HTML

Bigelow, Alan: Last Words

Last Words est une oeuvre d'Alan Bigelow qui regroupe huit anecdotes concernant les derniers mots prononcés par des new-yorkais (célèbres ou non) juste avant leur mort. L'oeuvre est divisée en une série de «vignettes» à travers lesquelles l'internaute navigue en utilisant les deux icônes d'empreintes digitales à gauche et à droite de l'écran (pour avancer et reculer) ou en cliquant directement sur les petits points correspondant aux vignettes dans le bas de l'image. Chaque anecdote est racontée en deux temps: dans un premier temps, les dernières paroles de la personne décédée sont présentées, accompagnées de quelques spécifications entourant les circonstances de sa mort. Ces informations sont regroupées dans une première vignette où des extraits vidéo et des images forment une toile visuelle et sonore pour l'anecdote. Ensuite, dans une deuxième vignette, Bigelow présente sa propre interprétation des pensées de la personne décédée, sous la forme d'un court texte poétique. Ce texte s'agite à l'écran alors qu'une voix traitée avec un logiciel du type Auto-Tune en fait la lecture, redonnant la parole au défunt.

Il est à noter qu'une toute dernière vignette a été placée par l'artiste après la huitième anecdote. Cependant, cette dernière vignette ne contient pas de texte: on y voit simplement la vidéo d'un homme (Bigelow) se préparer à aller dormir. Au-dessus de l'image, deux guillemets restent ouverts, sans contenu. Dans cette dernière vignette, Bigelow effectue un retour sur le décès anonyme, celui qui survient sans qu'aucune parole ne soit prononcée pour en marquer la singularité.

Carpenter, J. R.: Wanderkammer

Dans son ensemble, Wanderkammer de J. R. Carpenter est composé de 58 citations, tirées majoritairement d’œuvres littéraires imprimées, et d’un petit nombre de déclarations citées diverses. Les citations littéraires dans Wanderkammer proviennent principalement d’œuvres en prose, mais on y retrouve de même des citations de poèmes variés et de textes académiques. Le titre complet, Wanderkammer – A Walk Through Texts, constitue déjà une introduction au thème de l’œuvre, l’errance. J. R. Carpenter décrit le terme «Wanderkammer» comme: «1. a web-based collection of hyperlinked quotations from curious and rare writings on the topic of wandering. 2. a walk through texts» [1]. Cette définition exprime l’ambiguïté inhérente du terme: d’une part, «Wanderkammer» suggère que l’idée principale qui traverse les textes cités est le thème de la «promenade». D’autre part, le terme met également en valeur le fait que l’œuvre est une construction hypermédiatique, ce qui signifie que le visiteur doit se «promener» d’un texte à l’autre dans l’espace virtuel pour progresser dans sa lecture.

Toutefois, l’image statique du carnet de notes en arrière-plan et la disposition uniforme des textes de chaque lexie dans une même section de l’écran transmettent aussi l’impression familière d’être en train de procéder à la lecture linéaire d’un livre imprimé.

Concernant les choix de lecture du visiteur, il est évident que le lecteur prend des décisions actives en choisissant sur quel(s) mot(s) cliquer et, ainsi, quel(s) lien(s) suivre. Durant ce processus, il est possible pour le lecteur d’identifier un mot intéressant qui attire son attention dans un texte spécifique. Même si ce choix peut d’abord sembler être une décision relative à un sujet particulier, il entraîne plutôt l’apparition du prochain texte qui contient le mot choisi. Cela signifie que les enjeux de ce second texte, ou texte-cible, peuvent être complètement différents.

Pour conclure, Wanderkammer peut être vu comme une œuvre hypermédiatique qui met en évidence l’influence des nouvelles technologies sur la littérature et l’art. D’un côté, l’œuvre montre comment les pratiques traditionnelles de lecture sont toujours prises en considération à l’intérieur du processus de production artistique dans un environnement électronique. Toutefois, d’un autre côté, Wanderkammer démontre aussi comment de nouvelles formes de production et de consommation du littéraire et de l’artistique peuvent être développées.

 

[1] J. R. Carpenter (2011) section «About», Wanderkammer. En ligne: http://luckysoap.com/wanderkammer/credits.html (consulté le 6 décembre 2012)

Carpenter, J.R.: Rope Trick

L'invention de la corde et de ses multiples nœuds a eu une forte répercussion dans l'histoire de l'humanité. Rope Trick est basé sur une réflexion de J.R. Carpenter à propos de la technologie: est-ce que les technologies de l'information et de la communication ont le potentiel d'exciter l'ingéniosité humaine comme l'a fait la simple corde? L’artiste nous présente plusieurs usages de la corde et de différents nœuds, ainsi que des courts extraits textuels en lien avec ceux-ci.

L’œuvre est visuellement simple. Plusieurs images de cordes se succèdent automatiquement. Un clic sur l’une d’entre elles fait apparaître un texte, quelque peu énigmatique, sur les cordes.

Carpenter, J.R.: How I Loved the Broken Things of Rome

How I Loved the Broken Things of Rome est une œuvre de l’artiste canadienne J.R. Carpenter qui se présente sous la forme d’un carnet de voyage interactif. L’œuvre est le résultat d’un séjour de l’artiste dans la capitale italienne; on y retrouve des photos et des vidéos qu’elle a réalisées durant cette période. Carpenter y met surtout l’emphase sur l’étrange contraste entre la Rome antique et la ville moderne qui cohabitent dans un même espace.

En arrivant sur l’œuvre, l’internaute accède à un collage de divers éléments ayant trait à la Rome antique et moderne: des cartes, un buste antique, un timbre, une pièce de monnaie, etc. Ces éléments encadrent un poème de Carpenter qui relate son expérience dans la ville et donne l’ambiance au reste de l’œuvre. Lorsque le curseur est placé sur l’un des éléments, une boîte apparaît. Elle contient des extraits de textes ou de poèmes d’auteurs parlant de Rome, de ses vestiges et de son histoire. Goethe, Marguerite Yourcenar, Elizabeth Bowen, Stendhal et plusieurs autres accompagnent ainsi Carpenter dans sa description poétique de la ville antique. En cliquant sur les boîtes, l'internaute fait surgir des fenêtres intempestives qui contiennent de plus longs extraits et d’autres éléments visuels romains. On y retrouve quelquefois des entrées de journal de Carpenter relatant des situations vécues qui mettent en contraste son émerveillement de touriste et le désintéressement des habitants de Rome, qui ont l'habitude de vivre à travers les ruines.

Gache, Belen: Word Market

Word Market de Belen Gache est un site Web qui émule les pratiques des marchés financier et intellectuel actuels en proposant l'achat et la revente de mots de la langue anglaise. L'artiste pose ainsi un discours sur l’acquisition de biens et d’idées qui a cours dans le système capitaliste occidental.

Afin de pouvoir réaliser des transactions, l’internaute doit tout d'abord s’inscrire sur le site.  Une fois cela fait, il se voit attribuer 10 000 Wo$, des Wollars (contraction de word et  dollars), unité monétaire utilisée par le site. Il est alors possible d’acheter des mots en sélectionnant les offres du jour ou encore en recherchant les mots de son choix par le biais du moteur de recherche. Une fois qu'un mot est sélectionné, un graphique montre la valeur du mot depuis la mise en ligne du site, comme c'est le cas avec les valeurs boursières. Si le mot a déjà été acquis par un autre individu, il est possible de lui faire une offre, qui lui sera envoyée par courriel, afin de lui racheter.

Lors de l’achat d’un mot, un certificat en format PDF est émis au nom de l’acheteur afin de prouver qu’il est désormais propriétaire du mot. Ainsi, il peut demander des redevances à quiconque utilise ce mot. (D’ailleurs, les mots «the» et «a», très utilisés dans la langue anglaise, sont dans les plus onéreux, avec plus de 2000 Wo$.) Une page Web d'avertissement est d'ailleurs créée pour l'acheteur, lui permettant d'avertir quiconque utilisant le mot sans autorisation que des actions légales sont possibles s'il ne respecte pas ses droits de propriété.

Ansari, Sepand; Fatemi, Raschin: Waiting for Gwodot

Waiting for Gwodot est une remédiatisation libre de la célèbre pièce de Samuel Beckett, Waiting for Godot. Cette remédiatisation, présentée par les artistes comme «A Tragicomedy in HTML», est en fait une oeuvre générative utilisant la pièce de Beckett comme structure modèle.

Sur la page principale, les différents actes de la pièce sont identifiés par des images cliquables représentant le décor où se joue la longue attente de Vladimir et Estragon. On y voit un arbre et une route, de même que quelques buissons. Une nouvelle image est générée pour chaque acte à chaque visite, le même décor se déclinant ainsi selon d'infinies variations. Il est à noter que le nombre d'actes n'est pas limité: lorsque l'internaute arrive vers la fin de la liste, de nouveaux actes sont automatiquement générés. Chaque acte est lui-même composé de répliques générées aléatoirement dans le style de la pièce de Beckett et de divers activités interactives, variant à chaque visite: génération de descriptions automatiques, accompagnées d'hyperliens; petit programme permettant de «créer Godot» sous la forme d'une figurine tridimensionnelle; génération de listes d'images à partir de Flickr; etc. Encore une fois, le couplage des textes et des activités se fait aléatoirement, changeant à chaque fois que l'internaute accède à un des actes de la pièce. Pour passer d'une section à l'autre (entre les actes ou à l'intérieur de ceux-ci), l'internaute doit cliquer sur des liens identifiés par des expressions se référant à l'univers de Beckett, comme «wait», «do something» ou «Vladimir exits to piss».

Baker, Chris; Lacher, Mike: Art Descriptions

Art Descriptions est un petit site humoristique de Chris Baker et Mike Lacher qui propose une réflexion sur les discours des artistes à propos de leurs propres oeuvres. À l'écran, l'internaute peut lire des descriptions d'oeuvres écrites par des artistes, mais complètement isolées de leur contexte: on ne sait ni qui en sont les auteurs, ni à quelles oeuvres elles se rapportent, laissant la place à l'interprétation pure plutôt qu'à l'expérience esthétique. Des flèches de part et d'autre de l'écran permettent de passer d'une description à l'autre.

Il est à noter que chaque description renferme un hyperlien qui renvoie à sa page Web d'origine, sur laquelle l'internaute peut finalement voir pour lui-même l'oeuvre dont il était question.

Weintraub, Annette; One Text, Many Stories

One Text, Many Stories est une exploration textuelle et formelle utilisant les Cascading Style Sheets (CSS), langage de programmation aidant à la mise en page du HTML. L’œuvre présente un texte en neuf parties: le texte décrit des paysages urbains, en citant parfois des extraits de L’invention du quotidien de Michel de Certeau et de La production de l’espace d’Henri Lefebvre. Le titre de chacune des sections reflète le thème dont il y est question, toujours en lien avec la disposition de l’espace urbain. Par exemple, «Mondrian» ne parle pas de l’artiste néo-plasticien, mais présente une description de motifs urbains rappelant ses œuvres: «Everything before her was reduced to pattern and grid, squares and rectangles that repeated in slightly varied yet self-similar modular squares of steel and glass.» De plus, le titre de la section réfère non seulement au thème abordé dans le texte, mais également à la disposition de ce dernier sur la page. En effet, les titres sont répétés dans une liste et, en cliquant sur l’un d’entre eux, le texte est repositionné suivant la thématique. C’est ici que le titre de l’œuvre prend tout son sens: il s’agit toujours du même texte, mais les différents affichages possibles transforment sa lecture même, changeant sa trame narrative. Weintraub veut ainsi amener l'internaute à faire plusieurs relectures et à prendre conscience de l'importance de la mise en page du texte dans sa compréhension et sa réception.

Grant, Céleste: Site dont vous êtes le héro

Site dont vous êtes le héro joue sur les réinterprétations d’un même sujet. L'artiste s'est filmé faisant une culbute devant un tulle bleu. Cela lui a ensuite permis de pouvoir changer le fond d’écran tout en conservant le même mouvement. S’inspirant des livres dont vous êtes le héro et des récits hypermédiatiques, deux choix sont offerts à la fin de chaque tableau - nouveau décor, nouveau mouvement, vitesse différente, effets spéciaux. La musique qui accompagne les tableaux est une reprise du même thème et est différente pour chacun des choix. Chaque choix en amenant deux nouveaux, l’internaute devra rejouer «l’aventure» plusieurs fois pour voir l’entièreté du travail de l’artiste.

L’œuvre fait partie de l’Anneau Magique, répertoire indexant une vingtaine de sites d'artiste. En faisant faire un tour horaire à son curseur, l'internaute fait apparaître un anneau qui permet d’aller visiter les autres sites repertoriés sur l'Anneau.

Leoudaki, Zoe: Fear

Fear est un projet de l'artiste grecque Zoe Leoudaki. Sur son site Internet, Leoudaki invite les visiteurs à lui soumettre leurs plus grandes peurs grâce à un formulaire en ligne. Les visiteurs ne sont pas obligés de donner leur nom et leur courriel, mais l'artiste insiste toutefois pour connaître leur pays d'origine et leur sexe. En effet, les confessions des internautes avaient comme objectif d'être utilisé dans une installation (nommée The Descent of Chimera) placée dans une église de Manhattan, qui n'a jamais vu le jour. Au-dessus d'un bassin, des mots auraient été projetés alors que des enregistrements d'acteurs en train de réciter les confessions laissées sur le site se seraient fait entendre - voix de femme pour les femmes, voix d'homme pour les hommes. En plus du formulaire pour la soumission des confessions des utilisateurs, le site Web de Fear contient plusieurs photos de l'espace d'installation à la Angel Orensanz Foundation de Manhattan de même que des textes informatifs sur le projet. Finalement, un menu où apparaissent les noms de tous les pays d'où viennent les participants permet de consulter la liste des entrées soumises, classées par pays.

Pour plus de détails, voir la fiche média de l'oeuvre.

Rullier, Jean-Jacques : Bibliothèques des rêves

La Bibliothèque des rêves de Jean-Jacques Rullier se présente comme un recueil dans lequel l’artiste aurait noté des rêves sous la forme de dessins. L’internaute accède à ces derniers par le biais d’un sommaire qui contient les différentes entrées de la bibliothèque. Une fois rendu sur la page du rêve, il y voit une personne endormie dans un lit et une bulle flottant au dessus, contenant des scènes du rêve. En cliquant sur cette bulle, les images qu’elle contient s’affichent plus en détail, une à la fois. Il faut cliquer sur l’image pour que la suivante apparaisse. Il est possible de retourner au sommaire ou de continuer sa navigation dans les rêves en utilisant le menu situé au bas de la fenêtre.

Les rêves sont illustrés et suivent une esthétique rappelant la bande dessinée, l’auteur les ayant dessinés au crayon de couleur en bois. Ils touchent à des thèmes un peu choquant, comme un homme-tortue déféquant sur le sol, un homme faisant l’amour à une mante religieuse, ou encore une femme se faisant démembrer par une scie.

Il est possible de remplir un formulaire pour envoyer une description de rêve afin qu'il soit ajouté sur le site. Cependant, l’œuvre datant de 1998, il est peu probable que l’artiste y ajoute encore aujourd'hui du nouveau contenu.

Plus de détails sont disponibles dans la fiche média de l'oeuvre.

Niemandsverdriet, Jogchem: NobodyHere

NobodyHere est une œuvre du Néerlandais Jogchem Niemandsverdriet. Il s’agit d’un recueil de ses pensées qu’il met à jour depuis 1998. Continuellement enrichi de nouveau contenu depuis cette date, le recueil recèle de centaines de pages divisées en trois langues: anglais, japonais et néerlandais. Certaines pages sont disponibles dans les trois langues, tandis que d’autres uniquement dans l'une des trois.

La page principale présente la silhouette d’un homme qui écrit ses pensées devant un ordinateur. Lorsque l’on recharge la page, on le retrouve dans une autre position: assis, la tête sur le clavier, debout sur sa chaise, etc. À sa droite se trouve une série de mots-clés, qui défilent lorsque l’internaute les survole de son curseur. La vitesse de défilement est liée à la position de celui-ci. Les mots-clés sont associés aux différentes pages que l’artiste a créées au fil des années. Lorsque l'internaute survole un mot-clé, une petite icône apparaît au-dessus de la tête de la silhouette, qui tape du texte apparaissant alors à gauche, image d'une pensée engendrant l'écriture. Lorsque l'on clique sur un des mots-clés, une page apparaît, en lien avec l’icône et le texte. Les pages contiennent une grande variété de contenus: textes, jeux interactifs, images animées, etc. On y retrouve habituellement des icônes et/ou des mots-clés avec des hyperliens renvoyant à d’autres pages.

Le menu situé dans le haut de la page permet d’envoyer des cartes électroniques, de clavarder avec les autres navigateurs présents sur le site, d’accéder au forum (la section «bugs») et d’obtenir des informations générales sur le site. Certaines pages possèdent leur propre section «bugs».

Syndiquer le contenu