Hypertexte

Guillocher, Charles; Vidal Andres, Joan: Comme si de rien n'était

Comme si de rien n’était est une œuvre hypermédiatique textuelle à propos d’un couple dans une situation d’intimité. L’originalité du texte de Guillocher et Vidal Andres est qu’il en existe deux versions: l'une où le couple est en amour et fait preuve de tendresse, l'autre où l’homme est un prédateur sexuel qui a kidnappé une femme pour la violer. Ce sont les choix de l’internaute qui dictent quelle version apparaît.

En effet, lors de la lecture de l’œuvre, l’internaute a le choix de cliquer sur deux mots ou expressions dans le texte pour chaque nouveau fragment, ce qui permet de déterminer quelle version du paragraphe suivant (amour ou viol) s’affichera. Le texte se termine avec la phrase «Comme si de rien n’était», au moment où les deux personnages se rhabillent. Cliquer sur cette dernière ramène l’internaute au début du texte et lui permet de le relire en changeant ses choix.

Marino, Mark C.: Living Will

Living Will est une oeuvre de Mark C. Marino qui présente à l'internaute le testament de vie de E. R. Millhouse, propriétaire fictif de compagnies d'excavation minière et de télécommunication basées au Congo. L'oeuvre, programmée sur Undum, est pensée sur la logique du jeu de rôle: l'internaute est appelé à adopter l'identité d'un des héritiers de Millhouse et peut voir ses statistiques personnelles, affichées dans le coin supérieur droit, évoluer en fonction de ses choix. Ces statistiques concernent les frais légaux encourus par le personnage du joueur, les frais médicaux pour les soins de Millhouse (invalide mais pas encore mort), etc. À la fin de sa lecture, l'internaute peut ainsi constater quelle est la part réelle de l'héritage de Millhouse que son personnage a réussi à s'attribuer – et recommencer une nouvelle lecture, s'il désire modifier ses stratégies.

Le testament de Millhouse prend la forme d'un hypertexte. L'internaute navigue en utilisant des hyperliens qui permettent de faire apparaître de nouvelles sections de texte à la suite du texte déjà affiché. Il est à noter que, une fois qu'un hyperlien est sélectionné dans un segment de texte donné et que le segment qui lui succède s'affiche, tous les anciens hyperliens inutilisés sont désactivés, ce qui rend les retours en arrière impossibles. Finalement, en parcourant les différentes sections du testament, l'internaute découvre non seulement les détails financiers concernant les compagnies de Millhouse, mais aussi de vastes pans de l'histoire sociale récente du Congo: guerres civiles, génocides, destruction de l'écosystème par les compagnies minières (extraction du coltan), etc.

Montfort, Nick: The Purpling

The Purpling est un hypertexte de Nick Montfort qui explore la vaste question de la lecture à travers différentes réflexions sur la société, le roman, la technologie, le divertissement, etc. Les phrases de chaque lexie s'enchaînant sur le mode du stream of consciousness (flux de conscience), la cohérence entre énoncés est parfois difficile à saisir. Par exemple, on retrouve dans l'hypertexte de Montfort des phrases comme «Sure, you can secure various certainties in much the same way that an assiduous rock climber loads a new page» ou «Technical challenges are good for entertainment, which is more than I can say about waging lifelong struggles against bureaucracies, however toothlesss» – phrases dont la signification profonde demeure incertaine. Au fur et à mesure que la lecture progresse, le sens général de l'hypertexte de Montfort finit toutefois par émerger, quelque part à la rencontre de la métafiction et de la sémiotique.

Chaque segment de texte renferme un hyperlien menant à une autre lexie. Au fur et à mesure que l'internaute progresse dans sa lecture, les phrases menant vers des lexies déjà visitées deviennent violettes, jusqu'à ce que l'entièreté du texte affiché adopte cette même couleur. Ainsi, le titre de l'oeuvre, The Purpling, fait référence au processus même de lecture par lequel l'internaute s'approprie lentement le texte, fragment par fragment.

Cliche, Sébastien; La Traversée: GARES

GARES est un projet de la Traversée – Atelier québécois de géopolitique réalisé en collaboration avec l'artiste Sébastien Cliche. Sur une période de huit mois, les gens de la Traversée et leurs collaborateurs ont parcouru les différentes gares ferroviaires de l’île de Montréal dans un esprit de flânerie: ils ont décrit les lieux; pris des photos et des vidéos; enregistré l'ambiance sonore à l'aide de capteurs; ou encore créé des oeuvres en médias mixtes (aquarelle et crayon). Un comité éditorial a ensuite organisé ces notes de terrain selon une logique de mots-clés et selon un fil narratif linéaire.

À l'arrivée sur l'oeuvre, la carte du réseau ferroviaire de l’île de Montréal s'affiche. En cliquant sur l’une des stations disponibles, une photo sur laquelle apparaît le nom de cette dernière apparaît. Plusieurs points blancs y sont disposés et une ambiance sonore enregistrée par les flâneurs, ou encore créée de toute pièce par Cliche, se fait entendre. Les points blancs sont associés aux mots-clés selon lesquels les notes sont organisées. Plus les points sont grands, plus la station sélectionnée a d'entrées qui leur sont liées.

En cliquant sur l'un de ces points, l'internaute voit apparaître une note de terrain – un texte ou une image – liée à la thématique du mot-clé. Sous le texte, une flèche permet d’emprunter la navigation linéaire, qui suit un parcours prédéfini à travers les différentes notes textuelles disponibles sur le site. Au haut de la fenêtre, des mots-clés en lien avec le texte affiché sont reliés par une ligne dont le tracé ressemble à celui d’une carte ferroviaire. Cliquer sur l’un de ces mots-clés redirige l’internaute vers une autre note qui lui est liée thématiquement, dans n'importe quelle station ferroviaire, permettant à l'internaute de se promener aléatoirement au travers des récits des flâneurs. Il est possible de retourner à la page principale d'une station en cliquant sur son nom au bas à gauche, ou à la carte principale en cliquant sur «réseau».

Holman, Tim: Beautiful Curves

Beautiful Curves est une œuvre visuelle générative qui fait partie d’une série d’expérimentations de Tim Holman utilisant l’élément Javascript canevas pour le HTML 5.0. Il s’agit d’un générateur de lignes courbes qui suivent les mouvements de la souris.

À la base, l’œuvre est constituée d'une grande planche à dessin vierge. L’internaute n’a qu’à y déplacer le curseur de sa souris en gardant le bouton de gauche enfoncé pour y dessiner des lignes à partir desquelles sont générées des courbes fractales. L’internaute a accès à deux contrôles permettant de modifier les paramètres du générateur: un premier servant à contrôler la taille des courbes générées, et un deuxième réglant la largeur des lignes. Il est possible de sauvegarder l’image créée en format PNG.

Séguin, Sophie; Iran, Cécile; Lulin, Médéric: La Disparue

La Disparue est un projet collectif de Cécile Iran, Médéric Lulin et Sophie Séguin, trois étudiants en création et édition numériques à l’Université Paris 8. Publiée dans le cinquième numéro de la revue bleuOrange, l’œuvre utilise le cadre narratif du jeu d’enquête afin de poser un regard sur la définition du lieu dans le cyberespace et sur les réflexes de recherche de l’internaute. Construite comme un jeu d’enquête policière, La Disparue propose à l’internaute de se glisser dans la peau de l’inspecteur Harry, chargé de l’enquête entourant la disparition d’Elisabeth Monohan et le meurtre de Kacey Harnois. Rapidement, le joueur est plongé dans un univers macabre, aux échos fantastiques, dans lequel sévit une secte cannibale.

Les modalités interactives servent la résolution d’énigmes dans un parcours narratif linéaire et préétabli. Or, l’illusion de choix est assez convaincante puisque les solutions aux énigmes posées révèlent au joueur l’emplacement du prochain lieu d’enquête. C’est ce qu’affirment les concepteurs en définissant leur œuvre:

Notre projet peut être qualifié d’hyperfiction. Nous souhaitons immerger l’internaute dans l’univers fantastique et malgré tout réaliste d’une enquête policière. Nous avons essayé de rendre immersif l’hypertexte en le plaçant au centre de notre jeu, il est la clé pour avancer dans notre enquête. [1]

En effet, la conception du lieu et le rôle de l’hypertexte sont primordiaux dans la construction de l’enquête. Les déplacements d’un lieu d’enquête à l’autre, à l’intérieur même de l’œuvre, s’accomplissent en ajoutant à la barre URL l’adresse de l’endroit qu’on cherche à atteindre. La page qui s’offre alors au joueur est toujours composée de la même manière: sur une surface en deux dimensions, l'internaute retrouve des textes, des images et des reproductions dont il doit prendre connaissance en les déplaçant avec sa souris.

Jouant avec les réflexes de recherche de l’internaute, le jeu est truffé d’hyperliens. C’est en cliquant sur les images qu’il est possible d’activer ces hyperliens qui mènent à des sites Web tels que Facebook, Twitter, Fotocity, YouTube et Google Maps. Ces nouvelles pages ouvertes en parallèle sont des outils souvent essentiels au dénouement de l’enquête. Le choix de ces hyperliens n’est pas innocent: le jeu dirige l’internaute vers les outils auxquels tout internaute à la recherche d’informations précises sur un lieu ou une personne fait appel, reflétant l'utilité réelle de la toile dans la recherche policière.

Impressionnant nid d’hyperliens et mise en abyme du médium qu’est l’interface écran, le iPad trouvé dans l’appartement de Kacey Harnois est, de loin, l’objet le plus marquant du jeu. Le iPad de Kacey Harnois présente quatre pages: un article du New York Times de 1913 au sujet de la pendaison des membres d’une société secrète cannibale ayant semé la terreur dans le Sierra Leone; un lien vers une vidéo YouTube intitulée «Issei Sagawa – Dans la tête du cannibale japonais»; un lien vers le compte Twitter de Monohan; et un courriel reçu par un certain Sam Weiss qui mentionne un rendez-vous secret.

Finalement, l’attention du joueur est nécessaire au dénouement de l’intrigue. À travers la multitude d’informations à laquelle il est confronté, l’internaute doit user de discernement et convoquer ses capacités mémorielles lors du test final, au cours duquel il doit se rappeler de certains petits détails dispersés un peu partout dans les différents tableaux.

 

[1] Texte de présentation sur le site Web de bleuOrange, revue de littérature hypermédiatique. En ligne: http://revuebleuorange.org/oeuvre/la_disparue (consulté le 29 janvier 2013)

Carpenter, J. R.: Notes on the Voyage of Owl and Girl

Notes on the Voyage of Owl and Girl est une oeuvre de fiction générative de J. R. Carpenter s'inspirant des navigateurs qui, au fil de l'histoire, sont partis explorer les mers nordiques. L'image servant de toile de fond à l'oeuvre est une image composite constituée à partir de plusieurs cartes maritimes. Au-dessus de cette image, des photographies prises par Carpenter délimitent deux espaces de texte.

À l'intérieur de l'espace principal, situé dans le coin supérieur gauche, des vignettes générées racontent les aventures d'un hibou et d'une jeune fille partis en bateau à la recherche de territoires fantastiques. Ces vignettes sont librement inspirées de «The Owl and the Pussycat» d'Edward Lear (1871) et contiennent parfois des hyperliens vers des articles Wikipedia. Aussi, à l'intérieur de cet espace, un nouveau texte est généré automatiquement à intervalles réguliers, venant chasser l'ancien. Dans le second espace, situé dans le coin inférieur droit, des mots n'apparaissent que très irrégulièrement, faisant de brèves allusions à la mer, à des bateaux, à des naufrages, etc. Plusieurs photographies sont utilisées pour délimiter ce second espace et alternent régulièrement. Finalement, en marge, au-dessus et en-dessous de ces deux espaces, des lignes de texte composées de fragments empruntés à d'anciens récits d'expéditions maritimes, de messages en code morse et d'extraits du poème «Wynken, Blynken, and Nod» d'Eugene Field (1889) défilent de droite à gauche.

Moriarty, Megan: Answers Fumbling Through a Wind Tunnel

Answers Fumbling Through a Wind Tunnel est un poème hypertextuel de Megan Moriarty. Chaque lexie se présente de la même manière: un premier vers incomplet occupe le haut de la lexie. Juste en bas, quatre alternatives pour compléter le vers renferment quatre hyperliens vers d'autres lexies. Le parcours du lecteur est ainsi déterminé par ses choix, par les images poétiques qu'il préfère. Par exemple, à la suite du vers incomplet «November is», le lecteur pourra répondre «a tea bag steeping», «two spooning elegies», «long and bony» ou «branches made of reaching».

Les images invoquées par Moriarty dans Answers Fumbling Through a Wind Tunnel suggèrent l'amour et le désir, la solitude et l'automne.

Gibb, Susan M.: Blueberries

Blueberries est un hypertexte de fiction de Susan M. Gibb qui explore les thèmes de l'inceste, de la sexualité, de la mémoire et de la perte. Une femme qui prépare une exposition de ses peintures dans une galerie d'art se souvient de plusieurs épisodes de sa vie: le suicide de son père, les journées à jouer avec son frère, les abus sexuels infligés par son grand-père, la perte de sa virginité, les quelque dix années passées avec son amoureux rencontré au collège, etc. Tout au long du récit, les bleuets servent de métaphore aux désirs de la narratrice ainsi qu'aux idées de pureté et de perfection. D'ailleurs, toutes les peintures de la narratrice représentent des bleuets; hors, la veille de l'ouverture de son exposition, elle décide de repeinturer ses toiles en blanc...

L'hypertexte, créé sur Tinderbox (un logiciel Eastgate), est présenté dans un format très classique: le texte, en noir, contient plusieurs hyperliens identifiés en mauve. L'internaute n'a qu'à cliquer sur les liens qui l'intéressent pour progresser d'une lexie à l'autre. Lorsqu'un hyperlien est associé à une lexie déjà visitée, le lien apparaît en gris plutôt qu'en mauve, ce qui permet de garder une trace du chemin parcouru.

Carter, Roxanne: Housing Problems

Housing Problems est une oeuvre de Roxanne Carter influencée par les théories féministes de Susan Bernstein et Susan Sontag [1]. L'internaute navigue dans l'oeuvre à partir d'une interface composée d'une série de 18 images disposées en rectangle. Ces images sont des illustrations qui représentent des femmes juxtaposées à des maisons menaçantes, un peu comme les illustrations qu'on s'attendrait à trouver sur les couvertures de romans pulp des années 1950 et 1960. En cliquant sur les images, l'internaute provoque l'ouverture de fenêtres intempestives contenant différents éléments servant à nourrir le propos de l'oeuvre: vidéos mettant en scène des maisons claustrophobiques et inquiétantes, textes qui soulignent l'aliénation de la femme-prisonnière réduite à sa fonction domestique, etc. L'internaute doit tantôt cliquer sur des hyperliens pour faire apparaître d'autres sections du texte, tantôt utiliser des menus déroulant, ou encore simplement laisser les vidéos ou les animations défiler d'elles-mêmes.

Il est à noter que le cadre temporel de l'oeuvre de Carter demeure difficile à cerner, certains passages rappelant parfois le régime des anciens manoirs du 19e siècle, alors que d'autres éléments suggèrent plutôt le milieu du 20e siècle. À ce sujet, on pourrait d'ailleurs penser l'oeuvre de Carter comme une espèce de «mémoire» de la domesticité, étalée sur plusieurs décennies.

 

[1] Roxanne Carter (2009) «Artist Statement», New River Journal, automne. En ligne: http://www.cddc.vt.edu/journals/newriver/09Fall/carterbio.html (consult/ le 11 d/cembre 2012)

Barajas, Salvador: Tech-illa Sunrise: Un/a remix

Tech-illa Sunrise: Un/a remix de Salvador Barajas est une vaste oeuvre hypertextuelle qui explore les questions de l'identité chicano, de l'hybridité, de la xénophobie «blanche» à l'égard des communautés «brunes» et de la fascination exotisante des Nords-Américains pour la culture latino-mexicaine. Ces thèmes sont abordés à travers leurs manifestations dans les nouvelles technologies: paranoïa engendrée par les fichiers contaminés et les virus, problèmes de traduction du spanglish vers l'anglais ou l'espagnol, identités mutables du sujet sur le Web, etc. Les fragments textuels qui composent l'oeuvre sont des passages remixés de la performance Tech-illa Sunrise de Rafael Lozano-Hemmer et Guillermo Gómez-Peña [1].

L'oeuvre de Barajas prend la forme d'un vaste collage/remix d'images d'archives et d'images tirées de la culture populaire (bandes dessinées, portraits d'artistes, etc.). L'internaute navigue en suivant les hyperliens, associés tantôt à des mots, tantôt à des images.

 

[1] Rafael Lozano-Hemmer et Guillermo Gómez-Peña (2002) Tech-illa Sunrise, sur La Pocha Nostra. En ligne: http://www.pochanostra.com/antes/jazz_pocha2/mainpages/techilla.htm (consulté le 11 décembre 2012)

Bailey, Sara Sloan: Factography

Factography est un hypertexte de Sara Sloan Bailey composé d'une série de courts récits entremêlés. Ces récits, qui relèvent de la fiction mais qui sont composés à partir de bribes de réalité [1], tournent autour d'un nombre réduit de personnages dont les destins s'entrecroisent, un peu sous le mode de la chronique: des couples se forment et éclatent au fil des voyages, des jeunes hommes s'en vont se battre en Irak et reviennent changés, des souvenirs d'enfance refont surface à des moment inattendus...

L'internaute accède à l'hypertexte en cliquant sur le lien «stories», sur la page d'accueil. Un premier récit s'ouvre alors, contenant plusieurs hyperliens. Ce premier récit, intitulé «Cadiz», est présenté dans son entièreté. En cliquant sur un des hyperliens contenus dans le texte, l'internaute est toutefois redirigé vers un fragment d'un autre récit. D'un hyperlien à l'autre, c'est donc de fragment en fragment que l'internaute poursuit sa lecture. Néanmoins, au bas de chaque fragment, une croix contenant quatre contrôles offre la possibilité d'accéder à la version complète du récit ou de passer au fragment suivant du récit en cours de lecture (les deux autres contrôles servent à revenir en arrière et à aller vers la table des matières).

 

[1] Sara Sloan Bailey (2008) «Home», page d'accueil de Factography. En ligne: http://www.cddc.vt.edu/journals/newriver/08Spring/bailey/Home.html (consulté le 13 janvier 2013)

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