Insertion de texte

Déf. L’internaute téléverse des textes qui sont ajoutés dans l’œuvre de manière permanente ou éphémère. L’insertion est un cas particulier d’envoi.
Bigelow, Alan: Myth Watch

Myth Watch est une oeuvre d'Alan Bigelow qui explore le thème des mythes contemporains ou mythes urbains. Au bas d'une carte du monde, sept pyramides sont liées à sept mythes différents. En plaçant le curseur de sa souris sur une des pyramides, l'internaute voit apparaître sur la carte le titre du mythe ainsi que des points identifiant les différents foyers où le mythe a été rapporté. Pour lire un mythe, il suffit de cliquer sur la pyramide qui lui est associée. Les mythes sont présentés en format texte: chaque mythe contient un nombre différent de segments à travers lesquels l'internaute navigue à l'aide de flèches situées au bas de la fenêtre de lecture. Pendant la lecture, des vidéos se rapportant à certains aspects du mythe jouent en boucle en fond d'écran et une musique d'ambiance se fait entendre. Une fois qu'un mythe a été lu, il n'est plus accessible sur la page principale présentant la carte du monde et les foyers d'observation des mythes. Lorsque tous les mythes ont été lus, l'aspect de la carte du monde sur la page principale change et une série de titres d'articles contenant le mot «myth» défile lentement.

Le principal dispositif interactif de l'oeuvre demeure toutefois la bande de défilement située au bas de la fenêtre de lecture. En effet, une bande rouge présente en continu une série de courts mythes laissés par les internautes précédents. (Le dispositif fait penser à la barre de défilement des nouvelles brèves que l'on retrouve souvent sur les postes d'information, à la télévision.) Un formulaire, accessible en tout temps juste en bas de la bande rouge, permet d'insérer en temps réel de nouveaux mythes.

Les sept mythes au coeur de l'oeuvre de Bigelow sont plutôt loufoques et semblent être l'invention de l'artiste. Il y est entre autres question d'un poulet qui se regénère après avoir été mangé, d'une boussole qui indique à son possesseur la localisation de son véritable amour, d'un taxi sans chauffeur qui ne mène nulle part et d'un fantôme qui participe aux élections américaines depuis la fin du 19e siècle.

Déprise est une œuvre réalisée par Serge Bouchardon et Vincent Volckaert qui explore le thème de la perte de contrôle, de la perte de prise. Divisée en six chapitres, elle est construite autour du récit d’un homme qui, vingt ans après son mariage, s’aperçoit qu’il ne connaît pas sa femme, qu’ils ont toujours été distants, et que même son fils est en train de s’éloigner de lui. Sentant que sa propre vie lui échappe et remettant en doute les fondements de son identité, il s’interroge sur ses choix passés et cherche un moyen de regagner le contrôle sur son existence, de «reprendre prise» sur celle-ci.

L’œuvre est conçue selon une logique linéaire: même si ce sont en partie les interactions de l’internaute qui déterminent le rythme de la lecture, la narration suit toujours la même séquence, ne contenant aucun dispositif hypertextuel qui permettrait de faire bifurquer le récit dans une direction ou dans une autre. De la même manière, seul un menu très discret (apparaissant lorsque l'internaute glisse sa souris sur la partie inférieure de l'écran) permet à l'internaute de choisir directement le chapitre qu'il désire visualiser, les auteurs préférant encore là encourager une lecture linéaire de l'œuvre. Avec Déprise, Bouchardon et Volckaert ne cherchaient toutefois pas à présenter un hypertexte classique, s’appuyant sur la multiplication des fils narratifs. En effet, la richesse de l’œuvre repose ailleurs, c’est-à-dire dans la complexité et la diversité des modes d’interactivité proposés à l’internaute.

Chacun des six chapitres propose une façon différente d’interagir avec le contenu affiché à l’écran et de faire progresser la narration. Dans le premier chapitre, une voix enregistrée qui formule la consigne d’«appuyer sur la touche dièse» invite l’internaute à comprendre le reste du chapitre comme une suite de réflexions faites par le narrateur alors qu’il est mis en attente sur une ligne téléphonique, patientant pour prendre un rendez-vous. (La nature du rendez-vous, par contre, demeure mystérieuse.) Pour plonger dans le chapitre, l’internaute doit d’abord appuyer sur n’importe quelle touche de son clavier, simulant l’acte d’appuyer sur la touche dièse d’un téléphone. Ensuite, il suffit de glisser le curseur de la souris au-dessus des phrases affichées pour les faire se succéder. Fait intéressant, après un moment, les mouvements de la souris de l’internaute provoquent l’apparition de taches lumineuses accompagnées de sons, dont la juxtaposition forme rapidement une toile audiovisuelle vive et colorée.

Le dispositif du faux rendez-vous, dans le premier chapitre, sert de pont pour passer au chapitre deux, où le narrateur se rappelle son premier rendez-vous avec celle qui est ensuite devenue sa femme. D’abord, tout comme dans le premier chapitre, l’internaute visualise quelques phrases en les faisant se succéder grâce aux passages du curseur de sa souris. Ensuite, plusieurs questions, posées par le narrateur à sa future femme, apparaissent simultanément: en passant le curseur de sa souris sur chacune de ces questions, l’internaute en déclenche la lecture (fichier audio) ainsi que la «mutation» en une nouvelle phrase, maladroite et dépourvue de sens, reflétant la nervosité et la confusion du narrateur. Finalement, une fois toutes les questions lues, l’internaute doit balayer la partie gauche de l’écran avec le curseur de sa souris pour faire apparaître le visage d’une femme. (En fait, les mouvements de la souris entraînent la superposition de plusieurs couches de texte – encore plus de questions posées par le narrateur – dont la toile serrée finit par laisser deviner le visage de la femme.)

Le dispositif au cœur du chapitre trois permet quant à lui de découvrir le double-sens d’un mot laissé par la compagne du narrateur à l’intention de celui-ci, vingt ans après leur mariage: s’agit-il d’un mot d’amour ou de rupture? Le texte défile lentement à l’écran, un peu comme les textes placés en introduction des films de la série Star Wars. Quand le curseur de la souris de l’internaute se trouve vers la droite, le texte défile vers le bas et se présente comme un mot d’amour. En trame sonore, on entend une pièce tirée de l’opéra Carmen. Or, quand l’internaute glisse le curseur vers la gauche, les lignes du texte s’inversent, défilant vers le haut et formant un mot de rupture. La musique elle-même joue alors à l’envers, accompagnant le retournement du sens du message adressé au narrateur.

Dans le quatrième chapitre, le narrateur s’inquiète non plus de l’éloignement de sa femme, mais de celui de son fils. Une dissertation écrite par ce dernier se forme d’abord lettre par lettre à l’écran, pendant qu’une voix en fait la lecture. Une fois le texte entier affiché, l’internaute peut le survoler de sa souris et cliquer sur certaines zones d’interactivité dont la présence est signalée par un changement de l’apparence du pointeur. En cliquant sur ces zones, l’internaute provoque la dispersion d’une partie du texte et l’apparition de phrases alternatives, révélant le sens caché que le narrateur croit percevoir derrière la dissertation de son fils: «je veux voler de mes propres ailes», «bientôt je partirai», «nous n’avons rien en commun», etc.

Dans le chapitre cinq, le narrateur s’interroge sur sa propre présence, sur son image qui semble le fuir. Pour pleinement profiter de ce chapitre, l’internaute doit avoir activé sa webcam avant d’entreprendre la lecture de l’œuvre. Sur fond d'une composition originale du musicien Hervé Zénouda, l’image vidéo de l’internaute, saisie en temps réel, apparaît au centre de l’écran. En la survolant du curseur de sa souris, l’internaute la déforme, créant des vagues et des distorsions.

Finalement, dans le chapitre six, le narrateur décide de reprendre le contrôle de son existence, d’en simplifier les paramètres pour mieux les contrôler. Ce n’est dès lors plus à l’aide de sa souris que l’internaute interagit avec l’œuvre, mais à l’aide de son clavier, mode d’interaction qui suggère une plus grande prise de contrôle. Après une courte narration initiale (une fois de plus, l’internaute glisse le curseur de sa souris sur les phrases pour les faire se succéder), un espace de saisie de texte apparaît au centre de l’écran. L’internaute comprend alors qu’il est invité à le remplir, en écrivant. Or, les lettres qui s’inscrivent au rythme des mouvements des doigts de l’internaute ne correspondent pas aux touches enfoncées; le texte réellement saisi par l’internaute n’est pas celui qui s’affiche, seule la cadence de frappe subsistant à l’écran. Donc, la reprise de contrôle est-elle réelle ou illusoire? À la toute fin de l’œuvre, alors que la dernière phrase s’inscrit dans le champ de saisie, l’illusion de contrôle se dissipe: ce qui devrait apparaître comme «Enfin, je me suis repris» devient «Enfin, je me suis reprgjkhdasjkh», ou autre version similaire, selon les touches enfoncées par l’internaute. Il y a nouvelle déprise juste au milieu de la dernière reprise.

En ce sens, les dispositifs interactifs mis en place par Bouchardon et Volckaert sont conçus de manière à faire écho au propos de l’œuvre. L’internaute navigue continuellement entre perte et prise de contrôle, entre maîtrise et frustration. (Par exemple, dans le premier chapitre, le curseur de la souris devient soudainement invisible au milieu de la lecture, rendant difficile l’accomplissement des actions nécessaires pour entraîner la succession des phrases constituant la narration.) Ainsi, si le geste (survoler, manipuler, etc.) demeure central dans l’expérience de l’œuvre, le geste est aussi problématisé [1]. De plus, la sensualité intrinsèque à l’expérience de Déprise (toucher, voir, entendre) et la manière dont les artistes la déploie pour ouvrir des espaces de doute est aussi une façon de soulever le problème de l’identité de l’individu, construite dans l’interagir avec l’autre. Le dispositif interactif devient donc pleinement une métaphore au service de l’œuvre, au-delà de son caractère superficiel de simple «novelty» [2]: le parcours difficile qu’accomplit le narrateur à la recherche de lui-même, en quête de contrôle, progresse de concert avec celui de l’internaute, qui s’efforce quant à lui de se saisir au mieux de l’œuvre et des possibilités d’interactivité offertes; si l’identité en déprise du narrateur est sollicitée de toutes parts, construite à la rencontre de la mémoire et d’effets de communication problématiques, l’internaute doit aussi multiplier de son côté les tactiques de lecture et de manipulation en espérant tout au long s’en tirer pour le mieux.

Bref, Déprise est une œuvre originale qui mobilise une grande variété de dispositifs interactifs et de problématiques identitaires. Malgré tout, son esthétique dépouillée en fait une pièce facile d’approche, de lecture facile: même si Déprise est riche de sens et aborde des thématiques complexes, jamais l’internaute ne court le risque de s’y perdre.

Il est à noter que trois versions de l’œuvre sont disponibles en ligne: une version française, une version anglaise (Loss of Grasp) et une version italienne (Perdersi). Les trois versions sont accessibles sous http://deprise.fr/ ainsi que sous http://lossofgrasp.com/. Déprise a remporté le New Media Writing Prize 2011.

 

[1] À ce sujet, voir Serge Bouchardon et Asunción López-Varela Azcárate (2011) «Making Sense of the Digital as Embodied Experience». CLCWeb: Comparative Literature and Culture, vol. 13, no 3 (septembre). En ligne: http://docs.lib.purdue.edu/clcweb/vol13/iss3/7/ (consulté le 7 janvier 2013)

[2] Scott Rettberg (13/10/2011) «Loss of Grasp -- the Multimedia work of Serge Bouchardon», sur Necessary Fiction. En ligne: http://necessaryfiction.com/writerinres/LossofGrasptheMultimediaworkofSergeBouchardon (consulté le 7 janvier 2013)

Gache, Belen: Word Market

Word Market de Belen Gache est un site Web qui émule les pratiques des marchés financier et intellectuel actuels en proposant l'achat et la revente de mots de la langue anglaise. L'artiste pose ainsi un discours sur l’acquisition de biens et d’idées qui a cours dans le système capitaliste occidental.

Afin de pouvoir réaliser des transactions, l’internaute doit tout d'abord s’inscrire sur le site.  Une fois cela fait, il se voit attribuer 10 000 Wo$, des Wollars (contraction de word et  dollars), unité monétaire utilisée par le site. Il est alors possible d’acheter des mots en sélectionnant les offres du jour ou encore en recherchant les mots de son choix par le biais du moteur de recherche. Une fois qu'un mot est sélectionné, un graphique montre la valeur du mot depuis la mise en ligne du site, comme c'est le cas avec les valeurs boursières. Si le mot a déjà été acquis par un autre individu, il est possible de lui faire une offre, qui lui sera envoyée par courriel, afin de lui racheter.

Lors de l’achat d’un mot, un certificat en format PDF est émis au nom de l’acheteur afin de prouver qu’il est désormais propriétaire du mot. Ainsi, il peut demander des redevances à quiconque utilise ce mot. (D’ailleurs, les mots «the» et «a», très utilisés dans la langue anglaise, sont dans les plus onéreux, avec plus de 2000 Wo$.) Une page Web d'avertissement est d'ailleurs créée pour l'acheteur, lui permettant d'avertir quiconque utilisant le mot sans autorisation que des actions légales sont possibles s'il ne respecte pas ses droits de propriété.

Wilks, Christine: Rememori

Rememori est une hyperfiction de Christine Wilks qui traite de la démence et de son impact sur la personne atteinte et les gens qui l'entourent. Au début de l'oeuvre, on présente à l'internaute une liste de 9 utilisateurs: Father, Carer, Wife, Daughter, Nurse, Husband, Stranger, Doctor, Social Worker. L'internaute doit choisir un utilisateur à chaque nouvelle section pour poursuivre sa lecture. Chaque section se présente comme un jeu de mémoire: à l'écran, 16 pastilles organisées pour former un carré cachent 16 images. Il faut identifier les paires d'images semblables pour vider l'écran et passer à la section suivante. À chaque clic sur une pastille, une phrase de l'hypertexte apparaît brièvement, reflétant les interactions entre la personne atteinte de démence et le personnage dont l'internaute a emprunté l'identité.

Or, plus l'internaute progresse dans les 6 sections de l'oeuvre, associées aux 6 stades de la démence, plus le jeu se désorganise: les pastilles s'écartent de leur position initiale; les images cachées sont dessinées de plus en plus grossièrement ou refusent de rester en place; le texte lui-même devient confus. En essayant d'inscrire un nouvel utilisateur pour passer aux sections supérieures, l'internaute se voit d'ailleurs informé que la personne sélectionnée n'existe pas. On lui présente alors une nouvelle liste d'utilisateurs, où les utilisateurs initiaux ont été remplacés par les termes vagues «stranger», «visitor», «woman», etc. Finalement, lorsque l'internaute atteint la 6ième section, celle-ci ne renferme plus ni mots, ni images. Tout est devenu blanc, oublié, avalé par la démence.

Mann, Chris: The Use

The Use est un projet du compositeur, poète et artiste australien Chris Mann, notamment connu pour avoir travaillé aux côtés de John Cage et de Kenneth Gaburo dans les années 1980. The Use s'articule autour de 17 textes traitant des théories de l'information, de la communication et de la linguistique. Ces textes, remplis de mots tronqués, de bifurcations surprenantes et de phrases laissées en suspens, sont les transcriptions mot à mot de lectures/performances de l'artiste. (Chaque texte est d'ailleurs accompagné de fichiers audio où l'on peut entendre Mann faire la performance initiale du texte retranscrit.)

Sur le site de The Use, l'internaute peut naviguer dans les textes en cliquant sur leurs titres, listés sur la gauche, le texte sélectionné apparaissant alors sur la droite. Aussi, un champ de saisie situé dans le coin supérieur droit offre la possibilité de faire des recherches dans les textes à l'aide de mots ou d'expressions. Les fichiers audio qui accompagnent les textes sont identifiés par des pastilles grises placées à la suite de chacun des titres. En cliquant sur une pastille, l'internaute active le fichier audio qui lui correspond. Pendant la lecture, la pastille devient rouge; lorsque l'internaute clique une nouvelle fois sur la pastille, la lecture s'interrompt et la pastille demeure identifiée en vert, ce qui permet à l'internaute de repérer plus facilement les fichiers déjà entendus. Dans le coin inférieur droit, finalement, six pastilles orphelines servent à activer des segments vidéo où l'on voit l'artiste réciter des passages des textes, toussoter, se gratter, etc. Il est à noter que plusieurs fichiers audio et vidéo peuvent être activés simultanément, permettant à l'internaute de faire l'expérience d'un environnement sonore et visuel complexe. (En accord avec ses travaux sur la théorie de l'information, l'artiste invite d'ailleurs le visiteur à s'adonner à ce genre d'expérimentations.)

Tous les fichiers audio sont offerts en téléchargement sur le site. Une version en application iPad de The Use existe depuis 2010 et est disponible sur iTunes.

Douglass, Jeremy: Eight was where it ended

Eight was where it ended est une œuvre poétique qui fonctionne sous Mac OS X. Et ce littéralement, car elle utilise un script du terminal de l’OS afin de générer une arborescence de répertoires qui forment le poème. L’œuvre crée ainsi une narration qui utilise pleinement les caractéristiques techniques du système de fichier Mac.

Le poème raconte l’histoire d’une jeune femme à la sexualité libre, qui doit faire face seule à une grossesse imprévue. Cependant, comme le titre l’indique, sa grossesse s’arrête à huit mois, après que le cordon ombilical se soit enroulé autour du cou du fœtus. Le poème décrit alors le sentiment de perte vécu par la protagoniste.

Afin de lancer l’œuvre, l’utilisateur doit passer par le terminal de Mac OS. Il est donc nécessaire de posséder une légère connaissance technique pour démarrer le script dans le répertoire où il a été téléchargé. Une fois cela fait, une fenêtre apparait et des dossiers sont créés les uns après les autres. Leurs noms sont en fait les vers du poème, qui se lit de manière traditionelle, de haut en bas. Certains vers sont placés à l’intérieur d’un autre dossier, afin de les regrouper en fonction de thèmes ou de situations particulières. Il est ainsi possible de fermer des aborescences pour réduire le poids narraitf de l'oeuvre et s'en tenir à l'essentiel. Les dates de création des dossiers changent également, afin de refléter le fil des évènements, qui décrivent une situation vécue sur une période d’une année.

Bouchardon, Serge; Volckaert, Vincent; Zénouda, Hervé: changerTout

changerTout (ou changeEverything, dans sa version anglaise) est une oeuvre développée par Serge Bouchardon, Vincent Vockaert et Hervé Zénouda qui exploite les concepts de synonymie et de dérive. À l'écran, des mots apparaissent, formant tantôt des phrases ordinaires (par exemple, «Découvrir une création de littérature numérique»), tantôt des adages («Les voyages forment la jeunesse»). Or, l'oeuvre exploite des dictionnaires en ligne pour transformer peu à peu chaque mot, le faisant glisser d'un synonyme à l'autre et l'éloignant ainsi peu à peu de son sens original – déformant du coup la phrase jusqu'au non-sens. Des sons de piano, imaginés par Zénouda, accompagnent chacune des mutations.

L'utilisateur peut utiliser les phrases et les adages faisant déjà partie de la banque fournie par les artistes ou intégrer ses propres phrases, grâce à la fonction «abc...». De même, il est possible de laisser le choix des synonymes s'effectuer aléatoirement d'une mutation à l'autre ou, en cliquant de façon prolongée sur un mot, de sélectionner par soi-même dans la liste des synonymes disponibles.

Love, Christine; Digital: A Love Story

Digital: A Love Story est une œuvre narrative hypermédiatique qui ramène le lecteur «five minutes into the future of 1988», à l’époque d’ARPANET et des BBS (Bulletin Board Systems). Christine Love y raconte une histoire d’amour en ligne datant d'avant l'ère d’Internet.

Son nouvel ordinateur fraîchement sorti de la boîte, l’utilisateur se connecte au BBS local et y rencontre *Emilia, une poète cherchant à mieux connaître l’humanité. Au fil des discussions, un lien s’établit entre l’utilisateur et *Emilia, qui finit par quitter le nid familial. Peu de temps après, elle disparaît à cause d'un bris technique sur le BBS et l’utilisateur tentera tout afin de la retrouver, tout en essayant de sauver le réseau informatique d’un virus détruisant tout sur son passage. Pour ce faire, il devra se connecter sur plusieurs BBS, pirater ARPANET, apprivoiser des intelligences artificielles afin d’obtenir leur coopération, réparer son ordinateur après une attaque informatique et plus encore. Tout cela en naviguant à travers des messages d'utilisateurs discutant de science-fiction, de code informatique et d'histoire des technologies.

L'internaute doit télécharger l'oeuvre sur son ordinateur pour pouvoir y accéder. L’interaction est fidèle à celle des systèmes de 1988, l’interface Amie Workbench de l’oeuvre étant grandement inspirée du Amiga Workbench de Commodore. L’utilisateur doit ainsi se connecter au différents BBS manuellement en entrant le numéro de téléphone, et ce à chaque fois. Cela rend le tout un peu moins ludique (et parfois frustrant), mais donne une expérience immersive authentique. L’utilisateur n’écrit pas les messages, mais lit seulement les réponses aux messages qu’il a envoyés, allégeant ainsi le «travail» qu’il doit effectuer. La trame sonore de style chiptune qui accompagne la navigation aide grandement à l'immersion.

Marsh, Zannah: Awkward NYC

Awkward NYC, ou The New York Map of Awkward Social interactions in Public Spaces, est une œuvre qui recense différents moments étranges, personnels et insolites vécus par les habitants (ou les visiteurs) de la ville de New York.

L’œuvre de Marsh utilise Google Map pour permettre à l’internaute de géolocaliser un endroit précis dans la ville par l'ajout d'un marqueur et de raconter une brève histoire s’y étant déroulée. Celle-ci peut être classée selon plusieurs catégories: argument, overheard comment, physical altercation, etc. Une fois l’histoire écrite, catégorisée et étiquetée dans la section «Add your story», elle se retrouve dans la page principale «Map». Lors du clic sur un des marqueurs, l’histoire qui lui est associée s’affiche dans la colonne de droite. Il est possible d’afficher seulement quelques marqueurs sur la carte en les filtrant par catégorie.

Au moment d'écrire ces lignes, la section «Data Viz» n’était pas encore disponible, mais l'artiste promet d’y offrir une visualisation des données complémentaire à la carte de la page d’accueil.

Lacher, Mike: Cage Your Queue

Cage Your Queue (anciennement Cageflix) est une application développée par Mike Lacher qui permet aux utilisateurs possédant un compte Netflix d'ajouter à leur liste de lecture (leur «queue») tous les films de Nicolas Cage disponibles. Il leur suffit pour cela de fournir leur identifiant Netflix ainsi que leur mot de passe et d'autoriser la connexion. En fait, cette oeuvre de Lacher est un hommage à la culture populaire du Web, où la figure de Nicolas Cage occupe une place centrale, autant à cause des cheveux à apparence variable de l'acteur que de ses choix de carrière pour le moins loufoques (la reprise du classique The Wicker Man, Ghost Rider, Bangkok Dangerous, Drive Angry, etc.).

Baker, Greenspan, Lacher, Loffredo: The World's Most Exclusive Website

The World's Most Exclusive Website est un site Web apparu au début de juin 2011 et ayant attiré plus de 25 000 visiteurs dans ses huit premières heures d'existence [1]. Le site est constitué d'une succession de pages représentant des pièces diverses (par exemple: un placard à balais, l'intérieur d'une yourte ou une salle de musée) auxquelles l'internaute accède en utilisant les informations relatives à son compte Twitter. Pour passer la porte d'entrée, il faut posséder un compte Twitter certifié, réservé aux utilisateurs oeuvrant dans le domaine de la musique, du cinéma, de la politique, des finances, etc. Bref, être une célébrité ou une figure publique quelconque. L'accès aux autres portes nécessite quant à lui un nombre toujours grandissant d'abonnés: 5 000 pour la deuxième porte, 25 000 pour la troisième, puis 100 000, 500 000, 1 000 000, 5 000 000, etc. Dans chaque pièce, en haut de l'écran, l'internaute peut voir la liste des personnes s'étant elles aussi rendues jusque là, une pastille bleue identifiant en temps réel les personnes présentes. Chaque pièce est ainsi un peu plus «exclusive» que la précédente, la liste des visiteurs s'amenuisant peu à peu. Et dans chaque pièce, toujours, une nouvelle porte invite l'internaute à essayer de pénétrer dans l'autre pièce, pour passer au niveau suivant... (Aucune interaction n'est possible entre visiteurs. Ce qui compte est simplement d'y être, de voir son nom s'afficher avec les autres au haut de la page.)

Si un internaute essaie de franchir la première porte sans posséder de compte Twitter certifié, le message suivant apparaît:

Verified Twitter accounts are reserved for the famous or otherwise socially significant. You are being redirected to a slightly less discriminating destination.

La page du site Web de la chaîne de restaurants Olive Garden s'ouvre alors, remplaçant celle du World's Most Exclusive Website dans le fureteur de l'internaute. (Rappelons que la devise de la chaîne Olive Garden est: «When you're here, you're family» [2], antithèse parfaite du principe d'exclusivité du World's Most Exclusive Website.) Si un internaute ayant déjà franchi la première porte se heurte à une des portes suivantes pour cause de nombre insuffisant d'abonnés, c'est plutôt ce message qui apparaît: «You don't meet the requirements for entry. Please remain here until you are more popular.»

Auparavant, la progression de chaque internaute était automatiquement rapportée dans leur fil Twitter. Cette fonction de tweet automatique est aujourd'hui désactivée, permettant aux internautes de relaxer dans The World's Most Exclusive Website en toute confidentialité.

[1] Hayes, Mike (2011). «Meet The Creators Of TheWorldsMostExclusiveWebsite.com», BuzzFeed. En ligne: http://www.buzzfeed.com/mikehayes/meet-the-creators-of-theworldsmostexclusivewebsite (consulté le 26 juin 2012).

[2] Olive Garden. En ligne: http://www.olivegarden.com/ (consulté le 26 juin 2012).

Baker, Greenspan, Lacher, Loffredo: The Likeable Constitution

Comme son nom l'indique, The Likeable Constitution propose une version interactive de la Constitution américaine où il est possible d'«aimer» (ou «liker») chacun des amendements pour les partager sur Facebook. L'interface est plutôt simple: sur la page d'accueil, les amendements les plus «aimés» apparaissent en ordre de popularité. Un bouton «Like» à côté de chaque amendement permet de les «aimer» à son tour et de voir combien d'utilisateurs au total les ont jusque là partagés sur Facebook. En haut de la page, des fonctions situées dans une barre bleutée permettent de naviguer dans la Constitution en choisissant de consulter le Bill of Rights original, les amendements ou la Constitution dans son entièreté. Une seconde barre de menu, située juste sous la première, sert quant à elle à classer les amendements par ordre de popularité, pour tous les utilisateurs ou pour les utilisateurs de l'État américain de son choix.

Il est à noter que le ton général de l'oeuvre est plutôt humoristique, comme en témoigne son accroche: «Spreading, and ranking, what makes America the greatest country on the web – one wall post at a time.»

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