Insertion de texte

Déf. L’internaute téléverse des textes qui sont ajoutés dans l’œuvre de manière permanente ou éphémère. L’insertion est un cas particulier d’envoi.
That can be: Hazenberg, Wimer

That Can Be est une oeuvre de Wimer Hazenberg, connu sur le Web sous le pseudonyme de Monokai. Cette oeuvre propose à l'internaute de générer l'apparition d'un flux d'images basé sur l'association de deux mots qu'il aura insérés de part et d'autre de "that can be". Par exemple, "Art" that can be "fun". L'oeuvre ira ensuite puiser dans les bases de données du moteur de recherche Google afin d'afficher certaines images qui correspondent aux mots qui ont été choisis par l'internaute. Il est à noter que cette oeuvre utilise l'outil Monoslideshow (http://www.monoslideshow.com/) qui permet aux internautes de créer des diaporamas. Finalement, dans une sous-section de l'oeuvre intitulée "That can be my next tweet", l'internaute est invité à entrer son nom d'utilisateur Twitter, suite à quoi l'oeuvre générera, à partir de tous les tweets ultérieurs, un nouveau tweet. 

Munroe, Jim; Cho, Michael: Everybody Dies

Everybody Dies est une fiction interactive en Glulx de Jim Munroe, illustrée par Michael Cho. L'intrigue se construit autour des actions de Patrick, un employé raciste et violent d'un grand magasin qui tue ses collègues dans diverses circonstances. Le lecteur est invité à se glisser successivement dans la peau de ses victimes (directes et indirectes), se réincarnant à chaque fois que l'une d'entre elles meurt. Or, à chaque réincarnation, les esprits des personnes décédées s'accumulent et accompagnent l'avatar du lecteur pour l'aider dans sa tâche - c'est-à-dire arrêter Patrick avant qu'il ne soit trop tard. En effet, l'histoire progresse à rebours, les personnages revenant dans le temps pour tenter d'empêcher leur propre mort.

Pour accéder à l'oeuvre, l'internaute doit télécharger celle-ci et l'installer sur son ordinateur. Ensuite, il interagit avec le déroulement de l'intrigue en entrant des commandes textuelles simples ("take", "look", "go", etc.) dans le champ de saisie prévu à cet effet, au bas de la fenêtre de lecture.

Reed, Aaron A.: Whom the Telling Changed

Whom the Telling Changed est une hyperfiction d'Aaron A. Reed programmée en Z-code. Le lecteur peut accéder à l'oeuvre directement en ligne ou télécharger le fichier sur son ordinateur, ce qui nécessite toutefois l'utilisation d'un logiciel interprète (par exemple, Gargoyle). L'intrigue, qui se déroule au sein d'une tribu ancienne du Moyen-Orient, se construit autour du récit de l'Épopée de Gilgamesh par un conteur chargé de conserver la mémoire de son peuple. Or, le soir où le conteur entreprend son récit, celui-ci revêt une importance toute particulière, puisqu'une nouvelle tribu étrangère menace le peuple rassemblé autour du feu. Le lecteur est donc invité à se glisser dans la peau d'un guerrier ou d'un guérisseur au sein de la foule et à intervenir dans le déroulement de la soirée, influençant l'interprétation du conte par la tribu et orientant par le fait même ses réactions face à l'envahisseur. Pour ce faire, le lecteur utilise des commandes textuelles simples ("LOOK", "TALK TO", "TAKE", etc.) qu'il peut saisir dans un champ prévu à cet effet, au bas de la fenêtre de lecture. Selon les actions du lecteur, une variété de dénouements complexes sont possibles: mort, guerre, paix, changements d'allégeance, etc.

Manetas, Miltos: Piracy: yes or no?

Avec Piracy: yes or no?, Manetas conteste les concepts de propriété intellectuelle et de copyright. Selon l'artiste, «l’information est aujourd’hui partie intégrante de notre organisme, elle est littéralement "installée" dans notre cerveau, et l’on ne peut l’effacer sur demande. C’est pourquoi nous avons le droit de posséder l’information qu’on nous projette: nous sommes en droit d’être maîtres de nous-mêmes!» [1] Et avec ce droit à l'information vient, forcément, le droit de reproduction et de réutilisation. Ainsi, pour Manetas, le «bien commun» qu'est Internet devrait être libre de tout brevet. À chacun la liberté de copier ou de ne pas copier. 

Manetas, qui applique rigoureusement cette philosophie à ses propres créations [2], désirait connaître la position de ses amis et collègues du monde artistique contemporain sur le sujet. Il a alors lancé, en 2001, une première version de iamgonnacopy.com, hébergée au http://manetas.com/iamgonnacopy/index2001.htm. Le site prend la forme d'un sondage très simple: pour ou contre la piraterie artistique [3] («I agree, no copyright ou intellectual proprety» ou «I disagree, copyright and intellectual property please!»). Les noms et les titres (designer, artiste, architecte, Web designer, écrivains, etc.) de ceux invités à répondre à la question sont alignés sous leur prise de position respective. À l'époque, 138 personnes avaient répondu à l'appel (96 en faveur du piratage et 42 contre).

En 2010, Manetas a décidé de réitérer l'expérience. Cette fois-ci, il a joint à sa réflexion un logo, une animation et un manifeste traduit en 6 langues (dont la version française est transcrite ci-bas). La question de ce second sondage allait comme suit: «We copy, we share, we agree with piracy» versus «We don't copy, we don't share, we don't agree». Sur un total de 48 répondants, 43 étaient pour et 5 contre. 

[1] MANETAS, Miltos (08/2010) «Piracy Manifesto». En ligne: http://www.piracymanifesto.com/ (consulté le 24 mai 2011) Reproduit ci-bas dans la section Notes.

[2] Miltos Manetas est, en quelque sorte, le chef de file d'un mouvement de net.art s'appelant le Neen Art. Toutes les oeuvres s'inscrivant sous la bannière Neen sont libres de droits d'auteurs.

[3] Il faut différencier piraterie et piratage (informatique, bien souvent) qui est couramment désigné sous le terme de «hacking».

Cherry, Paul; Morton, Chris: Googlism

Googlism, initiative de Paul Cherry et Chris Morton, n'est d'aucune façon affilié à Google.com (Google Inc), même s'il s'y alimente. Le principe de Googlism est simple: savoir ce que Google pense d'une chose, d'un lieu, d'une date, d'une personne. Pour ce faire, l'internaute est invité à entrer un mot quelconque et à sélectionner la sous-section appropriée («Who», «What», «Where», «When» ou «About»). Il peut également sélectionner un mot parmi les plus populaires, proposés sous chaque section. Googlism sélectionne ensuite dans Google toutes les occurrences du terme choisi qui sont suivies de «is». Par exemple, si l'internaute désire savoir ce que Google pense de Madonna, il inscrit Madonna et sélectionne la sous-section «Who». Les résultats auront tous la forme de «Madonna is ...». 

En 2004, Googlism était si populaire que Google a ajusté ses serveurs pour l'empêcher d'accéder à de nouvelles données. Le site fonctionne donc encore bien, mais il est impossible de trouver de l'informations sur des éléments qui se seraient inscrits dans le cyberespace après cette date.

Miltos Manetas, chef de file du mouvement Neen, considère le site de Cherry et Morton comme précurseur du Neen Art.

That can be my next tweet!

That can be my next tweet! est une oeuvre de Wimer Hazenberg, connu sur le Web sous le pseudonyme de Monokai. Cette oeuvre propose à l'internaute de générer des "tweets" en saisissant le nom de son compte Twitter. L'oeuvre peut ainsi accéder aux archives des "tweets" de l'internaute et créer un nouveau "tweet" en procédant à l'agencement de syntagmes puisés dans les archives du compte. Le site propose également, en bas de la page, les archives de certains "tweets" qui ont été générés par l'oeuvre.

Philipp Lenssen: Turn Your Name Into a Face

Turn Your Name into a Face est une oeuvre minimaliste qui propose à l'internaute de saisir son nom dans une barre de recherche. Pour chaque nom, le logiciel génère un visage pixelisé et caricatural.

Wittig, Rob; King, Patric; Valicenti, Rick: The Fall of the Site of Marsha

The Fall of the Site of Marsha est une fiction hypermédiatique racontant la descente de Marsha, une femme de 42 ans qui s'est tournée vers les croyances Nouvel Âge après avoir perdu son père et son emploi. L'internaute peut reconstituer l'histoire de cette descente à travers trois versions différentes du site personnel de Marsha, consacré aux Anges du choeur des Trônes. Chaque version illustre un des trois stades de la colère des Anges: au début, leurs interventions sont limitées au forum. Ensuite, ils se mettent à réécrire les textes de Marsha et à révéler ses plus noirs secrets. Finalement, ils prennent entièrement le contrôle du code et déconstruisent le site en profondeur... En effet, la représentation "gentille" des Anges du choeur des Trônes en Anges Gardiens bienveillants, à des lieues de leur fonction théologique réelle, est loin de leur plaire. Offensés par les péchés de Marsha, ils décident de se manifester, rappelant leur caractère avant tout redoutable: "you have no IDEA who you're fucking with [1]." Les trois versions du site de Marsha qui constituent l'oeuvre reprennent l'esthétique des sites personnels à la GeoCities, particulièrement associée aux débuts du Web. Les pages regorgent de petites illustrations kitsch (incluant la photo d'un chihuahua déguisé en ange), de GIFs animés et de textures répétitives. L'internaute y navigue à l'aide d'hyperliens identifiés dans le texte.

[1] http://www.robwit.net/MARSHA/Summer/index.html

Dan Shiovitz: Bad Machine

Bad Machine est une oeuvre de Dan Shiovitz à mi-chemin entre l'hypertexte de fiction classique et le jeu vidéo. Dans un monde entièrement peuplé de machines, l'utilisateur est invité à se glisser dans la peau du Mover #005, un travailleur robotisé victime d'une défaillance de programme qui l'autorise temporairement à contrôler ses actions. Amené dans les hangars de réparation, il doit trouver le moyen de s'échapper avant d'être reprogrammé par les Fixers et réintégré à la force de travail, à l'état de légume bien dompté dépourvu de volonté propre.

Cette oeuvre de Shiovitz est codée en TADS (Text Adventure Development System) et nécessite l'utilisation d'une Z-machine pour être interprétée. L'utilisateur peut jouer directement en ligne grâce au logiciel-interprète Jetty ou télécharger le jeu sur le site d'ELO s'il dispose déjà d'une Z-machine sur son ordinateur. Pour progresser dans l'intrigue, l'utilisateur doit utiliser des commandes textuelles qu'il saisit directement dans l'interface de jeu - par exemple: TRANSMIT, INDEX, STATUS, ATTACH, EXITS, SYSTEM, etc. Ces commandes permettent de contrôler les actions du Mover #005 et d'explorer l'environnement créé par Shiovitz.

Il est à noter que, dans Bad Machine, Shiovitz mélange constamment langage courant et langage de programmation informatique, demandant un investissement accru de l'utilisateur pour parvenir à décoder le récit.

Jon Ingold, All Roads

All Roads est un hypertexte de fiction développé en Z-code par l'auteur Jon Ingold. L'utilisateur peut parcourir l'oeuvre directement à partir de la Z-machine en ligne Parchment ou, s'il dispose déjà d'une Z-machine sur son ordinateur, télécharger l'hypertexte sur le site d'ELO (Electronic Literature Organization). Pour progresser dans le récit, l'utilisateur doit entrer des commandes simples dans l'interface de visualisation - par exemple: "look", "walk", "talk", "fight", "take"... Il doit aussi spécifier à qui ou à quoi l'action est liée ("look at the door", "take the key", etc.). Si le système peut d'abord paraître déconcertant pour un utilisateur habitué à la logique des hyperliens cliquables, ces Z-commandes sont conçues de manière très instinctive et s'apprivoisent rapidement.

Le récit d'Ingold se déroule dans la Venise des doges, au XVIe siècle. L'utilisateur est invité à se glisser dans la peau d'un assassin engagé par un mystérieux groupe de Résistance, lui-même aux prises avec un sérieux problème de trahisons internes. Or, l'assassin d'Ingold n'est pas un assassin ordinaire; il a le pouvoir de voyager dans le temps et dans l'espace à partir de failles noires pouvant apparaître à tout moment - ce qui lui permet de sauver sa peau in extremis à plusieurs occasions. Mais pour qui travaille-t-il réellement? Qui sont ses alliés? De quel(s) côté(s) viendra la trahison? Notons que les choix de l'utilisateur n'influencent toutefois pas beaucoup le déroulement du récit, qui finit toujours par revenir sur la "bonne" voie.

Lacher, Mike: Improv Show Description Generator

Improv Show Description Generator est un générateur de texte imaginé par l'artiste Mike Lacher. Ce générateur crée des descriptions pour des spectacles d'improvisation (format communiqué de presse) en reprenant tous les clichés du domaine: phrases publicitaires accrocheuses, concepts de comédie usés, etc. Pour générer une description, l'internaute doit choisir entre quatre types de spectacles: "High Concept", "Edgy", "Improv is art!" et "Um, we're just some dudes". Ensuite, il doit saisir le nom du groupe dans le champ prévu à cet effet et appuyer sur le bouton "Make my show description!". Si chaque description est différente, leurs similarités structurelles soulignent le caractère de plus en plus conventionnel et entendu de tels spectacles d'improvisation.

Lacher, Mike: Film School Thesis Statement Generator

Film School Thesis Statement Generator est un générateur de texte créé par Mike Lacher. L'internaute n'a qu'à saisir le titre du film de son choix dans le champ prévu à cet effet et à appuyer sur "CREATE" pour générer une problématique s'inspirant du vocabulaire d'usage dans le domaine des études cinématographiques contemporaines. Cette oeuvre offre ainsi une critique du jargon académique en vogue: en reprenant les buzzwords qui circulent dans la sphère universitaire, les énoncés du Film School Thesis Statement Generator demeurent, malgré leur manque flagrant de sens, étonnamment crédibles.

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