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Mouton, Alexander: Becoming and Being Unseen

Becoming and Being Unseen est une courte oeuvre d'Alexander Mouton qui explore sur un mode métaphorique les thèmes de la vie et de la mort, du cycle des naissances et des disparitions. Visuellement, l'oeuvre est composée de fragments photographiques animés avec lesquels l'internaute doit parfois interagir – en les agrippant pour les déplacer (click & drag), en les survolant du curseur de la souris ou simplement en cliquant. Le parcours de l'oeuvre est linéaire: si les actions de l'internaute sont nécessaires pour passer d'une séquence à l'autre, elles n'influencent pas l'enchaînement des différents segments.

En fond sonore, on entend une composition de John Hassell remixée par Alexander Mouton.

Mouton, Alexander: Passage

Passage est un étrange montage photographique réalisé par Alexander Mouton autour de la question du passage, du croisement, de l'au-delà: «a fantastic journey, crossing into the beyond...» [1] Le degré d'interactivité entre l'internaute et l'oeuvre est plutôt minimal. Après avoir activé l'oeuvre en cliquant sur son titre, l'internaute est invité à intervenir à deux autres reprises seulement: la première, dès la séquence d'ouverture, en cliquant sur une horloge pour passer à la séquence suivante; la deuxième, peu de temps après, en choisissant l'une des branches d'une étoile composée de cinq chemins qui s'entrecroisent. Notons toutefois que, peu importe le chemin choisi par l'internaute, les séquences subséquentes demeurent les mêmes - il s'agit d'un choix illusoire.

Passage est composé de plusieurs photographies qui suggèrent des atmosphères inquiétantes, des espaces de transition ou des espaces isolés. Les seules figures humaines, d'ailleurs peu nombreuses, sont présentées de dos; impossible de lire leurs visages. L'ambiance sonore renforce l'impression de malaise général dans laquelle esr immergée l'oeuvre. Lorsque la dernière séquence arrive à son terme, la fenêtre de visionnement se ferme d'elle-même aussitôt, laissant l'internaute devant un vide où l'oeuvre continue de le travailler par son absence soudaine.

 

[1] Inscription placée juste en-dessous du titre, sur la page d'accueil.

Liszkiewicz, A. J. Patrick: Count as One

Count as One est une série de 15 poèmes concrets minimalistes de l'artiste A. J. Patrick Liszkiewicz, adaptés en Flash par Lucas C. Miller. En fait, les poèmes de Liszkiewicz se présentent comme des poèmes à construire: lorsque l'internaute clique sur le titre d'un poème, une nouvelle fenêtre de visualisation s'ouvre. Cette fenêtre est soit blanche, soit noire, et comporte parfois quelques repères visuels minimalistes (des axes qui divisent l'espace ou une lettre répétée à plusieurs exemplaires). Dans le coin inférieur gauche, des petits carrés indiquent le nombre d'étapes à franchir pour construire le poème. Dans le coin inférieur droit, un décompte permet de connaître le nombre d'actions requises de l'internaute pour franchir chacune de ces étapes. Généralement, les poèmes fonctionnent comme ceci: chaque clic de l'internaute fait apparaître une lettre ou un groupe de lettres, à l'endroit occupé par le curseur de la souris. Une fois que l'internaute a disposé à sa guise toutes les lettres qui lui étaient attribuées dans une étape déterminée, la fenêtre de visualisation redevient vierge et l'internaute est invité à recommencer le processus. Lorsque toutes les étapes sont complétées, tous les éléments placés par l'internaute à toutes les étapes du poème redeviennent visibles, formant une toile dense de signes alphabétiques. L'internaute a alors la possibilité de recommencer le poème, de le publier en ligne, de l'imprimer ou de le sauvegarder. La lecture s'effectue donc au fur et à mesure de la construction du poème, l'internaute étant invité à jouer avec la plasticité de la lettre et à s'approprier l'espace visuel de son déploiement.

La série, initialement publieé dans le New River Journal (automne 2009), est aussi disponible en ligne dans la compilation afeeld (http://afeeld.com/).

Nelson, Jason: Stunningly Harmful Songs

Stunningly Harmful Songs est une collection de 6 poèmes sonores de Jason Nelson, accompagnés d'animations en Flash: «Super Heaven», «Sebastopol», «Apples! Amazing Apples!», «And A Hunting We Will Go», «Colonization is Fun!» et «Dead! Dead! Dead!». Chaque poème se présente sous la forme d'une vidéo où Nelson improvise une chanson en filmant ce qui l'entoure - par exemple, le contenu de son réfrigérateur, un cimetière, un chien dans un appartement, etc. Les chansons sont constituées des mêmes mots répétés encore et encore (c'est le cas de «Super Heaven» et de «Sebastopol»), de descriptions factuelles de ce que filme la caméra («Colonization is Fun!») ou encore d'instructions étranges («And A Hunting We Will Go» donne des instructions partielles pour jouer à Pix Pix Pick Up Sticks). En arrière-plan, des animations Flash présentent des images sans lien ni avec ce qui est filmé, ni avec le sujet du poème. Le résultat final est plutôt déstabilisant.

Nelson, Jason; Heckman, Davin: endings eventually end

endings eventually end est une collection de 25 courts textes de Jason Nelson et Davin Heckman qui relatent 25 apocalypses fictives de plus ou moins grandes importances. Ces «apocalypses» vont de la petite apocalypse personelle sans grande conséquence («In March of 2009 you will lose a shoe» - apocalypse no 17) à l'apocalypse multi planétaire radicale (destruction simultanée de Jupiter et de la Terre lors de la première rencontre officielle entre deux espèces intelligentes - apocalypse no 10). Plusieurs types de scénarios fictifs sont explorés par Nelson et Heckman: scénarios religieux, scénarios scientifiques, scénarios sociaux, etc.

Chaque apocalypse est associée à un compte à rebours en temps réel, montrant combien il reste de temps avant sa réalisation. Un lien placé dans le coin supérieur droit d'un compte à rebours permet d'ouvrir une fenêtre contenant une description de l'apocalypse, sa date, son échelle d'impact et une liste de ses effets possibles (par exemple, «souls eaten by rabbits with fangs of carrots and orgasmic jumping castles forever inflated» - apocalypse no 6). À titre de blague, lorsque l'internaute passe d'une page à l'autre (les apocalypses sont divisées sur trois pages), les logos des sponsors fictifs Ecumenical Eschatology Working Group et Singularity Watch apparaissent brièvement.

Nelson, Jason: i made this. you play this. we are enemies.

i made this. you play this. we are enemies. est un jeu vidéo halluciné de Jason Nelson proposant une critique des lois sur le droit d'auteur et la propriété intellectuelle sur Internet. Chacun des 10 tableaux du jeu présente des éléments visuels et des extraits de textes légaux tirés de sites Web où la question du droit d'auteur est problématique: Google, Yahoo!, Fark, Huffington Post, Disney, RIAA, Mininova, Something Awful, MetaFilter, Boing Boing, Joystiq. Les éléments du jeu (obstacles, «monstres», télétransporteurs, etc.) sont gribouillés à même la trame visuelle formée par les images de sites Web ainsi piratés par Nelson. Différents éléments activables permettent de faire apparaître du texte ou des animations qui mettent en valeur le propos critique engagé du jeu.

Comme dans plusieurs autres oeuvres de Nelson, le contenu critique demeure cependant profondément entremêlé à un contenu plus délirant, voire franchement absurde. La plupart des vidéos ne font aucun sens (une des vidéos finales n'est par exemple qu'une longue énumération d'objets sans lien entre eux) et les théories proposées par Nelson sont souvent totalement farfelues (il annonce entre autres la destruction future d'Internet par un robot géant).

Nelson, Jason: wittenoom

wittenoom de Jason Nelson est une évocation poétique en 9 tableaux de la disparition de la communauté de Wittenoom, une ville minière australienne abandonnée en 1966 suite à la chute de l'industrie de l'amiante. Chaque tableau prend la forme d'images photographiques légèrement vacillantes (plusieurs photographies sont parfois fusionnées pour créer une seule image) auxquelles se superpose du texte. Toutes les photographies sélectionnées par Nelson représentent des lieux désertés de la ville.

Les modalités de lecture et d'interaction varient d'un tableau à l'autre: parfois, l'internaute doit cliquer sur des encadrés miniatures qui tombent doucement en arrière-plan pour les appeler au premier plan; parfois, le texte se trouve attaché aux faces d'un cube Rubik tridimensionnel qu'il est possible de manipuler; parfois, c'est la simple position de la souris à l'écran qui détermine les phrases affichées; etc. Il est à noter que certains dispositifs choisis par Nelson entravent parfois la lisibilité, la manipulation du texte pouvant s'avérer difficile. Des flèches placées sur les côtés de l'image permettent de naviguer d'un tableau à l'autre.

Nelson, Jason: Evidence of Everything Exploding

Evidence of Everything Exploding est une oeuvre délirante de Jason Nelson qui prend la forme d'un jeu vidéo en 10 niveaux. L'oeuvre est organisée autour des thèmes de la conspiration et de la prophétie: en 2004, des climatologues auraient découvert en Arctique une boîte de métal enfouie sous 500 mètres de glace contenant 10 documents de sources diverses. Ces documents (des lettres, des entrées de dictionnaire, des manifestes artistiques, des rapports gouvernementaux et scientifiques, etc.) renfermeraient des prophéties sur l'avenir de notre civilisation... Plus concrètement, ils servent aussi d'arrière-plan aux 10 niveaux du jeu. Dans chaque niveau, l'internaute contrôle un avatar en forme de flèche qui doit traverser un labyrinthe peuplé d'obstacles et d'ennemis. Des points numérotés dans le labyrinthe permettent de faire apparaître des fenêtres de texte traitant de la conspiration et d'activer les prophéties.

Le style du jeu est halluciné, rempli de dessins «grouillants» et d'explosions bruyantes. Après chaque niveau, l'internaute accède à une vidéo où l'artiste, derrière la caméra, dévoile une conspiration loufoque et sans objet dont les indices sont révélés par des cartons d'allumettes. À la toute fin du jeu, lorsque l'internaute a réussi tous les niveaux, il n'est d'ailleurs pas gratifié par une meilleure explication qui permettrait de donner un sens à l'ensemble hétéroclite des théories proposées: la dernière vidéo, censée tout expliquer, est une simple chanson de Nelson à propos des objets qui se trouvent sur son bureau.

Evidence of Everything Exploding est au final une oeuvre absurde mais extrêmement ludique qui met en évidence le non-sens des théories de la conspiration si populaires de nos jours, que l'on pense aux fans de Dan Brown ou aux négationnistes du 11 septembre.

Carpenter, J.R.: a sleep I fell

a sleep I fell est une œuvre poétique de J.R. Carpenter abordant le thème de la chute, tout particulièrement de la chute dans le sommeil (to fall asleep). Jouant autour de ce concept, l'artiste l'explore librement, abordant autant la chute de la réalité vers le sommeil que la chute inverse, où désenchantement et déprime accompagnent le dur retour à la réalité.

L'œuvre est divisée en quatre sections: «a quote», «a theory», «a story», «a word». Chacune de ces sections renferme un contenu différent en lien avec son titre. «a quote» est une compilation de citations d'auteurs sur la chute et le rêve. «a theory» est un regroupement de formules de physique mécanique et de courts poèmes de l'artiste touchant la théorie de la gravitation. «a story» est composée de plusieurs courtes histoires de l'artiste. «a word» est la section où l'artiste explique son œuvre et fait ses remerciements.

La navigation sur a sleep I fell est plutôt simple. Un clic sur la barre de navigation située au coin supérieur droit mène à un deuxième menu, qui permet d'afficher les différents poèmes et récits.

Carpenter, J.R.: The Orchard of Innumerable Plans

The Orchard of Innumerable Plans est une oeuvre narrative linéaire de J.R. Carpenter. Elle dépeint les souvenirs d'un jeune homme d'une balle de fusil qu'il a trouvée dans un verger puis offerte en cadeau à une jeune fille. Dans le texte de Carpenter, le verger est à la fois un lieu et une métaphore: l'expression «j'étais perdu dans le verger» («I was lost in the orchard») prend la place l'expression «être dans la lune». Le thème du verger suggère donc l'égarement du protagoniste dans ses pensées et traverse l'ensemble de la narration.

La navigation dans l'œuvre est très simple: il suffit de cliquer sur l'image d'une balle ou d'une feuille de pommier pour avancer. Cette forme linéaire est tributaire du fait que le texte fut d'abord publié sous la forme d'une courte nouvelle, dans le numéro 23 de la revue torontoise Blood and Aphorism (1996).

The Orchard of Innumerable Plans a été présenté à l'exposition Engaging the Virtual à la Dalhousie Art Galery d'Halifax en 2000.

Taroko Gorge Remixed est l’appellation non officielle qui désigne un ensemble de petits générateurs textuels programmés depuis 2009 à partir du code du générateur de poésie Taroko Gorge de Nick Montfort. Il ne s’agit pas d’un projet organisé ou fermé, ni même planifié, mais d’une initiative spontanée de plusieurs artistes qui se sont mis, un peu à la blague, à détourner le code de Montfort à toutes les sauces et à mettre en ligne les résultats. Taroko Gorge Remixed est probablement le meilleur exemple actuel d’une idée contagieuse qui s’est propagée au hasard des conférences académiques et des blogues, mobilisant les professionnels de la littérature hypermédiatique autant que les amateurs qui n’avaient jamais tâté du code auparavant.

Le code originel de Nick Montfort a été conçu sous contraintes en langage de programmation Python. Les contraintes de Montfort étaient de créer un générateur dont le code tiendrait en une seule page (c'est-à-dire n’excédant pas 66 lignes de 80 caractères) et de le terminer en un jour. Taroko Gorge a ainsi été écrit lors d’une visite au Parc national de Taroko, à Taïwan, et dans l’avion qui ramenait l’artiste aux États-Unis, le 8 janvier 2009 [1]. Les vers générés par Taroko Gorge décrivent de façon minimaliste la beauté naturelle du Parc national de Taroko. Trois types de vers sont générés pour créer le rythme du poème: les vers qui expriment le mouvement, la marche dans les sentiers du parc, et qui apparaissent au début et à la fin de chaque strophe; les vers de «sites», qui décrivent passivement un lieu; et les vers de «caverne» («cave»), qui suggèrent le passage à travers les tunnels creusés dans la roche par l’armée de Tchang Kaï-chek [2]. Si Montfort a choisi de créer Taroko Gorge en Python, c’est surtout pour la beauté et la simplicité du code, facile à lire et à s’approprier. Après la série ppg256, programmée en Perl, Montfort souhaitait effectivement revenir à une esthétique plus pure, moins hermétique [3].

Peu de temps après la mise en ligne de Taroko Gorge, Scott Rettberg, un ami et collaborateur de longue date de Nick Montfort (Implementation, Grand Text Auto), a décidé de «pirater» le code du générateur et de le détourner pour créer une nouvelle œuvre, intitulée Tokyo Garage. Dans un texte de 2012, Rettberg s’explique ainsi:

I have never been much of a fan of nature poetry, and I near always feel an urge to jump in and improve Nick’s text. Opening the program in my web browser through the simple act of selecting «view source» I was able to quickly gain access to the textons of Taroko Gorge, to explore the structure of the program and see its variables. Without asking Nick’s permission, or really informing him at all, I set about rewriting it, first by substituting what I perceived as a rather limited vocabulary with one that is considerably more verbose. I was interested in seeing if I could take the basic structure of Nick’s poem and invert its meaning yet again, taking a minimalist poem about ordered nature in which humans are virtually absent, and turning it into a maximalist poem about the chaotic city in which humans are everywhere in all their imaginative messiness. I wanted to take Nick’s rather reflective, somewhat serious tone, and explode in a more comical, rather absurdist direction. And so overnight «Taroko Gorge» became «Tokyo Garage.» [4]

Là où Montfort parle de nature et de calme, Rettberg s’attarde à la faune bigarrée de Tokyo et au caractère glauque de la ville, peuplée de junkies, de prostituées, d’hommes d’affaires, de policiers, de touristes et de pickpockets…

À la base, Rettberg admet qu’il s’agissait avant tout d’une blague et que Montfort était le seul public qu’il avait en tête en mettant en ligne son Tokyo Garage [5]. Cependant, la blague s’est rapidement répandue et a vite été adoptée par plusieurs autres artistes qui se sont mis eux aussi à reprendre Taroko Gorge pour créer de nouveaux poèmes. Au moment d’écrire ces lignes, en novembre 2012, on comptait au moins 20 versions du générateur, produites par 18 artistes différents. Liste des reprises répertoriées, en plus de celle de Rettberg:

Waiting for Tarako Gorge de Sepand Ansari, qui génère des dialogues inspirés de Waiting for Godot de Samuel Beckett et fait partie de l’œuvre hypermédiatique en ligne Waiting for Gwodot (Sepand Ansari et Raschin Fatemi);

Tournedo Gorge de Kathi Inman Berens, qui offre une perspective féministe sur les questions de la programmation et de la cuisine en proposant un mash-up improbable des deux;

Tasty Gougère d’Helen Burgess, un hommage à la cuisine française et à la pâtisserie (les gougères étant ces petites pâtisseries faites de pâte à choux et de fromage);

GORGE, WHISPER WIRE et Along the Briny Beach de J. R. Carpenter, trois œuvres reprenant le code de Taroko Gorge pour évoquer respectivement le corps et l’intime, la communication et le non-sens, et des paysages côtiers inspirés de «The Walrus and The Carpenter» de Lewis Carroll;

Alone Engaged de Maria Engberg, qui se pense comme un ballet de solitudes données à voir à travers une perspective intimiste queer;

MAKATO, GUILE de Damian Esteves, générant des vers inspirés du jeu d’arcade Street Fighter;

Taroko Gary de Leonardo Flores, alimenté par le poème «Endless Streams and Mountains» de Gary Snyder;

Designer Gulch de Brendan Howell, qui dresse un portrait du monde du travail dans le domaine du design (l’œuvre, conçue pour défiler sur des écrans cathodiques standards, est installée dans le hall de la Berliner Technische Kunsthochschule);

FRED & GEORGE de Flourish Klink, une improbable fan fiction érotique mettant en scène Fred et George Weasley, deux personnages jumeaux de la série Harry Potter;

Snowball d’Alireza Mahzoon, qui évoque une promenade méditative sous la neige;

Scholars contemplate the Irish beer de Judy Malloy, qui propose un portrait romantique de paysages irlandais entrecoupé par des bribes de folklore local et des références à la fête, à la musique et à l’alcool;

TOY GARBAGE de Talan Memmott, où des vieux jouets interagissent les uns avec les autres comme s’ils étaient doués d’une vie propre;

TAKEI, GEORGE de Mark Sample, inspiré par l’acteur George Takei – son personnage dans Star Trek, ses positions publiques, son homosexualité, ses fans, ses détracteurs, etc.;

YOKO ENGORGED d’Eric Snodgrass, qui évoque une performance sexuelle bizarre mettant en scène John Lennon, Yoko Ono et une horde de fans entassés dans une chambre d’hôtel;

Inside the House de Sylvain Adam, pensé de manière à rendre compte de la géographie labyrinthique particulière du roman House of Leaves de Mark Z. Danielewski;

Camel Tail de Sonny Rae Tempest, une version du générateur nourrie des paroles des neufs albums studio principaux du groupe rock Metallica.

À cette liste s’ajoute finalement Argot Ogre, OK! d’Andrew Plotkin qui, à la différence des autres reprises citées jusqu’ici, s’intéresse à la réécriture du code lui-même plutôt qu’à son contenu. En effet, là où les autres artistes se contentent de changer ou d’élargir le vocabulaire de Montfort tout en conservant la structure initiale de Taroko Gorge, Plotkin remixe les codes-sources des générateurs de deuxième génération (les reprises) pour proposer des mash-ups inédits:  TOY GARBAGE + Taroko Gorge = TOY Gorge; TOY GARBAGE + Tokyo Garage = TOY Garage; TAKEI, GEORGE + YOKO ENGORGED = TAKEI, ENGORGED; etc. En quelque sorte, Plotkin offre ainsi un méta-remix de Taroko Gorge et nous permet d’accéder à un deuxième degré de l’expérience collective de Taroko Gorge Remixed.

Bref, depuis 2009, l’expérience Taroko Gorge Remixed est devenue un genre de «Who’s Who» de la littérature hypermédiatique. Les artistes y réfèrent dans leurs articles respectifs, on y fait allusion dans les conférences, des jeunes étudiants sont invités à produire leurs propres reprises… Ce n’est sûrement pas ce que Nick Montfort avait en tête en créant Taroko Gorge, mais l’aventure de Taroko Gorge Remixed n’en demeure pas moins aujourd’hui un magnifique exemple des détournements ludiques permis par la logique de l’open source ainsi qu’un très amusant exercice de communauté pour les acteurs du monde de l’hypermédia.

 

[1] Nick Montfort (01/2012) «XS, S, M, L. Creative Text Generators of Different Scales», The Trope Tank. En ligne: http://trope-tank.mit.edu/TROPE-12-02.pdf (consulté le 12 novembre 2012)

[2] Nick Montfort (06/2012) «"Taroko Gorge" Printout», The New Everyday. En ligne: http://mediacommons.futureofthebook.org/tne/pieces/taroko-gorge-printout (consulté le 12 novembre 2012)

[3] Ibid.

[4] Scott Rettberg (2012) «A Response to Nick Montfort's "Programming for Fun, Together"», ELMCIP. En ligne: http://elmcip.net/sites/default/files/files/attachments/criticalwriting/a_response_to_nick_montfort_0.pdf (consulté le 12 novembre 2012)

[5] Ibid.

Carpenter, J.R.: Rope Trick

L'invention de la corde et de ses multiples nœuds a eu une forte répercussion dans l'histoire de l'humanité. Rope Trick est basé sur une réflexion de J.R. Carpenter à propos de la technologie: est-ce que les technologies de l'information et de la communication ont le potentiel d'exciter l'ingéniosité humaine comme l'a fait la simple corde? L’artiste nous présente plusieurs usages de la corde et de différents nœuds, ainsi que des courts extraits textuels en lien avec ceux-ci.

L’œuvre est visuellement simple. Plusieurs images de cordes se succèdent automatiquement. Un clic sur l’une d’entre elles fait apparaître un texte, quelque peu énigmatique, sur les cordes.

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