Mémoire

O'Neill, Pat; Comella, Rosemary; Kang, Kristy H.A.: Tracing the Decay of Fiction

Tracing the Decay of Fiction, produit avec le support du Labyrinth Project, est un film interactif de Pat O’Neill, Rosemary Comella et Kristy H.A. Kang qui rend hommage au Ambassador Hotel de Los Angeles, construit en 1921 et démoli en 2005. The Ambassador est un lieu emblématique du développement de la ville de Los Angeles, connu notamment pour son fameux Cocoanut Grove nightclub, endroit prisé durant l’âge d’or du film américain. Il a aussi été le lieu de tournage de plusieurs films d’Hollywood ainsi que l’hôte de six cérémonies des Academy Awards et a accueilli plusieurs invités d’importance, dont le plus tragiquement célèbre est Robert F. Kennedy, assassiné à l’hôtel le 5 juin 1968.

Basé sur un film de Pat O'Neill, Tracing the Decay of Fiction est un mélange d’archives historiques - photographie, son et vidéo - et de fiction traitant de l’histoire de l’hôtel. Divisant le film d'O'Neill en plusieurs courtes séquences vidéo, Tracing the Decay of Fiction fait visiter les endroits importants de l’hôtel: de la suite où ont résidé les Kennedy en 1968 au Cocoanut Grove nightclub, en passant par la piscine et le hall d’ascenseur du 4e étage. L’interface est constituée d’une seule fenêtre où les séquences vidéo sont présentées. Les zones cliquables sont repérables par la transformation du curseur en mire carrée rouge: elles font apparaître de courts segments vidéo d’archives ou fictifs, ou encore des témoignages ayant trait à l’hôtel. Lorsque le curseur s'approche des bords de la fenêtre principale, deux types d’icônes apparaissent: une double flèche (>>) faisant passer à la pièce ou à l’étage suivant, et un symbole ressemblant à un T (⊤). En laissant son curseur sur le «⊤», l'utilisateur fait défiler la séquence vidéo associée à la pièce visitée; cependant, il ne s’agit que du plan séquence du film interactif. Si l’on choisit de cliquer sur le symbole au lieu de laisser la séquence défiler, un court métrage se met à jouer. On y voit alors des personnages en noir et blanc (interprétés par des acteurs engagés par O'Neill) se superposer à la séquence filmée initiale, habitant ainsi la pièce déserte. En trame sonore, on entend des dialogues originaux ou bien tirés de films hollywoodiens d’époque. Le tout nous donne l’impression de rencontrer les fantômes d’anciens résidents de l’hôtel lors de notre visite dans les lieux abandonnés.

Une carte de l’hôtel est disponible à partir d'un lien situé dans le coin inférieur gauche. Sur cette carte, les pièces filmées sont identifiées et décrites par une narratrice. Une carte du quartier adjacent à l’hôtel est également présente: on y voit des photographies d’époque et des vidéos actuelles (datant de 2002). Des discours de spécialistes (historiens, critiques, etc) les accompagnent et décrivent le rôle de l’hôtel dans le développement de Los Angeles.

Johnston, David Jhave: McLu-uhms

McLu-uhms, de l'artiste multimédia David Jhave Johnston, est une courte oeuvre mariant texte et vidéo. En toile de fond, plusieurs vidéos jouent en boucle: coucher de soleil, balle de tennis roulant dans une flaque d'encre, nuages dans un ciel bleu, détritus abandonnés sous un arbre, etc. En superposition, différents blocs de texte défilent en se fondant les uns à la suite des autres (fade in/fade out). Les blocs se succèdent automatiquement à toutes les 4 secondes environ, mais l'internaute peut aussi utiliser les flèches ← et → de son clavier pour avancer et reculer à son propre rythme.

Le texte raconte sur un ton intimiste l'influence qu'a eu la découverte des livres de Marshall McLuhan sur l'éveil érotique du narrateur lorsqu'il était adolescent. Ce récit étrange et troublant, où le narrateur confie notamment s'imaginer Marshal McLuhan en train de suer dans un costume de Teletubbies, est accompagné de citations théoriques tirées d'ouvrages de McLuhan et de théoriciens ayant écrit à propos de McLuhan.

O'Brien, Nicholas: A Temporary Memorial Project for Jobbers' Canyon

A Temporary Memorial Project for Jobbers' Canyon Built with ConAgra Products est un projet de Nicholas O'Brien qui a pour but d'offrir en ligne un espace de mémoire pour les anciens immeubles du Jobbers' Canyon, un quartier historique d'Omaha (Nebraska). Ces immeubles, malgré leur valeur patrimoniale, ont été détruits en 1989 pour faire place aux nouveaux édifices de l'entreprise alimentaire ConAgra.

En arrivant sur le site Web du projet, l'internaute est d'abord accueilli par un texte de présentation expliquant l'histoire du quartier Jobbers' Canyon et le rôle de ConAgra dans sa destruction. Sur la gauche, une liste de liens permet à l'internaute d'accéder à des pages consacrées à certains immeubles maintenant disparus. Le projet abrite actuellement dix immeubles virtuels. Sur chacune des pages dédiés à ces immeubles, l'internaute retrouve l'ancienne adresse du bâtiment, des informations sur sa conception (architecte, date de construction, détails stylistiques, etc.) et un bref historique de son occupation. Juste en haut du texte, une vidéo activable présente une reconstitution 3D de l'immeuble disparu. Or, au lieu de chercher à imiter le fini original des immeubles, O'Brien a recouvert toutes les reconstitutions d'emballages de produits manufacturés par ConAgra. De plus, les reconstitutions ne sont pas statiques: chaque vidéo met en scène l'écroulement du bâtiment qui y figure. A Temporary Memorial Project for Jobbers' Canyon Built with ConAgra Products se présente donc essentiellement comme une accusation directe contre ConAgra, responsable de la perte d'une importante partie du patrimoine architectural d'Omaha.

Carpenter, J. R.: Excerpts from the Chronicles of Pookie & JR

Story Generation(s) est une série de trois générateurs programmés en Python par J. R. Carpenter à partir de scripts empruntés à Nick Montfort et publiés sur le blogue Grand Text Auto [1]. Les trois générateurs de la série Story Generation(s) sont Excerpts from the Chronicles of Pookie & JR (juin 2009), I've Died and Gone to Devon (novembre 2009) et Auto-Autobiography (février 2010). Pour utiliser les générateurs, l'internaute doit installer Python sur son ordinateur et télécharger les fichiers .py fournis par l'artiste. Une fois activés, les générateurs sont lancés dans une fenêtre terminale. Il suffit d'appuyer sur la touche Retour pour générer un nouveau bloc de texte.

Excerpts from the Chronicles of Pookie & JR raconte la cohabitation de Carpenter et de Pookie 14, un bernard l'hermite, en juin 2009. Le ton est léger et humoristique, parfois légèrement claustrophobe. I've Died and Gone to Devon est un générateur adapté d'entrées Twitter publiées par Carpenter lors d'une visite dans le Devon, en Angleterre. Les blocs de texte générés par I've Died and Gone to Devon rappellent la forme du carnet de voyage. Finalement, Auto-Autobiography produit de faux récits autobiographiques intimistes, imitant les mécanismes de la mémoire.

 

[1] Nick Montfort (30/11/2008) «Three 1K Story Generators», sur Grand Text Auto. En ligne: http://grandtextauto.org/2008/11/30/three-1k-story-generators/ (consulté le 16 janvier 2013)

Déprise est une œuvre réalisée par Serge Bouchardon et Vincent Volckaert qui explore le thème de la perte de contrôle, de la perte de prise. Divisée en six chapitres, elle est construite autour du récit d’un homme qui, vingt ans après son mariage, s’aperçoit qu’il ne connaît pas sa femme, qu’ils ont toujours été distants, et que même son fils est en train de s’éloigner de lui. Sentant que sa propre vie lui échappe et remettant en doute les fondements de son identité, il s’interroge sur ses choix passés et cherche un moyen de regagner le contrôle sur son existence, de «reprendre prise» sur celle-ci.

L’œuvre est conçue selon une logique linéaire: même si ce sont en partie les interactions de l’internaute qui déterminent le rythme de la lecture, la narration suit toujours la même séquence, ne contenant aucun dispositif hypertextuel qui permettrait de faire bifurquer le récit dans une direction ou dans une autre. De la même manière, seul un menu très discret (apparaissant lorsque l'internaute glisse sa souris sur la partie inférieure de l'écran) permet à l'internaute de choisir directement le chapitre qu'il désire visualiser, les auteurs préférant encore là encourager une lecture linéaire de l'œuvre. Avec Déprise, Bouchardon et Volckaert ne cherchaient toutefois pas à présenter un hypertexte classique, s’appuyant sur la multiplication des fils narratifs. En effet, la richesse de l’œuvre repose ailleurs, c’est-à-dire dans la complexité et la diversité des modes d’interactivité proposés à l’internaute.

Chacun des six chapitres propose une façon différente d’interagir avec le contenu affiché à l’écran et de faire progresser la narration. Dans le premier chapitre, une voix enregistrée qui formule la consigne d’«appuyer sur la touche dièse» invite l’internaute à comprendre le reste du chapitre comme une suite de réflexions faites par le narrateur alors qu’il est mis en attente sur une ligne téléphonique, patientant pour prendre un rendez-vous. (La nature du rendez-vous, par contre, demeure mystérieuse.) Pour plonger dans le chapitre, l’internaute doit d’abord appuyer sur n’importe quelle touche de son clavier, simulant l’acte d’appuyer sur la touche dièse d’un téléphone. Ensuite, il suffit de glisser le curseur de la souris au-dessus des phrases affichées pour les faire se succéder. Fait intéressant, après un moment, les mouvements de la souris de l’internaute provoquent l’apparition de taches lumineuses accompagnées de sons, dont la juxtaposition forme rapidement une toile audiovisuelle vive et colorée.

Le dispositif du faux rendez-vous, dans le premier chapitre, sert de pont pour passer au chapitre deux, où le narrateur se rappelle son premier rendez-vous avec celle qui est ensuite devenue sa femme. D’abord, tout comme dans le premier chapitre, l’internaute visualise quelques phrases en les faisant se succéder grâce aux passages du curseur de sa souris. Ensuite, plusieurs questions, posées par le narrateur à sa future femme, apparaissent simultanément: en passant le curseur de sa souris sur chacune de ces questions, l’internaute en déclenche la lecture (fichier audio) ainsi que la «mutation» en une nouvelle phrase, maladroite et dépourvue de sens, reflétant la nervosité et la confusion du narrateur. Finalement, une fois toutes les questions lues, l’internaute doit balayer la partie gauche de l’écran avec le curseur de sa souris pour faire apparaître le visage d’une femme. (En fait, les mouvements de la souris entraînent la superposition de plusieurs couches de texte – encore plus de questions posées par le narrateur – dont la toile serrée finit par laisser deviner le visage de la femme.)

Le dispositif au cœur du chapitre trois permet quant à lui de découvrir le double-sens d’un mot laissé par la compagne du narrateur à l’intention de celui-ci, vingt ans après leur mariage: s’agit-il d’un mot d’amour ou de rupture? Le texte défile lentement à l’écran, un peu comme les textes placés en introduction des films de la série Star Wars. Quand le curseur de la souris de l’internaute se trouve vers la droite, le texte défile vers le bas et se présente comme un mot d’amour. En trame sonore, on entend une pièce tirée de l’opéra Carmen. Or, quand l’internaute glisse le curseur vers la gauche, les lignes du texte s’inversent, défilant vers le haut et formant un mot de rupture. La musique elle-même joue alors à l’envers, accompagnant le retournement du sens du message adressé au narrateur.

Dans le quatrième chapitre, le narrateur s’inquiète non plus de l’éloignement de sa femme, mais de celui de son fils. Une dissertation écrite par ce dernier se forme d’abord lettre par lettre à l’écran, pendant qu’une voix en fait la lecture. Une fois le texte entier affiché, l’internaute peut le survoler de sa souris et cliquer sur certaines zones d’interactivité dont la présence est signalée par un changement de l’apparence du pointeur. En cliquant sur ces zones, l’internaute provoque la dispersion d’une partie du texte et l’apparition de phrases alternatives, révélant le sens caché que le narrateur croit percevoir derrière la dissertation de son fils: «je veux voler de mes propres ailes», «bientôt je partirai», «nous n’avons rien en commun», etc.

Dans le chapitre cinq, le narrateur s’interroge sur sa propre présence, sur son image qui semble le fuir. Pour pleinement profiter de ce chapitre, l’internaute doit avoir activé sa webcam avant d’entreprendre la lecture de l’œuvre. Sur fond d'une composition originale du musicien Hervé Zénouda, l’image vidéo de l’internaute, saisie en temps réel, apparaît au centre de l’écran. En la survolant du curseur de sa souris, l’internaute la déforme, créant des vagues et des distorsions.

Finalement, dans le chapitre six, le narrateur décide de reprendre le contrôle de son existence, d’en simplifier les paramètres pour mieux les contrôler. Ce n’est dès lors plus à l’aide de sa souris que l’internaute interagit avec l’œuvre, mais à l’aide de son clavier, mode d’interaction qui suggère une plus grande prise de contrôle. Après une courte narration initiale (une fois de plus, l’internaute glisse le curseur de sa souris sur les phrases pour les faire se succéder), un espace de saisie de texte apparaît au centre de l’écran. L’internaute comprend alors qu’il est invité à le remplir, en écrivant. Or, les lettres qui s’inscrivent au rythme des mouvements des doigts de l’internaute ne correspondent pas aux touches enfoncées; le texte réellement saisi par l’internaute n’est pas celui qui s’affiche, seule la cadence de frappe subsistant à l’écran. Donc, la reprise de contrôle est-elle réelle ou illusoire? À la toute fin de l’œuvre, alors que la dernière phrase s’inscrit dans le champ de saisie, l’illusion de contrôle se dissipe: ce qui devrait apparaître comme «Enfin, je me suis repris» devient «Enfin, je me suis reprgjkhdasjkh», ou autre version similaire, selon les touches enfoncées par l’internaute. Il y a nouvelle déprise juste au milieu de la dernière reprise.

En ce sens, les dispositifs interactifs mis en place par Bouchardon et Volckaert sont conçus de manière à faire écho au propos de l’œuvre. L’internaute navigue continuellement entre perte et prise de contrôle, entre maîtrise et frustration. (Par exemple, dans le premier chapitre, le curseur de la souris devient soudainement invisible au milieu de la lecture, rendant difficile l’accomplissement des actions nécessaires pour entraîner la succession des phrases constituant la narration.) Ainsi, si le geste (survoler, manipuler, etc.) demeure central dans l’expérience de l’œuvre, le geste est aussi problématisé [1]. De plus, la sensualité intrinsèque à l’expérience de Déprise (toucher, voir, entendre) et la manière dont les artistes la déploie pour ouvrir des espaces de doute est aussi une façon de soulever le problème de l’identité de l’individu, construite dans l’interagir avec l’autre. Le dispositif interactif devient donc pleinement une métaphore au service de l’œuvre, au-delà de son caractère superficiel de simple «novelty» [2]: le parcours difficile qu’accomplit le narrateur à la recherche de lui-même, en quête de contrôle, progresse de concert avec celui de l’internaute, qui s’efforce quant à lui de se saisir au mieux de l’œuvre et des possibilités d’interactivité offertes; si l’identité en déprise du narrateur est sollicitée de toutes parts, construite à la rencontre de la mémoire et d’effets de communication problématiques, l’internaute doit aussi multiplier de son côté les tactiques de lecture et de manipulation en espérant tout au long s’en tirer pour le mieux.

Bref, Déprise est une œuvre originale qui mobilise une grande variété de dispositifs interactifs et de problématiques identitaires. Malgré tout, son esthétique dépouillée en fait une pièce facile d’approche, de lecture facile: même si Déprise est riche de sens et aborde des thématiques complexes, jamais l’internaute ne court le risque de s’y perdre.

Il est à noter que trois versions de l’œuvre sont disponibles en ligne: une version française, une version anglaise (Loss of Grasp) et une version italienne (Perdersi). Les trois versions sont accessibles sous http://deprise.fr/ ainsi que sous http://lossofgrasp.com/. Déprise a remporté le New Media Writing Prize 2011.

 

[1] À ce sujet, voir Serge Bouchardon et Asunción López-Varela Azcárate (2011) «Making Sense of the Digital as Embodied Experience». CLCWeb: Comparative Literature and Culture, vol. 13, no 3 (septembre). En ligne: http://docs.lib.purdue.edu/clcweb/vol13/iss3/7/ (consulté le 7 janvier 2013)

[2] Scott Rettberg (13/10/2011) «Loss of Grasp -- the Multimedia work of Serge Bouchardon», sur Necessary Fiction. En ligne: http://necessaryfiction.com/writerinres/LossofGrasptheMultimediaworkofSergeBouchardon (consulté le 7 janvier 2013)

Železnikar, Jaka: Fragments of Distances

Fragments of Distances est une très courte nouvelle de Jaka Železnikar qui explore les relations entre identité, mémoire et cartographie. L'oeuvre se divise en quatre sections, contenues sur quatre pages différentes. Dans chaque section, Železnikar combine photographie, applications interactives Google Maps et texte pour faire progresser le récit. Par exemple, l'internaute doit parfois cliquer sur des bornes Google Maps pour faire apparaître les fenêtres contenant le texte, alors qu'à d'autres moments un point en mouvement sur une carte illustre le chemin parcouru par le narrateur.

La nouvelle fait découvrir à l'internaute les pensées d'un homme qui, après avoir aidé des jeunes touristes à se retrouver dans la ville, se met à errer dans ses propres pensées en se rappelant une promenade avec sa fille. Il est à noter que les cartes Google Maps employées par Železnikar sont celles de la ville de Ljubljana, en Slovénie.

Gibb, Susan M.: Blueberries

Blueberries est un hypertexte de fiction de Susan M. Gibb qui explore les thèmes de l'inceste, de la sexualité, de la mémoire et de la perte. Une femme qui prépare une exposition de ses peintures dans une galerie d'art se souvient de plusieurs épisodes de sa vie: le suicide de son père, les journées à jouer avec son frère, les abus sexuels infligés par son grand-père, la perte de sa virginité, les quelque dix années passées avec son amoureux rencontré au collège, etc. Tout au long du récit, les bleuets servent de métaphore aux désirs de la narratrice ainsi qu'aux idées de pureté et de perfection. D'ailleurs, toutes les peintures de la narratrice représentent des bleuets; hors, la veille de l'ouverture de son exposition, elle décide de repeinturer ses toiles en blanc...

L'hypertexte, créé sur Tinderbox (un logiciel Eastgate), est présenté dans un format très classique: le texte, en noir, contient plusieurs hyperliens identifiés en mauve. L'internaute n'a qu'à cliquer sur les liens qui l'intéressent pour progresser d'une lexie à l'autre. Lorsqu'un hyperlien est associé à une lexie déjà visitée, le lien apparaît en gris plutôt qu'en mauve, ce qui permet de garder une trace du chemin parcouru.

Carter, Roxanne: Housing Problems

Housing Problems est une oeuvre de Roxanne Carter influencée par les théories féministes de Susan Bernstein et Susan Sontag [1]. L'internaute navigue dans l'oeuvre à partir d'une interface composée d'une série de 18 images disposées en rectangle. Ces images sont des illustrations qui représentent des femmes juxtaposées à des maisons menaçantes, un peu comme les illustrations qu'on s'attendrait à trouver sur les couvertures de romans pulp des années 1950 et 1960. En cliquant sur les images, l'internaute provoque l'ouverture de fenêtres intempestives contenant différents éléments servant à nourrir le propos de l'oeuvre: vidéos mettant en scène des maisons claustrophobiques et inquiétantes, textes qui soulignent l'aliénation de la femme-prisonnière réduite à sa fonction domestique, etc. L'internaute doit tantôt cliquer sur des hyperliens pour faire apparaître d'autres sections du texte, tantôt utiliser des menus déroulant, ou encore simplement laisser les vidéos ou les animations défiler d'elles-mêmes.

Il est à noter que le cadre temporel de l'oeuvre de Carter demeure difficile à cerner, certains passages rappelant parfois le régime des anciens manoirs du 19e siècle, alors que d'autres éléments suggèrent plutôt le milieu du 20e siècle. À ce sujet, on pourrait d'ailleurs penser l'oeuvre de Carter comme une espèce de «mémoire» de la domesticité, étalée sur plusieurs décennies.

 

[1] Roxanne Carter (2009) «Artist Statement», New River Journal, automne. En ligne: http://www.cddc.vt.edu/journals/newriver/09Fall/carterbio.html (consult/ le 11 d/cembre 2012)

Bailey, Sara Sloan: Factography

Factography est un hypertexte de Sara Sloan Bailey composé d'une série de courts récits entremêlés. Ces récits, qui relèvent de la fiction mais qui sont composés à partir de bribes de réalité [1], tournent autour d'un nombre réduit de personnages dont les destins s'entrecroisent, un peu sous le mode de la chronique: des couples se forment et éclatent au fil des voyages, des jeunes hommes s'en vont se battre en Irak et reviennent changés, des souvenirs d'enfance refont surface à des moment inattendus...

L'internaute accède à l'hypertexte en cliquant sur le lien «stories», sur la page d'accueil. Un premier récit s'ouvre alors, contenant plusieurs hyperliens. Ce premier récit, intitulé «Cadiz», est présenté dans son entièreté. En cliquant sur un des hyperliens contenus dans le texte, l'internaute est toutefois redirigé vers un fragment d'un autre récit. D'un hyperlien à l'autre, c'est donc de fragment en fragment que l'internaute poursuit sa lecture. Néanmoins, au bas de chaque fragment, une croix contenant quatre contrôles offre la possibilité d'accéder à la version complète du récit ou de passer au fragment suivant du récit en cours de lecture (les deux autres contrôles servent à revenir en arrière et à aller vers la table des matières).

 

[1] Sara Sloan Bailey (2008) «Home», page d'accueil de Factography. En ligne: http://www.cddc.vt.edu/journals/newriver/08Spring/bailey/Home.html (consulté le 13 janvier 2013)

Weishaus, Joel: Inside the Skull-House

Inside the Skull-House de Joel Weishaus est un hypertexte qui s'intéresse à la vaste question du problème corps-esprit, c'est-à-dire au lien entre les structures physiques du corps et la conscience. L'hypertexte a été publié en quatre parties (nommées en fonction de parties du cerveau) dans des revues différentes:

«Hippocampus» (première partie) dans Rhizomes, no 1, automne 2000 http://www.rhizomes.net/issue1/skull/intro.htm;

«Amygdala» (deuxième partie) dans BeeHive, vol. 3, no 2, juillet 2000 http://beehive.temporalimage.com/content_apps32/2weishaus/a.html;

«Basal Ganglia» (troisième partie) dans Riding the Meridian, vol. 2, no 2, 2002 http://www.heelstone.com/meridian/weishaus/intro.htm;

«Pons» (quatrième partie) dans New River Journal, no 8, 2003 http://www.cddc.vt.edu/journals/newriver/weishaus/skull/intro.htm.

D'une partie à l'autre, l'hypertexte est toujours constitué de la même façon: sur une page principale, l'internaute a accès à un court texte de présentation et à une série de liens qui renvoient vers différentes sections identifiées «PREP», «TEXT», «PARATEXT» et «ILLUSTRATION». La section «PREP» présente une description de la structure du cerveau ayant inspiré la partie de l'hypertexte en cours de lecture. La section «TEXT» contient le texte principal de l'oeuvre, criblé d'hyperliens. Le «PARATEXT» présente quant à lui l'ensemble des contenus auxquels renvoient les hyperliens dans la section «TEXT». Finalement, la section «ILLUSTRATION» redirige l'internaute vers une vue en coupe d'un cerveau humain, hébergée sur le site Web de l'école de médecine d'Harvard.

Les textes constituant le coeur d'Inside the Skull-House, présentés dans les sections nommées «TEXT», comportent plusieurs niveaux et sont composés sur le mode du cut-up. Les différents niveaux sont identifiées par des tailles de polices différentes et s'entrecoupent à plusieurs reprises dans un même paragraphe, créant un enchevêtrement de phrases incomplètes. Dans le premier niveau, l'internaute découvre la vie du narrateur qui relate ses voyages, la mort de ses amis, ses souvenirs de jeunesse, etc. D'une partie à l'autre, on voit le narrateur évoluer dans sa propre vie, marqué par de nouvelles expériences et de nouveaux drames. Les autres couches, qui semblent constituer les couches inférieurs de conscience derrière la couche de narration principale, présentent des informations disparates sur la mythologie, la neuroscience, la sagesse zen, etc. L'effet général est celui d'un flux de conscience (stream of consciousness) intimiste. Les contenus auxquels renvoient les hyperliens se présentent quant à eux essentiellement comme des citations tirées d'ouvrages scientifiques, anthropologiques, religieux, philosophiques, etc.

Lockridge, Tim: A Sky Of Cinders

A Sky Of Cinders est un hypertexte de Tim Lockridge dans lequel un narrateur anonyme parle de sa vie et de ce qui l'entoure, après qu'une catastrophe (qui n'est jamais nommée) ait rempli le ciel de cendres: les gens sont moroses et se raccrochent à leurs souvenirs, la poussière s'immisce partout, la vie marine finit par disparaître, le centre du continent devient une vaste zone désolée. Le ton du texte est doux et amer, mettant l'emphase sur le côté humain de la catastrophe.

Pour naviguer dans l'hypertexte, l'internaute suit les liens cachés dans les lexies. Chaque lexie renferme deux hyperliens: le premier renvoie vers la lexie successive immédiate, alors que le deuxième permet de sauter une lexie pour tomber sur la lexie suivante. Il est ainsi possible de lire une version longue du texte, en visionnant une à une l'ensemble des lexies, ou une version courte, en ne lisant qu'une lexie sur deux. Aussi, plus l'internaute progresse dans l'hypertexte, plus l'image en arrière-plan (représentant un ciel rempli de nuages) s'efface, suggérant la disparition du ciel derrière un mur de cendres.

En trame sonore, on entend une pièce d'ambiance douce et mélancolique intitulée «First Breath After Coma», composée par Mark T. Smith, Michael James, Chris Hrasky et Munaf Rayani et enregistrée par Explosions In The Sky. Cette pièce est tirée de l'album The Earth Is Not A Cold Dead Place (2003).

Carpenter, J.R.: Notions of the Archival in Memory and Deportment

Notions of the Archival in Memory and Deportment est une oeuvre hypermédiatique linéaire de J.R. Carpenter rassemblant plusieurs pensées sur les effets de la technologie sur le cerveau humain. L'œuvre est divisée en trois sections: «In the era of forgetfulness and wonder», «Situations of the amassed» et «What part of me can safely house absence».

La première section se penche sur l'émerveillement et l'inconfort qu'amène l'usage des technologies de l'information et de la communication. La deuxième traite des limites humaines que cet usage permet de repousser. La troisième se questionne sur le rôle du cerveau humain une fois que celui-ci s'est fait départir de ses tâches principales par la technologie et qu'il devient de plus en plus obsolète.

La navigation dans l'oeuvre est fort simple: chaque page contient une image ou un texte écrit sur un logiciel de traitement d'image. Un simple clic sur l'élément actif suffit pour passer à la page suivante.

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