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Železnikar, Jaka: Fragments of Distances

Fragments of Distances est une très courte nouvelle de Jaka Železnikar qui explore les relations entre identité, mémoire et cartographie. L'oeuvre se divise en quatre sections, contenues sur quatre pages différentes. Dans chaque section, Železnikar combine photographie, applications interactives Google Maps et texte pour faire progresser le récit. Par exemple, l'internaute doit parfois cliquer sur des bornes Google Maps pour faire apparaître les fenêtres contenant le texte, alors qu'à d'autres moments un point en mouvement sur une carte illustre le chemin parcouru par le narrateur.

La nouvelle fait découvrir à l'internaute les pensées d'un homme qui, après avoir aidé des jeunes touristes à se retrouver dans la ville, se met à errer dans ses propres pensées en se rappelant une promenade avec sa fille. Il est à noter que les cartes Google Maps employées par Železnikar sont celles de la ville de Ljubljana, en Slovénie.

Smith, Jennifer L.: Suits: A Narrative of About Twenty-Seven Hours, More or Less

Suits est une oeuvre hypermédiatique de Jennifer L. Smith qui explore les thèmes de la mort et du deuil. Au centre de l'écran, on voit l'image d'un veston d'habit assorti à une chemise et à une cravate. En cliquant sur le veston, l'internaute déclenche la lecture d'un court extrait audio accompagné d'un fragment de texte. Le texte apparaît en double: fixe, en bleu, au-dessus du veston; et mobile, en gris, en surimpression. Dans les extraits audio, on entend une voix faire la narration d'extraits du récit de Suits. À chaque fois que l'internaute clique sur le veston, un nouvel extrait audio accompagné de texte est appelé au hasard.

Suits raconte la visite d'une jeune femme dans un salon funéraire. Venant de perdre son père, elle doit apporter les vêtements dans lequel il sera mis en terre. Une version linéaire du texte est accessible à partir de la section «about» de l'oeuvre.

Moriarty, Megan: Answers Fumbling Through a Wind Tunnel

Answers Fumbling Through a Wind Tunnel est un poème hypertextuel de Megan Moriarty. Chaque lexie se présente de la même manière: un premier vers incomplet occupe le haut de la lexie. Juste en bas, quatre alternatives pour compléter le vers renferment quatre hyperliens vers d'autres lexies. Le parcours du lecteur est ainsi déterminé par ses choix, par les images poétiques qu'il préfère. Par exemple, à la suite du vers incomplet «November is», le lecteur pourra répondre «a tea bag steeping», «two spooning elegies», «long and bony» ou «branches made of reaching».

Les images invoquées par Moriarty dans Answers Fumbling Through a Wind Tunnel suggèrent l'amour et le désir, la solitude et l'automne.

Bigelow, Alan: This Is Not A Poem

This Is Not A Poem est une remédiatisation du poème «Trees» de Joyce Kilmer (1886-1918). Le poème apparaît au centre d'un disque. Au bas du disque, une touche «Play» permet d'en activer la lecture. Lorsque la lecture est activée, le disque commence à tourner et une voix se met à réciter le poème mot à mot. En glissant le curseur de sa souris sur le poème, l'internaute peut toutefois «repousser» des mots qui s'accumulent alors dans la marge intérieure du disque; la voix continue tout de même de réciter le poème, mais saute par-dessus les mots qui ont été éliminés. Finalement, lorsque l'internaute clique sur le disque et maintient le bouton de sa souris enfoncé (logique du click & drag), il peut faire tourner le disque manuellement et faire du scratch avec le poème, à la manière d'un DJ.

Moriarty, Megan: Jointed Autumn

Jointed Autumn est un poème de Megan Moriarty qui explore les questions du rêve, de l'étrangeté et du déplacement. Essentiellement, il y est question de cette expérience déstabilisante qui consiste en se réveiller au milieu d'un rêve en un lieu étranger mais familier (par exemple, en visite chez ses propres parents), en conservant entre le souvenir et l'oubli un désir de communiquer, de partager la vision incomplète du rêve – désir qui peut parfois devenir obsession, suivant l'individu dans ses déplacements, resurgissant à l'occasion d'une conversation avec un ami.

Pour naviguer dans le poème, l'internaute utilise une interface où différents vers sont associés à des os d'un squelette humain exposé. En cliquant sur un vers, on accède à une courte section du poème. Parfois, une section ne comporte qu'une lexie où se trouve déjà le lien qui ramènera l'internaute à l'interface principale; parfois, on traversera plusieurs lexies liées linéairement par une série d'hyperliens avant de revenir à cette même interface principale.

Szilak, Illya: Queerskins

Queerskins est un roman interactif d'Illya Szilak (auteure de Reconstructing Mayakovsky) qui raconte la vie de Sebastian, un jeune docteur homosexuel mort du sida. L'oeuvre est divisée en 62 chapitres regroupés en 8 sections: «Missouri», «Mother», «Alex», «Carlos», «End», «Bathilde», «Jean-Marie» et «Return». Chaque chapitre contient un mélange de textes tirés du journal intime de Sebastian et présentés dans des fenêtres imitant les pages d'un cahier, de passages audio où l'on entend des proches de Sebastian narrer divers évènements qui ont marqué la vie du jeune homme, de films d'ambiance (appartements, villes, images saisies dans un parc, etc.), de photographies, d'images variées et de vidéos d'archives. Les vidéos d'archives présentent soit des éléments de culture populaire (extraits de vieux films ou de jeux télévisés, par exemple), soit des reportages sur l'épidémie de sida dans les années 1980.

L'internaute glisse d'un chapitre à l'autre en utilisant le menu situé au bas de l'écran: il suffit de cliquer sur le titre d'une section pour avoir accès à la liste des chapitres numérotés qu'elle contient. Après avoir sélectionné un chapitre, l'internaute peut manipuler les éléments à l'écran pour mieux les visualiser. En effet, tous les éléments peuvent être déplacés (click & drag) et un élément au-dessus duquel l'internaute passe le curseur de sa souris est automatiquement ramené au premier plan et mis en évidence (zoom avant). Plusieurs contenus audio et vidéo peuvent être activés en même temps à l'intérieur d'un même chapitre, mais leur lecture s'interrompt dès que l'internaute passe à un autre chapitre.

L'histoire de Sebastian est conçue comme un témoignage à propos des débuts de l'épidémie de sida, mais aussi comme une ode à la tolérance, à l'amour et à la rédemption. Venant d'un milieu catholique conservateur, Sebastian déménage sur la côte Ouest américaine et devient médecin; après une attaque qui faillit lui coûter la vie, il décide de déménager en Afrique, où il pratique dans un hôpital de campagne. Il se rend cependant rapidement compte qu'il a contracté le sida et meurt peu de temps après. Tout au long du récit, on découvre les angoisses de Sebastian: sa relation difficile avec sa famille, ses histoires d'amour, ses déceptions... Cependant, le véritable fil conducteur du roman demeure la quête religieuse de Sebastian, déchiré entre son héritage religieux, son homosexualité et son désir de réconciliation/rédemption.

Il est à noter que la section «Help» du projet renvoie non pas à des instructions sur la façon de naviguer dans l'oeuvre, mais à une liste d'organismes qui sont engagés dans la lutte contre le sida et qui proposent de l'aide aux victimes du virus.

Gibb, Susan M.: Blueberries

Blueberries est un hypertexte de fiction de Susan M. Gibb qui explore les thèmes de l'inceste, de la sexualité, de la mémoire et de la perte. Une femme qui prépare une exposition de ses peintures dans une galerie d'art se souvient de plusieurs épisodes de sa vie: le suicide de son père, les journées à jouer avec son frère, les abus sexuels infligés par son grand-père, la perte de sa virginité, les quelque dix années passées avec son amoureux rencontré au collège, etc. Tout au long du récit, les bleuets servent de métaphore aux désirs de la narratrice ainsi qu'aux idées de pureté et de perfection. D'ailleurs, toutes les peintures de la narratrice représentent des bleuets; hors, la veille de l'ouverture de son exposition, elle décide de repeinturer ses toiles en blanc...

L'hypertexte, créé sur Tinderbox (un logiciel Eastgate), est présenté dans un format très classique: le texte, en noir, contient plusieurs hyperliens identifiés en mauve. L'internaute n'a qu'à cliquer sur les liens qui l'intéressent pour progresser d'une lexie à l'autre. Lorsqu'un hyperlien est associé à une lexie déjà visitée, le lien apparaît en gris plutôt qu'en mauve, ce qui permet de garder une trace du chemin parcouru.

Carter, Roxanne: Housing Problems

Housing Problems est une oeuvre de Roxanne Carter influencée par les théories féministes de Susan Bernstein et Susan Sontag [1]. L'internaute navigue dans l'oeuvre à partir d'une interface composée d'une série de 18 images disposées en rectangle. Ces images sont des illustrations qui représentent des femmes juxtaposées à des maisons menaçantes, un peu comme les illustrations qu'on s'attendrait à trouver sur les couvertures de romans pulp des années 1950 et 1960. En cliquant sur les images, l'internaute provoque l'ouverture de fenêtres intempestives contenant différents éléments servant à nourrir le propos de l'oeuvre: vidéos mettant en scène des maisons claustrophobiques et inquiétantes, textes qui soulignent l'aliénation de la femme-prisonnière réduite à sa fonction domestique, etc. L'internaute doit tantôt cliquer sur des hyperliens pour faire apparaître d'autres sections du texte, tantôt utiliser des menus déroulant, ou encore simplement laisser les vidéos ou les animations défiler d'elles-mêmes.

Il est à noter que le cadre temporel de l'oeuvre de Carter demeure difficile à cerner, certains passages rappelant parfois le régime des anciens manoirs du 19e siècle, alors que d'autres éléments suggèrent plutôt le milieu du 20e siècle. À ce sujet, on pourrait d'ailleurs penser l'oeuvre de Carter comme une espèce de «mémoire» de la domesticité, étalée sur plusieurs décennies.

 

[1] Roxanne Carter (2009) «Artist Statement», New River Journal, automne. En ligne: http://www.cddc.vt.edu/journals/newriver/09Fall/carterbio.html (consult/ le 11 d/cembre 2012)

Barajas, Salvador: Tech-illa Sunrise: Un/a remix

Tech-illa Sunrise: Un/a remix de Salvador Barajas est une vaste oeuvre hypertextuelle qui explore les questions de l'identité chicano, de l'hybridité, de la xénophobie «blanche» à l'égard des communautés «brunes» et de la fascination exotisante des Nords-Américains pour la culture latino-mexicaine. Ces thèmes sont abordés à travers leurs manifestations dans les nouvelles technologies: paranoïa engendrée par les fichiers contaminés et les virus, problèmes de traduction du spanglish vers l'anglais ou l'espagnol, identités mutables du sujet sur le Web, etc. Les fragments textuels qui composent l'oeuvre sont des passages remixés de la performance Tech-illa Sunrise de Rafael Lozano-Hemmer et Guillermo Gómez-Peña [1].

L'oeuvre de Barajas prend la forme d'un vaste collage/remix d'images d'archives et d'images tirées de la culture populaire (bandes dessinées, portraits d'artistes, etc.). L'internaute navigue en suivant les hyperliens, associés tantôt à des mots, tantôt à des images.

 

[1] Rafael Lozano-Hemmer et Guillermo Gómez-Peña (2002) Tech-illa Sunrise, sur La Pocha Nostra. En ligne: http://www.pochanostra.com/antes/jazz_pocha2/mainpages/techilla.htm (consulté le 11 décembre 2012)

Duhamel, Denise; Bukvic, Ivica Ico: Forgetfulness

Forgetfulness est un poème de Denise Duhamel adapté pour le Web par Ivica Ico Bukvic. Il s'agit d'un poème qui traite de la maladie d'Alzheimer et de ses effets sur une patiente qui en est atteinte. Le poème de Duhamel a la particularité de prendre la forme d'un ruban de Möbius: on peut en débuter la lecture à n'importe quel endroit et la continuer indéfiniment, la longue face unique du ruban entraînant le lecteur dans une boucle infinie.

La remédiatisation du poème de Duhamel par Bukvic garde la forme du ruban de Möbius dans un environnement tridimensionnel. En effet, les vers du poème sont disposés sur une longue boucle qui revient constamment sur elle-même. Le ruban de Möbius de Bukvic ne cherche toutefois pas à rappeler sa forme papier initiale; au contraire, il est composé d'étoiles qui s'inscrivent dans un vaste espace noir suggérant l'espace. Le «ruban» de Bukvic ressemble ainsi davantage à une constellation qu'à une boucle de papier.

La position initiale de l'internaute sur le ruban varie aléatoirement à chaque visite. Pour naviguer dans le poème, l'internaute utilise les flèches de son clavier (il est possible d'avancer ou de reculer en suivant le ruban, mais pas de s'en éloigner). La barre d'espacement sert à contrôler la brillance du texte, la lettre B augmente la luminosité générale de l'oeuvre, et la touche Retour permet de passer en mode plein écran. La trame sonore, composée par Bukvic, évolue en fonction de la position de l'internaute dans le poème.

Maguire, Michael J.: Promise

Promise (ou Promise: The Annals Of the Four Masters) est une oeuvre de Michael J. Maguire qui présente les archives fictives de quatre amis liés par le théâtre. La page d'accueil offre quatre points d'entrée correspondant aux quatre personnages: Aiden, l'acteur; Mick, le dramaturge; Stella, la femme de Mick; et Brigid, l'intérêt romantique d'Aiden. À travers chacun de leur point de vue, on découvre les détails entourant un épisode critique de leur vie: Mick, le dramaturge, écrit sa première pièce sérieuse et finit par poignarder Aiden, l'acteur, lors de la dernière répétition. Pendant qu'Aiden se remet de sa blessure, Mick et Stella l'emmènent en Espagne où il rencontre Brigid, qui est aussi actrice. Les archives elles-mêmes sont présentées comme des journaux écrits par les personnages à la demande de Mick, qui veut intégrer leurs récits à un nouveau projet théâtral qui exploiterait les technologies du Web.

Les interfaces de chacune des quatre sections sont différentes, mais permettent de naviguer à travers des contenus plutôt similaires et linéaires. Dans la section d'Aiden, l'internaute clique sur une série d'images disposées autour de la fenêtre de lecture pour faire apparaître le texte; dans la section de Stella, ce sont huit mots-clefs situés au bas de l'écran qui servent de liens vers les différents fragments; dans la section de Mick, les quatre sous-sections du texte sont accessibles via quatre fenêtres associées aux quatre points cardinaux; et finalement, la section de Brigid prend la forme d'un carnet que l'internaute feuillette page par page.

Il est à noter que toutes les images, les motifs, les sons, etc. ont été empruntés ailleurs sur le Web. La liste complète des sources est disponible dans la section «Credits» de l'oeuvre.

Ferraiolo, Angela: Map of a Future War

Map of a Future War d'Angela Ferraiolo traite de la crise économique et du côté humain des techniques contemporaines de gestion d'entreprise. La prémisse de départ du récit est la suivante: suite à la chute des actions d'une compagnie, ses gestionnaires décident de relocaliser les bureaux ailleurs et congédient en masse leurs employés actuels. De fragment textuel en fragment, l'internaute découvre les pensées et le désespoir des individus touchés par les coupures: discours déshumanisé des patrons qui disent obéir à la logique économique mondiale, ententes de mise à pied désavantageuses que l'on a d'autre choix que de signer, incrédulité et désarroi des employés soudainement mis à la rue, crises de larmes et tensions dans les bureaux que l'on doit quitter sans préavis, réconfort partiel trouvé dans l'alcool...

L'oeuvre est composée de plusieurs fragments textuels, petits dessins et autres symboles (par exemple, des logos de compagnies connues, des slogans, des éléments graphiques que l'on associe généralement à des présentations économiques) disposés sur un vaste canevas gris. L'internaute débute sa lecture en cliquant sur le titre de l'oeuvre. On lui présente alors une section du vaste canevas où s'empilent plusieurs éléments visuels. Pour lire les fragments textuels, qui se superposent les uns aux autres et sont présentés en semi-transparence, l'internaute doit les survoler du curseur de sa souris. Ceci opacifie le texte, le rendant plus facile à lire. Après avoir exploré une section exposée du canevas, l'internaute doit cliquer sur les formes hexagonales dispersées un peu partout pour «glisser» vers une nouvelle section. Lorsque toutes les sections ont été vues, l'internaute est automatiquement ramené à la page d'accueil de l'oeuvre.

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