Mort

Marino, Mark C.: Living Will

Living Will est une oeuvre de Mark C. Marino qui présente à l'internaute le testament de vie de E. R. Millhouse, propriétaire fictif de compagnies d'excavation minière et de télécommunication basées au Congo. L'oeuvre, programmée sur Undum, est pensée sur la logique du jeu de rôle: l'internaute est appelé à adopter l'identité d'un des héritiers de Millhouse et peut voir ses statistiques personnelles, affichées dans le coin supérieur droit, évoluer en fonction de ses choix. Ces statistiques concernent les frais légaux encourus par le personnage du joueur, les frais médicaux pour les soins de Millhouse (invalide mais pas encore mort), etc. À la fin de sa lecture, l'internaute peut ainsi constater quelle est la part réelle de l'héritage de Millhouse que son personnage a réussi à s'attribuer – et recommencer une nouvelle lecture, s'il désire modifier ses stratégies.

Le testament de Millhouse prend la forme d'un hypertexte. L'internaute navigue en utilisant des hyperliens qui permettent de faire apparaître de nouvelles sections de texte à la suite du texte déjà affiché. Il est à noter que, une fois qu'un hyperlien est sélectionné dans un segment de texte donné et que le segment qui lui succède s'affiche, tous les anciens hyperliens inutilisés sont désactivés, ce qui rend les retours en arrière impossibles. Finalement, en parcourant les différentes sections du testament, l'internaute découvre non seulement les détails financiers concernant les compagnies de Millhouse, mais aussi de vastes pans de l'histoire sociale récente du Congo: guerres civiles, génocides, destruction de l'écosystème par les compagnies minières (extraction du coltan), etc.

Johnston, David Jhave: THOEMS

THOEMS (contraction de l'expression THOught-poEMS) est une oeuvre poétique de David Jhave Johnston qui allie texte, son et vidéo. À partir d'une banque de 19 vidéos, 6 poèmes et quelque 330 polices de texte, l'oeuvre génère aléatoirement des agencements visuels et sonores originaux: alors que des segments de vidéos défilent en arrière-plan, des strophes tirées des poèmes se promènent à l'écran. Chaque nouvelle strophe qui apparaît est inscrite à l'aide d'une police différente. En même temps, d'autres mots tirés des poèmes s'agitent dans tous les sens, comme portés par le courant. (Il est à noter que toutes les vidéos présentent des environnements liquides.) En trame sonore, on entend des bruits saisis à l'extérieur (bruits d'avions, ruisseau, trafic automobile, etc.) auxquels s'entremêlent parfois des voix humaines.

L'internaute peut contrôler plusieurs paramètres de visualisation à partir de menus situés au bas de la fenêtre principale. Il faut souvent glisser le curseur de la souris sur les zones occupés par ces menus pour les faires apparaître. Dans le coin inférieur gauche, un menu permet de choisir la vidéo en arrière-plan et d'activer/désactiver la fonction vidéo aléatoire. Au-dessus de ce menu, quatre contrôles servent à interrompre ou à reprendre la lecture des vidéos, des poèmes ou de la trame sonore. Grâce à ces contrôles, il est aussi possible de masquer les vidéos et/ou le texte. Une grille dans le coin inférieur droit sert quant à elle à sélectionner la police d'affichage des textes et d'activer/désactiver la fonction police aléatoire. Au-dessus de cette grille, vers la gauche, six petits carrés sont associés aux six poèmes contenus dans l'oeuvre. Il suffit de glisser le curseur de la souris sur un de ces carrés pour faire apparaître un poème dans son entièreté. Finalement, au centre de l'écran, deux carrés blancs permettent de passer d'un mode de visualisation pleine largeur à un mode de visualisation n'occupant que la moité de l'écran. Lorsque l'internaute sélectionne ce deuxième mode de visualisation, la liste des poèmes demeure accessible en tout temps sur la droite. (En mode pleine largeur, cette partie de l'écran est occupée par une image miroir de la vidéo en cours de lecture.) Finalement, en cliquant sur la vidéo en cours de lecture, l'internaute peut appeler une nouvelle strophe. S'il ne clique pas, chaque strophe est automatiquement remplacée par une autre au bout de quelques secondes.

Les poèmes de Jhave abordent des questions de biologie, d'identité, de neurologie, de philosophie et de sexualité. Les textes sont parfois opaques, cherchant à imiter les comportements du subconscient humain.

Bigelow, Alan: Last Words

Last Words est une oeuvre d'Alan Bigelow qui regroupe huit anecdotes concernant les derniers mots prononcés par des new-yorkais (célèbres ou non) juste avant leur mort. L'oeuvre est divisée en une série de «vignettes» à travers lesquelles l'internaute navigue en utilisant les deux icônes d'empreintes digitales à gauche et à droite de l'écran (pour avancer et reculer) ou en cliquant directement sur les petits points correspondant aux vignettes dans le bas de l'image. Chaque anecdote est racontée en deux temps: dans un premier temps, les dernières paroles de la personne décédée sont présentées, accompagnées de quelques spécifications entourant les circonstances de sa mort. Ces informations sont regroupées dans une première vignette où des extraits vidéo et des images forment une toile visuelle et sonore pour l'anecdote. Ensuite, dans une deuxième vignette, Bigelow présente sa propre interprétation des pensées de la personne décédée, sous la forme d'un court texte poétique. Ce texte s'agite à l'écran alors qu'une voix traitée avec un logiciel du type Auto-Tune en fait la lecture, redonnant la parole au défunt.

Il est à noter qu'une toute dernière vignette a été placée par l'artiste après la huitième anecdote. Cependant, cette dernière vignette ne contient pas de texte: on y voit simplement la vidéo d'un homme (Bigelow) se préparer à aller dormir. Au-dessus de l'image, deux guillemets restent ouverts, sans contenu. Dans cette dernière vignette, Bigelow effectue un retour sur le décès anonyme, celui qui survient sans qu'aucune parole ne soit prononcée pour en marquer la singularité.

Mullins, Matt: I Will Make an Exquisite Corpse

I Will Make an Exquisite Corpse est la remédiatisation par Matt Mullins d'un de ses poèmes, publié dans le magazine > kill author [1]. Programmée sur Unity, cette remédiatisation permet à l'internaute de remixer les vers du poème avec des images, des vidéos et des fichiers audio (bruits d'ambiance et voix).

Le centre de l'interface est occupé par trois roues à six faces. Ces roues sont superposées, formant un genre de colonne, et peuvent être manipulées indépendamment les unes des autres (rotation autour d'un axe central). Lorsque l'internaute accède à l'oeuvre, toutes les faces des roues sont vides; il revient à l'internaute d'y recomposer à sa guise le poème de Mullins. Sur la gauche, une série de miniatures identifient les images et les vidéos que l'internaute peut agripper et glisser (click and drag) vers une des dix-huit faces de la colonne centrale. Sur la droite, on retrouve plutôt les dix-huit vers du poème, séparés ou regroupés en trois blocs. Ces vers peuvent eux aussi être agrippés et glissés vers la colonne centrale. D'autres contrôles permettent d'activer les fichiers audio, d'inverser une image affichée sur une des faces de la colonne et de faire pivoter aléatoirement les roues pour créer de nouvelles combinaisons images/texte.

I Will Make an Exquisite Corpse explore la question de l'anatomie du poète et de la mortalité du corps humain, présenté comme un assemblage de chair et de muscles, de blessures et de pulsions destructrices.

 

[1] Matt Mullins (2010) «I Will Make an Exquisite Corpse». > kill author, no 8, p. 48. En ligne: http://killauthor.com/pdf/killauthor_issueeight.pdf (consulté le 16 janvier 2013)

Smith, Jennifer L.: Suits: A Narrative of About Twenty-Seven Hours, More or Less

Suits est une oeuvre hypermédiatique de Jennifer L. Smith qui explore les thèmes de la mort et du deuil. Au centre de l'écran, on voit l'image d'un veston d'habit assorti à une chemise et à une cravate. En cliquant sur le veston, l'internaute déclenche la lecture d'un court extrait audio accompagné d'un fragment de texte. Le texte apparaît en double: fixe, en bleu, au-dessus du veston; et mobile, en gris, en surimpression. Dans les extraits audio, on entend une voix faire la narration d'extraits du récit de Suits. À chaque fois que l'internaute clique sur le veston, un nouvel extrait audio accompagné de texte est appelé au hasard.

Suits raconte la visite d'une jeune femme dans un salon funéraire. Venant de perdre son père, elle doit apporter les vêtements dans lequel il sera mis en terre. Une version linéaire du texte est accessible à partir de la section «about» de l'oeuvre.

Szilak, Illya: Queerskins

Queerskins est un roman interactif d'Illya Szilak (auteure de Reconstructing Mayakovsky) qui raconte la vie de Sebastian, un jeune docteur homosexuel mort du sida. L'oeuvre est divisée en 62 chapitres regroupés en 8 sections: «Missouri», «Mother», «Alex», «Carlos», «End», «Bathilde», «Jean-Marie» et «Return». Chaque chapitre contient un mélange de textes tirés du journal intime de Sebastian et présentés dans des fenêtres imitant les pages d'un cahier, de passages audio où l'on entend des proches de Sebastian narrer divers évènements qui ont marqué la vie du jeune homme, de films d'ambiance (appartements, villes, images saisies dans un parc, etc.), de photographies, d'images variées et de vidéos d'archives. Les vidéos d'archives présentent soit des éléments de culture populaire (extraits de vieux films ou de jeux télévisés, par exemple), soit des reportages sur l'épidémie de sida dans les années 1980.

L'internaute glisse d'un chapitre à l'autre en utilisant le menu situé au bas de l'écran: il suffit de cliquer sur le titre d'une section pour avoir accès à la liste des chapitres numérotés qu'elle contient. Après avoir sélectionné un chapitre, l'internaute peut manipuler les éléments à l'écran pour mieux les visualiser. En effet, tous les éléments peuvent être déplacés (click & drag) et un élément au-dessus duquel l'internaute passe le curseur de sa souris est automatiquement ramené au premier plan et mis en évidence (zoom avant). Plusieurs contenus audio et vidéo peuvent être activés en même temps à l'intérieur d'un même chapitre, mais leur lecture s'interrompt dès que l'internaute passe à un autre chapitre.

L'histoire de Sebastian est conçue comme un témoignage à propos des débuts de l'épidémie de sida, mais aussi comme une ode à la tolérance, à l'amour et à la rédemption. Venant d'un milieu catholique conservateur, Sebastian déménage sur la côte Ouest américaine et devient médecin; après une attaque qui faillit lui coûter la vie, il décide de déménager en Afrique, où il pratique dans un hôpital de campagne. Il se rend cependant rapidement compte qu'il a contracté le sida et meurt peu de temps après. Tout au long du récit, on découvre les angoisses de Sebastian: sa relation difficile avec sa famille, ses histoires d'amour, ses déceptions... Cependant, le véritable fil conducteur du roman demeure la quête religieuse de Sebastian, déchiré entre son héritage religieux, son homosexualité et son désir de réconciliation/rédemption.

Il est à noter que la section «Help» du projet renvoie non pas à des instructions sur la façon de naviguer dans l'oeuvre, mais à une liste d'organismes qui sont engagés dans la lutte contre le sida et qui proposent de l'aide aux victimes du virus.

Weishaus, Joel: Inside the Skull-House

Inside the Skull-House de Joel Weishaus est un hypertexte qui s'intéresse à la vaste question du problème corps-esprit, c'est-à-dire au lien entre les structures physiques du corps et la conscience. L'hypertexte a été publié en quatre parties (nommées en fonction de parties du cerveau) dans des revues différentes:

«Hippocampus» (première partie) dans Rhizomes, no 1, automne 2000 http://www.rhizomes.net/issue1/skull/intro.htm;

«Amygdala» (deuxième partie) dans BeeHive, vol. 3, no 2, juillet 2000 http://beehive.temporalimage.com/content_apps32/2weishaus/a.html;

«Basal Ganglia» (troisième partie) dans Riding the Meridian, vol. 2, no 2, 2002 http://www.heelstone.com/meridian/weishaus/intro.htm;

«Pons» (quatrième partie) dans New River Journal, no 8, 2003 http://www.cddc.vt.edu/journals/newriver/weishaus/skull/intro.htm.

D'une partie à l'autre, l'hypertexte est toujours constitué de la même façon: sur une page principale, l'internaute a accès à un court texte de présentation et à une série de liens qui renvoient vers différentes sections identifiées «PREP», «TEXT», «PARATEXT» et «ILLUSTRATION». La section «PREP» présente une description de la structure du cerveau ayant inspiré la partie de l'hypertexte en cours de lecture. La section «TEXT» contient le texte principal de l'oeuvre, criblé d'hyperliens. Le «PARATEXT» présente quant à lui l'ensemble des contenus auxquels renvoient les hyperliens dans la section «TEXT». Finalement, la section «ILLUSTRATION» redirige l'internaute vers une vue en coupe d'un cerveau humain, hébergée sur le site Web de l'école de médecine d'Harvard.

Les textes constituant le coeur d'Inside the Skull-House, présentés dans les sections nommées «TEXT», comportent plusieurs niveaux et sont composés sur le mode du cut-up. Les différents niveaux sont identifiées par des tailles de polices différentes et s'entrecoupent à plusieurs reprises dans un même paragraphe, créant un enchevêtrement de phrases incomplètes. Dans le premier niveau, l'internaute découvre la vie du narrateur qui relate ses voyages, la mort de ses amis, ses souvenirs de jeunesse, etc. D'une partie à l'autre, on voit le narrateur évoluer dans sa propre vie, marqué par de nouvelles expériences et de nouveaux drames. Les autres couches, qui semblent constituer les couches inférieurs de conscience derrière la couche de narration principale, présentent des informations disparates sur la mythologie, la neuroscience, la sagesse zen, etc. L'effet général est celui d'un flux de conscience (stream of consciousness) intimiste. Les contenus auxquels renvoient les hyperliens se présentent quant à eux essentiellement comme des citations tirées d'ouvrages scientifiques, anthropologiques, religieux, philosophiques, etc.

Lockridge, Tim: A Sky Of Cinders

A Sky Of Cinders est un hypertexte de Tim Lockridge dans lequel un narrateur anonyme parle de sa vie et de ce qui l'entoure, après qu'une catastrophe (qui n'est jamais nommée) ait rempli le ciel de cendres: les gens sont moroses et se raccrochent à leurs souvenirs, la poussière s'immisce partout, la vie marine finit par disparaître, le centre du continent devient une vaste zone désolée. Le ton du texte est doux et amer, mettant l'emphase sur le côté humain de la catastrophe.

Pour naviguer dans l'hypertexte, l'internaute suit les liens cachés dans les lexies. Chaque lexie renferme deux hyperliens: le premier renvoie vers la lexie successive immédiate, alors que le deuxième permet de sauter une lexie pour tomber sur la lexie suivante. Il est ainsi possible de lire une version longue du texte, en visionnant une à une l'ensemble des lexies, ou une version courte, en ne lisant qu'une lexie sur deux. Aussi, plus l'internaute progresse dans l'hypertexte, plus l'image en arrière-plan (représentant un ciel rempli de nuages) s'efface, suggérant la disparition du ciel derrière un mur de cendres.

En trame sonore, on entend une pièce d'ambiance douce et mélancolique intitulée «First Breath After Coma», composée par Mark T. Smith, Michael James, Chris Hrasky et Munaf Rayani et enregistrée par Explosions In The Sky. Cette pièce est tirée de l'album The Earth Is Not A Cold Dead Place (2003).

Dale, Kathleen: Bird Calls

Bird Calls de Kathleen Dale est un poème qui explore le thème du deuil. Dale y aborde le sujet délicat de la mort de sa soeur, à travers ses propres réactions, celles de son père et celles de sa mère: alors que son père s'enferme devant l'écran de son ordinateur au sous-sol et que sa mère cherche le réconfort dans la musique classique, l'artiste trouve dans le comportement des corneilles une image à laquelle se rattacher, une énigme lui permettant d'atténuer la douleur du deuil.

Le poème se présente comme une succession de lexies programmées en Flash. L'internaute doit parfois fouiller la page pour trouver le lien qui le mènera à la lexie suivante; parfois, le passage se fait automatiquement. Des animations représentant des corneilles en vol, des bruits d'oiseaux et de la musique classique accompagnent la progression de l'internaute dans l'oeuvre.

Mouton, Alexander: Becoming and Being Unseen

Becoming and Being Unseen est une courte oeuvre d'Alexander Mouton qui explore sur un mode métaphorique les thèmes de la vie et de la mort, du cycle des naissances et des disparitions. Visuellement, l'oeuvre est composée de fragments photographiques animés avec lesquels l'internaute doit parfois interagir – en les agrippant pour les déplacer (click & drag), en les survolant du curseur de la souris ou simplement en cliquant. Le parcours de l'oeuvre est linéaire: si les actions de l'internaute sont nécessaires pour passer d'une séquence à l'autre, elles n'influencent pas l'enchaînement des différents segments.

En fond sonore, on entend une composition de John Hassell remixée par Alexander Mouton.

Nelson, Jason; Heckman, Davin: endings eventually end

endings eventually end est une collection de 25 courts textes de Jason Nelson et Davin Heckman qui relatent 25 apocalypses fictives de plus ou moins grandes importances. Ces «apocalypses» vont de la petite apocalypse personelle sans grande conséquence («In March of 2009 you will lose a shoe» - apocalypse no 17) à l'apocalypse multi planétaire radicale (destruction simultanée de Jupiter et de la Terre lors de la première rencontre officielle entre deux espèces intelligentes - apocalypse no 10). Plusieurs types de scénarios fictifs sont explorés par Nelson et Heckman: scénarios religieux, scénarios scientifiques, scénarios sociaux, etc.

Chaque apocalypse est associée à un compte à rebours en temps réel, montrant combien il reste de temps avant sa réalisation. Un lien placé dans le coin supérieur droit d'un compte à rebours permet d'ouvrir une fenêtre contenant une description de l'apocalypse, sa date, son échelle d'impact et une liste de ses effets possibles (par exemple, «souls eaten by rabbits with fangs of carrots and orgasmic jumping castles forever inflated» - apocalypse no 6). À titre de blague, lorsque l'internaute passe d'une page à l'autre (les apocalypses sont divisées sur trois pages), les logos des sponsors fictifs Ecumenical Eschatology Working Group et Singularity Watch apparaissent brièvement.

Saemmer, Alexandra: Böhmische Dörfer

Böhmische Dörfer est une oeuvre d'Alexandra Saemmer qui a pour thème l'expérience traumatique de la «marche de Brno», parfois appelée la «marche de la mort», qui désigne l'expulsion des Allemands de Brno (Tchécoslovaquie) en 1945. Sur la route qui les mena jusqu'à la frontière de l'Autriche, où on leur refusa l'entrée, jusqu'à Pohořelice, village où ils furent finalement internés, de 700 à 8000 des quelque 20 000 Allemands de Brno trouvèrent la mort.

L'oeuvre de Saemmer, montée sur l'outil de présentation en ligne Prezi, se divise en deux parties. La première (qui est aussi la plus volumineuse) est composée d'un ensemble de fragments textuels très courts et répétitifs, dans lesquels la mère de l'artiste semble essayer de se rappeler l'expulsion, la route, les morts, mais aussi son arrivée à Pohořelice l'hiver, les difficultés à s'installer sur une terre où tout est à recommencer. La deuxième partie, beaucoup plus courte, contient un résumé très succint (voire minimaliste) des évènements de Brno, ainsi qu'un paragraphe où l'artiste parle de comment sa mère, en visite à Brno, lui a un jour montré à elle et à son frère la maison de son enfance, avant l'expulsion.

La navigation d'un fragment à l'autre s'effectue grâce à une série de zooms successifs préprogrammés sur une toile unique; tous les fragments textuels sont inscrits sur une seule grande toile de fond, présentant un film d'époque en noir et blanc où l'on voit des Allemands déportés essayer de faire avancer dans la neige des voitures tirées par des chevaux. L'internaute n'a qu'à activer la lecture automatique ou à cliquer sur les flèches de lecture en bas de la fenêtre pour progresser dans l'hypertexte. Comme dans toute présentation Prezi, il demeure toutefois possible de manipuler soi-même la fonction de zoom et de se déplacer sur la toile pour emprunter d'autres chemins de lecture.

Une version anglaise est disponible au http://prezi.com/m7lq5txsl5qz/copy-of-wegekreuz/.

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