Image

Bailey, Sara Sloan: Factography

Factography est un hypertexte de Sara Sloan Bailey composé d'une série de courts récits entremêlés. Ces récits, qui relèvent de la fiction mais qui sont composés à partir de bribes de réalité [1], tournent autour d'un nombre réduit de personnages dont les destins s'entrecroisent, un peu sous le mode de la chronique: des couples se forment et éclatent au fil des voyages, des jeunes hommes s'en vont se battre en Irak et reviennent changés, des souvenirs d'enfance refont surface à des moment inattendus...

L'internaute accède à l'hypertexte en cliquant sur le lien «stories», sur la page d'accueil. Un premier récit s'ouvre alors, contenant plusieurs hyperliens. Ce premier récit, intitulé «Cadiz», est présenté dans son entièreté. En cliquant sur un des hyperliens contenus dans le texte, l'internaute est toutefois redirigé vers un fragment d'un autre récit. D'un hyperlien à l'autre, c'est donc de fragment en fragment que l'internaute poursuit sa lecture. Néanmoins, au bas de chaque fragment, une croix contenant quatre contrôles offre la possibilité d'accéder à la version complète du récit ou de passer au fragment suivant du récit en cours de lecture (les deux autres contrôles servent à revenir en arrière et à aller vers la table des matières).

 

[1] Sara Sloan Bailey (2008) «Home», page d'accueil de Factography. En ligne: http://www.cddc.vt.edu/journals/newriver/08Spring/bailey/Home.html (consulté le 13 janvier 2013)

Carpenter, J. R.: Wanderkammer

Dans son ensemble, Wanderkammer de J. R. Carpenter est composé de 58 citations, tirées majoritairement d’œuvres littéraires imprimées, et d’un petit nombre de déclarations citées diverses. Les citations littéraires dans Wanderkammer proviennent principalement d’œuvres en prose, mais on y retrouve de même des citations de poèmes variés et de textes académiques. Le titre complet, Wanderkammer – A Walk Through Texts, constitue déjà une introduction au thème de l’œuvre, l’errance. J. R. Carpenter décrit le terme «Wanderkammer» comme: «1. a web-based collection of hyperlinked quotations from curious and rare writings on the topic of wandering. 2. a walk through texts» [1]. Cette définition exprime l’ambiguïté inhérente du terme: d’une part, «Wanderkammer» suggère que l’idée principale qui traverse les textes cités est le thème de la «promenade». D’autre part, le terme met également en valeur le fait que l’œuvre est une construction hypermédiatique, ce qui signifie que le visiteur doit se «promener» d’un texte à l’autre dans l’espace virtuel pour progresser dans sa lecture.

Toutefois, l’image statique du carnet de notes en arrière-plan et la disposition uniforme des textes de chaque lexie dans une même section de l’écran transmettent aussi l’impression familière d’être en train de procéder à la lecture linéaire d’un livre imprimé.

Concernant les choix de lecture du visiteur, il est évident que le lecteur prend des décisions actives en choisissant sur quel(s) mot(s) cliquer et, ainsi, quel(s) lien(s) suivre. Durant ce processus, il est possible pour le lecteur d’identifier un mot intéressant qui attire son attention dans un texte spécifique. Même si ce choix peut d’abord sembler être une décision relative à un sujet particulier, il entraîne plutôt l’apparition du prochain texte qui contient le mot choisi. Cela signifie que les enjeux de ce second texte, ou texte-cible, peuvent être complètement différents.

Pour conclure, Wanderkammer peut être vu comme une œuvre hypermédiatique qui met en évidence l’influence des nouvelles technologies sur la littérature et l’art. D’un côté, l’œuvre montre comment les pratiques traditionnelles de lecture sont toujours prises en considération à l’intérieur du processus de production artistique dans un environnement électronique. Toutefois, d’un autre côté, Wanderkammer démontre aussi comment de nouvelles formes de production et de consommation du littéraire et de l’artistique peuvent être développées.

 

[1] J. R. Carpenter (2011) section «About», Wanderkammer. En ligne: http://luckysoap.com/wanderkammer/credits.html (consulté le 6 décembre 2012)

Bookchin, Natalie: The Intruder

The Intruder est une œuvre hypermédiatique présentée sous la forme d’un jeu vidéo qui met en scène la courte nouvelle «L'intruse» de Jorge Luis Borges. L'internaute doit traverser dix tableaux pour que la narration soit complète. Il manipule des avatars (hommes ou femme) et doit tantôt perdre ou gagner pour faire progresser le récit. L'ordre chronologique des tableaux permet d'entendre la nouvelle au complet, dans la bonne séquence. Au fil des tableaux, le joueur passe par toute la gamme des jeux vidéo, du jeu d'arcade vintage le plus simpliste au jeu de guerre complexe plus récent.

Le jeu commence avec la séquence la plus simple, qui rappelle le jeu classique Pong et permet d'introduire l'œuvre de Borges. Pour que cette première séquence soit complète (titre, auteur, incipit), les mots doivent être bloqués avec le curseur de la souris. On passe ensuite au tableau suivant, qui présente le début du récit, et ainsi de suite jusqu'au dernier tableau. La violence et la brutalité du triangle amoureux de la nouvelle de Borges sont représentées de manière très éloquente à travers les étapes du jeu. Au troisième tableau par exemple, le joueur doit cliquer sur la souris pour que deux avatars représentant des hommes armés (les frères Nilsen) fassent feu sur des soucoupes volantes. Pour le joueur qui a lu Borges, il sera facile de faire le parallèle entre les envahisseurs venus de l’espace et l'intruse (Juliana) qu'il faut éliminer pour retrouver la paix et l'harmonie.

Pour l'internaute qui ne connaît pas «L'intruse» de Borges, le jeu vidéo en lui-même demeure porteur d’une critique sociale qui touche notamment les questions du genre et des stéréotypes masculins/féminins: le joueur prend parfois le rôle de la femme au lieu de celui de l'homme, comme dans les tableaux un, six et sept; dans certains cas, on voit un avatar féminin qui est échangé, comme dans un jeu de ping-pong; dans un autre tableau, on retrouve un vagin duquel s'écoule les biens (chaise, ciseaux, chapelet, collier, etc.) représentant l'extrait de la nouvelle où Juliana est vendue pour la première fois. L'internaute a donc une perspective masculine et féminine du triangle amoureux. Et plus le jeu avance, plus la violence est présente, fidèle à la trame narrative du récit de Borges qui se termine avec le meurtre de Juliana par Cristian, seul moyen pour les deux frères de se retrouver et de faire la paix.

The Intruder est la première œuvre hybride de Natalie Bookchin mêlant littérature et jeu vidéo. Cette œuvre s'insère dans le corpus prolifique de l'artiste, pionnière dans l'intégration de la forme documentaire dans les nouveaux médias depuis les années 1990. La conversation entre le récit de Borges et les différentes séquences du jeu vidéo est claire, juste et éloquente. Le parallèle entre la forme du jeu et ce récit misogyne est en soi une prise de position sévère à l'égard des inégalités sociales. Les œuvres de cette artiste constituent une critique des injustices politiques et sociales internationales et leur traitement par les nouveaux médias en permet une diffusion plus large.

Levesque, Julien: Books Scapes

Books Scapes de Julien Levesque est une oeuvre hypermédiatique qui, comme son titre l’indique, présente une image composite faite de livres. Lorsqu’on accède au site Web qui héberge l’oeuvre, on se trouve devant la représentation visuelle d’un paysage. Ce paysage est divisé et fragmenté par des cadres rectangulaires qui délimitent des parties de l’image: l’oeuvre devant laquelle se trouve l’internaute n’est autre qu’un collage, une récupération de matériaux disparates servant à créer une oeuvre originale. D’ailleurs Julien Levesque, dans une entrevue qu’il accorde à Yvane Jacob, témoigne de ce travail de collage qui est le sien lorsqu’il dit: «Par moments, je trouve presque que mon travail s’approche du mouvement dada» [1]. Néanmoins, on ne pourrait pas dire à première vue que le paysage de Books Scapes n’en est pas un, du moins qu’il n’est pas dessiné dans son ensemble par le même artiste, même si c’est pourtant le cas. Ce n’est que par l’utilisation que fait l’artiste des hyperliens et à travers la manipulation de ces liens que l’internaute comprend qu’il se trouve devant une oeuvre intermédiale, c’est-à-dire devant une oeuvre qui propose un dialogue entre différents médias – ici le texte, l’image et bien entendu Internet.

Lors d’une première visite sur le site Web, tous les rectangles qui servent de cadres aux différentes parties de l’image (il y en a 99 en tout) sont bleus et cliquables. L’internaute doit cliquer sur ces rectangles pour être redirigé vers un texte numérisé en format Ebook, hébergé sur Google Books. Par la suite, lorsque l’internaute revient à la page principale de l'oeuvre, les fragments sur lesquels il a déjà cliqué deviennent et restent mauves, même lors des visites subséquentes, traçant ainsi le parcours effectué. De plus, lorsque l’internaute accède au texte numérisé duquel est prélevé un fragment d’image, il peut voir, délimitée par une marque en pointillé, la section exacte qui a été récupérée par l’artiste. L’internaute peut ainsi, à son gré, parcourir d’une part l’oeuvre visuelle qu’est Books Scapes, mais également les différents textes numérisés sur Google Books – textes qui, en version papier, ont été publiés entre les XVIIe et XIXe siècles et qui, par l’emploi du collage comme mode d'appropriation, font eux aussi partie de l’oeuvre.

Ce passage de l’oeuvre visuelle hypermédiatique à l’image du livre numérisé que nous propose Julien Levesque soulève certains questionnements quant à la culture à l’ère du numérique, questionnements qui, par ailleurs, traversent la production de l’artiste. Dans ses oeuvres précédentes, notamment dans Street Views Patchworks, «il explore le territoire d’Internet pour le déconstruire en rapsodie, en créant une oeuvre faite de réutilisation, de patchworks, de bricolages et à l’allure amateur» [2], déployant dès lors une oeuvre singulière qui questionne les représentations actuelles du Web. En fait, ce que fait Julien Levesque dans Books Scapes, c’est de concevoir une véritable bibliothèque en ligne. Il utilise l’espace que lui offre Internet pour rendre compte du changement qui s’opère dans les pratiques actuelles de lecture et de spectature en nous offrant une bibliothèque aléatoire, à l’image d'un moteur de recherche comme Google.

 

[1] Yvane Jacob (22/06/2011) «C’est quoi un artiste numérique? (3) Rencontre avec Julien Levesque», RSLN. En ligne: http://www.rslnmag.fr/post/2011/6/22/c-est-quoi-un-artiste-numerique_3_%E2%80%93-rencontre-avec-julien-levesque.aspx (consulté le 5 décembre 2012)

[2] Margherita Balzerani (2010) «Julien Levesque entre Troll et Popstar (nouvelle star) du web», Human Atopic Space. En ligne: http://www.humanatopicspace.fr/?p=972 (consulté le 5 décembre 2012)

Weishaus, Joel: Inside the Skull-House

Inside the Skull-House de Joel Weishaus est un hypertexte qui s'intéresse à la vaste question du problème corps-esprit, c'est-à-dire au lien entre les structures physiques du corps et la conscience. L'hypertexte a été publié en quatre parties (nommées en fonction de parties du cerveau) dans des revues différentes:

«Hippocampus» (première partie) dans Rhizomes, no 1, automne 2000 http://www.rhizomes.net/issue1/skull/intro.htm;

«Amygdala» (deuxième partie) dans BeeHive, vol. 3, no 2, juillet 2000 http://beehive.temporalimage.com/content_apps32/2weishaus/a.html;

«Basal Ganglia» (troisième partie) dans Riding the Meridian, vol. 2, no 2, 2002 http://www.heelstone.com/meridian/weishaus/intro.htm;

«Pons» (quatrième partie) dans New River Journal, no 8, 2003 http://www.cddc.vt.edu/journals/newriver/weishaus/skull/intro.htm.

D'une partie à l'autre, l'hypertexte est toujours constitué de la même façon: sur une page principale, l'internaute a accès à un court texte de présentation et à une série de liens qui renvoient vers différentes sections identifiées «PREP», «TEXT», «PARATEXT» et «ILLUSTRATION». La section «PREP» présente une description de la structure du cerveau ayant inspiré la partie de l'hypertexte en cours de lecture. La section «TEXT» contient le texte principal de l'oeuvre, criblé d'hyperliens. Le «PARATEXT» présente quant à lui l'ensemble des contenus auxquels renvoient les hyperliens dans la section «TEXT». Finalement, la section «ILLUSTRATION» redirige l'internaute vers une vue en coupe d'un cerveau humain, hébergée sur le site Web de l'école de médecine d'Harvard.

Les textes constituant le coeur d'Inside the Skull-House, présentés dans les sections nommées «TEXT», comportent plusieurs niveaux et sont composés sur le mode du cut-up. Les différents niveaux sont identifiées par des tailles de polices différentes et s'entrecoupent à plusieurs reprises dans un même paragraphe, créant un enchevêtrement de phrases incomplètes. Dans le premier niveau, l'internaute découvre la vie du narrateur qui relate ses voyages, la mort de ses amis, ses souvenirs de jeunesse, etc. D'une partie à l'autre, on voit le narrateur évoluer dans sa propre vie, marqué par de nouvelles expériences et de nouveaux drames. Les autres couches, qui semblent constituer les couches inférieurs de conscience derrière la couche de narration principale, présentent des informations disparates sur la mythologie, la neuroscience, la sagesse zen, etc. L'effet général est celui d'un flux de conscience (stream of consciousness) intimiste. Les contenus auxquels renvoient les hyperliens se présentent quant à eux essentiellement comme des citations tirées d'ouvrages scientifiques, anthropologiques, religieux, philosophiques, etc.

Lockridge, Tim: A Sky Of Cinders

A Sky Of Cinders est un hypertexte de Tim Lockridge dans lequel un narrateur anonyme parle de sa vie et de ce qui l'entoure, après qu'une catastrophe (qui n'est jamais nommée) ait rempli le ciel de cendres: les gens sont moroses et se raccrochent à leurs souvenirs, la poussière s'immisce partout, la vie marine finit par disparaître, le centre du continent devient une vaste zone désolée. Le ton du texte est doux et amer, mettant l'emphase sur le côté humain de la catastrophe.

Pour naviguer dans l'hypertexte, l'internaute suit les liens cachés dans les lexies. Chaque lexie renferme deux hyperliens: le premier renvoie vers la lexie successive immédiate, alors que le deuxième permet de sauter une lexie pour tomber sur la lexie suivante. Il est ainsi possible de lire une version longue du texte, en visionnant une à une l'ensemble des lexies, ou une version courte, en ne lisant qu'une lexie sur deux. Aussi, plus l'internaute progresse dans l'hypertexte, plus l'image en arrière-plan (représentant un ciel rempli de nuages) s'efface, suggérant la disparition du ciel derrière un mur de cendres.

En trame sonore, on entend une pièce d'ambiance douce et mélancolique intitulée «First Breath After Coma», composée par Mark T. Smith, Michael James, Chris Hrasky et Munaf Rayani et enregistrée par Explosions In The Sky. Cette pièce est tirée de l'album The Earth Is Not A Cold Dead Place (2003).

Nelson, Jason: wide and wildly branded

wide and wildly branded est une œuvre poétique de Jason Nelson qui rapporte différentes idées reçues à propos des populations de l'hémisphère sud, souvent considérées comme «moins avancées» ou «moins évoluées» que celles du nord. Présentée sous la forme d'une boussole à 36 pointes, l'œuvre permet de naviguer à travers les différents stéréotypes entendus dans l'hémisphère nord et les réalités socioéconomiques sous-jacentes.

Nelson présente deux courts vers pour chaque pointe de la boussole: l'un est nommé «poetic», l'autre «subpoetic», révélant ce qui est sous-entendu par le premier. La navigation est toute simple: l'internaute n'a qu'à positionner son curseur sur une des pointes pour appeler les textes. Lors du déplacement du curseur dans la fenêtre, des flèches et des lignes horizontales et verticales apparaissent à l'écran.

Nelson, Jason: birds still warm from flying

birds still warm from flying est une oeuvre poétique de Jason Nelson qui explore les relations entre les différents vers d'un poème par l'utilisation d'une forme tridimensionnelle, le cube Rubik. Exploitant l'aspect et les caractéristiques propres à ce cube, Nelson utilise chacun des neuf carrés des six faces pour présenter un poème. Cette exploration a permis à Nelson de se familiariser avec la poétique «Rubik», birds still warm from flying précédant d'un an une autre oeuvre semblable, six sided strange - rubikesque creatures.

Sur les 54 facettes, 42 sont associées à un vers et 12 à un court segment vidéo. Lors de l'arrivée sur l'œuvre, les différents vers sont placés à leur endroit assigné, en ordre numérique, comme les couleurs sur un véritable cube Rubik encore intouché. L'internaute peut alors manipuler le cube comme son pendant réel, soit en faisant pivoter une de ses tranches. Pour ce faire, l'internaute n'a qu'à cliquer sur le cube pour s'en saisir et à déplacer la tranche dans la direction désirée en maintenant le bouton de la souris enfoncé. Cela a pour effet de mélanger les différents vers et de permettre ainsi de créer de multiples assemblages et significations à partir des phrases cryptiques déposées sur les carrés. Il est possible de faire pivoter le cube sur les axes x, y et z en cliquant sur les flèches croisées situées à droite. La flèche pivotante fait tourner le cube seulement sur l'axe des x et y, afin de faciliter la lecture des vers.

Moulthrop, Stuart: Radio Salience

Radio Salience est une oeuvre de Stuart Mouthrop qui explore les thèmes de l'interférence et de l'indétermination. Lorsque l'internaute active l'oeuvre, il se retrouve devant un rectangle divisé en quatre colonnes. En trame sonore, des enregistrements de transmissions radio (transmissions militaires, émissions de radio commerciales, etc.) s'entrecoupent et se mélangent. Dans chacune des colonnes, des segments d'images se fondent les uns aux autres de façon aléatoire. Pour accéder au contenu textuel de l'oeuvre, l'internaute doit cliquer sur les images lorsque deux colonnes ou plus contiennent des segments appartenant à une même image. L'image partiellement révélée devient alors entièrement visible, et du texte s'inscrit lettre par lettre à l'écran alors qu'une voix de synthèse en fait la lecture. À la fin de la séquence de lecture, l'internaute est automatiquement ramené aux images mouvantes, devant rester attentif pour saisir la prochaine combinaison.

Les textes eux-mêmes forment une toile narrative disparate et éclatée. On devine la présence d'un évènement unificateur derrière l'ensemble des vignettes – une catastrophe ayant changé le visage du monde? une confrontation extraterrestre? la simple avancée inéluctable de la technologie? –, mais chaque vignette se présente comme un fragment de récit autonome. Dans l'ensemble, les vignettes relèvent d'une esthétique de la science-fiction et de l'anticipation (parfois aux limites du surréalisme) où s'entremêlent des questions d'intelligence artificielle, de transcendance technologique et de sociétés humaines futuristes.

Herrstrom, David: Virtual Reality Exhibit at the Singapore Museum

Virtual Reality Exhibit at the Singapore Museum est un long poème de David Herrstrom divisé en 19 segments. Chaque segment est accessible à partir d'hyperliens abrités par chacun des 19 mots de la phrase «LEAVING A VIRTUAL REALITY EXHIBIT AT THE SINGAPORE NATIONAL MUSEUM, I WALK DOWN ORCHARD ROAD TO THE TEMPLE PARK», affichée sur la page d'accueil. Une fois que l'internaute accède à un premier segment, il peut passer d'un segment à l'autre en utilisant les liens renfermés dans les images de feuilles d'arbres en haut et en bas du texte ou cliquer sur «Genet» pour revenir à la page d'accueil.

Le long poème d'Herrstrom relate sur un ton intimiste les pensées d'un étranger qui parcourt les rues de Singapour, un appareil photo à la main. Ses réflexions portent surtout sur les rayons insistants du soleil, sur la religion et sur la végétation, cette dernière servant de métaphore pour la plupart des autres thèmes abordés. Tout au long de son poème, Herrstrom s'efforce de mettre en relief la tension entre genet et ramet [1], entre la foule d'individus semblables qui forment le tissu humain de la ville et l'étranger isolé, unique.

 

[1] En botanique, un genet désigne un ensemble de plantes regroupées génétiquement identiques, alors qu'un ramet sert quant à lui à identifier un individu unique issu d'un genet.

Herrstrom, David: City of Angles & Anguish

City of Angles & Anguish est une oeuvre poétique à deux plans de David Herrstrom. Le premier niveau de l'oeuvre, constitué de 12 poèmes, est accessible à partir d'une interface représentant de façon minimaliste la façade d'un immeuble. Chaque «fenêtre» renferme un hyperlien vers un poème. Les poèmes de ce premier niveau sont surtout descriptifs, s'attardant de manière impersonnelle à la géométrie des immeubles, à la lumière qui les caresse, à l'idée de la ville comme île façonnée par des surfaces vitrées. À travers les poèmes du premier niveau sont toutefois cachés une foule d'hyperliens invisibles qui mènent vers le deuxième plan de l'oeuvre, où l'on retrouve une série de «complaintes» qui donne voix à des itinérantes aux personnalités diverses: l'ancienne reine de beauté, la mystique, la dépressive, l'enfant, etc. Ces poèmes sont beaucoup plus violents et crus, flirtant avec la folie, la drogue, l'alcool et la misère, mais sur un ton exalté, vivant, rappelant la tradition contreculturelle américaine des années 1960 et 1970.

Kendall, Robert: A Study in Conveyance

A Study in Conveyance de Robert Kendall présente deux poèmes parallèles qui évoquent les thèmes de la chute, de la migration et de l'abandon. Dans le premier poème, présenté à gauche, un homme saute dans l'océan pour se donner la chance de tout abandonner, de lâcher prise, et de se laisser laver sur la plage par les vagues; dans le deuxième, présenté sur la droite, un homme raconte comment il a tout abandonné pour migrer au coeur de l'Amérique avec son amante. Dans les deux cas, la notion de chute demeure centrale, et l'issue incertaine, comme si l'individu restait suspendu dans le mouvement, quelque part entre deux points, sans jamais atteindre sa destination.

La présentation visuelle des deux poèmes est très simple. Dans une fenêtre divisée en deux, chaque poème occupe une colonne d'une couleur différente. Des flèches placées en haut des deux colonnes permettent de passer d'un segment à l'autre, un poème à la fois.

Syndiquer le contenu