Musique

Moulthrop, Stuart: Radio Salience

Radio Salience est une oeuvre de Stuart Mouthrop qui explore les thèmes de l'interférence et de l'indétermination. Lorsque l'internaute active l'oeuvre, il se retrouve devant un rectangle divisé en quatre colonnes. En trame sonore, des enregistrements de transmissions radio (transmissions militaires, émissions de radio commerciales, etc.) s'entrecoupent et se mélangent. Dans chacune des colonnes, des segments d'images se fondent les uns aux autres de façon aléatoire. Pour accéder au contenu textuel de l'oeuvre, l'internaute doit cliquer sur les images lorsque deux colonnes ou plus contiennent des segments appartenant à une même image. L'image partiellement révélée devient alors entièrement visible, et du texte s'inscrit lettre par lettre à l'écran alors qu'une voix de synthèse en fait la lecture. À la fin de la séquence de lecture, l'internaute est automatiquement ramené aux images mouvantes, devant rester attentif pour saisir la prochaine combinaison.

Les textes eux-mêmes forment une toile narrative disparate et éclatée. On devine la présence d'un évènement unificateur derrière l'ensemble des vignettes – une catastrophe ayant changé le visage du monde? une confrontation extraterrestre? la simple avancée inéluctable de la technologie? –, mais chaque vignette se présente comme un fragment de récit autonome. Dans l'ensemble, les vignettes relèvent d'une esthétique de la science-fiction et de l'anticipation (parfois aux limites du surréalisme) où s'entremêlent des questions d'intelligence artificielle, de transcendance technologique et de sociétés humaines futuristes.

Larsen, Deena: Intruder

Intruder est un poème interactif de Deena Larsen à propos de la rencontre d'un promeneur et d'un oiseau protégeant son nid. Sur la page d'accueil, juste en bas du titre de l'oeuvre, une pastille portant l'inscription «Click to Disturb» est placée au centre de l'image. Lorsque l'internaute la survole de son curseur, l'inscription se transforme en «you crash in» – puis, au moment de cliquer, en «you intrude». En arrière-plan, on voit la photographie d'un colibri couvant ses oeufs.

L'oeuvre se divise ensuite en trois parties. Dans la première, les mots «Everything was still – waiting» sont inscrits à l'écran, immobiles. En arrière-plan, une pluie de phrases: «of what you almost saw», «of the silences you cannot see», «flitting by just under your radar», etc. Dans la deuxième partie, les mots «waiting – for you – to leave» sont répétés encore et encore, formant la silhouette d'un nid. Lorsque l'internaute survole ces mots du curseur de sa souris, d'autres phrases incomplètes apparaissent: «muscles in flight», «uncutting edges of», «or do you care», «dark memories», «never named it»... Finalement, dans la troisième partie, l'écran est avalé par un disque noir au centre duquel on lit l'inscription «Don't come back». Lorsque l'internaute clique sur cette inscription, il est automatiquement ramené à la page d'accueil de l'oeuvre.

Dale, Kathleen: Bird Calls

Bird Calls de Kathleen Dale est un poème qui explore le thème du deuil. Dale y aborde le sujet délicat de la mort de sa soeur, à travers ses propres réactions, celles de son père et celles de sa mère: alors que son père s'enferme devant l'écran de son ordinateur au sous-sol et que sa mère cherche le réconfort dans la musique classique, l'artiste trouve dans le comportement des corneilles une image à laquelle se rattacher, une énigme lui permettant d'atténuer la douleur du deuil.

Le poème se présente comme une succession de lexies programmées en Flash. L'internaute doit parfois fouiller la page pour trouver le lien qui le mènera à la lexie suivante; parfois, le passage se fait automatiquement. Des animations représentant des corneilles en vol, des bruits d'oiseaux et de la musique classique accompagnent la progression de l'internaute dans l'oeuvre.

Mouton, Alexander: Becoming and Being Unseen

Becoming and Being Unseen est une courte oeuvre d'Alexander Mouton qui explore sur un mode métaphorique les thèmes de la vie et de la mort, du cycle des naissances et des disparitions. Visuellement, l'oeuvre est composée de fragments photographiques animés avec lesquels l'internaute doit parfois interagir – en les agrippant pour les déplacer (click & drag), en les survolant du curseur de la souris ou simplement en cliquant. Le parcours de l'oeuvre est linéaire: si les actions de l'internaute sont nécessaires pour passer d'une séquence à l'autre, elles n'influencent pas l'enchaînement des différents segments.

En fond sonore, on entend une composition de John Hassell remixée par Alexander Mouton.

Mouton, Alexander: Passage

Passage est un étrange montage photographique réalisé par Alexander Mouton autour de la question du passage, du croisement, de l'au-delà: «a fantastic journey, crossing into the beyond...» [1] Le degré d'interactivité entre l'internaute et l'oeuvre est plutôt minimal. Après avoir activé l'oeuvre en cliquant sur son titre, l'internaute est invité à intervenir à deux autres reprises seulement: la première, dès la séquence d'ouverture, en cliquant sur une horloge pour passer à la séquence suivante; la deuxième, peu de temps après, en choisissant l'une des branches d'une étoile composée de cinq chemins qui s'entrecroisent. Notons toutefois que, peu importe le chemin choisi par l'internaute, les séquences subséquentes demeurent les mêmes - il s'agit d'un choix illusoire.

Passage est composé de plusieurs photographies qui suggèrent des atmosphères inquiétantes, des espaces de transition ou des espaces isolés. Les seules figures humaines, d'ailleurs peu nombreuses, sont présentées de dos; impossible de lire leurs visages. L'ambiance sonore renforce l'impression de malaise général dans laquelle esr immergée l'oeuvre. Lorsque la dernière séquence arrive à son terme, la fenêtre de visionnement se ferme d'elle-même aussitôt, laissant l'internaute devant un vide où l'oeuvre continue de le travailler par son absence soudaine.

 

[1] Inscription placée juste en-dessous du titre, sur la page d'accueil.

Nelson, Jason: i made this. you play this. we are enemies.

i made this. you play this. we are enemies. est un jeu vidéo halluciné de Jason Nelson proposant une critique des lois sur le droit d'auteur et la propriété intellectuelle sur Internet. Chacun des 10 tableaux du jeu présente des éléments visuels et des extraits de textes légaux tirés de sites Web où la question du droit d'auteur est problématique: Google, Yahoo!, Fark, Huffington Post, Disney, RIAA, Mininova, Something Awful, MetaFilter, Boing Boing, Joystiq. Les éléments du jeu (obstacles, «monstres», télétransporteurs, etc.) sont gribouillés à même la trame visuelle formée par les images de sites Web ainsi piratés par Nelson. Différents éléments activables permettent de faire apparaître du texte ou des animations qui mettent en valeur le propos critique engagé du jeu.

Comme dans plusieurs autres oeuvres de Nelson, le contenu critique demeure cependant profondément entremêlé à un contenu plus délirant, voire franchement absurde. La plupart des vidéos ne font aucun sens (une des vidéos finales n'est par exemple qu'une longue énumération d'objets sans lien entre eux) et les théories proposées par Nelson sont souvent totalement farfelues (il annonce entre autres la destruction future d'Internet par un robot géant).

Nelson, Jason: wittenoom

wittenoom de Jason Nelson est une évocation poétique en 9 tableaux de la disparition de la communauté de Wittenoom, une ville minière australienne abandonnée en 1966 suite à la chute de l'industrie de l'amiante. Chaque tableau prend la forme d'images photographiques légèrement vacillantes (plusieurs photographies sont parfois fusionnées pour créer une seule image) auxquelles se superpose du texte. Toutes les photographies sélectionnées par Nelson représentent des lieux désertés de la ville.

Les modalités de lecture et d'interaction varient d'un tableau à l'autre: parfois, l'internaute doit cliquer sur des encadrés miniatures qui tombent doucement en arrière-plan pour les appeler au premier plan; parfois, le texte se trouve attaché aux faces d'un cube Rubik tridimensionnel qu'il est possible de manipuler; parfois, c'est la simple position de la souris à l'écran qui détermine les phrases affichées; etc. Il est à noter que certains dispositifs choisis par Nelson entravent parfois la lisibilité, la manipulation du texte pouvant s'avérer difficile. Des flèches placées sur les côtés de l'image permettent de naviguer d'un tableau à l'autre.

Nelson, Jason: Evidence of Everything Exploding

Evidence of Everything Exploding est une oeuvre délirante de Jason Nelson qui prend la forme d'un jeu vidéo en 10 niveaux. L'oeuvre est organisée autour des thèmes de la conspiration et de la prophétie: en 2004, des climatologues auraient découvert en Arctique une boîte de métal enfouie sous 500 mètres de glace contenant 10 documents de sources diverses. Ces documents (des lettres, des entrées de dictionnaire, des manifestes artistiques, des rapports gouvernementaux et scientifiques, etc.) renfermeraient des prophéties sur l'avenir de notre civilisation... Plus concrètement, ils servent aussi d'arrière-plan aux 10 niveaux du jeu. Dans chaque niveau, l'internaute contrôle un avatar en forme de flèche qui doit traverser un labyrinthe peuplé d'obstacles et d'ennemis. Des points numérotés dans le labyrinthe permettent de faire apparaître des fenêtres de texte traitant de la conspiration et d'activer les prophéties.

Le style du jeu est halluciné, rempli de dessins «grouillants» et d'explosions bruyantes. Après chaque niveau, l'internaute accède à une vidéo où l'artiste, derrière la caméra, dévoile une conspiration loufoque et sans objet dont les indices sont révélés par des cartons d'allumettes. À la toute fin du jeu, lorsque l'internaute a réussi tous les niveaux, il n'est d'ailleurs pas gratifié par une meilleure explication qui permettrait de donner un sens à l'ensemble hétéroclite des théories proposées: la dernière vidéo, censée tout expliquer, est une simple chanson de Nelson à propos des objets qui se trouvent sur son bureau.

Evidence of Everything Exploding est au final une oeuvre absurde mais extrêmement ludique qui met en évidence le non-sens des théories de la conspiration si populaires de nos jours, que l'on pense aux fans de Dan Brown ou aux négationnistes du 11 septembre.

Carpenter, J.R.: How I Loved the Broken Things of Rome

How I Loved the Broken Things of Rome est une œuvre de l’artiste canadienne J.R. Carpenter qui se présente sous la forme d’un carnet de voyage interactif. L’œuvre est le résultat d’un séjour de l’artiste dans la capitale italienne; on y retrouve des photos et des vidéos qu’elle a réalisées durant cette période. Carpenter y met surtout l’emphase sur l’étrange contraste entre la Rome antique et la ville moderne qui cohabitent dans un même espace.

En arrivant sur l’œuvre, l’internaute accède à un collage de divers éléments ayant trait à la Rome antique et moderne: des cartes, un buste antique, un timbre, une pièce de monnaie, etc. Ces éléments encadrent un poème de Carpenter qui relate son expérience dans la ville et donne l’ambiance au reste de l’œuvre. Lorsque le curseur est placé sur l’un des éléments, une boîte apparaît. Elle contient des extraits de textes ou de poèmes d’auteurs parlant de Rome, de ses vestiges et de son histoire. Goethe, Marguerite Yourcenar, Elizabeth Bowen, Stendhal et plusieurs autres accompagnent ainsi Carpenter dans sa description poétique de la ville antique. En cliquant sur les boîtes, l'internaute fait surgir des fenêtres intempestives qui contiennent de plus longs extraits et d’autres éléments visuels romains. On y retrouve quelquefois des entrées de journal de Carpenter relatant des situations vécues qui mettent en contraste son émerveillement de touriste et le désintéressement des habitants de Rome, qui ont l'habitude de vivre à travers les ruines.

Bigelow, Alan: In a World Without Electricity

In A World Without Electricity d’Alan Bigelow est une œuvre à narration linéaire qui relate les circonstances nébuleuses entourant la mort d’une jeune femme prénommée Katie, trouvée morte sur le sol après une chute de cinq étages. Diverses théories sur la raison de sa mort alimentent la narration. Jouant sur l’ambiguité entre le suicide et le meurtre (probablement commis par le petit ami de la victime), Bigelow dresse peu à peu le portrait de Katie et éclaire les raisons qui mettent en doute la thèse du suicide.

La navigation est plutôt simple. Le récit est divisé en plusieurs tableaux que l’internaute fait défiler en utilisant les touches «-» et «+» situées de part et d’autre du cadre principal. Des icônes au bas de ce dernier indiquent quel tableau est affiché tout en permettant de sauter rapidement à un tableau précis. Il est possible d’arrêter l’ambiance sonore en cliquant sur «Audio is on» - qui devient alors «Audio is off».

Saemmer, Alexandra: Böhmische Dörfer

Böhmische Dörfer est une oeuvre d'Alexandra Saemmer qui a pour thème l'expérience traumatique de la «marche de Brno», parfois appelée la «marche de la mort», qui désigne l'expulsion des Allemands de Brno (Tchécoslovaquie) en 1945. Sur la route qui les mena jusqu'à la frontière de l'Autriche, où on leur refusa l'entrée, jusqu'à Pohořelice, village où ils furent finalement internés, de 700 à 8000 des quelque 20 000 Allemands de Brno trouvèrent la mort.

L'oeuvre de Saemmer, montée sur l'outil de présentation en ligne Prezi, se divise en deux parties. La première (qui est aussi la plus volumineuse) est composée d'un ensemble de fragments textuels très courts et répétitifs, dans lesquels la mère de l'artiste semble essayer de se rappeler l'expulsion, la route, les morts, mais aussi son arrivée à Pohořelice l'hiver, les difficultés à s'installer sur une terre où tout est à recommencer. La deuxième partie, beaucoup plus courte, contient un résumé très succint (voire minimaliste) des évènements de Brno, ainsi qu'un paragraphe où l'artiste parle de comment sa mère, en visite à Brno, lui a un jour montré à elle et à son frère la maison de son enfance, avant l'expulsion.

La navigation d'un fragment à l'autre s'effectue grâce à une série de zooms successifs préprogrammés sur une toile unique; tous les fragments textuels sont inscrits sur une seule grande toile de fond, présentant un film d'époque en noir et blanc où l'on voit des Allemands déportés essayer de faire avancer dans la neige des voitures tirées par des chevaux. L'internaute n'a qu'à activer la lecture automatique ou à cliquer sur les flèches de lecture en bas de la fenêtre pour progresser dans l'hypertexte. Comme dans toute présentation Prezi, il demeure toutefois possible de manipuler soi-même la fonction de zoom et de se déplacer sur la toile pour emprunter d'autres chemins de lecture.

Une version anglaise est disponible au http://prezi.com/m7lq5txsl5qz/copy-of-wegekreuz/.

Nelson, Jason: With love, from a failed planet

With love, from a failed planet est une oeuvre de Jason Nelson composées de 45 courtes vignettes satiriques écrites à propos de 45 grandes corporations, pays, institutions, etc. qui façonnent notre monde actuel. Dans chaque vignette, sur le mode du récit d'anticipation, Nelson imagine la chute de l'entité concernée, selon des modalitées toutes plus loufoques les unes que les autres: McDonald's tombant en faillite à cause d'un virus mortel dans la graisse des friteuses; CNN ruiné par des enfants cherchant à venger leur mère, une journaliste injustement congédiée; les Canadiens changeant le nom de leur pays pour une séquence binaire sarcastique après que des robots aient pris le contrôle de leurs ressources naturelles; Apple disparaissant quand Bill Gates, à sa mort, active le redoutable iDoom; etc.

L'interface de navigation prend l'apparence d'une sphère, figurant un globe terrestre, couverte de 45 logos et drapeaux. Les mouvements de la sphère sont contrôlés par les mouvements du curseur de la souris. En plaçant le curseur sur un des logos, l'internaute provoque l'apparition du texte qui lui est associé dans la partie inférieure de l'écran. En trame sonore, une mélodie composée de notes de clavier espacées plonge l'ensemble dans une ambiance de science-fiction de série B. Il est possible de télécharger une version textuelle des 45 vignettes à partir du site Web de l'oeuvre.

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