Humeur

Miharbi, Ali; Priestley, John: Panemoticon

Panemoticon est une application conçue pour Firefox par Ali Miharbi et John Priestley. Cette application, que l'internaute doit télécharger et installer sur son fureteur, génère une musique d'accompagnement inspirée des habitudes de navigation de l'internaute. L'interface de l'application contient trois onglets. Le premier onglet permet de sélectionner le mode d'utilisation désiré (personnel, collectif ou dormant). En mode personnel, l'application génère de la musique en ne tenant compte que de l'humeur de l'utilisateur, sans utiliser les données compilées à partir des autres internautes qui utilisent Panemoticon. Aussi, les données personnelles de l'utilisateur ne sont pas compilées. En mode collectif, la musique s'ajuste en fonction de la communauté des utilisateurs présents simultanément sur un même site. Les données concernant les mouvements de la souris de l'utilisateur sont traquées et compilées. En mode dormant, aucune musique ne se fait entendre et aucune donnée n'est communiquée. Toutefois, si l'utilisateur désire continuer à communiquer ses données sans entendre de musique, il peut aussi choisir n'importe quel de ces trois modes et activer simplement la fonction sourdine. La musique est générée en attribuant différents caractères aux mouvements de la souris de l'utilisateur. Ces caractères sont calculés selon trois échelles: une échelle de valence, une échelle d'éveil et une échelle de dominance. Les valeurs atteintes sur ces trois échelles sont visibles dans les onglets 2 et 3 de l'interface de l'application.

Derek: Social Sentiment

Dans le cadre de son travail pour Hook, une compagnie de développement de contenus interactifs pour les entreprises, Derek (au nom de famille inconnu) a exploré des manières de visualiser les gazouillis en temps réel, ce qui a donné l'oeuvre Social Sentiment. Sa particularité est qu'elle trie les publications selon leur «humeur»: positive, négative ou neutre. Pour se faire, l'oeuvre filtre les gazouillis en suivant une liste de mots-clefs, tels que «not», «happy», «forsaken», «great», etc. La plupart des applications Twitter permettant d'obtenir des données de géolocalisation, les gazouillis sont affichés sur un globe terrestre en 3D, selon trois couleurs: bleu pour les gazouillis positifs, rouge pour les négatifs, et blanc pour les neutres. Une carte d'humeur «twitteresque» est ainsi formée en temps réel.

L'oeuvre est disponible sous trois formes: la première est une version simplifiée et est disponible directement sur le site de blogue de Hook. Il est à noter que l'applet java ne fonctionne pas sur l'environnement Mac. C'est pourquoi une version complète est téléchargeable pour l'OS Mac, de même que pour Windows.

Faith est un poème cinétique de Robert Kendall. Cette oeuvre est considérée à juste titre comme un des exemples les plus convaincants de la poésie cinétique - forme de prolongement numérique de la poésie concrète, dans laquelle les mots sont animés afin de redoubler dynamiquement ce qu'ils signifient verbalement, là où la poésie concrète redoublait iconiquement ce qu'elle énoncait verbalement.

Le poème aborde de manière très large la question de la foi, en la plaçant d'emblée dans un rapport d'opposition avec la logique. Le mot Faith a droit à un traitement royal, d'abord de par sa lettrine copieusement ornementée et ensuite par sa position d'autorité, au sommet de l'espace où viendra s'ajouter graduellement le texte. Dans le premier tableau du poème, plusieurs exemplaires du mot logic tombent du sommet de l'espace de lecture, et se butent et ricochent sur le Faith imperturbable. Le fait que le mot Faith soit indélogeable de sa position malgré les collisions de plusieurs logic est explicité par la première strophe du poème: « Logic can't bend this ».

La suite du poème reprend ce même principe de surdétermination de la signification verbale par le mouvement: le red winking neon qui cligne à la manière d'une enseigne de commerce, le mot theory apparaissant d'abord à l'envers avant de se redresser, les walking out, leave taking, forgoing-going-gone et stride out dont une partie s'éloigne de l'espace du texte, le off the rocker qui tangue et le Leap qui jaillit vers l'avant de l'écran, sont autant de formes dynamiques redoublant ce que la signification langagière des mots désigne. Sans être aussi frappants que les nombreuses animations déployées dans The Dreamlife of Letters de Brian Kim Stefans, ces emplois du mouvement de lettres n'en sont pas moins déterminants pour la compréhension du texte.

Mais la part de mouvement textuel la plus éclairante pour l'interprétation du poème vient de l'accumulation progressive du texte qui, de strophe en strophe, s'allonge et se poursuit, de manière à éventuellement former un poème dont la versification est plus traditionnelle. En ajoutant graduellement du texte à son poème, Kendall montre bien comment une réflexion sur un thème quelconque (ici, la foi), s'approfondit graduellement, passant d'un état initial bref, voire fragmentaire, jusqu'à une affirmation plus abondante et structurée. La formulation d'une pensée à propos de la foi devient de plus en plus complète à mesure que les mots apparaissent et trouvent place dans l'espace d'écriture du poème, reflétant le mouvement d'une pensée qui évolue et se fixe peu à peu.

Toutefois, le poème se conclut par le rappel qu'une réflexion, aussi élaborée et élégamment formulée soit-elle, peut évoluer et être revisitée, voire tailladée ou réfutée. Ceci se mainfeste par la dernière strophe, où l'on assiste à l'écroulement du poème: les mots quittent leurs amarres et s'affaisent au bas de l'écran, sauf quelques fragments qui formeront au final la phrase «just to sum up: Faith», ce dernier mot écrasant et surplombant l'ensemble des mots ayant tenté de rendre compte, probablement en vain, de ce phénomène spirituel.

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