Manipulation de texte

Déf. L’internaute manipule des textes disponibles dans l’œuvre en les déplaçant ou en les transformant.
Cette oeuvre a été créée dans le cadre du projet collaboratif The Famous Sound of Absolute Wreaders. En effet, as time goes on: absolute wreaders est la «réponse» de Gassner à der schrank die schranke de Martina Kieninger. À la gauche de l'écran, l'internaute peut voir quatre textes traitant des relations de l'Homme et de la machine: est-ce la machine ou l'Homme qui écrit? La machine peut-elle lire ce que l'homme écrit, et vice-versa? À quoi ressemblerait un dialogue entre l'Homme et la machine autour de la question du texte? À la droite de l'écran, une cinquième fenêtre contient des indications pour guider l'internaute dans son expérience de l'oeuvre: on l'invite à modifier la grandeur de chaque fenêtre, à faire dérouler simultanément tous les textes, à s'imaginer différentes couleurs de fond et de police pour mettre les textes en valeur, etc. Finalement, lorsque l'internaute a le sentiment d'atteindre un stade satisfaisant dans son expérience de lecture, l'artiste lui conseille de faire une saisie d'écran pour montrer ce qui apparaît dans son fureteur et de lui envoyer le résultat par courriel.
L'oeuvre das buch gertrud est un hommage à la mémoire de Gertrude Stein (1874-1946). L'utilisateur se promène dans trois environnements différents: les pières colorées ("bunte steine/coloured stones"), le jardin de roses ("rosengarten/rose-garden") et la pierre tombale ("grabstein/tombstone"). Chacun de ces environnements est constitué de séries de mots simples (par exemple "die stein rose in meinem stein garten ist" ou "a rose is a rose is a rose") disposés de façon à former différents motifs que l'internaute modifie à chaque clic de souris. Aussi disponible sur netzliteratur.net (http://www.nt2.uqam.ca/repertoire/das_buch_gertrud).
L'oeuvre das buch gertrud est un hommage en deux parties à la mémoire de Gertrude Stein (1874-1946). Dans la première partie, l'internaute se promène dans trois environnements différents: les pierres colorées ("bunte steine/coloured stones"), le jardin de roses ("rosengarten/rose-garden") et la pierre tombale ("grabstein/tombstone"). Chacun de ces environnements est constitué de séries de mots simples (par exemple "die stein rose in meinem stein garten ist" ou "a rose is a rose is a rose") disposés de façon à former différents motifs que l'internaute modifie à chaque clic de souris. La deuxième partie est un projet collaboratif: l'internaute est invité à composer un épitaphe pour Gertrude Stein à partir de la dernière strophe des Stanzas in Meditation et à soumettre son texte ou sa collaboration visuelle à l'adresse courriel de l'artiste. Plusieurs des documents reçus sont affichés en différentes langues sur le site. La première partie de l'oeuvre est aussi disponible sur CD-ROM (http://www.nt2.uqam.ca/repertoire/das_buch_gertrud_0).
Ce CD-ROM regroupe dix oeuvres de «Netzliteratur» (littérature hypermédiatique allemande) de Johannes Auer et Reinhard Döhl produites entre 1996 et 2000: «Kill the Poem» (Auer, 1997), «Noras Ohr» (Auer, 1997), «Das pferd am Handy» (Auer, 2000), «Aphorismen Galerie» (Auer, 2000), «der tod eines fauns» (Döhl, 1997), «das buch gertrud» (Döhl, 1996), «worm applepie for doehl» (Auer, 1997), «Der Zuritt vom Stuttgarter Rössle» (Auer, 1999), «Pietistentango» (Auer/Döhl, 1998) et «makkaronish für niedlich» (Döhl/Auer, 1997). Au fil de ses navigations, l'utilisateur est entre autres invité à donner forme à un jardin de roses en mémoire de Gertrude Stein, regarder un ver manger une pomme de texte, trancher l'oreille de Nora Ohr ou faire danser le tango à des mots sur l'écran. La réflexion d'Auer et Döhl s'inscrit dans la prolongation des travaux du Groupe de Stuttgart sur la poésie entrepris dans les années 1950 et 1960.
L'oeuvre est constituée d'un poème composé exclusivement des sept mots (faxen, ohne, mit, kein(e), ist, ernst et tango). En approchant le curseur du fusil, l'utilisateur est invité à faire feu sur le poème avec sept «balles» qui font chacune disparaître un des mots du texte pour ne laisser, à la fin, qu'un espace blanc. Une fois le poème disparu, l'utilisateur a la possibilité de cliquer sur le lien «i like it and start again» pour faire réapparaître le texte et recommencer la mise à mort du poème... Aussi disponible sur le Web.

L'oeuvre se présente comme un court poème romantique que l'utilisateur peut modifier en cliquant sur les mots soulignés en rouge. À chaque clic, l'ensemble des mots soulignés (dix nominatifs) se réorganisent pour proposer une nouvelle variante du poème où, par exemple, l'horizon avance tantôt sur l'écho pour ensuite laisser apparaître le soleil lui-même comme écho. Aussi disponible sur netzliteratur.net (http://doehl.netzliteratur.net/faun/faun.htm).

L'oeuvre se présente comme un court poème romantique que l'internaute peut modifier en cliquant sur les mots soulignés en rouge. À chaque clic, l'ensemble des mots soulignés (dix nominatifs) se réorganisent pour proposer une nouvelle variante du poème où, par exemple, l'horizon avance tantôt sur l'écho pour ensuite laisser apparaître le soleil lui-même comme écho. Aussi disponible sur CD-ROM.

L'oeuvre est constituée d'un poème composé exclusivement des sept mots (faxen, ohne, mit, kein(e), ist, ernst et tango). En approchant le curseur du fusil, l'internaute est invité à faire feu sur le poème avec sept « balles » qui font chacune disparaître un des mots du texte pour ne laisser, à la fin, qu'un espace blanc. Une fois le poème disparu, l'internaute a la possibilité de cliquer sur le lien « i like it and start again » pour faire réapparaître le texte et recommencer la mise à mort du poème. Aussi disponible sur CD-ROM.

Mandel.brot regroupe les créations hypermédiatiques d'Alexandra Saemmer et de Bruno Scoccimarro. Celles-ci sont temporairement exposées sur le site et, après quelques mois, elles sont remplacées par de nouvelles œuvres et disparaissent à jamais.



Le titre du site semble avant tout être un hommage à Benoit Mandelbrot, un mathématicien franco-américain né à Varsovie en 1924, qui a travaillé au début de sa carrière sur des applications originales de la théorie de l’information, puis a développé ensuite une nouvelle classe d’objets mathématiques: les objets fractals. Ceux-ci peuvent «être envisagés comme des structures gigognes en tout point – et pas seulement en un certain nombre de points, comme les attracteurs de la structure gigogne classique. Cette conception hologigogne (gigogne en tout point) des fractales implique cette définition tautologique: un objet fractal est un objet dont chaque élément est aussi un objet fractal.»  [1] Cette notion de fractal s’avère faire partie de la vision esthétique des deux artistes. Par exemple, les titres des œuvres sont proposés autour d'une branche, tels des arborescences, chaque œuvre appartenant à un même tout en étant à la fois indépendante et complémentaire aux autres parties. Mandel.brot est aussi un jeu de mots entre l’allemand «mandeln» – qui signifie «amande» et renvoie ainsi au choix esthétique du site de représenter une branche d'amandier –, et le mot «brot», signifiant «pain» mais aussi «travail» au sens figuré, via l'expression «gagner son pain».



Les œuvres d'Alexandra Saemmer et Bruno Scoccimaro offrent pour la plupart une réflexion sur les relations entre textes et images. L'iconicité, les aspects calligrammatiques – l’expressivité graphique du texte en résonance à son thème – et le mouvement sont des caractéristiques majeures de la pratique poétique des deux artistes. Le désir d’unir les mots aux images et de faire de la lettre «un élément iconographique» est très prégnant. Pour Alexandra Saemmer, le numérique «se caractérise par le transport et la fusion entre deux régimes sémiotiques, le texte et l’image. Contrairement au texte, l’image paraît profondément immergée dans l’univers de la matière»[2]. Les œuvres qui vont et viennent sur le site emploient non seulement le texte et l'image mais également la vidéo et le son, créant des environnements qui évoluent entre sens et sensation.


[1] 
Boulanger, Philippe; Cohen, Alain, Le Trésor des Paradoxes, Éd. Belin, 2007.
[2]Saemmer, Alexandra, Matières textuelles sur supports numériques, Presses universitaires de Saint-Etienne, 2007, p.98.

 

Jean-Pierre Balpe ou les Lettres dérangées se veut une œuvre hommage au chercheur et artiste du numérique Jean-Pierre Balpe. L’internaute est invité à cliquer sur l’écran dès la page titre de l’œuvre afin d’accéder à son contenu. Dépendamment de l’endroit de l’écran où le clic est effectué, l’internaute se trouve en face d’une disposition particulière du matériau textuel  utilisé. S’il est invité à déranger les lettres, la lecture hypermédiatique de cette œuvre ne se fait pas sans une certaine quête d’ordre, de remise en place des éléments.


La toile de fond des Lettres dérangées est en fait la bibliographie des œuvres de Jean-Pierre Balpe. On compte à ce nombre Shangaï-Paris, Les Immatériaux, ... nographies, FICTION et Barbe Bleue, entre autres. Ces titres sont cependant minés par des espaces laissés vides, que l’internaute, s’il se prête au jeu, peut combler, en déplaçant le curseur de la souris. La surface textuelle des Lettres dérangées se trouve ainsi délinéarisée, fragmentée. Malgré cette fragmentation, une logique sous-jacente est présente, comme dans tout générateur de texte (outil cher à Balpe). Cette logique une fois décelée (à savoir l’ordre alphabétique qui contient lui aussi ses failles, dans l’oeuvre), l’internaute se retrouve en terrain connu de la lecture puisqu’il retrouve le fil conducteur de l’alphabet.


Ce parcours linéaire doit être soigneusement reconstitué en naviguant entre les titres pour toucher les lettres manquantes. Il est à noter que ce parcours peut être effectué dans deux sens différents : de A à Z ou de Z à A. Dans le premier cas, l’internaute, verra apparaître à la «fin» de son parcours, en activant la lettre Y (Fictions d’Issy) : «Ceci n’est pas la fin.» Celui-ci se bute donc à une incapacité de poursuivre sa progression, il doit réactualiser la page pour recommencer. S’il parcourt le chemin inverse, même résultat. Si dans sa progression vers la dernière lettre de l’alphabet, la bibliographie des œuvres de Balpe devient plus claire par l’ajout de lettres, c’est tout le contraire lorsqu’on chemine vers le A. Chaque lettre disparaît jusqu’à ce qu’il ne reste que les A, ceux-ci se mettant à tourner sur eux-mêmes. Il est cependant possible de refaire le chemin inverse pour se buter de nouveau à l’absence de fin annoncée par l’œuvre.


Cette fin, qui refuse d’en être une, met de l’avant un principe fondamental de la lecture des œuvres hypermédiatiques, à savoir une lecture fragmentaire nécessitant de la part du lecteur-internaute de faire des liens avec les éléments qui lui sont présentés afin de créer son propre réseau de sens. Les titres parsemés de blancs ouvrent la possibilité d’une recherche de totalité de l’œuvre qui se révèle impossible parce que morcelée dans plusieurs textes. Ceux-ci forment la totalité sur laquelle l’internaute peut s’appuyer. Burgaud va jusqu’à faire de la lettre l’unité de sens premier, faisant du coup perdre aux titres présents dans la page toute valeur. Le plaisir de l’internaute se trouve donc inscrit dans son parcours, qu’il vient à connaître par cœur. D’autre part, il peut en oublier le but premier de l’œuvre, soit l’hommage à Jean-Pierre Balpe, mais cet oubli est nécessaire puisqu’il pose d’emblée un questionnement sur la nécessité de l’auteur de l’œuvre lorsqu’il est question d’un générateur de texte, ce dernier outil étant cher à Balpe, rappelons-le. Notons que Burgaud laisse tout de même des traces de sa pratique de la poésie visuelle au sein de l’œuvre : les lettres qui se déplacent laissent des traces à l’écran, le A tourne en rond (tout comme le lecteur!), le U lorsqu’activé évoque une fleur, et le V crée une sorte d’étoile (permettant de deviner le W absent de l’œuvre).

Si Accidental Motion - Cinematic Sound [a Kind of VJ Game] peut être qualifié de soundtoy, il est l’une des seules œuvres du genre faisant un usage important du texte dans l'élaboration du sens de l'oeuvre. Le programme est annoncé dans le titre: il s’agit d’un jeu où sons, images et mouvements seront liés, entreront parfois en collision. L’espace navigable en tant que tel est divisé en trois parties délimitées par une mince bordure grise. Chacune de ces plages porte un titre : motion generator, text generator et sound generator. Sur fond noir, au centre, on trouve le générateur d’images animées ainsi qu’un générateur de texte juste au-dessous. Une colonne à droite de l’écran est réservée au générateur de sons. On notera la présence de différentes figures pixélisées ressemblant à des insectes, accompagnées d’étoiles tournoyantes, qui se déplacent sur toute la surface de l’œuvre. Ces figures se meuvent sur l’écran selon le mouvement du curseur sur le choix de boucles sonores, offertes dans la table de mixage. Les figures pixélisées permettent ainsi d’unifier visuellement la surface de l’œuvre en se fondant dans les diverses images générées lors de la navigation. D’ailleurs, pour chaque boucle sélectionnée (quatre parmi douze, classées en trois groupes), il est possible de changer le volume (master) et l’intensité du son dans le champ stéréo droit ou gauche (panning). D’autres options permettent de taire une boucle ou de la laisser jouer en solo. Une représentation du clavier, dans le coin inférieur droit de l’écran, est aussi disponible pour une navigation avec la souris. Cette option ne permet cependant pas de naviguer de façon aussi fluide qu’avec le clavier. Accidental Motion - Cinematic Sound obéit à une logique de l’immersion. L’internaute devra d’abord apprivoiser, à tâtons, les différents effets des touches du clavier. Plusieurs d’entre elles permettent d'afficher des fragments textuels à l’écran, autoréflexifs, tels que : «This is a subliminal journey», «What is it all about?» ou encore «This is just the beginning». D’autres afficheront des images et feront surgir des sons. Cette œuvre propose à l’internaute de s’improviser VJ, de se prendre au jeu d’agencer image, son et texte (dont l’ordre d’apparition est aléatoire). La capacité de l'internaute à s'adapter à cet environnement sans cesse changeant est important dans la saisie de l'oeuvre et le plaisir qu'il en tire.

 

L'absence d'intrigue à proprement parler dans l'oeuvre de Feuillet pose l'internaute devant un contrat de lecture particulier. L’utilisateur, bien qu’effectuant des choix selon son bon vouloir, ne peut définir un parcours à l'avance puisque les fragments de texte sont affichés de façon aléatoire. Les images animées touchent quant à elles des thématiques hétérogènes, sans cohérence apparente: un insecte à l’allure d’une guêpe et une soucoupe volante ou encore les radiographies d’un crâne et la silhouette d’un félin qui court, par exemple. Le son et les images sont donc ce vers quoi l’internaute tendra pour créer ses liens de lecture car «[s’il] peut parfois avoir le sentiment de tourner en rond, il importe plus, pour lui, de faire des liens tout en se donnant l’impression d’être dans une lecture toujours en cours1.» Qu’importe de tourner en rond lorsqu’il s’agit de musique industrielle, basée sur le principe même de la boucle? Ce que Feuillet propose ici, c'est d'enchaîner les éléments disponibles afin d’en arriver à une expérience esthétique d’abord et avant tout divertissante, comme le fait un vidéo jockey. L’intrigue devient alors possible par l’intervention des médias sonores et graphiques. C’est le rôle du lecteur de justifier ces associations, faiblement motivées dans l’œuvre. L'investissement de la subjectivité de l'internaute est donc nécessaire si ce dernier veut en tirer un maximum de sens.


L'immersion, la recherche d'une intrigue ou d'un sens, est d'abord et avant tout possible dans l'oeuvre de Feuillet par la fluidité du rythme qu'établira l'internaute lors de sa navigation. Cinematic Sound: Dans le titre même de l’expérience que nous propose le concepteur, le son est l'agent liant permettant la continuité. Inversement, Accidental Motion suggère le mouvement accidentel, voire la collision. Le choix des touches qu’on enfoncera sera fait en rapport avec les tonalités que l’on aura sélectionnées dans la table de mixage. Ces choix entraîneront la superpositon des différentes couches d’images, persistant plus ou moins longtemps sur la surface de navigation. Avec plus ou moins de fluidité, les images défileront, changeront couche par couche selon les choix de l’internaute. Il y a un plaisir immense lorsqu’on réussit à enchaîner toutes les touches; l’utilisateur tisse son propre sens de l'oeuvre. Conjointement, le son et l’image deviennent des générateurs de texte et vice-versa. Accidental Motion, Cinematic Sound est l'un des rares soundtoys où la textualité a une place de choix, permettant de combiner la quête de sens en passant par une approche ludique.

 

[1]. Alice van der Klei, «L’hypertexte ou les liens de lecture», dans Autour de la lecture. Médiations et communautés littéraires, sous la direction de Josée Vincent et Nathalie Watteyne, Notabene, 2002, Montréal, p. 292

« Emotepoem » est une générateur de poésie dont l'internaute peut contrôler sept différents paramètres d'émotivité, soit la quantité de violence, d'érotisme, de matériel, de beauté, de calme, d'élévation et de surréalisme. Après avoir choisi le degré de chacun de ces ingrédients pour le poème qui sera généré, l'internaute n'a qu'à appuyer sur « Go » pour lire le résultat des agencements qu'il a opéré.
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