Livre

Johnston, David Jhave: Zero Whack

Zero Whack est une oeuvre de David Jhave Johnston qui génère aléatoirement des couvertures de livres imaginaires à partir de plusieurs banques d'éléments textuels et d'images. Au total, huit banques sont utilisées: une banque de 139 titres de livres fictifs, une autre de 253 photos, une de 53 blurbs, une de 44 synopsis, une de 285 prénoms, une complémentaire de 1061 noms de famille, une de 1293 villes et, finalement, une dernière banque de 9954 maisons d'édition. Les titres et les synopsis ont d'abord été écrits par l'artiste, puis recherchés sur Google afin de s'assurer qu'ils ne retournaient aucun résultat. (En langage informatique, une recherche qui ne retourne aucun résultat est un «zero whack».) Les noms et prénoms sont empruntés à Wikipédia et aux amis de l'artiste. Les villes, utilisées pour identifier les lieux d'édition, sont des villes du Québec. Les photos ont été prises entre Berlin et Montréal en 2010. Les blurbs ont été écrits par l'artiste et «are inspired by excess catharsis everywhere» [1]. Finalement, les noms des maisons d'édition fictives sont des termes tirés de pourriels compilés par l'artiste. À chaque fois que l'internaute recharge la page de l'oeuvre ou clique sur la flèche située dans le coin supérieur gauche, une nouvelle couverture de livre fictif est générée en combinant des éléments de ces huit banques.

Il est possible de générer des couvertures de livres en français ou en anglais. Il est à noter que la version originellement travaillée par l'artiste est la version anglaise; la version française ne fait que reprendre les mêmes éléments, traités par l'outil de traduction en ligne Google Translate (ce qui donne d'ailleurs à la version française de Zero Whack un caractère loufoque certain).

 

[1] Extrait du texte de présentation de l'oeuvre, sur la page d'accueil.

Levesque, Julien: Books Scapes

Books Scapes de Julien Levesque est une oeuvre hypermédiatique qui, comme son titre l’indique, présente une image composite faite de livres. Lorsqu’on accède au site Web qui héberge l’oeuvre, on se trouve devant la représentation visuelle d’un paysage. Ce paysage est divisé et fragmenté par des cadres rectangulaires qui délimitent des parties de l’image: l’oeuvre devant laquelle se trouve l’internaute n’est autre qu’un collage, une récupération de matériaux disparates servant à créer une oeuvre originale. D’ailleurs Julien Levesque, dans une entrevue qu’il accorde à Yvane Jacob, témoigne de ce travail de collage qui est le sien lorsqu’il dit: «Par moments, je trouve presque que mon travail s’approche du mouvement dada» [1]. Néanmoins, on ne pourrait pas dire à première vue que le paysage de Books Scapes n’en est pas un, du moins qu’il n’est pas dessiné dans son ensemble par le même artiste, même si c’est pourtant le cas. Ce n’est que par l’utilisation que fait l’artiste des hyperliens et à travers la manipulation de ces liens que l’internaute comprend qu’il se trouve devant une oeuvre intermédiale, c’est-à-dire devant une oeuvre qui propose un dialogue entre différents médias – ici le texte, l’image et bien entendu Internet.

Lors d’une première visite sur le site Web, tous les rectangles qui servent de cadres aux différentes parties de l’image (il y en a 99 en tout) sont bleus et cliquables. L’internaute doit cliquer sur ces rectangles pour être redirigé vers un texte numérisé en format Ebook, hébergé sur Google Books. Par la suite, lorsque l’internaute revient à la page principale de l'oeuvre, les fragments sur lesquels il a déjà cliqué deviennent et restent mauves, même lors des visites subséquentes, traçant ainsi le parcours effectué. De plus, lorsque l’internaute accède au texte numérisé duquel est prélevé un fragment d’image, il peut voir, délimitée par une marque en pointillé, la section exacte qui a été récupérée par l’artiste. L’internaute peut ainsi, à son gré, parcourir d’une part l’oeuvre visuelle qu’est Books Scapes, mais également les différents textes numérisés sur Google Books – textes qui, en version papier, ont été publiés entre les XVIIe et XIXe siècles et qui, par l’emploi du collage comme mode d'appropriation, font eux aussi partie de l’oeuvre.

Ce passage de l’oeuvre visuelle hypermédiatique à l’image du livre numérisé que nous propose Julien Levesque soulève certains questionnements quant à la culture à l’ère du numérique, questionnements qui, par ailleurs, traversent la production de l’artiste. Dans ses oeuvres précédentes, notamment dans Street Views Patchworks, «il explore le territoire d’Internet pour le déconstruire en rapsodie, en créant une oeuvre faite de réutilisation, de patchworks, de bricolages et à l’allure amateur» [2], déployant dès lors une oeuvre singulière qui questionne les représentations actuelles du Web. En fait, ce que fait Julien Levesque dans Books Scapes, c’est de concevoir une véritable bibliothèque en ligne. Il utilise l’espace que lui offre Internet pour rendre compte du changement qui s’opère dans les pratiques actuelles de lecture et de spectature en nous offrant une bibliothèque aléatoire, à l’image d'un moteur de recherche comme Google.

 

[1] Yvane Jacob (22/06/2011) «C’est quoi un artiste numérique? (3) Rencontre avec Julien Levesque», RSLN. En ligne: http://www.rslnmag.fr/post/2011/6/22/c-est-quoi-un-artiste-numerique_3_%E2%80%93-rencontre-avec-julien-levesque.aspx (consulté le 5 décembre 2012)

[2] Margherita Balzerani (2010) «Julien Levesque entre Troll et Popstar (nouvelle star) du web», Human Atopic Space. En ligne: http://www.humanatopicspace.fr/?p=972 (consulté le 5 décembre 2012)

Loyer, Erik: Hollowbound Book

Hollowbound Book est une œuvre conçue pour accompagner le livre Writing Machines de N. Katherine Hayles [1], qui explore la question de la matérialité dans le domaine des études littéraires. L'œuvre créée par Loyer suit essentiellement le propos du livre de Hayles, mais de façon plus ludique. On y découvre l'histoire d'un livre qui, ayant conscience de son rôle qui est essentiellement de retenir les arguments d'un auteur par sa reliure, réfléchit aux concepts qui le définissent, en fonction de deux principes opposés: la structure d'une organisation logique (représentée en vert) et la fluctuation d'un réseau de penseurs (en jaune). Or, le livre réussit ultimement à se détacher de la linéarité qui lui était autrefois imposée et peut ainsi relier les différents arguments comme il lui plaît, quoique toujours à l'intérieur des limites de la couverture.

La navigation est très simple. L'internaute avance en cliquant sur l'icone dans le coin inférieur droit de la fenêtre. À mi-parcours, la position du curseur de la souris (déplacements vers le haut ou vers le bas) permet de naviguer à travers des arguments qui reflètent les deux lignes argumentatives déployées. Un peu plus tard, une fois que le livre obtient sa liberté narrative, l'internaute peut réorganiser le texte tiré du livre de Hayles en cliquant sur le carré associé au champ dans lequel il apparaît.

[1] Voir la fiche du livre dans la bibliographie du NT2.

Fisher, Caitlin: Andromeda

Andromeda est une oeuvre de Caitlin Fisher créée à partir d'un vieux livre animé pour enfants (pop-up book). Fisher a ajouté différents codes QR dans les pages du livre; lorsque le lecteur présente le livre devant une webcam sur un ordinateur où est installée l'oeuvre, l'image du livre telle que saisie par la webcam apparaît à l'écran, à la différence près que des courts métrages et des extraits textuels animés occupent la place des codes QR. Les cadres dans lesquels apparaissent ces nouveaux éléments se déplacent en fonction des mouvements réels du livre devant la webcam. On peut aussi entendre une piste audio composée de lectures superposées de différents fragments du poème se déclencher selon la page en cours de lecture.

Il n'est pas possible de se procurer une copie du livre de Fisher puisqu'il s'agit d'un objet unique. De plus, les données nécessaires à sa lecture ne sont pas disponibles pour téléchargement. Toutefois, une vidéo de démonstration montrant le fonctionnement de l'oeuvre est accessible sur le site d'ELO.

Lemay, Étienne; Savoie, Hugo; Légaré, Simon-Pierre; L'Abbé, Tristan: Rien ne ser

Rien ne sert de courir, il faut partir à point est une remédiatisation de la fable "Le Lièvre et la Tortue" de Jean de La Fontaine. Il s'agit d'une oeuvre produite par Étienne Lemay, Hugo Savoie, Simon-Pierre Légaré et Tristan L'Abbé, gagnants du concours étudiant Figura Concordia/bleuOrange 2010. L'oeuvre peut être visualisée de deux manières: d'une part, l'internaute peut utiliser sa souris pour manipuler une représentation tridimensionnelle d'un livre dans lequel est inscrite la fable. Au premier plan, différents éléments visuels (une tortue, un lièvre, des buissons, etc.) reprennent les principales composantes de la fables et se déplacent en même temps que le livre. D'autre part, l'internaute peut faire imprimer un code QR qui lui servira à "manipuler" le livre à l'aide de sa webcam. Les déplacements du code QR devant la webcam permettent de zoomer sur le livre ou de s'en éloigner et de le faire pivoter dans toutes les directions. Ce deuxième mode de visualisation est particulièrement intéressant: à l'écran, l'internaute, capté par sa webcam, semble réellement tenir le livre dans ses mains, au lieu de la feuille sur laquelle se trouve le code QR.

Song of the Settled: Delbos, Stephan; Del Rosario, Camille; Baldovino, June

Song of the Settled est la remédiatisation par l'artiste Camille Del Rosario et le programmeur June Baldovino d'un poème de Stephan Delbos. Pour visualiser le poème, l'internaute n'a qu'à cliquer à l'écran. Chaque clic entraîne l'apparition de nouveaux vers et d'une illustration, réalisée au pastel gras. Le poème se compose au total de 12 "tableaux". Le poème aborde les thèmes du déclin des petites villes rurales, des secrets que l'on cache, des rêves déçus. L'oeuvre adopte un ton rêveur et intimiste, correspondant bien à l'esprit du texte de Delbos.

The Influence Machine de Zoe Beloff est une installation vidéo interactive traitant des fantasmes et des craintes que suscitent les avancées technologiques et les nouveaux médias dans l'imaginaire collectif à travers le cas d'une jeune schizophrène allemande des années 20.L'installation est ici présentée dans sa version Web sous la forme d'un livre jauni rappelant l'essai du professeur Tausk relatant les hallucinations de la jeune femme. Le dispositif original est matérialisé par un diagramme et un petit miroir au sol sur lequel sont projetées des images médicales, des extraits de films de famille et de vieilles publicités sur fond de chansons populaires allemandes des années 20 et 30. Le visiteur muni d'un pointeur et de lunettes 3D active les différentes séquences filmées selon la partie qu'il touche. La version Web conserve le procédé d'activation du contenu des différentes illustrations du livre, accompagné par des textes explicatifs et la bande son originale de l'installation.

« The Diary of Anne Sykes », réalisé en 2004 par l’artiste hypermédiatique Andy Campbell , est un journal personnel hypertextuel remédiatisé à l’écran. Nous retrouvons l’œuvre sur la vitrine artistique du site Web de Campbell, « Dreaming Methods ».

Il faut tout d’abord préciser que ce journal intime remédiatisé ne se présente pas uniquement sous la forme d’un livre ouvert avec deux pages de papier virtuel. À vrai dire, l’objet est constamment en mutation. Il se transforme entre autres grâce à la méthode de pliage de papier appelée origami. Il adopte ainsi de multiples formes, allant du cube papier au coquillage. Aussi, d’autres supports de texte sont représentés, comme la carte postale, la page Web, la page courriel, la feuille de papier brouillon, et même la disquette. En plus des supports textuels traditionnels, des objets animés (un tableau d’échec, la silhouette d’une femme en mouvement, un cube mobile) servent parfois de lien dans le texte. Ces nombreuses formes de présentation modifient notre approche de lecture et nous amènent à passer d’un registre de savoir et d’appropriation à un autre pour manipuler correctement le support, comme c’est notamment le cas avec la page Web où il faut activer les onglets afin d'enchaîner la navigation.

Le journal intime d’Anne Sykes raconte, d’une manière très fragmentaire, le mal de vivre. La narratrice est une vieille dame dépressive ayant un faible estime de soi. Dans ses confidences, elle nous fait part de sa vieillesse, de son caractère (je cite) de « slut, bitch, sow ». Elle se sent emprisonnée chez-elle et en elle-même, et semble vouloir se libérer, mais sans succès; elle se sent prise comme un hamster en cage tournant sans arrêt dans une roue. Elle demeure toujours confrontée à son propre reflet, à sa personne, qu’elle nous dit ne pas aimer. La maladie l’accable, tant celle physique que mentale, et l’alcool ainsi que l’autothérapie ne parviennent pas à calmer sa douleur. Aussi, il y a un « il » qui revient souvent dans ses propos et qui appartient au passé, mais les souvenirs relatés ne semblent que souligner l’indifférence de ce « il » face à sa présence. Elle note à plusieurs reprises son regard détourné et la douleur que cela lui cause, comme si elle avait longtemps attendu une preuve d'attention qui n’est jamais venue. Et cette attente semble persister, la faisant encore souffrir. Avec le temps, cette douleur, nous confie-t-elle, lui empêche de voir clairement les choses, comme si tout était devenu fragmentaire, aléatoire.

Cette impression de vision fragmentée et de parcours aléatoire est également ressentie par l’internaute lors de la navigation. La lecture discontinue du texte, souvent coupé ou encore présenté dans un mouvement trop rapide, ne lui permet pas de saisir la totalité des phrases, lui empêchant de comprendre la suite logique du récit et des pensées de la narratrice. Ou bien plutôt, au contraire, c’est sa pensée à lui qu’il suit fidèlement. Et comme Anne, il a du mal à percevoir clairement l’enchaînement des événements.

« Dandelion Chance » est une oeuvre hypermédiatique dans laquelle des séquences vidéo, de la musique et des textes animés sont agencés. Le texte en question, qui se présente sous la forme d'une suite de courtes phrases, s'affiche dans des représentations numériques d'un livre, d'une carte postale ou encore d'une feuille de papier. L'oeuvre, d'une durée d'environ trois minutes, proposent une réflexion sur la vie des gens de la classe moyenne. L'ensemble est accompagné d'une musique à saveur jazz qui vient rythmer la lecture.
Neen.org

Cette page est le site officiel du Neen Art. Le Neen Art provient du mélange de non-art et de Screen Art et regroupe plusieurs artistes qui pratiquent cette forme d'art (neenstars). On y retrouve leur manifeste et d'autres écrits faisant la promotion du Neen Art, des oeuvres et des films permettant à l'internaute de se familiariser avec ces formes. Le site est désormais hors ligne. Pour davantage d'informations, consulter la fiche média. Miltos Manetas regroupe la majorité des informations disponibles anciennement au http://www.neen.org/ sur sa page Web personnelle au http://www.manetas.com/art/ ou au http://afterneen.com/.

Tosic, Nikola: nakitu minayashi

Cette oeuvre propose un texte de fiction. Le narrateur, un homme riche, raconte sa propre histoire et principalement ses problèmes. L'internaute peut parcourir le texte de façon linéaire ou aléatoire en insérant le numéro de la page qu'il veut visiter dans une fenêtre de texte. Il est aussi possible d'acheter le livre de mille pages, limité à 150 exemplaires. Fidèle à lui-même, l'artiste choque en incluant dans le texte des propos crus et racistes. L'oeuvre s'inscrit dans la série d'oeuvres Neen de Nikola Tosic. 

A Maze of Mirrors est une aventure hypertextuelle « dont vous êtes le héros ». Le texte est plutôt en vers qu'en prose. Tout en explorant le thème du labyrinthe, l'hypertexte porte son lecteur dans une histoire fantasmagorique intégrant des réflexions sur le livre. 
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