se situe temporellement quelque part entre les deux premiers, adopte un ton radicalement différent. Enright, pris par son travail de journaliste, discute essentiellement de technologie, comparant les différents systèmes disponibles pour le stockage de données comme moyen de déléguer à une machine la tâche de se souvenir - et pouvoir ainsi soi-même mieux oublier. Quant à lui, le quatrième bloc est composé d'un enchevêtrement de citations diverses, empruntées à Eco, Mallarmée, etc. Finalement, le cinquième bloc met en scène Michael Joyce lui-même, confronté à l'écriture de Twilight: on y retrouve des réflexions sur ses collègues écrivains qui pratiquent l'hypertexte, sur l'avenir de l'écriture et sur l'art contemporain, ainsi que des extraits de conversations concernant son projet.

Pour naviguer dans l'hypertexte, le lecteur peut utiliser une multitude de fonctions offertes par l'environnement Storyspace: console de contrôle (dans le coin inférieur gauche) permettant d'avancer et de reculer, de changer de niveau ou d'appeler les interfaces de navigation; hyperliens dispersés dans le texte; vue schématisée de la structure de l'hypertexte, permettant de sauter d'une lexie à l'autre; historique réinitialisable des lexies consultées et listes des liens pour chaque lexie; fonction de sauvegarde des lectures.

Heyward, Megan: of Day, of Night

of Day, of Night est une oeuvre cinématographique interactive de Megan Heyward. Un jour, une femme se rend compte qu'elle ne rêve plus. Pour retrouver la capacité de rêver, elle se met à collectionner des objets trouvés au hasard et à leur inventer à chacun une histoire.

Après une courte introduction, le lecteur accède à l'interface de navigation principale (Day), qui se présente sous la forme d'une carte. En déplaçant le curseur de la souris sur cette carte, le lecteur découvre différents liens qui permettent d'activer des séquences narratives mélangeant vidéo, texte animé, voix et image photographique. Au fur et à mesure que le lecteur progresse, de nouveaux liens font leur apparition. Au bout d'un moment, le lecteur a la possibilité de manipuler et d'organiser les objets et les histoires collectés par la narratrice, ce qui débloque une deuxième interface (Night) où sont accessibles une série de séquences vidéo hybrides mélangeant des images oniriques aux images des séquences déjà accessibles via la première interface (Day). Il s'agit des rêves de la narratrice, qui a enfin réussi à accéder à son inconscient. Une fois l'interface Night débloquée, le lecteur peut passer à sa guise d'une interface à l'autre sans avoir à refaire tout le parcours initial.

Swigart, Rob : Down Time

Down Time est un recueil de 21 courtes nouvelles de Rob Swigart. De facture minimaliste, ces nouvelles portent sur les difficultés qu'ont les gens à communiquer, sur la désaffiliation émotive, la solitude, l'attente, la violence du quotidien et la mort. Les personnages qui les peuplent sont tous liés entre eux, ce qui confère à l'ensemble l'allure d'une vaste fresque sociale contemporaine.

Pour naviguer dans Down Time, le lecteur doit d'abord sélectionner une nouvelle dans l'index principal. Ensuite, il est redirigé vers l'interface de lecture. Sur la gauche, une fenêtre contient la lexie consultée. Sur la droite, des options permettent de contrôler le volume de la narration ou de l'interrompre, de passer d'une lexie à l'autre ou de revenir à l'index principal. L'hypertexte peut être lu selon plusieurs logiques différentes. Premièrement, chaque nouvelle peut être lue pour elle-même, d'un bout à l'autre. Il suffit d'utiliser les flèches de navigation dans les options de droite. Toutefois, les lexies peuvent aussi être réorganisées pour former de nouvelles lignes narratives, selon une logique thématique. Il faut pour cela cliquer sur le lien "Storyline" et saisir un mot-clé qui servira à regrouper les lexies (il est à noter qu'un certain nombres d'histoires sont déjà proposées dans cette section). Lorsque le lecteur lit une histoire plutôt qu'une nouvelle, il saute ainsi d'une nouvelle à l'autre, ce qui met en valeur l'unité thématique de l'hypertexte et le tissage des intrigues parallèles. D'ailleurs, deux lignes de texte placées dans la partie supérieure de l'écran indiquent à tout moment la position relative du lecteur à la fois à l'intérieur de la nouvelle et à l'intérieur de l'histoire en cours de consultation. Dans les lexies elles-mêmes, certains mots en bleus renvoient à des fenêtres médiatiques complémentaires contenant tantôt du texte, tantôt des images, tantôt de courtes vidéos. Les mots en rose, quant à eux, permettent une navigation thématique similaire à la navigation par histoire proposée sous "Storyline". Finalement, l'hypertexte peut être annoté par le lecteur et des signets peuvent être indexés.

Campbell, Myron : The Fragile Circus

Pigeant dans l’imaginaire des contes pour enfants, The Fragile Circus est une œuvre présentant divers tableaux noirs et surréalistes. Campbell y dépeint divers malaises intimes vécus par les êtres anthropomorphiques qui les habitent. En effet, lorsque l’internaute place son curseur sur les personnages, ceux ci s’agitent, comme pris d’une soudaine oppression. À ce moment même, pour rajouter à l’ambiance d’affliction, un son violent et angoissant retentit, comme un écho interne du cri poussé par l’opprimé. Lorsque le personnage est suffisamment excité ou que l’internaute clique au bon endroit, une courte scène se déploie. Il suffit par la suite de cliquer sur le cœur situé en haut à gauche afin de passer au tableau suivant.

L'oeuvre est toujours en construction, l'artiste ayant commencé cette oeuvre en 2002 et rajouté de nouveaux tableaux au fil des années.

Cirio, Paolo : The Big Plot

The Big Plot est une oeuvre de Paolo Cirio utilisant l’infosphère actuelle dans une optique narrative et commentant l'intrusion de la vie privée sur le Web. Elle se présente sous la forme d'une intrigue politico-romantique centrée sur la vie de quatre personnages: un pilote russe leader d’une révolution politique, un psychologue anglais naïf, une journaliste canadienne ambitieuse et un homme d’affaires espion.

L’histoire n’est pas racontée de manière linéaire, mais bien par l'utilisation de différents réseaux sociaux tels que Facebook, Twitter, WordPress, MySpace, YouTube, LinkedIn, etc. Il faut donc investiguer chacune des publications des personnages afin d'en connaître davantage sur eux et de saisir l’intrigue. Cirio force ainsi l'internaute à effectuer un travail d'enquête et d'espionnage sur des individus utilisant naïvement les outils sociaux disponibles sur le Web. Il est également possible pour l'internaute de commenter les publications des protagonistes et de prendre part à l'histoire.

Les différentes publications sont apparues dans l’infosphère entre juillet 2008 et le début 2009; il était alors possible de s’inscrire à des alertes courriels et à un flux RSS afin d'être informé lorsqu’un nouveau billet était publié, ce qui permettait de suivre l’histoire «en direct» (il est toujours possible de s’inscrire, mais il n'y a évidemment aucune nouvelle notification). Le site garde en archives tous les billets et une transcription des vidéos sous forme de .pdf qu’il est possible de télécharger.

Molleindustria: Leaky World

Le collectif milanais Molleindustria continue dans sa lignée de commentaires sociaux ludiques avec ce jeu vidéo basé sur l'essai "Conspiracy as Governance" écrit par le fondateur de Wikileaks Julian Assange et disponible sur la page même du jeu.

Leaky World place l'internaute dans le rôle de l'élite politique. Il a comme objectif de créer un réseau global connectant les membres de la classe dirigeante avant que des fuites de documents ne puissent la mettre en danger. L'internaute tisse des connexions sur la carte en utilisant les flèches du clavier; un indicateur situé dans le coin supérieur droit permet de suivre l'état de santé du réseau formé. Plus celui-ci grandit, plus il y a de chances qu'une fuite émerge dans une des zones contrôlées. Elle devient cependant plus facile à endiguer avec un grand réseau. Une fois apparue, la fuite se répend et un fluide blanc remplit graduellement le bas de la zone de jeu jusqu'à ce que le réseau soit démantelé, moment où le jeu se termine.

Cliche, Sébastien: Paisajes

paisajes est une remédiatisation par l'artiste Sébastien Cliche d'un recueil d'exploration littéraire et formelle de Johanne Jarry. En arrivant sur l'oeuvre, l'internaute voit apparaître une présentation schématique de paisajes. L'artiste a repris les 32 poèmes en autant de sections, regroupées en trois parties (les mêmes que le livre). Chaque section contient deux unités de contenu: d'une part, le texte - animé, filmé ou animé; et d'autre part, une ambiance sonore, visuelle ou vidéo reprenant l'ambiance du poème correspondant.

Lors de la navigation, les combinaisons texte-image, texte-son, etc. sont aléatoires, invitant l'internaute à revisiter l'oeuvre plus d'une fois. Une fois une section visitée, des numéros d'autres sections font leur apparition à l'écran, permettant ainsi d'avancer - ou de reculer - à travers les tableaux. En cliquant sur un de ces numéros, une des deux unités de contenu de la section choisie (soit le texte ou l'ambiance) s'affiche aléatoirement à l'écran. L'internaute peut également revenir au plan schématique en tout temps en cliquant sur «index», où il pourra de plus visualiser le chemin parcouru.

Les poèmes de Jarry présentent une série de descriptions poétiques de paysages ou de souvenirs vagues associés à l'enfance, aux blessures passées, à la vieillesse, etc.

Nesler, Vincent: Studio Egg

Studio Egg est la galerie Second Life de typote Beck, avatar de l'artiste français Vincent Nesler. Cette galerie est constituée de sept salles: pour les parcourir, le visiteur peut simplement «marcher» d'une salle à l'autre ou encore utiliser les unités de téléportation interreliées situées dans chacune d'entre elles.

Nesler se définit avant tout comme dessinateur et plusieurs des oeuvres exposées dans Studio Egg sont les remédiatisations de dessins non numériques. Toutefois, avec le temps, Nesler a développé une seconde pratique artistique tournée vers l'art d'installation virtuel et les possibilités propres à l'environnement Second Life. Ces nouvelles oeuvres, exploitant souvent des thématiques mythologiques ou philosophiques, sollicitent la participation du visiteur qui doit les activer d'un clic ou les manipuler physiquement. Parmi les oeuvres exposées, mentionnons The Minotaur of carton, représentant la créature mythique engagée dans un face-à-face sans fin avec un Thésée de papier, et le Future Birth egg, dont l'activation produit la chute d'une poignée de pantins désarticulés se questionnant sur leur désir réel d'exister.

Notons que toutes les créations de Nesler peuvent être achetées sur Second Life.

Larsen, Deena; Hansen, Matté: Carving in possibilities

Carving in Possibilities est une œuvre Flash où l’internaute devient sculpteur, chaque mouvement de souris donnant forme au visage d’un David virtuel. Le dispositif revisite cette figure mythique de la Renaissance avec une part d'ironie et de philosophie, faisant se cotôyer des fragments textuels sur un mode fuyant et non linéaire et mettant ceux-ci en relation productive avec l'image. La multitude des phrases qui affluent à la surface de l'image lors de la manipulation offre une pluralité de trajets possibles pour arriver au résultat, la création du visage. L'expérience se répète ainsi dans la différence, bien que les phrases restent les mêmes et soient positionnées au même endroit.

L’œuvre débute avec l’apparition sur un air glauque d’un visage flou en tons de gris, et l’indication de bouger lentement la souris «to carve out your existence». Positionner le curseur sur la zone d’activation fait surgir le commentaire «And remember where you put your ghosts». Glisser ensuite la souris sur la surface de l'image fait affluer de courtes phrases — mots, pensées et questions, sujets à réflexion. Chaque mouvement génère un son saccadé qui évoque le martellement de la matière et précise les traits du David. Le parcours dure quelques minutes. À son terme, l’internaute est invité à sculpter de nouveau. Lorsqu’il procède, la mention «for another reality» survient. Au bas, un encadré offre l’option de sortir de l’œuvre. Lorsque l’on s'y positionne, l’avis «leaving all the other ghosts behind» apparaît, faisant disparaitre le carré pour un instant et incitant l'internaute à reconsidérer sa décision.

Porter, Liliana: Rehearsal

L'oeuvre de Porter met en scène un groupe de poussins se pratiquant à chanter la pièce «La Donna è Mobile» de l'opéra Rigoletto de Verdi. Les septs poussins sont présentés en groupe. Il est également possible de cliquer sur chacun pour entendre leur «solo» qui est formé soit d'un instrument précis ou d'un morceau de musique. De gauche à droite, on y entend: une guitare panhellénique, un péricon lent, un solo antagonique, une alarme de réveil matin, une musique de tango, un solo de 1907 d'Enrico Caruso et une marche.

Punk, Jim: www.-reverse.-flash-.-.back-

www.-reverse.-flash-.-.back- est un des nombreux commentaires de l'artiste Jim Punk sur la surcharge d'information présente sur le Web. Après avoir cliqué sur le lien au centre de la page d'accueil, l'internaute voit apparaître plusieurs fenêtres intempestives qui apparaissent, disparaissent, se déplacent et/ou se redimensionnent. Elles affichent des textes clignotants, des images, des couleurs; font de la musique, des sons, etc. L'internaute peut interagir minimalement avec l'oeuvre en cliquant sur certaines fenêtres, en les fermant ou en les déplaçant. Le tout est conçu pour agacer, commentant ainsi la pollution visuelle et sonore des publicités Web. Il n'y a pas de réelle structure à l'oeuvre, si ce n'est que le côté aléatoire de ce qui est affiché.

Les Causes Perdues: L'Atopie textuelle est une cause qui se perd

L'Atopie textuelle est une cause qui se perd est un projet ambitieux du collectif d'artistes Les Causes Perdues, formé d'Alain Martin Richard et de Martin Mainguy. L'oeuvre est à la fois dans le réel et le virtuel. Dans le réel, elle s'incarne sous la forme de quatre panneaux en aluminium, installés sur l'axe des points cardinaux sur une place publique de la ville de Québec. Un poème est inscrit sur leur surface, mais celle-ci est trouée, rendant la lecture impossible. Les trous sont organisés en forme de grille, sur les cloisons faisant 7 pieds X 17 pieds; en juxtaposant le point cardinal  correspondant au panneau, cela permet de leur assigner une coordonnée (par exemple, NE.7.11). Ces coordonnées sont liées à un palet de la grosseur d'une rondelle de hockey, équivalente à ce qui a été coupé et retiré du panneau. On y retrouve la partie manquante du poème sur une face et, sur l'autre, la coordonnée du palet et l'adresse du site de l'Atopie textuelle.

C'est à ce moment qu'entre en jeu la partie virtuelle de l'oeuvre. Lors de la cérémonie de lancement officiel de l'oeuvre au printemps 2001, chaque palet fut donné à un participant. Les preneurs devaient contribuer à l'oeuvre en fournissant un texte, un son, une image ou une vidéo. Ces participations furent alors mises sur le site Web du site et liées aux palets, suivant le système de coordonnées. Par la suite, les palets furent donnés à d'autres personnes, qui devaient à leur tour contribuer à la «vie» du palet, en inscrivant sur le site où il était rendu et en contribuant à leur tour sous forme électronique. Le site Web garde ainsi la trace du voyage de chaque palet, sous la forme d'une carte du monde et d'une ligne temporelle où l'on peut voir chacune des participations individuelles.

Ayant comme objectif de leur faire faire le tour du monde, les artistes prévoyaient que les palets commenceraient à revenir au Québec autour de 2006. C'est à ce moment qu'ils seraient remis en place sur le panneau, permettant au poème de se dévoiler petit à petit. En date d'octobre 2011, un seul des palets était revenu. Mais, comme l'indique les noms de leur oeuvre et de leur collectif, les artistes ne se sont jamais attendu à ce que les palets reviennent. L'irréalisable fait donc partie intégrante de l'oeuvre.

Il est à noter que l'oeuvre gagna un concours provincial pour l'aménagement de la Place de l'Université, dans le centre de la ville de Québec. Inaugurée en 2003, cette place fut en fait aménagée en fonction de l'oeuvre, rare précédent pour une création en ligne. Un ordinateur réservé uniquement à la navigation sur le site de l'oeuvre fut aussi placé à la bibliothèque Gabrielle-Roy jusqu'en 2006.

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