Imaginaire de la fin

Johnston, David Jhave: Reboot the Universe Now

Reboot the Universe Now est une oeuvre de David Jhave Johnston. Sur fond blanc, du texte défile à grande vitesse. En cliquant dans la fenêtre de son fureteur et en maintenant le bouton de la souris enfoncé, l'internaute fait cependant apparaître du texte immobile, pouvant être lu. Le défilement rapide reprend dès que l'internaute relâche le bouton de la souris. L'internaute peut répéter l'opération d'arrêt et de reprise du défilement autant de fois qu'il le souhaite. À chaque arrêt, un nouveau texte devient lisible. Au total, 9 textes différents se succèdent ainsi d'un arrêt à l'autre, toujours dans le même ordre.

Le texte qui s'affiche à l'écran lorsque l'internaute arrête le défilement prend toujours la même forme: les 7 premières lignes énoncent une raison pour laquelle le monde tel que nous le connaissons ne vaut pas la peine d'être sauvé et/ou présentent un argument qui souligne l'inutilité et la souffrance de l'individu. Par exemple: «INNUMERABLE NETWORKS. EXPONENTIAL INCREASE INFORMATION HEAMORRHAGING U CANNOT KEEP UP. EVERY TIME U CLICK U HURT», ou «BILLIONS OF HUMANS. UNIQUE? TRILLIONS OF GALAXIES. ENDLESS CELLS. INFINITE INFINITIES. LIFE IS REDUNDANT. ALL OF IT». La ligne suivante, la 8ième, se présente comme une ultime sommation adressée à l'internaute: «REBOOT THE UNIVERSE NOW.»

Submarinechannel: Collapsus

Collapsus: Energy Risk Conspiracy est décrit comme un récit transmédia réunissant le documentaire, la fiction, l'animation et le jeu vidéo. Projet de Submarinechannel, Collapsus se penche sur le futur proche de l'humanité. Le docufiction plonge l'internaute en 2012, alors que la Terre est prise dans une crise énergétique provenant d'une conspiration mondiale. L'oeuvre se construit en trois «tableaux», et l'internaute peut passer de l'un à l'autre, horizontalement, avec sa souris. Le premier tableau, une carte du monde, affiche les zones énergétiques en crise et présente les personnages. Le deuxième est le docufiction en soi qui conjugue animation et vidéo, et dans lequel on suit les aventures de Ali, Amir, Chen, Elena, Esperanca, Jack, Marianne et Vera. Le dernier est un bulletin de nouvelles fictif, intitulé Citizenergy, durant lequel est présenté, épisodiquement, la progression de la crise. Ponctuellement, la participation de l'internaute est demandée, souvent sous forme de jeux. Le tout se situe clairement dans la lignée d'une sensibilisation de la population mondiale aux changements atmosphériques alarmants, mais de façon ludique et artistique. D'ailleurs, les concepteurs soulignent que «the audience for documentary is dying. The average age of a television documentary viewer is 55 and up. [...] The goal was to attract a different audience than traditional documentary» (http://www.collapsus.com/press.pdf).

Awkward Silence Games: One chance

One Chance est un jeu vidéo développé par un designer anonyme produisant ses oeuvres sous le nom Awkward Silence Games. L'internaute incarne un chercheur médical ayant découvert un remède contre le cancer, qui est propagé à l'ensemble de la population mondiale par dissémination gazeuse. Il s'avère rapidement que le traitement attaque non seulement les cellules cancéreuses, mais aussi toute forme de vie sur terre. L'extinction de la vie sur terre surviendra dans six jours. L'internaute devra donc, au cours de ces six journées, effectuer des choix: lors de l'annonce de la découverte du traitement, ira-t-il fêter son succès scientifique ou restera-t-il travailler? Lorsque l'on découvre que le traitement est néfaste, se laissera-t-il gagner par la panique, passera-t-il du temps avec sa famille, prendra-t-il la clé des champs avec une assistante de laboratoire? Ou choisira-t-il plutôt de persévérer dans la recherche d'un traitement, de chercher à réparer son erreur? L'interactivité du jeu vidéo est réduite au minimum (l'internaute peut faire déplacer de gauche à droite son avatar et appuyer sur la barre d'espacement pour effectuer ses choix), et il serait plus exact de décrire One Chance comme un récit interactif que comme un jeu vidéo. Toutefois, un des aspects du jeu mérite considération: on ne peut jouer qu'une seule fois à One Chance, puisque le jeu reconnaît l'adresse IP de l'internaute, et fera réapparaître la fin du jeu atteinte lors de la partie initiale à chaque fois que l'internaute voudra recommencer son expérience de jeu. One Chance est donc un titre équivoque: non seulement il décrit la prémisse narrative du jeu, mais aussi, à un niveau méta-ludique, il annonce que l'expérience de jeu sera singulative.

Perte de temps est une reprise hypermédiatique du poème l'Horloge de Charles Baudelaire. Les vers sont insérés dans une animation numérique réinterprétant visuellement et auditivement le sens du poème, recontextualisant la temporalité selon une perspective de manque, de perte et de fin.

La transmédiatisation de l'œuvre moderne transforme la figure de l'horloge en la pensée contemporaine et anxiogène liée à la fuite du temps. Les allusions graphiques au temps qui passe sont récurrentes. Chaque strophe virtuelle de l'hypertexte en propose une expression, comme les chiffres qui s'élèvent et disparaissent de l'écran dans la première strophe, ou encore le décompte des battements de cœur avant la mort dans la deuxième strophe. Aussi, l'évaporation du vin dans la troisième strophe, puis le manque de temps signifié par l'horaire surchargé et les aiguilles des horloges qui tournent à toute vitesse dans la quatrième strophe, ainsi que le cycle solaire et lunaire dans la cinquième strophe, se rapportent à cette thématique. Finalement, la dernière strophe virtuelle exprime clairement le temps passé par l'affirmation « il est trop tard ». Même le générique de la fin présente une feuille effritée et dépouillée. Le temps qui passe est aussi exprimé métaphoriquement avec des symboles parfois étranges, comme un nuage en forme de crâne humain, des pulsions cardiaques, de la vapeur de vin, un moustique buveur de sang, une page d'agenda remplie, des rouages mécaniques en marche, et même par une prédiction via des cartes de tarot.

La navigation dans l'œuvre laisse l'internaute songeur par rapport à la thématique du temps qui fuit et transforme les choses. Cette nouvelle interprétation du poème moderne peut le laisser perplexe. Le temps lui apparaît alors comme quelque chose de précieux et de fuyant, qui se perd malgré tous nos efforts. Cette idée est omniprésente dans les propos de Potvin. L'imminence d'un danger à venir, celui de la fin de l'être, ne cesse de se répéter tout au long de l'animation. Tout dans l'oeuvre est orienté sur l'attente de cet événement et l'appréhension qui l'accompagne. Enfin, Perte de temps déploie de nombreux procédés ayant pour effet de rappeler à l’internaute la finalité de sa condition et l'imminence de la fin, sa mort.

Guillemot, Claude: Archéologie du futur

L'oeuvre offre des images numériques, sur le modèle d'un musée,  présentant les ruines futures de ce monde moderne dans lequel nous vivons. Les images sont accompagnées de commentaires descriptifs, comme si un archéologue avait tenté d'analyser ces ruines et de poser ainsi des hypothèses explicatives concernant notre civilisation. Notons que ces commentaires sont parfois farfelus, mais l'ensemble construit tout de même un fort imaginaire de la fin. L'œuvre existe également en version cd-rom.

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